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! Exploration du territoire de l'Orcgon, p. #%5. * Ibid ,p. 521.
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Dans le court espace de huit ans, l'administration séculière qui affectait de protester contre l''mpuissance de l'administration ecclésiastique, avait non-seuls nt détruit d’innombrables vies, replongé toute une proviuce dans la barbarie et presque anéanti la religion et la civilisation, mais avait même complétement manqué le but particulier qu’elle déclarait avoir le plus à cœur, — le développement de la prospérité matérielle. Cette administration avait déjà réduit dans ces notables proportions la richesse d’un district. Il restait un quinzième environ des bêtes à cornes existantes sous l’administration religieuse ; moins d'un seizième des chevaux et des mulets; un dixième environ des moutons, et moins de la dix-septième partie des terres cultivées produisant des récoltes de céréales. De tels faits ne s’adressent pas seulement aux chrétiens, plutôt affligés par la ruine morale qui accompagna ce changement; mais le marchand et le magistrat civil, quelque indifférents qu’ils soient aux intérêts de la religion et de la morale, apprécieront la politique cruelle et maïihabile qui amena de pareils fruits ; ils diront avec Môllhausen : « 11 est impossible de ne pas désirer le retour de la prospérité dont jouissaient autrefois les missions ! » Ces faits, déplorables même au point de vue mondain, se sont partout reproduits. Bien loin vers le sud, dans la plaine où est situé le lac d'Encinillas, sur les frontières du Chihuahua, se trouve une des contrées les plus riches et les plus importantes du monde pour l'élève du hétail; elle entretenait au temps passé d'innombrables troupeaux ; elle est aujourd’hui un désert‘! » C'est l'histoire du Paraguay sur une moindre échelle,
Des écrivains américains, qu'aucun blâme officiel n’a jemais désavoués, semblent cependant se réjouir de cette ruine genérale. Le lieutenant Whipple, officier fort honorable des États- Unis, auquel M. Schoolcraft emprunte quelques-uns des matériaux de son grand ouvrage sur les nations indiennes, après avoir observé, en 1849, que les Ligunos convertis par les Franciscains sont encore au nombre de huit mille, continue ainsi: « Ils professent le plus grand respect pour l'Église romaine; et fiers de porter un nom chrétien, ils regardent avec mépris leurs voisins, Indiens du désert du Rio-Colorado, les traitant de misérables gentils. » En parlant de la seule mission de San Diego , il avoue aussi que «pendant bien des milles à l’entour, les vallées et les plaines étaient couvertes de bétail et de chevaux appartenant à cette
{ Frocbel, ch. 1x, p. 340.
mission ; » toutefois la seule réflexion que lui suggéraient le zèle chrétien des Indiens et l’habile administration de leurs pasteurs, est exprimée par le sot reproche qu'ils étaient « les esclaves des prêtres » et par cette vanterie plus que sotte : « Puisqu'ils étaient délivrés du servage des Franciscains, » ses concitoyens leur enseigneraient « leurs devoirs d'hommes et de chrétiens". » Nous allons voir ce qu'ils léur ont réellement appris.
Les Américains, que M. Whipple déshonore par une intervention si indiscrète, achèvent leur œuvre de destruction avec une énergie particulière. Voici le récit de leurs procédés : Après avoir ravagé toutes les autres provinces des États-Unis, ils accomplissent rapidement aujourd’hui la même tâche en Californie. Le 45 mars 1860, le journal le Times renfermait l'extrait suivant du San Francisco overland and Ocean mail letter : « Jamais, comme journalistes, nous n'avons été appelés à montrer un acte de brutalité aussi flagrant et aussi inexcusable que celui qui s’est commis dans la dernière guerre indienne du général Kibbe, — le plan d'un meurtre médité et exécuté avec une férocité lâche et inhumaine. Si la relation de M. George Lount, résident de Pitt River, est vraie, le général Kibbe et la bande de liches coupe-gorges qui l'accompagnait devraient être condamnés par la loi à être pendus pour meurtre; car c'est un meurtre inexcusable et infâme. Soixante femmes et enfants indiens sans défense, égorgés la nuit dans leur rancheria par des bandits armés de race blanche! Le massacre de Glencoe ne peut présenter son pareil pour l’atrocité. Ces indiens n'étaient pas hostiles, n'étaient coupables d'aucun outrage, se trouvaient sur leurs propres terres, dans leurs propres demeures, » Le même témoin raconte ce qui se passa dans la suite.
« Les Indiens ont été expulsés de leurs terrains de chasses par la race blanche. Leurs engins de pêche ont été détruits par le caprice ou par la convenance des blancs. Leurs glands sont épuisés par les porcs de l'homme blanc, réduits au désespoir par les privations et mourant de faim, ces Indiens ont volé les bœufs de l'homme blanc. » Tel fut ie prétexte d’une nouvelle attaque. « Lorsque le gouverneur Wellar autorisa W. J. Jarboe à organiser une compagnie pour faire la guerre aux Indiens... en soixante-di: Jours, on leur livra quinze combats. On en tua plus de quatre £ents, on fit six cents prisonniers; les Américains n’eurent € 1e trois hommes blessés et un tué. Avec l’autorisation de la loi, à la faveur
! Jlistorical and statistical Information respecting the Indian Tribes of the U.S. par H. R. Schoolcraft, L. L. D, part. 1, p. 100 (1851).
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de la nuit, grâce à la garantie de vos armes et à la süreté de vos embüches, vous avez égorgé de sang-froid plus de quatre cents Indiens endormis, désarmés et inoffensifs. — Les mères et les enfants partagèrent le même sort. De petits êtres encore au berceau eurent la tête écrasée ou fendue. On aura peine à croire que cette horrible scène se passait dans la Californie chrétienne, à quelques journées de marche de la capitale de l'État, » Non-seulement un général appartenant à l'armée des États-Unis et le gouverneur d'une province étaient les acteurs ou les s promoteurs de ce crime monstrueux, mais «un compte à payer de près de soixante-dix mille dollars est en ce moment sous les yeux de la législature, pour être distribués, en partie, à ces meurtriers en habits rouges ! »
I v a plus de quarante ans, un membre du clergé protestant d'Amérique, faisant allusion aux premières atrocités commises par ses concitoyens protestants contre la race indienne, s'écriait : « Hélas ! Quel compte notre nation n'aura-t-elle pas à rendre à la barre de la justice distributive ‘! » Si cet écrivain avait assez vécu pour entendre le récit des scènes que nogs venons de décrire, il aurait reconnu que sa nation avait encore peu fait pour se rendre la justice de Dieu favorable, et que la Californie aurait gagné beaucoup à étre laissée, comme autrefois, aux Jésuites, aux Franciscains et aux Deminicains.
Dans une circonstance au moins, nous a-t-on dit, les victimes étaient « amicales et inoffensives. » Les colons catholiques sur les deux rives du Saint-Laurent, aussi bien qu’au Maryland sous lord Beltimore, étaient toujours dans les meilleurs termes avec les indigènes. Penn lui-même, auquel les maximes religieuses de sa société prescrivaient d'éviter la rapine et la guerre, n’éprouva aueune difficulté à faire des traités d’amitié avec les Indiens de son voisinage, quoiqu'il paraisse l'avoir toujours fait pour son propre avantage, Lorsque les protestants les eurent pillés et massacrés, lorsqu’ ils eurent payé leurs bons offices par l'ingratitude et d’horribles outrages rappelés plus tard par les Indiens, ces derniers leur jurèrent une inimitié éternelle. Ils devinrent cruels et vindicatifs, parce que l'homme blanc leur en avait donné l'exemple. Si l'Amérique du Nord avait été colonisée par les catholiques seuls, il s’y trouverait aujourd’hui, comme sur le continent méridional, des nations entières de chrétiens indigènes.
Mais c'était la destinée de l'homme rouge de disparaître devant l'Anglo-Saxon. Il pouvait être amical et inoffensif, cela ne pouvait
1 A Star in the West, par Elias Boudinot, L. L, D., ch. vin, p. 255 (1816).
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le sauver. « Je n'ai jamais rencontré dans aucun pays, assure M, Gerstaccker parlant des Indiens Wynoot de la Californie, un peuple plus tranquille et plus pacifique. » Et au sujet des tribus de cette région en général, il ajoute : « Ce sont réellement les nations les plus inoffensives du continent américain; les blancs, qui les ont poussées au désespoir, en diront ce que bon leur semblera. » Puis il cite le rapport de M. Wozencraft, agent indien des États-Unis : « Une population étrangère s’est emparée de leurs anciennes demeures, a détruit leurs terres de chasse et leurs pêcheries; elle leur a ravi tous ces moyens de subsistance qu’une Providence bienfaisante avait créés pour leur conservation, ne leur laissant pas même la possibilité d'exister. Ces hommes vont jusqu’à leur renier le droit que nous avons accordé aux pauvres et aux convicts, le droit de travailler et de vivre’. » « Slimulés par la faim et excités par la vengeance, ils ont commencé à empiéter sur les terres des colons, » ne pouvant plus trouver leur subsistance sur les leurs propres. Cependant M. Kirkpatrick disait, en 1848, des Indiens de l'Orégon : « Longtemps avant l’arrivée d’un missionnaire dans ce pays, ces populations étaient aussi honnêtes, aussi bienveillantes et aussi inoffensives qu'aucune autre civilisée ou sauvage que j'aie jamais rencontrées. » M. Townshend fit la même déclaration au sujet des tribus Chinook et Walla-Wallo, dont il compare satiriquement « l'honnêteté et la droiture » aussi bien que l’hospitalité cordiale et aimable « avec les habitudes et la conduite de nos communautés chrétiennes”, » Le docteur Rattray parlant, en 1862, de ceux de la Colombie anglaise, s’exprime en ces termes : « Les indigènes sont tranquilles et inoffensifs à un haut degré, à moins qu'ils ne soient provoqués, ou victimes de leur intempérance*. »
Un mot, maintenaut, sous forme de conclusion, sur les missionnaires protestants. Il ne s’en trouve pas beaucoup ici, M. Gerstaecker nous l’a dit, parce « qu’ils n'ont aucun profit en perspective; » mais il y en a quelques-uns de l'espèce ordinaire. Le même écrivain nous relate qu'il en rencontra deux, de sectes rivales. « Mais comme dans ce siècle-ci, les hommes qui enseignent l'Évangile pour l'amour du Christ sont très-peu nombreux » — parmi ses coreligionnaires, — « les deux pieux personnages avaient cessé depuis longtemps leurs prédications aux paiens. Ils ne voulaient absolument rien avoir à faire avec les indigènes. Auraient-ils consenti pour
1 Journey round the World, vol. I, ch. vi, p. 545-7.
2 Colonisation, jar un wesleyen, le Rév. John Beecham, p. 7.
8 Rocky Mountains, ch. x1, p. 272.
4 VPaucouver Island and British Columbia, par Alex. Rattray, M. D. R N., ch. x, p. 172.
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rien à se nourrir de glands et de jeunes guêpes, à dormir dans les bois humides? Ils ne trouvaient pas pour cela d'encouragement suflisant*, » Quelqes-uns d’entre eux, paraît-il, sont restés; car, en 1857, M. Chandlers fait cette observation : « La liberté religeuse existe, je suppose; il semblait y avoir là, dans la Calijurnie méridic.ale, une espèce d'Église protestante, avec un évéque élu par lui-même, et prétendant avoir reçu quelque révélation directe du ciel?, »
Le contraste entre l’histoire de la Californie catholique et celle de la Californie protestante est palpable. IL serait pourtant impossible de passer sous silence les observations d'un official américain distingué, présidant la commission chargée de: fixer les frontières mexicaines ; il résume les faits de cette histoire en termes non moins honorables pour lui que pour ceux auxquels s'adresse son franc et généreux éloge. « Que les sectes chrétiennes ergotent tant qu’elles voudront à propos de leurs succès parmi les tribus indiennes, il n’est pas moins incontestable que les Jésuites, durant leur domination, » (il n'oublie sans doute pas les Franciscains), « ont fait plus que toutes les autres communions religieuses. Ils apprirent aux tribus du Mexique et de la Californie la soumission la plus complète et les y conservèrent jusqu'à la suppression de leur Ordre. Por quels moyens purent-ils l’obtenir? Ce ne fut ni par l'épée, ni par des traités, ni par des agents indiens, qui auraient, sans scrupule et sans remords, sacrifié de pauvres créatures pour leur méprisable intérêt. Le christianisme fut enseigné à l'Indien, avec la plupart des arts de la vie civilisée et il apprit à se suffire par son travail. La Société de Jésus fit plus, par ces simples moyens, pour l'amélioration du sort des Indiens, que les États-Unis n’ont fait depuis la prise de possession du pays. Les Jésuites agirent sous l'inspiration de leurs cœurs, par le désir d'améliorer la condition morale et sociale aussi bien que la condition spirituelle de ce peuple, et avec des frais bien inférieurs à ceux exigés par nos agents seuls, sans compter les millions affectés chaque année à des indemnités, à des présents, etc. * »
! Journe:; round the World, vol IL, p. 10.
* A Visit to Salt Lake, par William Chandless, ch x, p 316.
5 Ilest à noter que les Pères de la Société de Jésus bannis du Piémont reprirent immédiatement leurs travaux apostoliques de Californie; en 1857, ils avaient déjà cent cinquante élèves dans leur collége de San-Francisco, sous la direction de treize Pères ; de cinq professeurs laïques. (Prospectus of Santa Clara College, San Francisco,
* Bartlett, Personnal Narrative, vol. I, ch. xxxix, p. 492.