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ORÉGON

Lorsque l’Orégon fut annexé aux États-Unis, les différentes sectes, d'accord avec leur politique accoutumée, s’efforcèrent de prendre les devants, l'une sur l'autre, afin de s'approprier ce champ riche en promesses. Toutefois les premiers missionnaires qui arrivèrent et dont les instructions étaient d'agir parmi les Tétes-Plates, refu-

sèrent positivement, après une courte épreuve, de remplir leur mission. M. Townshend, leur compagnon de voyage, découvrit qu'ils s'étaient « rangés sous la bannière des missions, pour la simple satisfaction de voir un pays nouveau et de jouer un rôle dans des aventures extraordinaires‘, » Le motif de leur retraite était caractéristique, « Les moyens de subsistance, nous assurent deux d’entre eux qui ne voient rien de déshonorant dans cet aveu, étaient, à dire vrai, très-problématiques dans une région si reculée et d'un accès si difficile’. » Le doute suffit pour les mettre en fuite. Cependant ces messieurs étaient familiers avec certaines paroles de saint Paul, décrivant ainsi la vie d'un vrai missionnaire: « Nous avons faim et soif, nous sommes nus, nous sommes battus et nous n’avons pas de demeure fixe5. » Nous allons rencontrer des missionnaires de l’école de saint Paul, qui restèrent parmi les Têtes-Plates, en dépit des « moyens problématiques de subsistance » et qui nous feront connaitre le résultat de leur séjour par::i eux.

Une des sectes les plus influentes en Amérique est le corps épiscopal des méthodistes. Voici un compte rendu de leurs actes dans l’Orégon, par un éminent prédicant méthodiste.

« Aucune mission n’a été entreprise par l'Église épiscopale méthodiste avec de plus hautes espérances, et un zèle plus ardent. Personne n’hésitera plus longtemps à reconnaitre, pensons-nous, que les résultats ont été bien inférieurs à la moyenne ordinaire des succès obtenus; ils ont occasionné un pénible désappointement à la Société et à ses souscripteurs. » « Cette mission parlüiculière, ajoute-t-il, entraina une dépense de quarante-deur mille dollars en une seule année: » nous ne serons pas surpris

1 Townshend, focky Mountains, vol. 1, ch.1, p 29 (1848). 2 Ten ue Oregon, par D. Lee et 3. IE. Frost, missionnaires, ch, xu, p. 127 3 Cor. iv, D.

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d'une prodigalité si effrayante, lorsque nous apprendrons comment elle se composait. « Au bout de six ans, il y avait soixantehuit personnes attachées à cette mission, hommes, femmes et enfanis, tous soutenus par la Société! Il est difficile de deviner comment un tel nombre de missionnaires trouva de l'occupation dans un tel champ, d'autant que le noyau principal des Indiens se tint toujours en dehors de leur influence. » Vient ensuite ce curieux récit : « Ils étaient, par le fait, engagés pour la plupart dans des affaires séculières, — occupés à revendiquer de vastes étendues de territoire, à réclamer des lots de ville, à exploiter des fermes, à faire le commerce, à se livrer au métier de forgerons, d' éleveurs, de marchands de chevaux, de brocanteurs et de fariniers. Nous ne croyons pas que l’histoire des missions chrétiennes présente un autre spectacle du même genre. » Nous avons vu qu’elle en présente beaucoup de semblables et dans tous les pays. « La mission, continue-t-il, devint odieuse à la population qui augmentait; des dissidences irréconciliables s’élevèrent entre les missionnaires. Elles provoquèrent le départ d'un certain nombre d’individus pour les États-Unis, et dévoilèrent l’état réel de la mission, » Enfin, il avoue que de tous les Indiens qui avaient jamais eu des relations quelconques avec ces hommes, « il n’en reste plus maintenant un seul'. »

Un autre écrivain américain nous rend le même compte des opérations de la secte wesleyenne, particulièrement au Great Dalles de Colombia. Après avoir raconté un meurtre de la nature la plus atroce, commis par un membre de sa congrégation en présence mème du prédicateur entouré de son troupeau nominal, il ajoute : «cet événement n’est qu'un exemple entre mille des atrocités commises journellement par ces hommes que l’on suppose convertis aux préceptes miséricordieux du christianisme... Néanmoins on les a représentés et on les représente encore comme évangélisés à un degré éminent?, »

Une autre mission wesleyenne fut établie dans le Wallamette. Là, un voyageur protestant anglais trouva une centaine de familles « dont la plus grande partie sans contredit était catholique, formant une congrégation très-régulière, administrée par M. Blanchette, membre aussi estimable qu’actif de l'Église catholique romaine. » Les wesleyens, ajoute-il, se composaient de quatre familles ; un ministre, un chirurgien, un maitre d'école et un surveillant

1 The Works of Stephen Olin, L.L D., vol. If, p. 427-8. * The Oregon Territory, par Alex. Simpson, esq., p. 38.

agricole’, » mais s’ils n'avaient pas de disciples, ils touchaient leur salaire; cet arrangement leur convenait sans doute complétement,

Le révérend C. J. Nicolay, ministre épiscopalien anglais, apprend exactement la même chose des autres sectes de l'Oré. gon. «On a toujours considéré, dit-il, comme un véritable grief contre les hommes dont la vie est consacrée au service de Dieu, leurs tentations de bénéficier sur les œuvres de dévotion. » Mais ce reproche, remarque-t- il, « paraîtra, de leur propre aveu, devoir rester à la porte des missionnaires américains établis en Orégon. Dans leurs établissements à Okanagan, etc., ete., cette accusation est d'autant plus vraie que leur principale attention est tournée vers l’agriculture; mais dans le Wall:mette, ils ne sont plus que des agents politiques et de soi-disant législateurs. » Bientôt, après avoir cité l’assertion du navigateur américain Wilkes, « leurs desseins de missionnaires se sont, pour une large part, fondus en d’autres desseins en rapport plus étroit avec l'aisance et le bien-être ; » — « les missionnaires se sont individuellement attribués des terres de l'importance d'un millier d’acres chacun. » Enfin, ce personnage hasarde cette observation timide : «11 semble que les missionnaires catholiques romains contrastent avantageusement avec leurs frères protestrs 2, D

La même dissemblance est ainsi indiquée par un autre voyageur protestant, à la même date et avec plus de force qu’on ne pouvait l'attendre d'un clergyman anglican : « Il y a là en ce moment de trente à quarante pionniers, demi religieux et demi politiques. Si l’on a envoyé un trop grand nombre de missionnaires, c'est avec le simple but de leur assurer de jolies installations à eux et à leurs familles, dans ce paradis de l'Ouest... Plusieurs prêtres français travaillent aussi dans ce désert; ils leur font honte de leurs efforts pour s’arrondir, par l'unité de leurs vues ne visant qu'à faire de la propagande avec un dévouement absolu®, » Les paiens font la mème observation; mais contrairement aux protestants, ils comprennent la leçon donnée par de tels faits. Ts en concluent aue Dieu doit être avec ceux auxquels il confère ses dons. Et ils s'empressent de se mettre en communion

avec lui par eux.

{ Traits of American Indian Life, ch x, p 174 (1855), # The Oregon Territory, par le Rév. 3, C. Nicolay, ch vu, p. 155, 177, 183, 184

3 The Oregon Territory, par Alex. Simpson, csq., p. 31 (1840).

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Mais, si les récits naïfs de MM. Lee, Frost, Olin, Nicolay, Wilkes et Simpson, révèlent le véritable caractère et les résultats de toutes les missions protestantes dans cette région, nous ne devons pas espérer l’aveu des ministres, tant qu’ils eurent espoir de les cacher. Leurs occupations commerciales et agricoles, leurs affaires de « lots de villes, leurs trafics de marchands de chevaux, de brocanteurs et de fariniers, » étaient trop bien soutenus par l'ample salaire qu’ils en retiraient pour leur permettre de s'abandonner à une candeur imprudente. Ils envoyaient donc exactement dans leur patrie les mêmes rapports périodiques que les missionnaires de même espèce envoyaient de tous les autres pays et que les Sociétés mères attendaient et réclamaient comme le seul moyen d'obtenir un nouveau torrent de souscriptions. Leurs commettants voulaient bien leur pardonner quelque chose, même la cupidité qui les avait rendus odieux « à la population en voie d’accroissement, » à la condition de n’y pas ajouter le crime impardonnable d’avozer leurs fautes. C’est ainsi qu'en :844, ces agents, bien dressés, écrivaient à leur patrie : «Un: :ôs graduel dans la connaissance du christianisme se fait rema , ! » Ils savaient que c’était faux, et lorsqu'ils n’eurent plus sien à gagner, ils l’avouèrent crüment. « On le reconnait de toutes parts, nous disent cette année même deux d'entre eux qui étaient francs parce qu'ils abandonnaient une œuvre sans avenir, les perspectives présentes, quant à la civilisation et à la conversion des indigènes, sont extrêmement sombres?, » Mais cela n'empêchait pas les Sociétés des missions de publier des comptes rendus qu'ils savaient mensongers, afin de se procurer de nouvelles ressources pour perpétuer les mêmes essais déplorables, Ils avaient cependant acquis la certitude que ces agents n'étaient que de sordides spéculateurs, des commerçants et des marchands de chevaux, qui avaient pris pour un moment le litre de missionnaires. Citons seulement quelques traits de leur inépuisable habileté.

En 1845, peu de mois avant l'aveu complet de leurs agents, — en comparant avec soin les dates, nous apprécions la fidélité des missionnaires, — l'appât offert aux souscripteurs paresseux de la mère patrie était contenu dans cette déclaration rendue publique : € M. Spalding, un des missionnaires de l’Orégon, pensait qu'un nombre considérable d'individus avait éprouvé la grâce rénova-

UU.S, American board for foreign Missions, reports, p.

* Lee et Frost, ch. xxin, p. 219, 511,

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trice de Dieu’. » M. Spallding re croyait rien de pareil, ils le savaient très-bien, et avait d'excellentes raisons ; les écrivains américains nous l’apprennent, pour répudier l'opinion qu’on lui prè- ‘ait, I ne dut la vie qu'à l'influence d’un missionnaire catholique celui-ci, aux risques de sa propre vie, l’empêcha d’être ég : + par la furie homicice de ces sauvages « régénérés. » a Il e .t redevable, nous dit-on, à l'assistance opportune et aux av. du révérend M. Brouillet, de la mission catholique romaine... son ami catholique l’aidant àe son petit fonds de provision?, » Les Indiens, peraît-il, le poursuivirent pendant deux jours, mais sans succès ; le Père Brouillet avait noblement exposé sa vie en les mettant sur une fausse piste, et ils ne lui pardonnèrent ce tour qu'à cause du respect qu'ils lui portaient. Mais il ne put prévenir le massacre du docteur Whitman et de sa femme par les Indiens Cayoux, et « l'entière destruction de la mission Wai-let-pu » composée de quatorze membres présidés par cet infortuné. Tout ce qu’il put faire fut de soustraire leurs corps à d’autres outrages. M. Paul Kane, hôte du docteur ae peu ayant ce lamentable événement, rapporte que € le prêtre catholique demanda la permission d'ensevelir les de mutilés, ce qu'il fit,» — M. Kane se méprend, — «avec les rites de sa propre Église. La permission fut accordée d'autant plus promptement que ces Indiens étaient animés de sentiments bienveillants envers les missionnaires catholiques, » « Ainsi finit la mission parmi les Indiens à l'ouest des montagnes Rochevses, » relate le révérend docteur Brown. Telle est l’histoire qui nous permet d'apprécier l'influence relative des missionnaires catholiques et protestants, avec les fictions immorales au moven desquelles les revenus des Sociétés protestantes sont annuellement perçus.

A quatre-vingts milles des Dalles, sur les bords de l'Atinam, une autre mission est décrite par un voyageur protestant de Boston, qui avait appris à mépriser ce qu'il appelle « lHébraisme rude et cruel » de ses ancêtres puritains. « Le soleil venait de se coucher lorsque nous arrivàmes en face de la mission située sur le flanc de la colline, Nous nous élançèmes dans la vallée au moment où la lumière du soleil nous abandonnait, Nos Indiens prirent les devants pour offrir leur salut amical aux prêtres. Mais je remarquat

1 Reports, p. 171 (1845).

? Traits of American Indian Life, eh. vi, p. 121.

Wanderimgs of an Artist among the Indians of North America, ch xx1, p. 92) 4 Hlist. Prop, Christianity, vol. HE, p. 15.

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qu'ils mirent leurs chevaux au pas, ct s’arrêtèrent bientôt, sans faire de bruit.

« Lorsque je m’approchai, un son de voix pieuses arriva jusqu’à moi, — les vêpres dans ce site solitaire! Trois âmes adoraient Dieu dans l’humble chapelle attenante à la maison. Elle était humble, en effet, — une cellule de terre, — mais on y sentait la présence de la Divinité, autant que dans ces sombres et vieilles cathédrales des pays lointains, où des adorateurs d'une autre race et parlant une autre langue sont appelés par un coucher de soleil plus rapide, à exhaler du cœur les mêmes actions'de grâce et la même prière... Jamais dans aucun temple de cette antique foi où la prière a fixé sa demeure depuis des siècles, elle 1e m'a semblé si puissante et le culte si près de l'oreille de Dieu, que pen. dant ces vêpres, dans ce sanctuaire rustique de la vallée solitaire d'Atinam. »

Une amicale bienvenue salua le voyageur protestant, qui résume ses réfiexions sur cette église du désert : « Établir là pour la religion le siége de son influence, était faise un choix étrange et peu séduisant, Il fallait toute la puissance de transformation d'un coucher de soleil pour rendre supportable cette scène désolée. La mission était une espèce de hutte en terre appliquée sur une charpente de branches d'arbres: Elle était située auprès du lit pierreux de l'Atinam. » Là habitaient deux Pères de la Société de Jésus, « missionnaires cultivés et intelligents, » qui avaient tout quitté pour travailler parmi les Indiens Yakimah. « Les bons Pères étaient logés avec une simplicité plus que monastique. L'absence de bien-être et souvent les privations étaient l'apanage des missionnaires dans ee désert, Les jours s'écoulaient pour ces pionniers d'une manière tristement monotone, Ils n'avaient pour exercer leur intelligence, que la traduction du vocabulaire vakimah... » Et le voyageur, accoutumé à des missionnaires d’un autre genre s'élonna lort que de tels hommes pussent se.résigner à une existence semblable !,

Mais il v avait beaucoup d'autres missions dans ces régions lo’ laines, dirigées, comme celle de PAtinam, par des hommes se préoccupant peu «des moyens de subsistance, » étrangers au commerce du brocantage où des « lots de ville » et qui ont réussi, après un long et patient labeur, à convertir une foule de ces tribus mêmes, avec lesquelles les agents protestants, ainsi que leurs amis nous l'ont dit, « n'avaient eu rien à faire. » Nous avons vu,

À Adventures among the North-Western Rivers and Forests, par Th. Winthrop, chi, 295, 252 Boston, 1805),

d’après leur aveu, que ces derniers abandonnèrent promptement les Têtes-Plates ; voyons comment les missionnaires catho'iaues se trouvèrent parmi eux.

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