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538 LES MISSIONS CIRÉTIENMES.
toire de cette tribu vous est connue; sa conversion est certainement bien propre à montrer les richesses inépuisables de la miséricorde divine'. » Telle fut l'œuvre des missionnaires catholiques dans une tribu abandonnée par les protestants, parce que les « moyens de subsistance élaient, pour le moins, très-douteux, »
Il n’est pes sans importance d'apprendre comment les missionnaires qui avaient triomphé ainsi furent heureux de vivre, pendant les premières années de la mission, au milieu de leur sauvage troupeau. Les « moyens de subsistance » dont Notre-Seigneur enjoignit à ses disciples, et principalement à ceux qui devaient enseigner les autres, «de ne pas se préoccuper, » élaient rares et précaires, Les ministres protestants n'ayant aucun goût pour ce précepte avaient bientôt découvert cette circonstance, et s'étaient enfuis vers des contrées plus propices. Le Père de Smet, qui aurait pu vivre avec toutes ses aises dans sa belle patrie, décrit gaiement ce qu'il appelle « un souper, » avec ses chers disciples : il «se composait d'un peu de farine, de quelques racines de camash, » espèce d’oignon sauvage, et d’un morceau de graisse de buffle, « Le tout fut jeté dans Je chaudron, pour former un ragoût. Une longue perche, car la chaleur nous tenait à distance respetueuse, fut transformée en cuillère qu'il fallut agiter continuellement jusqu'à ce que le contenu ait acquis la consistance convenable. Le mets nous sembla délicieux. Nous n'avions qu'une éeuelle pour six convives; mais la nécessité rend industrieux. En un clin d'œil mes Indiens furent prèts à attaquer le chaudron : deux d’entre eux, pourvus de morceaux d'écorce, deux autres de morceaux de cuir, le cinquième d'une écaille de tortue, plongèrent à diverses reprises dans le chaudron avec l'adresse et la régularité du forgeron battant lenclume. I fut bientôt vide. »
Une autre fois, pour varier leurs succulents repas, « des racines sauvages el des moss-cakes, aussi durs que de la colle forte desséchée, » fournirent le menu ; on en composa un brouet « qui avait l'apparence et le goût du savon. » Mais assez de ces détails, dont les missionnaires parlent rarement et seulement pour en sourire.
Les Tètes-Plates ne furent pas la seule tribu conquise au chrislianisme par les Jésuites dans ces lointaines contrées de l'Occident. Lorsqu'ils se trouvèrent réunis au bercail, le Père de Smet partit pour Colombia où, nous dit sir George Simpson, les missionnaires protestants « acquirent bientôt la certitude qu'ils ne
t Annals, vol, VIE, p. 560.
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« Pendant mon voyage, dont la durée fut de quarante-deux jours, je baptisai cent quatre-vingt-dix personnes, sur lesquelles trente-six avaient atteint un âge très-avancé. J'annonçai la parole de Dieu à plus de deux mille Indiens qui ne tarderont pas, je l'espère, à se ranger sous la bannière de Jésus-Christ. » Puis le Père de Smet raconte un fait relatif à un certain protestant, M. Parkers, appartenant à cette classe d'hommes qui ont fait partout tant de tort aux païens. Ce personnage avait brisé une croix placée sur le tombeau d'un enfant indien, « parce qu’il ne voulait pas laisser dans ce pays un monument d’idolâtrie, élevé en passant par quelque Cherokee catholique. » « Pauvre homme, dit le Père de Smet, s’il revenait dans ces montagnes, il entendrait retentir les louanges du saint nom de Jésus sur les bords des rivières et des lacs, dans les prairies aussi bien qu'au sein des forêts; il verrait la Croix plantée sur tous les rivages pendant un espace de trois cents lieues, dominant les plus hautes sommités des Cœurs-d’Alène, e‘ la principale chaîne qui sépare les eaux du Missouri de celle de la Columbia ; il la verrait saluée avec respect dans les vallées de Wallamette, de Cowlitz et de la Racine amère. Au momen’ où j'écris, le Père Demers est allé la porter chez les différentes nations de la Calédonie ; partout la parole de Celui qui a dit que ce signe glorieux attirerait les hommes à lui, commence à se vérilier en faveur des pauvres brebis errantes depuis tant d'années à travers le vaste continent américain, I faudrait que ce briseur de croix traversât de nouveau les mêmes lieux, il verrait l'image du Sauveur suspendue au cou de plus de quatre mille Indiens; et le plus jeune enfant à peine initié à la science du catéchisme, lui dirait : Monsieur Parkes, c'est Dieu seul que nous adorons, et non la croix; ne la brisez pas, car elle nous fait souvenir qu'un Dieu est mort pour nous sauver !, »
Le Père de Smet, qu'il nous faut quitter, a été rejoint depuis celle époque par de nombreux coopérateurs. En 1852, il pouvait déjà dire, en ne parlant que de ses travaux personnels parmi les Indiens à l’ouest des montagnes Rocheuses : « Le nombre Lotal des baptèmes administrés par moi dans les différentes libus s'élève à quinze cent quatre-vingt-six. » Il avait alors en perspective un ministère encore plus périlleux à remplir, « Ce que l'on me raconte des dispositions des Pieds-Noirs, avoue-t-il
Hunals, vol, AV, p 557.
dans une de ses lettres, est effrayant... Je place toute ma confiance dans le Seigneur; il peut changer, à son bon plaisir, et adoucir ces CŒUrS implacables. Mon devoir est de porter l'Évangile aux lieux mêmes où les excursions de ces maraudeurs sont les plus fréquentes. Aucune considération ne peut me détourner de ce projet', » Il fut exécuté au moins en partie, apprenons-nous incidemment par le compte rendu suivant d'un journal anglais : « Une intéressante cérémonie nuptiale a récemment eu lieu dans l'Illinois. Lés fiancés étaient le major Culbertson, négociant indien, agent de la compagnie américaine des fourrures, et Natowisla, fille du chef des Indiens Pieds-Noirs.. 1 y avait peu de jours qu'ils avaient été mariés par le Père Scanden de la Conurégation de Saint-Joseph du Missouri, suivant le rituel de l'Église catholique. On dit que mistress Culbertson est douée de beaucoup de rares qualités naturelles, et a servi quelquefois de très-heureuse médiatrice entre le gouvernement américain et la nation à Nr elle appartient?. »
Les Potawattomies sont une autre tribu dont un grand nombre de membres ont accepté l'enseignement des missionnaires catholiques. A la demande de leurs chefs, le Père Verhaegen n'hésita pas à présenter en personne au gouvernement de Washington une pétition qu'ils lui avaient confiée. Soutenu par la généreuse coopération du général Clarke, agent des affaires indiennes dans le district occidental du Mississipi, ce missionnaire commença ses lravaux parmi eux, en compagnie du Père Hoecken. Ils avaient péremptoirement repoussé, comme les Omahas et Sn d'autres tribus, les prédicants protestants qui leur avaient été offerts par le gouvernement. Ils s'étaiént aperçus, d’après la remarque du Père de Smet, que la « sollicitude du ministre s’exercait principalement sur ies spéculations commerciales, et que lorsqu'ils avaient réalisé de beaux profits, ils s'en retournaient dans leur pays natal, sous le Re qu'il n'y avait rien à faire parmi les Sauvaues, »
Un an après son arrivée dans le territoire des Potawattomies, le Père Hoecken pouvait faire de ces Indiens cette peinture : «Is sont sincèrement attachés aux pratiques religieuses, respeclueux envers les missionnaires, exacts à s'approcher au moins toutes les trois semaines du sacré tribunal et de la sainte table. À peine se passe-t-il un jour sans qu'on en voie se confesser on com-
U Annals, vol. NU, p. 382; vol, Xp. 519.
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munion varie de vingt à trente. » Déjà plus de mille Potawattomies professaient la foi catholique. Le même missionnaire ajoute qu'ils sont « d’une docilité parfaite; le prêtre n’a pas besoin de commander pour être obéi, il lui suffit d'exprimer un désir, »
Cependant ces missionnaires étaient plus pauvres, si cela est possible, que les Indiens eux-mêmes. Ils acceptaient de bon cœur leur misérable nourriture, ils partageaient leur demeure; en un mot, ils poussaient l'abnégation jusqu'à embrasser le même genre de vie que les sauvages. « Pour moi, dit le père Hoecken, dans une de ses lettres à un membre de la mème Société, je n’ai qu'un seul désir, celui de vivre au milieu des Indiens, et de trouver de l'autre côté es montagnes Rocheuses le tombeau où j'attendrai le jour de la résurrection dernière. »
Malgré son désir de se montrer charitable envers des hommes qui avaient abandonné par dégoût l’œuvre à laquelle il dévoua sa vie, le même missionnaire apostolique raconte leur réception au milieu des Indiens, en ces termes : « Les ministres protestants ont cherché à faire des prosélytes au milieu de ces sauvages, mais leurs efforts n’ont pas été couronnés de succès. Au lieu de les écouter, on les interroge, et on les soumet à un sévère examen. Où est votre femme ? demandait un Indien à l’un d'eux ; un geste fut la seule réponse du ministre, qui indiqua du doigt sa résidence où se trouvait sa femme. Sans doute, poursuivit le sauvage, votre vêtement est une robe noire? — Non, répliqua le ministre, je n'en porte pas. — Dites-vous la messe? — Oh! jamais, répondit le ministre avec vivacité. — Portez-vous la tonsure? — Non. Eh bien, s’écrièrent-ils tous ensemble, vous pouvez retourner d’où vous venez. »
Les dispositions des Winnebagoes sont les mêmes. Le Père Crein rapporte qu'ils ont, à différentes reprises, adressé des pétitions au gouvernement pour obtenir des prêtres catholiques ; mais que toujours on répondit à leurs demandes par l'envoi de ministres protestants. En 1845, au milieu des négociations qui précédèrent traité conclu entre cette tribu et les États-Unis, on tint une assemblée solennelle, et le gouverneur du Wisconsin exposa les conditions qu'il était chargé de leur offrir. Leur territoire comprenait deux millions trois cent mille acres d’excellente terre,
{ Un voyageur anglais. qui visitait dernièrement un grand villige potawattomie, à plusieurs journées de marche au delà du Missouri, trouva «qu'ils étaient tous instruits dans la foi catholique romaine, » (The English Sportsman in the Western Prairies, par l'honorable Grantley F. Berkeley, ch. xix, p. 520 (1861 .
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arrosées par six rivières considérables. On les priait (la prière équivalait à un ordre) d'abandonner ce magnifique pays moyennant une indemnité qu'ils ne voulaient pas accepter, et qu'ils n’osaient refuser. Après un jour de délibération, les Indiens revinrent trouver le gouverneur pour répondre aux propositions qu’il leur avait faites. Un vieux chef, nommé Wakoo, l’orateur le plus renommé de la tribu, se leva pour parler au nom de sa nation. Un grand crucifix brillait sur sa poitrine. Voici quelques passages de son discours :
« Si je parle seul en ce jour, gardez-vous de croire que je sois « le seul capable d'exprimer les sentiments de ma tribu. Tous les « chefs ici présents sauraient faire connaître leurs pensées, mais « habitué depuis ma jeunesse à parler dans les conseils de ma « nation, j'ai été choisi, comme le plus âgé, pour prendre, au nom « de tous mes frères, la défense de nos intérêts communs, Tu « viens de la part de notre grand père (le président) nous de- « mander la cession de notre territoire. Mais peut-il avoir oublié « les magnifiques promesses qu’il m'a faites à Washington en deux « occasions différentes ? Je me ies rappelle comme si je les avais « reçues aujourd'hui. Comptez sur moi, me dit notre grand père, « je vous défendrai toujours ; vous serez mes enfants. Si l’on vou- « lait vous causer quelque préjudice, adressez-vous toujours à moi. « Vos sujets de plainte cesseront aussitôt que j'en aurai connais- « sance, et ma protection ne vous fera point défaut. Et moi, enfant « de la nature, qui n'ai qu'une langue, je croyais à la sincérité de « ces promesses, Cependant, malgré toutes nos représentations, « on à arrangé nos affaires, sans même nous consulter. On a ren- « voyé les agents que nous aimions pour nous en donner d'autres, sans demande notre avis. Nous avons adressé des pétitions «auxquelles on n'a eu nul égard. On nous avait promis de ne « jamais nous déposséder des terres que nous occupions, et voilà « que l'on veut déjà nous envoyer je ne sais où. Mon frère, tu es « notre ami: dis à notre grand père que ses enfants demandent à « faire ici une halte plus longue, avant d'entrer dans le chemin « d'un nouvel exil. L'arbre qui est sans cesse transplanté doit « bientôt périr. »
Ici l’orateur s'interrompit pour faire observer que les accusations portées contre sa tribu n'étaient qu’un prétexte pour se dispenser d’être juste à son égard, et pour pallier la tyrannie dont ils étaient victimes. « Pourquoi donc, s’écria-t-il, nous reprocher des « vices que vous avez vous-mêmes encouragés ? Pourquoi venir « jusqu'à l'entrée de nos tentes nous séduire avec votre eau de
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« feu? » — Puis il continua en ces termes : « Notre grand père « nous a dit : Je vous enverrai des hommes qui vous enseigneront «à bien vivre. Ces hommes sont venus; mais quoiqu'ils soient « assez bons, leur voix n'a pas plus d'autorité que la nôtre sur nos « jeunes gens ; nous voulons des prêtres catholiques, ils se feront « écouter, soyez-en sûrs. Je prends Dieu à témoin que toutes mes paroles sont l'expression fid’?: “es sentiments de ma nation, » Ainsi parla le vieillard, et il se rassit au milieu des applaudissements des, chefs assemblés.
Nous avons vu à chaque page de ce livre les triomphes des missionnaires catholiques, attestés par des témoins protestants dont la sincérité n'est pas douteuse. Voir! comment ils étublirent encore certains faits du même genre dont les vallées des montagnes Rocheuses ont été le théâtre. En 1855, le gouverneur Stephens adressa au président des États-Unis un rapport officiel sur le territoire confié à son administration. Ce rapport, que le président cita dans son message annuel au congrès, renferme en ces termes une appréciation des Têètes-Plates : « Ce soni les meilleurs Indiens du territoire : braves, honnêtes, d'uxtvs, ils professent la religion chrétienne, et je suis assuré que leur conduite s'accorde avec les préceptes de l'Évangile. Après avoir décrit leur manière de vivre, le gouverneur ajoute qu'ils sont sincères, lidèles, et fortement attachés à leurs convictions religieuses'. »
Quant à la tribu des Pend-d’oreilles, le gouverneur Stephens remarque que la mission a été établie depuis neuf ans au milieu de ces Indiens, et que, très-longtemps, les missionnaires durent habiter des huites, et se nourrir de racines. « Ils ont maintenant, dit-il, des églises dont tous les ornements sont si remarquables qu'on est tenté de croire qu'ils sont d'importation étrangère; » et pourtant, c’est le travail des missionnaires et de leurs néophytes. «À l’arrivée des missionnaires, les Indiens ‘aient pauvres, misérables et presque nus. Ils avaient coutume d'eaterrer tout vivant les vieillards et les enfants en bas âge. Aujourd'hui la tribu appartient presque tout entière au bercail dx Sauveur. Je les ai vus réunis pour la prière, et il me semble que sous tous les rapports ces sauvages sont dans la voie du véritable progrès. Ces Indiens professent une grande vénération pour leurs Pères, les robes noires. Ils disent que le départ des missionnaires les ferait mourir de douleur. » Le gouverneur loue ensuite leur amour pour le travail; et il remarque que les Pères, après avoir mis en culture cent soixante
? Citation de l'ouvrage intitulé : Cinquante nouvelles Lettres du R, P. de Smet, pe 292 et suiv. Paris, 1858.
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