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acres de terrain, « ont abandonné aux Indiens le produit des récoltes : il faut si peu de chose pour les besoins des missionnaires! » Enfin, après avoir parlé de leur piété et de leur ferveur, le gouverneur termine par cette réflexion, que « la religion a fait cesser l'état d’esclavage dans lequel gémit la femme dans toutes les tribus qui ne sont point encore converties. »
Le même rapport officiel mentionne également les Cœurs-d’Alène, chez lesquels on compte cinq cents chrétiens. Voici ce qui est dit de ces sau* .ges : « Grâce aux travaux de ces bons Pères, ils ont fait de grands progrès dans l’agriculture. Instruits dans la religion chrétienne ils ont abandonné la polygamie. Leurs mœurs sont devenues pures, et leur conduite édifiante. L'œuvre accumplie par les missionnaires est réellement prodigieuse. On trouve chez les Cœurs-d’Alèns une magnifique église, à la construction de laquelle on met la dernière main : elle a été bâtie par les Pères, les Frères et les Indiens. »
En dernier lieu, arrivant aux Potawattomies, au milieu desquels le Père Hoecken désirait vivre et mourir, et qui sont la dernière conquête des enfants de saint Ignace, il déclare que « maintenant on les reconnaitrait\à peine pour des j'idiens.» Telles sont, d’après le témoignage des protestants, les œuvres accomplies par des hommes que Dieu se plait à choisir comme les mstruments de sa puissance, el auxquels il accorde en abondance les grâces qui font triompher ses apôtres. Si ces sauvages ont été assez heureux pour trouver dans les Pères de la Compagnie de Jésus des maîtres et des docteurs qui leur ont apporté les avantages de la vie présente avec les promesses de la vie future, leurs filles n’ont pas été moins favorisées du Ciel. Pauvres créatures demi nues, vouées naguëre à l'esclavage et à la dégradation, elles sont devenues les élèves des religieuses du Sacré-Cœur de Jésus, qui n’ont pas craint de traverser un océan et un continent afin de porter la religion et la civilisation jusque dans les retraites les plus cachées des montagnes Rocheuses, et répandre dans ces obscures vellées la même instruction que les jeunes filles distinguées des autres races reçoivent de leurs mains dans toutes les capitales de l'Europe.
COTOMBIE ANGLAISE.
leurs inoffensif, s'étale franchement à chaque page de leurs livres,
En 1862, deux ofliciers anglais dont le protestantisme, d'ail-
nous aident à établir pour l'île de Vancouver et pour la Colombie
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« Les Indiens Soughies, sont très-près de Victoria, relate le commandant Mayne : ce voisinage présente de graves inconvénients. Et ce sentiment était si généralement partagé par les autorités anvlaises que la législature coloniale a déjà formé plusieurs plans our les tenir à distance. » Ainsi, éloigner les indigènes, est d'abord l'intention formelle des Anglais, voilà comment ils colonisent !
« Par suite de ses relations fréquentes avec les blancs, continue le même écrivain, cette tribu est devenue la plus dégradée de toute l’île. Ce sont aujourd'hui les plus vicieux et les plus abrutis de tous les Indiens. » Dans ces deux passages il signale à son insu les résultats de la colonisation protestante’.
« Les Cowichens forment une tribu assez belle et assez puissante d'environ quatre mille âmes, lisons-nous dans le même ouvrage. Mais les Indiens Nanaimos dont on parlait autrefois d'une manière si avantageuse, ont considérablement dégénéré depuis que l'établissement fondé par les Européens a pris de l’accroissement. » Aujourd’hui les Nanaïmos ont subi une déchéance morale par leur contact avéc les protestants. Au contraire la supériorité des Cowichens, assure le capitaine Barret Lennard, est due à leur conversion à la foi catholique. « Les missionnaires de l'Eglise romaine ont longtemps travaillé au milieu des différentes tribus indiennes, et ils paraissent avoir obtenu beaucoup de succès auprès de quelques peuplades, spécialement chez les Cowichens qui viennent en grand nombre à la messe dans la petite chapelle de la iission, »
Il'ajoute qu'il va maintenant à Vancouver tout un état-major de missionnaires protestants ; mais malgré l'intérêt qu’il porte à la réussite de leurs projets, il ne dit pas un mot de leurs disciples, il ne nous apprend même pas s'ils en ont*,
A l'embouchure de la rivière Harrison, le capitaine Lennard, trouva la tribu des Skaholets. 1 signale avec une sorte de répugnance que « ces Indiens ont un attachement profond à la foi catholique romaine, » Il avoue qu'ils observent fidèlement le dimanche, qu'ils témoignent beaucoup d'aversion pour toutes sortes de liqueurs enivrantes, etqu'ils sont tout à la fois laborieux et braves;
{Pour Years in British Columbia and Vancouver Island, par le commandeur R € Mavne, ch. n, p. 50 1862).
? Travels in British Columbia, par le capitaine Barrett-Lennard, eh, 1v, p. 97 (1802,
PR Nes ein s E
346 LES MISSIONS CIHRÉTIENNES.
ce qui ressort de la peinture qu'il fait lui-même de leurs mœurs !,
Près du fort Hope, il visita les Indiens Tum-Sioux, et bien qu'ils n'eussent point alors de missionnaire, il en trouva « un groupe de trente à quarante occupés à faire des génuflexions et des signes de croix dans l'intervalle des chants. — Bien des protestants rendraient compte, sans doute de la même manière, d'un oflice catholique à Paris ou à Londres. — Je ne sais pas, poursuit-il, si ces pauvres sauvages attachaient quelque signification particulière à toutes les cérémonies qu'ils accomplissaient?. » C'était peutêtre uniquement pour passer le temps qu’ils s’occupaient à chanter des hymnes, à faire des génuflexions et des signes de croix. Voilà pourtant une manière de se récréer fort peu en usage chez les sauvages. Des témoins protestants de cette sorte ont beancoup d'autorité, Leur profonde incapacité pour comprendre les choses les plus claires, et le soin qu'ils prennent de travestir les plus simples, ajoutent beaucoup de force à leur témoignage.
Le commandant Mayne qui est moins avare de détails nous fournit ces renseignements : « Tandis que nous étions mouillés dans la baie de Henry, nous assistèmes à l’arrivée d’un certain nombre de missionnaires catholiques romains. Quel empressement, quel enthousiasme parmi les naturels! {ls étaient en ce moment dispersés pour la pêche, ou pour tout autre occupation, Beaucoup d'entre eux étaient montés à notre bord, ou entouraient notre vaisseau, Mais dès qu'ils virent s’avancer un canot au-dessus duquel flottaient deux grandes bannières, aussitôt l'amour du lucre et la curiosité, passions dominantes des sauvages, firent place à un sentiment plus fort. Un eri soudain s’éleva : Le prétre! le prétre ! Et les Indiens ramèrent vigoureusement pour aller au-devant des missionnaires, Il y avait deux prêtres dans le canot. C'était leur manière de visiter chaque village sur la côte, Quinze jours après Je me trouvais en partie de plaisir dans le détroit de Johnstone, je les rencontrai de nouveau. Par un temps froid et pluvieux, le vent soufflait avec violence : ils paraissaient très-légèrement vêlus, grelottant au fond de leur canot, tandis que les Indiens ramaient avec peine contre le courant pour atteindre un village avant la nuit; jamais je ne vis des hommes dans un état aussi pitoyable, Assurément, si les peines d'ici-bas trouvent une ample compensation là haut, ces deux prêtres doivent jouir au ciel d'une immense félicité”. » Nous n'avons pas lieu d'être sur-
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%Jbid., p. 149, S Jbid., ch, xu, p. 170.
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pris de la réflexion de cet officier déclarant que ces missionnaires, « qui connaissent à fond la langue du pays, exercent sur les Indiens une influence considérable. »
« Je me rappelle qu'un dimanche, dans le port Ilarvey, me trouvant sur le pont, j’aperçus six à huit canots qui entouraient le navire, Tout à coup les sauvages entonnèrent un chant qui dura dix minutes. Ils chantaient en cadence, et leurs voix portées sur les flots tranquilles allaient se perdre au milieu des arbres du rivage : jamais je n’oublierai cette scène, c’étaient des Indiens de Vancouver | J'ignore quelles étaient les paroles, mais les naturels nous dirent qu'ils les avaient apprises de la bouche des prêtres. Le prêtre catholique n’a pas à se plaindre de la réception que lui font les Indiens '. »
«A Esquimalt les Indiens se rendent à la mission catholique le dimanche matin ; dès huit heures, on peut voir tout le village traverser la rade en canot, et se diriger vers la maison du missionnaire en chantant de toutes leurs forces. » Ce spectacle fait taire un instant les préjugés religieux et nationaux du commandant Mayne; il continue ainsi : « Il est certain que le dévouement, le zèle et l'énergie avec lesquels les prêtres travaillent au bonheur des sauvages, méritent bien le succès qui couronne leurs efforts. Lorsque je les rencontrais allant de village en village, seuls au milieu des indigènes, dans un canot malpropre, trempés jusqu'aux os, je les comparais involontairement à la plupart des missionnaires des autres sectes, ct la comparaison, je vous assure n'était pas à l'avantage de ces derniers® .»
Nous avons vu dans cet ouvrage tant d'exemples de ce genre, nous avons lu tant d’aveux semblables de sympathie et d’admiration involontaire, que ce trait particulier n'a pas besoin de commentaires. Mais nous ne devons pas omettre de donner ici quelques détails qui feront ressortir davantage le contraste dont parle cet oflicier.
{ Lennard, ch. x1, p. 274.
Sbid., p.275. Le commandant Mayne établit une exception en faveur de M. William Duncan, missionnaire protestant, I parle de son énergie et de sa persévérance en termes ‘logieux que la conduite de ce missionnaire semble mériter, M. Duncan a travaillé avec itelligence au bien-être matériel des Indiens, et il s'est efforcé de fonder des écoles pour leur instruction, Mais, d'après le tableau que nous trace le commandant Mayne, nous ne voyons guère dans son œuvre que l'emploi habile de moyens naturels pour atteindre an but également naturel, Nous sommes st éloignés de révoquer en doute les mérites de M. Duncan, que nous serions heureux d'en reconnaitre de semblables dans tous ses coreligionnaires, Lorsque l'on trouve des protestants qui, par des motits surnaturels, con entent à se dévouer sans réserve et sans salaire au service de Dieu, on peut être sde qu'ils ne tarderont pas à se faire catholiques,
Le commandant Mayne remarque « qu'avant 1857, jamais un missionnaire m'avait traversé les déserts de la Colombie anylaise. Aucune tentative n'avait été faite pour instruire les Indiens. » L'assertion n'est pas tout à fait exacte, comme : parait l'avoir senti lui-même, puisqu'il ajoute immédiatement : « je dois excepter les efforts des prêtres catholiques romains, » qui n'ont pas attenuu la construction des forts, l’établissement du commerce et d'une police ml'taire. Avant les trappeurs et les chasseurs, ils avaient traverse le: fleuves, et parcouru les forêts de la Colombie, sans protection, sans salaire, excepté celui qu'ils reçoivent du Dieu qui récompense en secret. Mais leur œuvre devait être bientôt entravée par des hammes qui ne leur ressemblaient guère. En 1859 onze prédicants de différentes sectes, dont quatre W esleyens, recevant chacun un salaire annuel très-rémunérateur, étaient entrés dans ce pays. « Mais leur mission, assure le commandant Mayne, comme celle de notre propre É glise, a été plus utile aux blanes qu'aux Indiens’. » Un évêque anglican arriva à Esquimalt en 1860, «apportant une Eglise en fer que l'on envoyait d'Angleterre, mais cet édifice avait coûté si cher, qu'il n’était pas encore payé à mon départ de l’île. » Que fera le fonctionnaire protestant pour les indigènes? Nous pouvons le prévoir d’après les résultats obtenus par ses collègues d’autres pays. Que fera-t-il à Esquimalt en particulier ? La réponse se trouve dans le fait déjà cité : «à Esquimalt tous les Indiens suivent la mission romaine, »
Nous connaissons les moyens employés par cet évêque anglican. M. Macdonald, qui parle de lui avec toute la chaleur de l'amitié,
‘apporte, en 1862, les faits suivants : « Quoique le don de vingtcinq mille livres sterling offert par miss Burdett Coutts, cette estimable chrétienne, soit magnifique, il ne suffit pas encore pour soutenir la mission : le besoin de plus d’argent est pressant. » Toutefois les sommes considérables dépensées n'avaient amené aueun résult t relativement jaux idolàtres. «€ Personne n'ignore, continue M. Macdonald, que le Révérend M. Cridge travailla avec zèle, pendant plusieurs années au milieu de ces Indiens, sans ombre de succès. Le Révérend W, Clark, à son tour, échoua et quitta le pays avec sa famille, Un ministre de grand mérite dut également se retirer. Ce sont là des faits également notoires, ajoute-t-il; aussi, il semble prodigieux que le docteur Hill, évêque anglican, ait pu, à son arrivée dans la colonie, produire sur quelques enfants indiens l'effet dont nous allons parler. » La cita-
® Lennard, ch. x, p. 341
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tion est tirée d'un rapport officiel du même docteur. « Nous nous mimes à chanter de tout cœur, et quand nous eûmes fini, nous trouvàmes que nous avions fait sur eux une impression remarquable. Tous étaient saisis de respect, immobiles et pensifs. » La fatale nécessité de produire de l'effet, jointe au besoin pressant d'argent, peuvent seuls pousser un homme bien élevé à .s’exposer ainsi à la satire de ses amis et de ses coreligionnaires!,
M. Macdonald, en désaccord sur ce point avec le capitaine Leunard et le commandant Mayne, insinue que les missionnaires catholiques n'ont obtenu que des succès insignifiants. Il ne parle plus comme témoin oculaire, mais simplement par oui-dire. On dit, assire-t-il, que le Père Chéroux disait : « Celui qui répand la semence de linstruction dans le cœur de ces sauvages a choisi un sol stérile. » On attribuerait aussi au Père Lamfrett cette réflexion : « Les Indiens se sont corrompus par leurs relations avec les blanes. » S'il en est ainsi, ce n’est qu'un nouvel exemple d'un lait rencontré dans tous les pays : non-seulement les protestants ne réussissent pas à convertir les idolâtres, mais ils empêchent, par leur présence, les catholiques de porter remède au mal.
Néanmoins nous avons lieu d'espérer que les exemples cités par le « capitaine Lennard et le commandant Mayne, malgré leurs préjugés religieux, ne sont pas les seuls, et qu'on peut en trouver d'autres dans la portion plus considérable du pays qu'ils n'ont pas exploré, Le Père Demers, d’après le récit du Père de Smet, le quitta, il y a quelques années, pour précher l'Évangile dans ces mêmes provinces. Sa prédication n'a pas été infructueuse, «Le 15 octobre (1861), dit un journal protestant de la Californie le très-Révérend évèque Demers est parti d'ici (de San K aNnCisco) pour se rendre dans la Colombie anglaise, af® d'assister à une réunion des Indiens de cette colonie. L’évèque est connu de tous ces naturels, et exerce une influence considérable sur ces tribus. Quand la nouvelle de son arrivée parvint au camp, cent Indiens montés sur quarante canots, vinrent lui faire escorte... Ces Indiens ont une instruction religieuse fort développée. Ce devait étre une scène bien imposante et bien solennelle au milieu des déserts du Nord, que cette réunion de quinze cents sauvages occupés à prier et à chanter les louanges du Seigneur*
Avant de quitter la Colombie britannique, nous devons men- Lonner les conversions remarquables opérées par les missionnaires
British Columbia and Vancouver Island, jar Duncan G.F. Macdonald, C. E., ch. v
* San Francisco Monitor, cité dans le Weekly Register, # janvier 186%,
Oblats auxquels cette contrée très-étendue qui touche aux possessions russes a été attribuée par décision pontificale. Entre leurs mains, les sauvages régénérés reproduisent des actes de vertu que les preiniers chrétiens offrirent au monde idolätre. D'inrmenses difficultés n'effrayent pas ces missionnaires ; les lus & grandes jeur viendraient de la population blanche, représentée par des trafiquants de whisky. Ces marchands usent de tons les ineyens de séduction, et vont même jusqu’à s'irriter de là temperance des nouveaux chrétiens ; l’un de ces derniers se montra sourd à leurs instances. Le fait mérite d’être cité & Au printemps dernisr, lisons-nous dans le dernier bulletin des missionnaires Oblats, trois de ces blanes, cantiniers de profession, montés dans une barque, ‘désiraient traverser une baïe large à périlleuse pour porter leurs liqueurs sur la rive opposée, 445 an camp d’infidèles. Ne connaissant pas bien la direction ils avaient àpieudre, ils engagirent à les accompagner, pour leur servir de guide, un jeune chrétien qui revenait de la pêche. Victor, nom du jeuuc sauvage, sachant leur coupable dessein, et craignant d'offenser Dieu en coopérant à l'œuvre du démon, les pria de l'excuser et de lui laisser continuer sa route. « Nous te récompenserons « largement, lui dirent-ils; viens. — Ma mère n'attend à la cabane, « repartit Victor, et je ne voudrais pas, Pour AuE au monde, lui « causer du chagrin par un trop long retard. » Ces blanes, le voyant intraitable, se mirent à l accabler d’injure s grossières mélées d'affreux blasphèmes. Victor prit la fuite; mais ils parvinrent le saisir ; et, le trainant brusquement sur leur barque, ils prirent le large. « Tu viendras pour rien, puisque tu ne veux pas «venir pour notre argent, » En parlant ainsi, ils frappaient de leurs rames la tête du pauvre sauvage qui, sars avoir l'air d'être ému, voyant : uler son sang, se refusai’ toujours à leur indiquer la roue. Cependant on avauçait; un vent violent semblait exciter les vagues à engloutir ces impies. Bientôt la tempête sévit, l'éclair “end nue, le tonnerre gronde, la grèle se précipite, ‘1 voile est emportée en lambeaux; l'embarcation menaçait de sombrer. Nos cantiniers perdent la tête ct abandonnent toute direction. Le canot, poussé avec violence, va se briser contre un vieux cotonnier flottant, instrument, semble-t-il, de la vengeance divine; la cantine et les cantiniers sont engloutis. Notre Victor, se confiant aux vagues, et porté à cheval sur ce même cotonnier, se voit en un instant conduit sur la rive. Témoins de ce spectacle, des blanes et des sauvages qui n'avaient pu être d'aucun secours aux
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naufragés reçurent le bon Victor comme en triomphe. « J’auras « bien voulu sauver ces infortunés, disait-il au missionnaire lors- «€ qu’il vint lui raconter l’événement, mais leur perte sous les flots « fut si prompte, que je n'ai pu les voir ni s’enfoncer, ni dispa « raître. » — Il se serait vengé en chrétien‘!
Les sauvages de Puget-Sound, autrefois les plus dégradés, donnent surtout des consolations aux missionnaires. « Rien de plus édifiant que la vie de nos nouveaux chrétiens de la Réduction où est établie notre résidence, écrivent-ils. Dans chaque famille on récite la prière du matin en commun; tous viennent ensuite assister à la messe, pendant laquelle ils disent le rosaire ou chantent des cantiques avec une piété touchante. Le matin il y a école en langue anglaise et le catéchisme en langue sauvage pour les enfants. Le soir, la prière se fait en commun à l'église; elle est toujours précédée d'une instruction pour tous. »
Dans une autre lettre datée de Saint-Joseph-Esquimalt, nous lisons : « Nos sauvages font des progrès encourageants dans l’agriculture ; chaque famille a son jardin assez bien cultivé et bien entouré à la façon américaine, beaucoup d’entre elles ont doublé et même triplé leurs semences. Plusieurs ont construit de petites maisons à la mode des blancs... L'avenir seul me fait craindre :; car il est malheureusement trop vrai, les blancs qui nous entourent seront toujours pour nos pauvres sauvages des pierres d'achoppement et des principes de destruction. Nous avons à lutter contre des influences opposées qui paralysent notre action. N'importe, nous faisons le bien et, avec la gràce de Dieu, nous conlüinuons notre œuvre. »
Aussi un protestant sincère avait raison de dire : @ Il y a maintenant, dans les déserts les plus reculés de l’Orégon, de nouveaux ouvriers dont le succès est garanti par l'histoire du passé ; ce sont les agents de l'Eglise catholique? »
Obéissant à l'ordre qu'il + 1t reçu du révérend Père d'Herbometz, de la même Congré,, : -n, vicaire apostolique de la Colombie et de Vancouver, le Père Grandidier entreprit la visite des sauvages qui habitent le haut de la rivière Fraser, et poussa so excursion jusqu'aux mines du Caribou. Son récit, plein d'intérêt, nous présente ce passage : « Quelques semaines avant mon arrivée au Fort-Douglas, l'évèque anglican avec trois ou quatre ministres, avait tenté une espèce de propagande parmi
! Missions de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, mars 1864, p. 94. ® The Statesmen of America, par S. Mytton Maury, p. 309,
les sauvages de cette contrée. Je résolus de détruire ce qu'ils avaient fait; je comptai sur la Providence et la grâce de Dieu pour aider un débutant comme moi qui n'avait pas encore livré seul bataille au démon et à ses auxiliaires. Je commençai à jouir du plaisir de coucher à la belle étoile et de manger ce que la main de Dieu me préparait. Quand j’arrivai à Fort-Douglas, je vis tout de suite les traces du passage des ministres. Ils avaient dit à ces pauvres sauvages que les prêtres français ne valaient rien, que leur prière n'était pas bonne, etc. D'autre part, je savais que le ministre résidant à Douglas n'avait jamais paru au milieu des sanvages ; il avait dit qu'il ne donnerait pas un sou pour voir ces pauvres gens appartenir à sa secte plutôt qu'à une autre. Tout cela devait me servir. » Le missionnaire finit par les ramener, en leur montrant qu'ils devaient croire celui qui conforme ses actes à ses paroles, et qui leur témoigne en tout et partout une véritable affection.
Après une foule d'incidents périlleux et un chemin hérissé de difficultés de tout genre, le Père Grandidier arriva au pays minier appelé le Caribou. Il visita les sauvages blancs qui cherchent l'or; il voulut s'assurer s'il leur restait encore un peu de foi, « hélas, nous dit-il, ils sont pires que les pauvres sauvages que j'avais rencontrés, » [l finit par trouver de bons !rlandais qui voulurent lui offrir un peu de poudre d’or. Les travaux des mines en général sont peu favorables à l’accomplissement des devoirs reliyeux.
« Obligés de vivre loin du prêtre pendant la plus grande partie de l’année, trouvons-nous dans une lettre de Mgr Faraud vicaire apostolique d’Atthorbaska et de Mackensie, les sanvages chrétiens suppléent comme ils peuvent aux exercices religieux. Réunis dans une tente commune, ils chantent des cantiques, disent le chapelet, puis, s'assotent en grand cercle pour écouter les plus habiles répétant à leur manière les instructions qu’ils ont entendues dans le cours des missions. P’aatres fois, ils prennent tour à tour la parole. C'est ce qu'ils appellent faire la messe. »
Partout dans le vicariat de Colombie britannique, les missionnaires sont reçus avec empressement ; uu grand nombre de sauvages ont embrassé la prière et renoncé à leurs superstitions ; la société de tempérance compte plus de quatre mille membres. Les Journaux protestants reconnaissent ces succès des missions romaines et l'impuissance des leurs!
1 Missions de la Congrégation des missionnaires Oblats de Marie Immaculee, mars ING4.
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