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rite Bourgeois, Marie Barbier, Marguerite le Moine, Marie-Louise Dorval, et à cent autres « célèbres par leur piété, » selon la re. marque que faisait au siècle dernier le voyageur suédois Kaln!, M. Hawkins continue : « 11 faut qu’elles aient été soutenues par un profond sentiment du devoir. Otez ce motif, il sera impossible à la nature humaine de se résoudre à tous les sacrifices devant lesauels les Hospitalières n’ont pas reculé en s'établissant dans la Nouvelle-France. Sans critiquer ici la tranquillité toute philosophique qui règle la conduite des hommes religieux de notre époque (c’est un protestant qui parle), je doute que le courage avec lequel les missionnaires des deux sexes, dans la Nouvelle-France, enduraient la fatigue et affrontaient le danger, puisse trouver aujourd’hui des imitateurs. On les a vus braver toutes les horreurs d’un climat nouveau, la famine et la mort au milieu des tourments. Soutenus par une force et une patience surhumaines qui ne pouvaient venir que du ciel, ils ont enfin réussi à établir solidement au milieu de ces contrées les autels de leur Dieu et la’foi de leur pays”. »
Examinons d'abord comment ils furent accueillis par les Indiens du Nord. |
« Les Indiens, avant d’être civilisés, remarque M. Hawkins, traitaient les Européens avec une sorte de charité chrétienne. Les efforts des Jésuites pour la conversion et l'instruction des sauvages, la bonté et le dévouement des missionnaires partout où ils parvenaïient à s'établir, perpétuèrent ces sentiments d'amitié envers les Français 5. »
Lorsque les Ursulines arrivèrent à Québec en 1639, relate M. Bancroft, « elles s'arrêtèrent, en posant le pied sur le rivage, afin de baiser la terre qu'elles adoptaient pour patrie, et qu’elles étaient prêtes, s’il le fallait, à arroser de leur sang. Le gouverneur avec sa petite garnison vint les recevoir sur le bord du fleuve, Les Hurons et les Algonquins réunis dans une commune allégresse, remplissaient les airs de leurs acclamations. Faut-il s'étonner que les indigènes aient été touchés d’un dévouement qui ne se laissait pas cffraver par le triste spectacle de leur pauvreté et de leur misère‘? »
Un peu plus tard ce même auteur nous dira que les Français ne virent jamais se refroidir la sympathie des Indiens à leur égard, et
1 Travels in North America, Pinkerton, vol. XIE, p. 658. * Picture of Quebec with Historical Recollections, ch. x. p.171.
5 Jbid., ch.1, p. 5.
4 History ofthe Linited States. par Gcorze Bancroft, vol. IT, p. 987; éd. Routledge.
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« qu’ils reçurent partout les témoignages du plus vif attachement de la part des peaux-rouges pendant leur dernier voyage dans la vallée du Mississipi après la conquête anglaise. » Dans les dernières années du dix-huitième siècle, lorsque Chateaubriand visita ces peuplades, elles se souvenaient encore du drapeau de la France ; et « un mouchoir blanc, dit l’illustre voyageur, suffisait pour passer en sûreté à travers les hordes ennemies et pour recevoir partout l'hospitalité!, » Des relations plus familières avaient donc accru l'affection qu'ils avaient inspirée aux sauvages dès leur arrivée. Un siècle de domination avait rendu les conquérants plus chers encore aux Indiens. On n’attachera jamais trop d'importance à ce fait. Aussi les écrivains impartiaux en ont tiré cette conséquence : si la colonisation de l'Amérique avait été l'œuvre des Français seuls, elle aurait eu pour résultat la conversion des naturels du pays, et non pas leur complète extermination.
Les émissaires protestants venus de l’Angleterre et de la Iollande furent reçus, sinon avec autant de joie et d'enthousiasme, du moins avec une bienveillance sincère. Ils en ont fait l’aveu. « Les Indiens se sont conduits avec nous comme des agneaux, dit le révérend M. Cushman un des premiers missionnaires protestants ; ils se sont montrés si bons, si soumis, si confiants qu’on peut dire que beaucoup de chrétiens ne les valent pas sous ce rapport?. » |
De toutes les parties des États de l'Est viennent des appréciations semblables. « Les tribus de la Virginie, » qu'on paya ensuite d'ingratitude, et qui étaient réservées à des traitements si cruels, «nourrirent littéralement la colonie établie à Jamestown avec le blé qu’elles avaient récolté dans leurs champs. » Quant aux peuplades de la Nouvelle-Angleterre, voici ce qu’affirme à leur sujet un rinistre anglican : « Les Indiens nous voient venir volontiers dans leur pays pour y fonder des établissements. » A leur arrivée à Vokanoket, où plus tard ils massacrèrent impitoyableient hommes, femmes, et jusqu'aux petits enfants, « les Anglais furent accueillis avec joie, et parfaitement traités®. »
Les Pères pèlerins eux-mêmes, suivant le nom qu'on leur donne, peu de temps après leur arrivée, parlaient ainsi des naturels qu'ils wessayèrent pas de convertir: « Nous avons trouvé dans les
| (iénie du Christianisme.
* Schoolcraft, part. I, p. 25.
°d, part. H, p. 95,
New England's Plantations, par un ecclésiastique fixé dans le pays, p. 15 (1650). * Ilistory ofthe Town of Plymouth, par James Thacher, M. D., p. 59 (1835).
Indiens des alliés fidèles, pleins d'affection pour nous, et tout disposés à nous faire plaisir !. »
Dans les Carolines on vit se reproduire les mêmes faits ; et pourtant une pétition publique adressée aux lords propriétaires de cette colonie nous apprend que « les peuplades indiennes voisines de cette province avaient été traitées d’une manière si barbare, qu’elles étaient sur le point de se révolter contre la Grande-Bretagne et de se donner à la France*. » Ce pays, plus qu'aucun autre, devenu anglais par les usages, les lois et les traditions, apprit plus tard à détester ses hôtes qui avaient reçu à leur arrivée l'accueil le plus amical, comme le rapporte M. Howison. Dans l’île de Roanoke, « la femme du chef en voyant débarquer les Anglais courut à leur rencontre, les conduisit dans sa demeure, fit sécher leurs habits, leur lava les pieds avec de l’eau chaude, et leur offrit toutes ses provisions de venaison, de poissons et de fruits. Ensuite, lorsque les Anglais, obéissant à un indigne sentiment de défiance, saisirent leurs armes, cette Indienne au noble cœur ordonna aux sauvages qui l’accompagnaient de briser leurs flèches, en témoignage de leurs intentions pacifiques. Aussi dans les lettres qu'ils adressaient en Angleterre, les colons anglais représentaient ces sauvages comme des êtres confiants et bons”. »
D’autres exemples mettront plus tard cette vérité dans tout son jour, en entrant dans le détail des faits. Déjà nous pouvons tirer cette double conclusion : Dans le Sud, où les missionnaires catholiques furent accueillis à coups de massues et de flèches, où le sol fut arrosé de leur sang, ils convertirent tout le continent. Au Nord, les émissaires protestants trouvent dans les Indiens des hôtes pleins de confiance et de simplicité ; ils font partout un désert.
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Les Anglais et les Hollandais débarquèrent en Amérique à des époques différentes; mais avec les mêmes idées religieuses. Ils avaient les mêmes vues, les mêmes désirs. Comme leur but était uniquement d'acquérir des terres et d’amasser des richesses, ils commencèrent par gagner les tribus qui n'étaient pas converties, et à les exciter, au moyen de liqueurs fortes, à faire la guerre aux tribus chrétiennes qui étaient alliées de la France. Un ennemi acharné du catholicisme, Gookin, qui déplorait amèrement le
1 The Pilgrim l'athers, par Gcorge B. Cheever, D. D., p, 75. ? An historical Account of the Protestant Episcopal Church in South Carolina, var
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succès rapide des missionnaires au milieu des indigènes, avouait que « le vice honteux de l’ivrognerie n'était pas connu des Indiens avant l'établissement des Anglais et des autres nations chrétiennes en Amérique. » Ce langage était exacte.
Lorsqu'à son arrivée dans le pays, Henrik Hudson fut reçu par une tribu indienne, son premier acte fut d’enivrer tous les sauvages avec du whisky qu’ils burent avec répugnance el seulement pour montrer, par cet acte de politesse, leur confiance envers leurs nouveaux visiteurs*. Mgr de Laval, évêque de Québec, prévoyant les désastreux effets que l’intempérance produirait parmi les habitants de l'Amérique du Nord, défendit sous peine de péché mortel, de donner aux Indiens des liqueurs spiritueuses®. M. Bancroft nous apprend que cette défense réussit auprès des catholiques. Mais les Anglais et les Hollandais ne se soumettant pas à l'autorité de l'évêque se riaient de ses censures.
Les indigènes reconnurent bientôt la différence entre la politique de leurs hôtes catholiques et celle de leurs hôtes protcstants. « Vous êtes la cause de ce mal, disaient-ils aux Hollandais * vous enivrez nos Jeunes hommes avec de l’eau-de-vie. Quand ils ont bu, ils se battent à coups de couteaux, et se comportent en insensés. Le seul moyen d’arrêter ce désordre, est de ne plus fournir de liqueurs fortes aux Indiens*. » Quant aux Anglais, les sauvages leur adressèrent, à plusieurs reprises, les mêmes reproches avec plus de vivacité. « Les Anglais sont nos corrupteursÿ, » disaiant-ils souvent. Lorsque leurs chefs demandèrent qu'on ne permit plus aux marchands de porter du rhum dans les villages indiens, les officiers anglais, dont l'ambition se bornait à faire fleurir leur commerce, répondirent avec hauteur « qu’on ne pouvait pas empêcher les marchands d'aller dans les endroits où ils trouveraient un placement facile pour leurs marchandises ‘. » Réponse brutale, dont on ne prenait même pas la peine de déguiser le cynisme, et que les Indiens surent apprécier à sa juste valeur. Lorsque le gouvernement anglais de Boston fit des tentatives auprès des indigènes pour les détacher de la France, il essaya
1 Gookin’s Historical Collections, sect. LE, p. 7 (1772).
* Schoolcraft, part. LE, p. 24.
5 Brasseur de Bourbourg, tome 1, ch. vu, p.14. Voir aussi Relations des Jésuites dans la Nouvelle-France, année 1671.
4 Bancroft, vol. IT, p. 563.
* Henriou, tome I, part IE, p. 609.
$ An Inquiry into the Causes of the Alienation of the Delaware and Shawanese ludians from the British interest, p. 52.
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en vain par les offres les plus séduisantes de les déterminer à admettre un ministre protestant; il reçut une éponse bien digne d’être rappelée.
« Votre langage m'étonne, je suis surpris de votre proposition, dit l’orateur “indien. Vous me connaissez depuis plus longtemps que les Français me connaissent; cependant jamais ni vous ni vos ministres ne m’avez parlé de la prière ou du Grand- Esprit. Ils voient mes fourrures et mes peaux de castors, cela leur suffit; ils ne demandent pas autre chose. Lorsque je leur en apporte une quantité considérable je suis leur grand ami: voilà tout,
«Mais, naviguant un jour sur mon canot je m’écartai de ma route, et j'arrivai à un village algonquin, près de Québec, où les Robes noires prêchaient. A peine étais-je arrivé qu'une Robe noire vint vers moi. J'étais chargé de pelleteries. La Robe noire ne daigna pas même les regarder. Il me parla du Grand-Esprit, du paradis, de l'enfer, et de la prière qui est le seul chemin pour aller au ciel. Je m'arrètai longtemps dans ce village pour l'écouter, À la fin, je sentis que j'aimais la prière. Je lui demandai de m'instruire, et de m'accorder le baptême. Je le reçus de ses mains, Ensuite je retournai dans mon pays, et racontai ce qui m'était arrivé. Les Indiens de ma tribu envièrent mon bonheur, et voulurent le partager. Ils se mirent en route pour rencontrer la Robe noire, et lui demander le baptème. Telle fut la conduite des Français à notre égard. Si vous m’aviez parlé de la prière lors de notre première rencontre, j'aurais eu le malheur d’apprendre à prier comme vous, car Je ne pouvais pas m'apercevoir que votre prière n'était pas bonne, Mais j'ai appris à prier comme les Français. J'aime cette manière de prier, et je ne l'abandonnerais pas jusqu’à la fin du monde. Gardez-done, s'il vous plait, votre argent et votre ministre : je ne vous dis rien davantage?. »
Le voyageur suédois Kalm semble faire allusion soit à ce dis-
cours, soit à un autre du même genre, lorsqu'il dit, au grand déplaisir de son éditeur Pinkerton : « Les Anglais s'inquiètent beaucoup moins que les Français d'une chose de la plus grande
1 Dans un des premiers voyages des Pères pélerins à l'intérieur du Massachussett, on
remarque chez eux le même esprit de cupidité, & Nous avons pu nous procurer là des peaux, mais en petit nombre : » voilà comment le journal puritain entre en matiere, Pour ce qui est de chercher à convertir les sauvages, il n'en est pas même question. ‘The Pülgrim Fathers, par George B. Checver, D. D., p, 60.)
? Lettres édifiantes et curieuses, tome VI, p. 211.
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importance. Les hommes qu'ils envoient pour instruire les Indiens ne sont pas à la hauteur de leur mission.» Citons aussi M. Talvi, auteur américain dont le langage contraste avec celui de ses francs et loyaux compatriotes. S'il dit un mot des inissionnaires catholiques, c'est pour lancer contre eux une méchante et basse plaisanterie. D'après lui, « les Indiens répondaient aux sollicitations des blancs, c’est-à-dire des Anglais, qui les engageaient à se convertir au christianisme : « Pourquoi, si c’est là une affaire grave « d’où dépend notre salut, ne nous en a-t-on pas dit un mot pen- « dant vingt-six ans! ? » Enfin M. Halkett se voit obligé de faire cette remarque : « Les Indiens, sans aucun doute, ont dû reyarder les blancs comme une race injuste, fourbe, immorale, comme des hommes qui ne pratiquent pas ce qu'ils prêchent.
Nous n'avons pas lieu d’être surpris en voyant, qu'aujourd'hui mème, les Indiens n’hésitent pas à exprimer, par l'organe de leurs chefs, leur répugnance à recevoir les instructions des ministres protestants?, »