L., put John Russ
aussi avec joie les missionnaires de la même Compagnie. A leur tour les Onéidas et les Sénécas prêtent une oreille attentive à la bonne nouvelle de l'Évangile. Lorsque nous considérons les dangers que devaient affronter les missionnaires, et les fatigues qu ‘ils avaient à endurer, lorsque nous voyons tant de Jésuites sceller de leur sang la vérité des doctrines qu'ils prêchaient, et la sincérité de leur dévouement pour les indomptables enfants des forêts américaines, nous ne sommes plus surpris de l'éloge mérité par leur courage, leur zèle et leur charité surhumaine. » Ensuite, S'élevant au-dessus de la bigoterie maussade et pleine de préjugés qu'on rencontre toujours chez les protestants d'Angleterre, le même auteur ajoute : « Ces faits suffisent pour établir que dans tous les États de l'Union où le catholicisme a pu s’introduire, l’histoire présente une foule de traits d’héroïque détachement, de courage en présence des dangers, et de patience au milieu de l'opposition la plus acharnée. Enfin, combien de triomphes remportés par les missionnaires catholiques sur leurs adversaires qu'ils linissaient par gagner à leur foi! ! »
M. Washington Irving ne va pas moins loin dans l'expression de sa généreuse admiration pour la mème société d'apôtres, «€ Il suffit d'avoir entrevu l'histoire de l'Ouest pour savoir avec quel zèle infatigable les missi. aires poursuivaient leur œuvre de conversion au milieu des sauvages. Avant qu'un Virginien n’eût traversé le Blue-Bridge à l’époque où le Connecticut était encore l'extrême frontière de la Nouvelle - Angleterre, plus d'un missionnaire français dont la jeunesse s'était écoulée dans les tièdes
vallées du Languedoc, avait exploré les déserts cu Wisconsin et lait retentir les hymnes catholiques dans les prairies de l'Illinois. Le prêtre catholique devança les soldats et les marchands. De lac en lac, de rivière en rivière, les Jésuites s’avançaient sans se reposer jamais; et prenant sur ces sauvages un ascendant que les autres sDOnaree n'avaient pas au même degré, ils converlissaient à leur foi les belliqueux Miamis, comme les voluptueux Hlinois?, »
Les ministres protestants, en présence de tant d’héroisme et de vertu, ont oublié leurs phrases de convention, et déposé toute hostilité sur le tombeau des martyrs ; l'émotion les a mème gagnés. « Combien est petit le nombre de ceux qui mouraient au milieu du repos! s'écriele révérend M. Kip après avoir énuméré
UTapp, Hist. of Net. Denominations of U.S., p. 19-90 Li — Knickerbocker, juin 1858.
les divers genres de mort qui lerminèrent leur carrière; mais ces obstacles purent-ils arrèter les progrès des Jésuites? Non, les fils de Loyola ne voulurent jamais se retirer. La mission qu'ils fondaient dans une tribu ne finissait qu'à l'extinction de la tribu elle-même. Leur vie n’était qu’une longue suite d’actes de dévouement admirables, et d’héroïques sacrifices, Tout en pleurant leurs frères morts ils s’empressaient de venir occuper leurs places, et s'il le fallait, partager leur sort. Tout ce qui est arrivé à ces deux excellents missionnaires, écrivait le Père Petit, après avoir raconté le martyre de ses deux frères, ils l'avaient prévu en se consacrant aux missions indiennes. Si la chair frémissait et tremblait, l'esprit ne défaillait pas. Chacun sentait qu'il était baptisé pour la mort, et que son sang versé à flots dans les grandes forêts de l’Ouest, ferait croître plus de fruits de salut que toute une vie d’effort et de travail. 1bo ei non redibo : telles furent les paroles prophétiques du Père Jogues quand il partit pour son dernier voyage chez les Mohicans, Lorsque Lallemand fut lié à un poteau, durant les dix-sept heures de son agonie, il consolait et encourageait son frère par ces paroles : Mon frère, disait-il, nous sommes donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes, Au moment où le Père Marquette allait partir pour se rendre aux sources du Mississipi, les Indiens qui lavaient connu et qui s’élaient attachés à lui, l'engageaient à abandonner son projet en lui déclarant que les nations lointaines n “épargneraient pas un étranger. Voici quelle fut la réporse calme et sereine du missionnaire : Je serai heureux de donner mon sang pour le salut des âmes", »
Ces écrivains loyaux qui applaudissaient ainsi aux dons célestes, et qui parfois rendaient hautement hommage à la fermeté surnaturelle des missionnaires, se bornent à une simple admiration. Ces actes dans lesquels ils voient l'effet de l'enthousiasme ou du tempérament font moins d'impression sur eux que sur le Huron et sur l'Onéida. Ceux-ci du moins savent remonter jusqu'à la source de cel héroïsme, el comprennent que le maitre de la vie peut senl former de tels hommes, et leur inspirer de pareilles actions. Ces historiens protestants ne retirent aucun enseignement de ces faits qu'ils racontent, et dont leurs propres annales ne fournissent jamais d'exemple.
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! The Early Jesuit Missions in North America, par le Rév, Williua Fngraham Kip. \ À. prel p N
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tage, celui de nous dispenser de citer les preuves fournies par les catholiques. Il est aussi une conclusion importante à tirer de ces récits : les missionnaires auraient obtenu dans le Nord les mêmes fruits que dans le Sud, s'ils avaient eu la même liberté. Supposons que le Canada et les États.” Jais aient appartenu à la France ou à l'Espagne, au lieu d’appartenir à l'Angleterre ct à la Hollande, nous pouvons affimer, l’histoire du Brésil et du Paraguay à ia main, que les races indiennes du Nord subsisteraient encore.
Dans ce double champ de bataille apostolique les mêmes soldats luttaient pour la conquête des âmes, « Les différentes traditions portent témoignage de leur mérite, rappelle le plus savant historien des États-Unis. [ls avaient les défauts de la superstition monastique (ces défauts leur étaient communs avec saint Paul et saint François Xavier), mais ils souffraient toutes les horreurs de la vie canadienne au milieu des déserts avec un courage passif vraiment invincible, et une tranquillité intérieure inaltérable. Privés de toutes les douceurs de la vie, loin de ce brillant théâtre où l’on peut se faire un nom, ils étaient morts au monde, et possédaient leur âme dans une paix parfaite. L'histoire de leurs travaux se rattach£ à l'origine de toutes les villes dont il est parlé dans les annales de l'Amérique française. On ne doublait pas un cap, on ne traversait pas une rivière sans qu’un Jéruite ne monträt le chemin !, »
En 1641, un canot d'écorce partit de la baie de Pénétangushène pour se rendre au Saut Sainte-Marie à l'invitation des Chippewas qui avaient entendu parler des messagers du grand Esprit. Ceux-ci «arrivés à la chute du fleuve après une navigation de dix-sept jours, trouvèrent une réunion de deux mille àmax, Ainsi le ièle religieux des Français portait l'Évangile jusqu'aux rivages de Sainte-Marie, et aux bords du lac Supérieur; ils visitaient déjà les tentes des Sioux, cinq années avant que, dans la Nouvelie-Angleterre, Elliot se fût mis en rapport avec la tribu indienne qui habite à six milles du port de Boston! » Raymbaut et Jogues voyageaient dans les pirogues ; le premier fut victime de la rigueur du climat, le second était réservé à un sort plus tragique. Tandis qu il revenait à Québec par Ottowa et le Saint-Laurent, en compagnie « du grand guerrier Ahasistari » et d'une troupe de Hurons chrétiens, il fui attaqué par une bande de Mohawks. Les Hurons se tinrent sur le rivage pour se cac her dams l’épaisseur de la forêt. « Jogues pouvait aussi s'échapper. Mais il avait avec lui des néophytes qui n’avarent par encore reçu le baptème. Quand vit-on un missionnaire jésuite
! Bancroft, vol, Il, p
chercher à sauver sa propre vie, lorsqu'il croit une âme en daner de se perdre? Ahasistari s’était réfugié dans un abri sûr. Mais s’apercevant que Jogues était prisonnier, il revint vers lui en disant : Mon Père, j je t'ai juré que je partagerais ton sort, soit à la vie, soit à la mort, je suis ici pour garder mon serment !, »
Ahasistari fut brûlé vif. Il avait été baptisé, après avoir donné des preuves que sa conversion était sincère. M. Bancroft rapporte qu'après avoir enrôlé sous la bannière de la croix une troupe de convertis, sauvages comme lui, il s’écriait : « Efforçons-nous de faire embrasser la foi de Jésus au monde entier. » Ce noble barbare reçut le martyre avec allégresse ; attaché au poteau il chantait, non ses propres exploits, mais les louanges de Jésus et de Marie. René Goupil novice fut tué d’un coup de tomahawk, tandis qu'il récitait le chapelet avec le Père Jogues. «Les Mohawks craignaient qu'il ne détruisit le village par ses charmes. » Jogues ne devail pas mourir encore. À cause de ses infirmités, on lui permit de circuler au milieu de la tribu ; «il écrivait souvent le nom de Jésus sur l’écorce des arbres, comme pour prendre possession de ces contrées au nom de Dieu. » Les tourments qu'on lui fit endurer furent longs et horribles ; son martyre ne fut couronné qu'au bout de quatre ans. Les sauvages lui arrachèrent les cheveux et les ongles jusqu'à la racine, ils lui coupèt rent les doigts, phalange par phalange. Quand ils le voyaient près de rendre le dermier soupir, ils suspendaient les tortures. Jamais sa constance ne se démentit, Enfin il fut relàché, grâce aux Hollandais qui payèrent sa rançon. Îl se rendit à Rome pour obtenir une dispense, el pouvoir encore dire la iiesse avec ses mains mutilées. Le Souverain Pontife répondit en ces termes : « Indignum esset Christi martyrem CGhristi non bibere sunguinem. » Après avoir obtenu li permission qu'il sollicitait, au lieu de goûter le repos exigé par ses souffrances, il se hàta de retourner en Amérique.
Là, il fut pris de nouveau par les Iroquois en 1646, fut encore une fois mis à la torture, et finit par obtenir le 48 octobre la couronne du mariyre*. Le sauvage qui avait été son bourreau tomba l'année suivante entre les main: ‘les Algonkins et périt au milieu des flammes, Le saint martyr, parait-il, ne labandonna pas à sa dernière heure : « 1 mourut chrétien. »
Le 14 juillet 1648, le Père Antoine Daniel travaillait au milieu d'un village huron, lorsqu'il fut à son tour surpris par les Mohawks.
1 Bancroft, voi, 1,, p. TM
talis portentum. » l'annee, Vita et Mon. Martur. Soc. Jesu, P« o10
* Charlevoix, tome E Kvvo VE, p. 390 : « Verissimum palientiæ et in proxemum carl-
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lait au milieu les Mohawks.
in proximaum Call-
Tandis que ces sauvages égorgeaient son troupeau, il s’avançait calme, intrépide, baptisant les catéchumènes, et donnant l'absolution à ceux qui étaient chrétiens. Après avoir terminé sa tâche, il marcha d’un pas ferme au-devant des Iroquois. « L'étonnement saisit alors les barbares, » M. Bancroft le rappelle en décrivant le dénoùment de cette tragédie : « Bientôt ils s'approchent, et font tomber sur sa personne une grêle de flèches. Défiguré, mutilé, couvert de blessures, le missionnaire continuait de parler avec une surprenante énergie. Tantôt il cherchait à inspirer à ses chrétiens la crainte de la colère divine; puis d'un ton plus doux, mais qui pourtant dominait les vociférations des sauvages, il promettait au nom de Dieu grâce et miséricorde. » A la fin ils Pimmol®rent « tandis qu'il avait sur les lèvres le nom du Sauveur Jésus. » La nation entière des Hurons le pleura, quelques-uns assurèrent, « qu'il apparût deux fois après sa mort, plein de jeunesse et de beauté, et dans tout l'éclat de la gloire éternelle', »
Le 16 et le 17 mars 1649, les Pères Jean de Bréheuf et Gabriel Lallemand, tous deux apôtres des Hurons, obtinrent la récompense céleste, mais en passant par une des épreuves les plus effravantes qu'il soit possible à l’homme d'endurer. Le premier était depuis vingt ans dans la mission, et 1l avait converti plus de sept mille indiens; le second, faible et délicat, débutait dans la carrière apostolique. Au milieu de ses papiers on trouva, après sa mort, un écrit dans lequel il se dévouait en ces termes au martyre : « Oh! mon Jésus, seul objet de mon amour, il faut que votre sang répandu pour les sauvages aussi bien que pour nous, soit appliqué à leur salut d’une manière efficace, C'est pourquoi je désire être le coopérateur de votre grâce, et m'immoler pour vous?. »
Ils furent pris tous les deux par les Iroquois, alliés des Anglais etennemis implacables des Hurons, après une bataille dans laquelle tous les guerriers de cette dernière tribu furent tués ou faits prisonniers. Occupés durant la lutte à baptiser les mourants, et à exhorter les Hurons « à n'avoir que Dieu seul en vue, » ils ne cesserent d'instruire et de consoler qu'au moment où ils ne virent plus un seul Huron qui eut besoin de leur ministère.
De Rrébeuf fut le premier conduit au supplice. Comme il con- Umuait de confesser à haute vorx la foi pour laquelle il allait donne sa vie, « les sauvages, ne pouvant le réduire au silence, lui cou-
erent la lèvre inférieure aimst que le nez; puis ils appliquerent
1 Eancroft, vol. H b 706.
* Dressanv, p. PA‘,
des torches ardentes sur toutes les parties de son corps, lui brülerent les gencives, et enfin, comme il continuait à les instruire, ils lui plongèrent un fer rouge dans la gorge. » Ensuite ils firent avancer son jeune compagnon, le dépouillèrent de ses vêtements, et le couvrirent de bandes d'écorces afin de le rôtir lentement. Alors, à l'aspect de son vénérable ami, il s'écria : « Nous sommes donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes, » De Brébeuf lui répondait par une inclination de tête, lorsque Lallemand, dont les liens avaient été consumés par le feu, courut à lui, se jeta à ses pieds, et baisa respectueusement ses blessures, Peu d'instants après, de Brébeuf encore vivant, eut le crâne scalpé, Bientôt commença l'agonie de Lallemand. Les sauvages, pour parodier le baptème, lui versèrent de l’huile bouillante sur la tête, Ils lui arrachèrent un œil, et placèrent dans l'orbite devenu vide un charbon ardent. La fumée des bandes d’écorces enflammées lui remplissait la bouche et l'empéchait de parler. Mais, comme l4 flamme avait de nouveau consumé ses liens, il levait les mains vers le ciel. Enfiu, après une agonie prolongée habilement pendant dix-sept heures, la, victime fut immolée, et la sacrifice fut complet, «Leur vie n'avait été qu'une suite d’actes héroïques, observe M. Bancroft; leur mort fit l'admiration de leurs bourreaux. » L'historien protestant omet une circonstance bien touchante : beaucoup de leurs meurtriers se convertirent plus tard ; leur récit fit connaitre dans la suite les détails de ce double martyre !,
« On demandera peut-être, continue le même auteur, si ces massacres refroidirent l’ardeur des missionnaires. Je réponds que les Jésuites ne reculèrent jamais d'un seul pas. » Le Père Bressany, qui de sa main mutilée écrivit sa propre histoire, a dépeint ses tortures comme s’il racontait les souffrances d'un autre; cependant elles lui faisaict dire dans la suite : « Je ne croyais pas qu'un homme püt survivre à de telles épreuves. » Il survécut à ces souffrances, et retourni en Europe où il avait professé la littérature, la philosophie et les mathématiques, avant de se dévouer à la conversion des idolâtres. Lorsqu'on l’entendait prècher, après son retour, dans les églises d'Italie, on faisait cette réflexion : « Il n'a pas besoin de dire : Je porte sur mon corps les marques du Seigneur Jésus. » Les Indiens aussi lui faisaient souvent cette demande : « Montrez-nous vos blessures, elles nous parlent de Celui pour qui vous les avez reçues. »
L'année même où mourureut de Brébeuf et Lallemand, le Père
1 Charlevoix, tome HE, livre VIT, p. 18 — Bressany, ch, v, p. 2ô1.
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Garnier reçut aussi le martyre. Déjà il avait eu la poitrine et l’estomac percés de part en part, il se trainait sur le sol pour donner l’absolution à un Huron mourant, lorsqu’il fut coupé en deux parties par le tranchant d’une hache.
Le 18 décembre de la même année, ie Père Noël Chabanel eut un sort semblable. Léonard Garreau, Nicolas Viel, et l'intrépide René Mesnard, Buteux, Poncet, Lemaistre, Vignal, Souël, Constantin, du Poisson et Doutreleau donnèrent leur vie pour la foi, après des travaux où se montre évidemment l'inspiration de la charité divine.
Après avoir parlé de ces missionnaires, l'historien des États- Unis, comme si son enthousiasme le rendait, pour un instant, catholique, célèbre le Père Pinet, fondateur de Cahokia où il préchait avec tant de succès, que la chapelle ne pouvait contenir la multitude ; » Binnetau « abandonna sa mission au milieu des Abenakis pour aller mourir dans les hautes plaines du Mississipi ; » Gabriel Marest, « après avoir planté et salué la croix au milieu des montagnes de glace de la baie d'Hudson, » fut pris par les Anglais, mais put retourner en Amérique; Mermet, « par ses vertus aimables et son éloquence chaleureuse, devint l'âme de la mission de Kaskaskia, » bien loin derrière la vallée du Mississipi; Marquette, « encore honoré dans l'Ouest; » Guignes franchit un espace de six cents lieues, de Québec au territoire des Sioux, et, sur le point d’être brûlé par les Kickapoos, fut sauvé par un chef âgé qui l'adopta comme son fils‘; Pierron, dont les Mohawks disaient : « ce Français a changé nos cœurs et nos âmes, ses pensées et ses désirs sont les nôtres; » la mémoire de Du Jannay se conserve encore à Détroit, avec un nom cher aux Ottawa ; Milet, nommé par les Onondagas : « Celui qui regarde au ciel ; » Etienne de Carheil, « révéré pour son génie aussi bien que pour son zèle, et s'exprimant dans les dialectes des tribus hurounes et iroquoises avec autant de facilité que dans sa langue maternelle ; » Druillettes, exalté par les Anglais, pour son incomparable charité, après avoir comploté sa mort?; Picquet travailla peudant plus de trente ans au milieu des sauvages, et sut réunir autour de lui, dans l’espace de trois années, trois cent quatrevingl-scize chefs de familles, — en parlant de ce Père, le marquis Du Quesne avait coutume de dire : l'abbé Picquet vaut à lui seul plus de dix régiments; Bougainville faisait son éloge, comme
{Lettres édifiantes, tome VU, p. 67.
? lielations des Jésuites dans la Nouvelle-Fraice, année 1692, ch. vin, tome I, ) 2 p 9.
« théologien, orateur et poëte, » et Ambherst essaya de le gaser à sa cause après la conquête de Québec, bien que les Anglais aient souvent mis sa tête à prix'.
Ajoutons à ces missionnaires celui que Bazrvoft appelle « le fidèle Sénat qui voyant d'Artaguette baigné dansson sang, au lieu de fuir, comme il pouvait le fair. resta à ses côtés pour recevoir son dernier soupir, sans s'inquiéter du danger, n'écoutant que la voix du devoir. » Lamberville, d’après la remarque d’un écrivain anglais, gagna même les ennemis héreditaires des Hurons chrétiens, et « s'attira tellement la confiance des Iroquois par sa piété sincère, sa constante douceur et son habileté à guérir leurs maladies, » que ces farouches sauvages, soldés par les Anglais pour combattre leurs frères chrétiens, « le regardaient comme un père et un ami?. » Marest, après un voyage de plusieurs semaines au pays des Potawattomies, « avec un crueifix et un bréviaire pour tout bagage, » se retrouva dans les bras d'un frère chéri qu’il n'avait pas vu depuis quinze ans, mais qui, dans cet intervalle, s'était fait Jésuite comme lui, et était destiné à le revoir, pour la première fois, dans,une cabane indienne à plus de sept cents lieues de la mer.
Enlin, rappelons, sans citer les noms, le souvenir d’une multide de sénéreux apôtres qui, à l'exemple d'Anne de Noé, recusent un martyre non sanglant, martyrum sine sanguine, « périrent dns les flots, où moururent de faim, de froid, et dont le sort reste ignoré”, »
Cependant leurs travaux ne furent pas stériles, et les résultats subsistent encore, malgré des désastres multipliés. « S'il reste encore quelques Indiens au Canada, c’est à l’Église catholique seule qu'il faut attribuer leur conservation. » La nation huronne toute entière fut convertie, et les écrivains protestants nous diront que les sauvages échappés à la ruine de leur nation honorent encore leurs maîtres dans la foi. Les Abenakis et les Algonkins, les Ottawas et les Onondagas reçurent le message de paix.
« Au centre de l'État de New-York, les oflices solennels de l'Église romaine se célébraient aussi bien qu’en aucun lieu de là chrétientés. » Les Cayugas et les Oneidas, les Senecas et les Miamis accueillirent les prédicateurs de l'Évangile. Un seul missionnaire,
1 Bancrolt, vol. I, p. 858, 916, 964 — Lettres édifiantes, tome XXYI, p. 15-65 = Howett, Colonizatiôn and Christianity, ch. xx, p. 521.
5 Halkett, Notes on N. American Indians, ch. n, p. #5.
. Brasseur de Bourbourg,
# vancroft, tome If, p. 799
ch ne tre du se ou ob lie he le ces abc tre!
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me XXVE, p. 18-63
Claude Allouez, « avait suffi pour porter le flambeau de ia foi chez plus de vingt nations différentes'. » « Combien de dangers la nature et les hommes préparaient aux missionnaires dans ces co : trées barbares ! s’écrie l'historien protestant. Affronter la on du climat, traverser les fleuves, voyager sur la neige sans pouvoir se réchauffer ; n'avoir pour nourriture qu’un peu de mais écrasé ou souvent même la mousse des rochers; travailler sans relâche. obligés de vivre, pour ainsi dire, sans aliments, et de dormir sus de repos; ne pouvoir même pas :npter sur un jour, sur une D nilambe an niet dede | Mine Les cal affreuses tortures ; »
ces héros goûtaient cependant, il, des consolations abondantes. « Que de fois, sur le de pierre, comme autrefois Jacob, ils sentirent, eux aussi, la présence du Seigneur Que de fois le vieux chêne à l'ombre duquel ils s'asseyaient fut Gut eux comme le chène de Mambré, sous lequel Abraham Pr avec les anges le pain de l’hospitalité*. » Ce protestant aurait dû ajouter une dernière réflexion : La doctrine prêchée par nos missionnaires était celle annoncée au monde par saint Pierre 5 saint Philippe, illustrée par les mêmes merveilles et scellée enfi par la même mort. ue Au Canada, les successeurs ü°s premiers missionnaires marchèrent tous sur leurs traces : le même caractère surnaturel les mêmes marques de vocation apestolique. Mais ils devaient bientôt rencontrer un obstacle inconnu à saint Pierre et à saint Paul, ainsi que nous l'avons plusieurs fois remarqué un obstacle funeste au salut des idolàtres.. Ils amenaient AA Ra à la foi toutes ces tribus, à l'exemple de leurs frères du Sud; ils n'auraient pas voulu se reposer avant l'entière conversion ‘des Sauvages ; mais leur tête allait être mise à prix par des hommes « ui se disaient chrétiens, par les représentants du gouvernement de la religion de l'Angleterre. « En 1700 les magistrats de New-York firent une loi pour pendre tout prêtre papiste qui viendrait \ lontairement dans la pr ovince”, » et lord Bellamont, le gouverneur anglais, manifesta l'intention de mettre sur-le-champ la loi à exécution, à l'égard de tous les Jésuites qu'il pourrait io Les Anglais avaient essayé tous les autres moyens, et avaient surpassé en cruauté les Mohicans eux-mêmes, dont ils se servaient comme
Bancroft, vol, IT, p. 804.
Ibid., y. 806.
lbid., p. 8RGÿ.
Bresseur de Bourbourg, tome V, ch. x11, p. 216.
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