‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 92 sur 226 · NES ET SUR LES · texte numérisé non relu

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Le beau caractère du cerdinal de Cheverus excitait l'admiration des Américains. L'état de Massachusett lui vota un subside, et le premier souscripteur à son église de Boston fut John Adams, président des Etats-Unis. Dans sa visite à Penobscot, ce prélat trouva une tribu indienne qui n'avait pas vu de prêtre depuis un demisiècle, mais qui était encore catholique ; elle observait avec soin le dimanche, et n'avait pas oublié le catéchisme !!

En 1851, l'évèque Fenwick trouva toute une tribu de Passamaquoddies ferme dans la foi, et « monument vivant des travaux apostoliques des Jésuites?. »

Au sujet des Hurons, disciples chéris des premiers missionnaires, M. Buckingham, voyageur anglais, s'exprime en ces termes : « Ils sont catholiques fidèles, 1ls remplissent leurs devoirs religieux de la manière la plus exemplaire ; ils ont mieux réussi dans leur commerce avec les blancs que les tribus indiennes mises les premières en contact avec les protestants. » Le même auteur dit des Indiens voisins de Montréal : « Ils sont toujours sobres et s'observent dans leurs rapports avec les femmes. » Cette différence, assure-t-il, est due à l'influence du christianisme ; les Indiens caghnawaga sont catholiques*.

Les Abénakis, dont les ancètres entendaient il y a cent cinquante ans la voix de Sébastien Rasles, furent insensibles à l’influence des ministres protestants. Ceux-ci disaient en 1841, après avoir vainement essayé de les pervertir : @ Il n’y a rien à faire avec l'influence rivale des prêtres romains *. »

A l’est des bords du lac Michigan, se trouvent les Indiens del’ Arbre de la croix, heu de mission des Jésuites depuis soixante ans; le docteur Morse, ministre protestant, faisait ainsi son rapport au gouvernement des États-Unis : « Ces Indiens sont plus avancés, au point de vue des améliorations, de la tenue et des manières, que tous les autres Indiens visités par moi. » N’avons-nous pas raison de reconaître l’action de Dieu dans les missions catholiques ?

1 Vie du cardinal de Cheverus, liv. I, p.68 (4° édition).

* Annales, tome V, p. 449.

5 Canada, ete., ch. xt, p. 151; ch. xvr, p. 251. — « De toutes les tribus, les Hurons sont les plus avancés en civilisation, leur nombre est beaucoup augmenñt‘. » The Races of the Old World, par G. L. Brace, ch. xxxur, p. 581 [1865 .

4 History of American missions, par le Rév. Joseph Tracy, ch. xxx, p. 351

8 A Report to the Secretary of War of the United States on Indian Affairs, par le Rév, Jédédiah Morse, D. D., app., p. 24, 91, 327.

Le même témoin officiel nous dit des Wyandots : « Les gens âgés portent encore des crucifix. »

« Les Onondagas, observe M. Schoolcraft, se sont toujours montrés opposés à tous les missionnaires protestants, après l'expulsion des Jésuites', »

« La mission Ottawa-chippewa, dans le haut Michigan, est plus considérable qu’elle ne fut ‘amais aux temps les plus propices des Jésuites*®, »

Le colonel Bouchette dit des Micmacs dans l'île du Prince- Édouard : « Ils sont encore tous catholiques ; » dans les tribus du nouveau Brunswick « la plus grande partie des Indiens professe la religion romaine ; » au cap Breton, « tous les Acadiens sont catholiques, » et, parlant en général des Indiens catholiques : «ils sont paisibles et tempérants®. »

« Les Micmacs de Restigouche, assure un professeur de Toronto, forment une partie très-civilisée de celte nation, s’occupant avec industrie à faire des douves, des cercles de tonneaux, des manches de haches*, etc. »

Au sujet de la grande mission des îles Manitouline, le gentleman, évêque protestant à Toronto, disait, en 1842 : « Une partie considérable est de sang mêlé français-indien ; ils sont tous romanistes et exercent beaucoup d'influence parmi les naturels®. » Un témoin plus sincère donne de ces peuplades une appréciation plus complète. « Ils sont plus de deux mille dans l'île, d'après M. Kingston en 1856; ils professent en grande partie la foi romaine. Dans la colonie de l’autre côté, un nombre considérable est sous l’autorité de quatre Jésuites (ces Pères sont rentrés au Canada en 1842); on les dit très-obéissants, industrieux, intelligents et supérieurs aux protestants; mais je n'ai pas en mon pouvoir de vérifier l’assertion‘ ; » d'autres l'ont fait, ce qui n’a

pas empèché ces Indiens catholiques d’être, tout récemment, dépossédés de leur île.

Dans la dernière partie de son ouvrage, après avoir peut-être acquis plus de renseignements, M. Kingston dépeint franchement les

Indiens soi-disant protestants, comme « une race très-inférieure, »

1 Noles of the Iroquois, ch. xu, p, 443.

# Shea, ch. xx, p. 392.

% British Dominions m North America, vol. V1, ch, vn, p. 85; ch. x, p. 448; ch, x p. 178

4 Wilson, Prehistorice Man, vol. 1, ch. xxu, p, 373.

5 The Church in Canada; journal de visite, par le lord évêque de Toronto, en 1842. p. 10.

0 Western Wanderings, par W. 1, Q. Kingston, vol, F, ch. vin, p. 180.

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IL observe que le seul effet de leur conversion prétendue consiste «à porter maintenant des habits blancs, à tisser des paillassons, à recevoir des aumônes des hommes blancs, et à boire toutes les fois qu'ils le peuvent‘. »

Ces détails, on en conviendra, sont instructifs, et assez importants pour mériter plus ample information. Nous avons vu dans tous les autres pays le même contraste entre l’œuvre de Dieu et l'œuvre de l’homme, c’est notre devoir de le retracer ici.

Un respectable puritain d'Amérique, parlant, il y a peu d’années, des Pequods, disait que « ces Indiens sont pauvres, dégradés et misérables, Le courage héroïque de cette peuplade s’est changé en torpeur et en abrutissement. Ils conservent tous les vices de leur origine et ont perdu leur énergie... Leurs enfants, encore jeunes, sont placés comme domestiques chez des familles anglaises. Dans les premières années, ces enfants se conduisent ordinairement bien; mais adolescents, ils perdent leurs bonnes qnalités et se mettent au niveau de leurs parents?. » Cette preuve d'impuissance du protestantisme nous est connue.

Quelquefois, un individu en particulier peut profiter de certains avantages qui lui sont fournis par une éducation libérale protestante; mais peur les tribus en masse les résultats de cette éducatiou sont toujours ruineux. D'après le docteur Timothé Dwight, les Indiens admis aux degrés académiques das les colléges protestants de la Nouvelle-Angleterre « retournent aux habitudes de leur vie sauvage! » « Un Indien élevé dans la maison d’un clergyman, nous raconte M. Kingston, épousa une femme américaine etsfut employé comme missionnaire assistant. Cet homme épargna quelque argent, se bâtit une maison élégamment meublée... Mais il n’était pas encore satisfait. Il ambitionnait de devenir chef et de former une colonie à son compte. » L'influence religieus du pro: testantisme ne put en faire davantage.

M. Buckingham signale un certain « Peter Jones, » Indien prolestant, qu'on montra en Angleterre et qui épousa une Anglaise. Malgré une certaine intelligence et une éducation assez soignée, Qil n'eut aucun succès, » et reconnaissait nettement « qu'il n'y avait pas moyen de faire changer de religion à un Indien arrivé au milieu de sa carrière‘. »

Jones était méthodiste, et l’un des guides de cette secte crut

! Kiugston, vol, 1, ch. xvu, p. 314,

* Dr Dwight, Travels in New England, vol. HI, p. 20. S Jbid., vol, LU, p. 99.

® Canada, ch. 1v, p. 46.

184 LES MISSIONS GHRÉTIENNES.

qu’il était utile d'écrire sa vie. « Il pensa toujours 5 .-ndre la gloire de Dieu. » Le docteur Osborn, qui paraît l'avoir employé aux mêmes usages que > Tzatzoé et Macomo ou autres prétendus convertis de la mème espèce, citait de lui un rapport dans lequel il disait que les Indiens de la Rivière étaient fervents protestants, et le brillant ornement du corps des wesleyens. Heureusement un auteur anglais, qui vient de visiter cette peuplade, a publié ses impressions. « Je vis ces Indiens errants et vagabonds, dit madame Jameson, ils me firent pitié. » Trois ou quatre femmes à moitié vêtues et quelques jeunes enfants montraient des signes d'intelligence, « mais ce sont des exceptions ; la saleté, l’indolence et l'ivrognerie étaient le caractère dominant. » Alors faisant remarquer le contraste avec les Indiens catholiques sobres et prcspères, « je les ai entendus, dit cette dame, chanter la messe avec piété et respect. » « La conduite des Indiens méthodistes est bien différente; les voir étendus nonchalamment pendant le service religieux me fit une impression pénible‘. » Cependaut le docteur Osborn, neuf années plus tard, ose nous présenter Jones comme preuve « que les missionnaires wesleyens ont toujours réussi à introduire le christianisme chez les Indiens?! »

La masse des Indiens dégradés par l'influence protestante, pensionnés plutôt que convertis, sont dépeints par les voyageurs de toutes les conditions, dans les mêmes termes, très-peu favorables, Les Indiens catholiques refusent de les fréquenter, et les considèrent comme des êtres abjects. Des témoins protestants reconnaissent la justesse de cette appréciation. Ainsi M. Kane, qui a décrit récemment les contrées de l'Ouest, loue l’agriculture habile et perfectionnée des catholiques indiens près de Manitouline, ct dépeint la mission protestante de Norway-House en ces termes : « Elle est entretenue par la compagnie de la baie d'Hudson, dans l'espoir d'améliorer l'état des Indiens; mais à en juger d’après les apparences, elle obtient peu de succès; ces indigènes sont les plus sales que j'aie jamais rencontrés, et mieux vaut se taire sur leur moralité, »

Miss Harriette Martineau, témoin capable et impartial, nous fait part des mêmes contrastes. Parlant de l'établissement protestant le plus vanté, celui de Mackinaw, elle nous dit : «Il y a tout lieu de croire que la mission est la partie la moins satisfaisante de

! Sketches in Canada, par Mme Jameson, part. 1, p. 40; part, Il, : 287 (18521. * History of the Objivway Indians, par le Rév, &, Osborne, D, D,, p. 228 et sui, (1861).

3 Wanderings of an Artist, ch. vin, p. 105.

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cette entreprise. Une grande part est ordinairement accordée à l'imagination au sujet des missions chez les idolàtres. Sur celle-ci, la chronique abuse du privilège. » Vient ensuite le contraste habituel : « Les Indiens sont capables de civilisation, ils l'ont prouvé par les succès des Français parmi eux. Près de Little- Traverse, au nord-ouest du Michigan, il y a un village indien peuplé d'habitants industrieux et amis de l'ordre, s'occupant particulièrement d'agriculture. Les Anglais et les Américains n’ont jamais réussi comme les Français avec les aborigènes ; et je doute que les protestants leur aient fait plus de bien comme ministres de l'Évangile que comme trafiquants !. »

Madame Jameson, malgré ses préjuges religieux, use aussi de la même franchise. Les Ottawas, dit-elle, confiés aux soins du Père Crue, « ont de vastes plantations de blé et de pommes de terre ; ils ont bâti une chapelle pour le service religieux et une maison pour leur prêtre. » Parente et associée à des ministres protestants, elle résume ainsi toutes ses observations : « Une chose évidente, certaine, indubitable, c’est que les catholiques romains convertis sont supérieurs à tous les autres en tenue extérieure, en intelligence, en industrie, en civilisation ?. »

D’autres écrivains protestants vont encore plus loin, et n'hésitent pas à avouer que les naturels sont condamnés à une destruction fatale comme tous les autres sauvages sous des maîtres protestants. Lorsque la charité divine et les sacrements, fruits du précieux sang, n'existent pas, le sentiment d'humanité, quelque bicnveillant qu'il soit, révèle son impuissance. « Notre système de commerce et de relations avec les tribus indiennes, reconnaît le gouverneur Chambers dans un rapport ofliciel, est propre à les détruire rapidement. »

« Ils osent à peine cultiver le sol, observe M. Beecham, même dans les parties qui leur sont nominalement réservées, de peur de donner par là occasion d’en être dépouillés*. »

Le docteur Shaw déclare, en 1856, que « les autorités volaient souvent les pauvres Indiens”®. »

« Je suis bien aise, ajoute M. Bradford, qu’au moins le quart de l’annuité payée aux Menominis soit prise sur l'impôt du whisky°. »

1 Society in Asnerica, par Harriet Martineau, vol. IE, ch, 1, p. 18.

* Sketches in Canada, part. 11, p 287.

$ Notes on the North West, par William J. A. Bradford, part. I, p. 105 (1846).

# Colonisation, p. 9.

$ A Ramole through the United States, cte., par John Shaw, M. D., F.G.S ,F.L.S. chu, p. 67 (1856), 6 Uli supra.

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