‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 93 sur 226 · RE ES · texte numérisé non relu

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« Beaucoup d’Indiens, affirmeM. Kane, retournent à leurs cabanes plus pauvres qu'avant de les avoir quittées. » Lors d’une distribution, faite par le gouvernement, «il y avait à peine, ajoute«il, un homme, une femme ou un enfant assez fort pour soulever le vase jusqu’à sa bouche, ils étaient tous dans l'état d'ivresse le plus complet!. » Cependant, le clergé protestant, incapable d'attaquer un mal qu’on peut seulement atténuer par un ministère différent du sien, ne fait rien, dans cette contrée comme dans les États- Unis, pour arrêter ces désastres ; de sorte que M. Bradford, avec une sincérité assez fréquente chez les Américains, les compare « aux pieux, paisibles et fervents disciples de la Croix; » C’est ainsi qu’il nomme les missionnaires catholiques « qui surmontent les plus grandes difficultés. » Leurs rivaux ne peuvent vaincre malgré leurs richesses et la protection du gouvernement. « Le Français, avoue cet auteur, n’oublie pas que l’homme civilisé ou sauvage est son frère; il traite avec lui comme s’il était homme. Le rude Saxon traite l'Indien comme un chien. L'Américain égoïste rapporte tout à son intérêt ?, »

Terminons, sans les épuiser, ces citations du contraste entre l'influence catholique et protestante sur la vie et la fortune de l'Indien, par le témoignage de deux vénérables prélats. « Ces Indiens sont tous bons catholiques, disait Mgr Gaulein, évêque de Kingston, ils me paraissent industrieux et amis du travail ; un grand nombre de sauvages ont été récemment baptisés. » « Souvent, observe Mgr Loras, évêque de Dubuque, les sauvages convertis font d’excellents catholiques; dans mes rapports avec eux, j'eus l’occasion d'admirer leur ferveur *. »

Tels sont les vrais disciples, au témoignage des amis et des ennemis; la constance de leur foi est à toute épreuve, aucune influence n'a pu la détruire. Un mot seulement sur les mission-

naires.

« Îls ne sont pas inférieurs en zèle et en ferveur aux premiers apôtres de ce continent, » reconnait M. Buckingham. Quant à leurs efforts pour convertir les sauvages, malgré les difficultés qui les attendent dans les contrées soumises à la domination protestante : «ls ont eu plus de succès qu’à l'ordinaire, pendant les dernières années, » Ensuite il établit le contraste entre la dignité

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3 Notes on the North West, p. 89, * Annals, vol, I, p. 40-79.

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de ces missionnaires et « l’infériorité » des ministres épiscopaliens ; 1l remarque avec peine dans ce corps opulent « beaucoup de formalisme, » et dans la réunion de leurs adeptes « beaucoup de froideur'. » Un écrivain anglais très-distingué, après avoir cité l'observation « d’un de nos agents indiens les plus intelligents, » disait de l’Église d'Angleterre : « Par impuissance ou défaut de volonté, elle ne sème pas, elle ne peut donc récolter. » Il se demande le motif, et trouve cette réponse : « Ici comme dans l’ancien continent, quel moyen d’inculquer des dogmes sur lesquels on se querelle toujours *? »

M. Sullivan, autre voyageur anglais d'une haute capacité, s’exprime franchement au sujet des missionnaires catholiques : « Ils exercent une influence extraordinaire sur leurs prosélytes et aussi sur plusieurs tribus indiennes. »

M. Halkett, témoin oculaire, s'exprime de même. « Les Indiens anglais du Nord, c’est incontestable, sont traités par leurs missionnaires catholiques avec beaucoup de bonté et d’égards. Tout ce que la bienveillance, la charité, les soins paternels peuvent procurer, ils le reçoivent de leurs mains‘. » En d’autres termes, les missionnaires déploient la même patience, la même charité, que leurs prédécesseurs, lorsque deux siècles auparavant ils domptaient la méchanceté et captivaient l'affection de leurs sauvages troupeaux; « lorsqu'ils visitaient chaque jour les malades et les servaient comme la plus tendre des mères, ces infortunés les regardaient comme des génies bienfaisants. Par de tels procédés ils étaient parvenus à s’attacher cette population primitive. »

L’honorable Charles Murray, après avoir signalé en noble langage le zèle que la religion catholique inspire à ses prêtres pour endurer les peines, les voyages et toutes sortes de privations, continue en ces termes : «Chez les Nègres et les Indiens ils font honte au zèle et aux efforts de toutes les autres sectes chrétiennes. Pendant mon séjour au Missouri, j'ai observé que la foi romaine gagnait du terrain avec une rapidité qui dépasse toute concurrence!, »

En 1860, M. Kohl publia son journal de voyages sur les bords

! Buckingham, ch. xv, p. 220.

? Jameson, Sketches in Canada, part. 1, p. 16; part. IT, p. 287. 5 Rambles in North and South America, ch. m, p. 00.

# Notes on North American Indians, ch. x, p. 252,

* History of the Jesuits, par G. B. Nicolini, eh. xt, p. 502 ‘Bobn\. 6 Travels in North America, par l'Hon. CG. A, Murray, vol. IE, ch, xur, p. 309.

du lac Supérieur. « Je puis prendre sous ma défense ces excellentes gens, ces pasteurs instruits de la mission du Canada, dit cet homme en se servant d’expressions flatteuses. Je puis en parler, car j'ai lu tous les anciens voyages des premiers missionnaires de l'Église, et je les ai suivis avec un zèle sympathique. De nos jours, puisque le martyre pour cause de religion ne se rencontre plus, ilest intéressant de voyager dans une contrée où cette ère n’a pas encore entièrement disparu, et de s’associer à des hommes qui endurent les plus grandes privations pour accomplir les œuvres les plus sublimes, et qui iraicut même jusqu’à donner volontiers. leur vie pour leur Église. Dans le fait, tout ce que j'apprends ici chaque jour de leur pieux courage, de leur patience et de leur zèle à se dévouer à ces missions du lac Supérieur me fait éprouver la plus vive admiration. Ce sont des hommes bien élevés et très-instruits; ils renoncent à toutes les jouissances matérielles et intellectuelles d’une société polie ; ils vivent isolés et éloignés les nns. des autres, au bord des lacs, sous des huttes semblables à celles de leurs néophytes: ils puisent leurs seules consolations dans leur conscience et dans la prière; ils y trouvent un soutien qui fait défaut à nos missionnaires protestants. Ces derniers, divisés en une multitude de sectes, travaillent seulement pour une communion ou pour une autre : les premiers sont animés par ce sentiment que, soldats de l'Église, ils ont part à son œuvre puissante, qui comprend l'humanité entière et l'universalité du globe!. »

M. Kohl vécut beaucoup, durant ses voyages, avec les hommes dont il parle, et dont les travaux paraissent avoir ex“ité son étonnement. « Tout, jusqu'à un baptème, un mariage ou un enterrement, observe-t-il, implique dans un pareil climat les privationset les souffrances. » Il avait un jour trouvé asile dans la hutte d'un PèreJésuite quis'y était retiré après les fatigues du jour. C'était «la froide saison du christmas, » le missionnaire avec son hôte était assis auprès du feu. « Bientôt on frappe à la porte, et un étranger hors d’haleine,. couvert de neige et de glaçons, entre. » Son message fut bientôt connu. À quarante milles de là, à travers les marais et les bois, sa. mère était malade et implorait les secours de la religion. A l’instant le Père se lève et quitte la hutte; « le missionnaire et l'Indien, chaussés de leurs raquettes, marchèrent à côté l’un de

l'autre, » Au passage d'une rivière gelée, la glace se brisa, et « ils:

eurent de l’eau jusqu'à la ceinture. » « Enfin, le troisième jour, continue M. Kohl, le missionnaire pouvait donner l’extrême-onction à la pauvre Indienne mourante, et voir ses yeux doucement fermés.

{ WFanderings round Lake Superior, par 3. G. Kobl, ch. xiv, p. 908.

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Ces missionnaires, reconnaît M. Kohl, sont tous de la même trempe‘. Il dit, à propos de l’un d'eux, qu'il appelle son honorable ami, auteur d’un lexique ojibbeway : «Il est à peine une localité sur le lac Supérieur qui ne soit liée à l'histoire de sa vie, soit par la construction d'une chapelle, ou la composition d'un livre pieux, ou la fondation d’une paroisse indienne, ou bien par des dangers et des ‘aventures dans lesquels le missionnaire reconnut la protection évidente du ciel. » Après ces réflexions il raconte un fait qu'il tenait d’un voyageur canadien. Un message avait été apporté de l’autre côté du lac Supérieur à Pun de ces martyrs de la charité avec qui vécut M. Kohl. 11 était nuit, la tempête grondait, il fallait affronter soixante-dix milles de traversée pour éviter an long voyage par terre autour du lac; mais le cas est pressant, le missionnaire n'hésite pas. Dans un canot ouvert, conduit par un Canadien qui consent à affronter la périlleuse traversée sur l’assurance réltérée du Père que Dieu les protégerait, l'obscurité de la nuit s’étendant sur les eaux devenues furieuses, le missionnaire encourageait son fidèle compagnon à faire tous ses efforts. Cette nuit se passa en prières et en angoisses. A l'aspect des brisants écumeux qui frappaient l’autre bord, le Canadien poussa un cri de détresse : « Mon père, nous sommes perdus! » « Rame encore, mon cher Dubois, dit la voix calme du missionnaire, courage, en avant! Nous les traverserons, et le canot ira de lui-même. Mon cousin haussa les épaules (expressions du narrateur cité parM.Kobl), il fit ses dernières prières et rama devant Jui sans savoir ce qu'il faisait. Un point noir se découvre au sommet de la lame, bientôt il s'élargit ; » ils étaient sauvés! « Ne vous avais-je pas dit, Dubois, que j'étais appelé, que je devais partir, et que vous seriez sauvé avec moi! Prions. » Ils se mirent à genoux sur le bord du lac et rendirent grâce à Dieu.

A l'endroit même où ils abordèrent, une grande croix fut depuis érigée par un riche marchand ; «on peut la voir du lac à une grande distance, elle est connuc dans le pays sous le nom de « la

t En 1840, l'Église d'Amérique perdit un de ses membres, les plus dévoués. «En 1799, un jeune prêtre gravissait les sommets les plus escarpés des Alleghanies, » Pendant quarante ans il travailla seul, Après avoir dépensé cent cinquante mille dollars de sa fortune à cette œuvre admirable, il mourut, laissant dix mille catholiques dans des montagnes où il avait trouvé seulement douze familles. 11 était connu sous le nom de « révérend M. Smith, »Mais, lorsque son humilité ne pouvait plus eu souffrir, le monde apprit que cel apôtre solitaire était le prince Démétrius Galitzin, converti de l'Église russe à l'Eglise romaine, (De Courey, ch. xvin, p. 128.)

Croix de la Traversée. » Lorsque le narrateur eut fini, « je tombai moi-même à genoux sur le plancher noueux, à côté de cet honime excellent, qui sommeillait avec calme‘. »

Tels sont les missionnaires qui travaillent encore, comme Lallemand et de Brébeuf ont travaillé autrefois parmi les Indiens de l'Amérique du Nord. Deux siècles se sont écoulés depuis que les premiers martyrs de ce pays sont entrés en possession de leur récompense ; pas une seule grâce n’a été retirée, pas un seul don répandu sur eux par la bonté divine n’a été: diminué; ils sont encore prodigués à leurs successeurs. Les comparer à leurs rivaux protestants est une tâche pénible, mais nous avons entrepris ce travail, nous devons le poursuivre.

Un aimable ministre anglican, très-supérieur à beaucoup de ses collègues, a publié la manière dont il s'établit dans sa mission du Canada et les moyens qu'il employa. « Notre voiture, dit-il, espèce de double berline traînée par mes chevaux, est l’arrière-garde de la caravane, composée de fourgons remplis d’ustensiles et de provisions. Il y a place pour moi, pour ma femme, et pour notre fils aîné, tous les coins sont remplis de malles, de cartons et d'une masse d’autres choses. » Après cette description de sa manière d'entrer en campagne, l'écrivain qui a évidemment de bons sentiments et de bonnes intentions, dit gravement : « Je n'ai pas la prétention de me classer parmi ces héroïques et magnanimes missionnaires de l’ancien temps; » mais l’auteur de cet aveu paraît trahir une espérance secrète, que malgré son équipage ct ses cartons, ses lecteurs seront d'une opinion différente?.

Le même clergyman nous apprend que les missionnaires ses collègues au Canada « tournaient absolument en ridicule l’idée » du baptème conférant la grâce. D’après les autorités les plas hautes de la même secte, nous savons que tous les autres phénomènes religieux, introduits maintenant en Angleterre, sont représentés avec succès au Canada. « Nous remarquons partout, assure l’évêque protestant à Toronto, l'existence des divisions religieuses, dont la cause est trop souvent, dans ce diocèse, un sentiment d’hostilité contre l'Église d’Angleterre®, »

Cette appréciation est confirmée, avec d’amples détails, par ses

{ Wanderings, ete., p. 182, 183, 507, 309.

? Memoirs of a Church of England Missionary in the North American Colonies, ch xn, p.75; ch. xxu, p. 141,

5 The Church in Canada, p. 51.

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collègues à à Québec, et par le révérend J. P. Hincks, qui se lamente aussi sur « la froideur générale envers l'Église établie, »,Un autre évêque protestant dans Ia péninsule huronne rapporte, en 1869, que « beaucoup d'émigrants sont presque aussi dépourvus de connaissances religieuses que s’ils venaient des contrées païennes. » Dans le soi-disant diocèse d'Ontario, un cinquième seulement de la population professe d’appartenir à l'Église anglicane, le reste est divisé en une multitude de sectes discordantes, ou « est tombé dans l’incrédu‘ité!. » Il est à remarquer, comme exemple de l'influence du protestantisme dans les colonies anglaises, que lors du recensement de 1861, dix-huit mille cinq cents de ces prétendus disciples, étaient classés comme n'ayant « aucune religion*. »

D’un autre côté, l'officier épiscopal de la communion protestante de Montréal reconnaît avec peine, parmi les catholiques du Canada au nombre de neuf cent cinquante-deux mille sept cent trente-quatre dans la province inférieure seulement, « l’ordre, l’unité, la discipline, la soumission à la règle, les sentiments fraternels quiles attachent fermement à la religion catholique romaine, donnant ainsi une grande leçon au monde protestant”. » Lord Durham vient confirmer cette opinion en disant qu’en « l'absence de toute institution civile permanente, l'Église catholique a conservé une sorte de stabilité et d'organisation, seul soutien efficace de la civilisation et du bon ordre*. »

En résumé, lorsque nous réunissons les faits qui viennent d’être indiqués : les aveux de M. Buckingham et d'autres, sur les Indiens catholiques, « rexaplissant leurs devoirs religieux de la manière la plus exemplaire » et « toujours sobres, » avec-ceux de M. Kingston et de M. Kaue, à savoir que les naturels protestants « sont une race tout à fait inférieure et adonnée à la boisson ; » lorsque nous trouvons les écrivains anglais admettant que les missionnaires catholiques sont aujourd’hui « plus heureux que jamais dans la conversion des païens, » — tandis que les agents protestants les plus compétents avouent « leur impuissance à faire changer de religion les Indiens adultes ; » — lorsque nous remarquons, d’un côté, les progrès paisibles et industrieux des naturels sous leurs guides catholiques, malgré la froideur des autorités civiles, et de l'autre, la misère profonde des pensionnés du patronage officiel qui, d’après les lamentations de M. Bradford, « est en train de les

1 Report of S. P.G.F. P., p. 11, 85, 88 (1862).

2 The Times, 12 février 162.

3 Church in the Colonies, n° IX, p. 12.

4 Report and Despatches of the Earl of Durham in Canada, p. 97 (1859)

détruire rapidement ; » lorsque nous considérons la franche déclaration de témoins tels que miss Martineau et mistress Jameson, disant que « la supériorité des Indiens catholiques est très-visible, certaine, incontestable ; » et récemment, lorsque nous comparons l'ordre, l'unité, les sentiments fraternels, qui réunissent les uns, avec l'existence des divisions religieuses qui dissolvent et dispersent les autres ; lorsque enfin nous voyons, d’après les témoins protestants, le contraste entre le caractère, le mode de vivre des deux espèces de missionnaires, dont les uns sont des étrangers privés de tout, menacés par les maitres du pays, les autres représentants opulents du pouvoir et de l’influence anglaise ; nous pouvons accepter sans crainte la conclusion à laquelle un voyageur anglais fut amené par l'observation de tous ces faits : « Il me semble que l'introduction du catholicisme est le meilleur moyen de civiliser les Indiens!, »

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