LES CANADIENS FRANÇAIS
L'histoire religieuse des Canadiens français, indirectement lié au suje: de ce livre, présente cependant des caractères qui méritent d’être signalés. Comme plusieurs autres races dont nous avons parlé, les Canadiens ne sont quelque chose que par l'influence de la religion catholique. Par elle, ils ont été formés et soutenus ; leur vie sociale et individuelle témoigne de son influence. Otez la foi qui à été la lumière de leurs foyers et de leurs cœurs, les Canadiens n’existeraient plus sur la terre. Ils auraient été englobés dans la masse inerte de vies à moitié païennes qui les entourent.
La résistance, opposée par les catholiques de l'Amérique anglaise et particulièrement par les Canadiens aux influences mortelles qui menacèrent, pendant plus de cent ans, de détruire, au bord du Saint-Laurent, leurs paisibles communautés et de tarir les sources de leur vie, forme un de ces chapitres de l’histoire moderne sur lequel l’homme d'État jette un regard d'indifférence ou de mépris, mais dans lequel le chrétien aime à suivre la marche de la Providence. Soumis à des maîtres d’une race et d’une croyance différentes, qui ne pouvaient apprécier leurs vertus ni respecter leur indépendance, ce que la malice la plus rafinée pouvait inventer, ce que la fraude la moins scrupuleuse pouvait fournir, ou la violence la plus
‘ Letters from the United States, Cuba and Canada, par l'Hon. Amelia W. Murray, lettre 1x, p. 127.
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De pareils actes se produisirent dans toutes les contrées acquises alors par l'Angleterre sur le continent américain. « Le conseil d’Halifax déclara par un vote, que tous les pauvres hommes rouges qui habitaient la péninsule, étaient autant de bandits, de brigands, de rebelles; et par son autorité, pour mettre cette canaille à la raison, Cornwallis offrit, pour chacun d'eux pris ou tué, dix guinées payées sur la présentation d'un sauvage ou de son cuir chevelu. » Les habitants catholiques de l’Acadie furent encore plus mal traités que ceux du Canada. Sous l'autorité de la France, dit un historien protestant, « ils formaient une grande famille ; leurs mœurs étaient d’une pureté sincère. » Mais cela ne les sauva pas. La vertu et l’innocence étaient un faible titre à l'estime des Anglais; et ainsi, continue notre auteur, « les Acadiens furent méprisés parce qu’ils étaient sans appui. On leur arracha leurs papiers et leurs archives, les titres de leurs possessions et de leurs héritages… Lorsqu'ils tardaient à aller chercher le bois de chauffage pour leurs oppresseurs, on leur faisait dire de la part du gouverneur : S'ils ne s’exécutent pas dans le temps prescrit, les soldats prendront leurs maisons pour en faire du combustible. »
Enfin, comme ces mesures trop douces ne suffisaient pas pour détruire leur foi en épuisant leur patience, tout ce qui leur restait de propriété fut saisi par les officiers de la couronne, et ils furent bannis en masse, « Quelques-uns furent charitablement mis à
1 History of Nova Scotia, citée par Brasscur de Bourbourg, tome E, ch. xvi, p. PAU TA * Bancroft, ch. v, p. 151.
l'abri des Anglais, dans les gwams des sauvages, » relate M. Bancroft. Mais ce ne fut pas encore assez pour les nouveaux maîtres. « Pour prévenir leur retour, leurs villages, depuis Anapolis jusqu’à l'istürte, furent dévastés. Leur bétail fut saisi comme des dépouilles, et mis à la disposition des autorités anglaises... Les principaux commerçants, plus impitoyables que les sauvages, auraient désiré voir disparaître tous les Acadiens ; et lorsque cette œuvre eut paru terminée, ils félicitèrent le roi de ce que les efforts du gouverneur Lawrence avaient été couronnés d’un plein succès. J’ignore si les annales de la race humaine gardent le souvenir de douleurs infligées avec plus de lâcheté, aussi amères et aussi persistantes que celles qui tombèrent sur les habitants français de l'Acadie!. »
De longues anntes après, les successeurs de Cornwallis, de Lawrence et du comte de Loudoun, ressemblaiént encore à leurs prédécesseurs, ils imitaient leurs exemples aussi exactement qu'ils l’osaient; et lord Durham, dont le caractère chagrin mais honnête était adouci par les vertus simples d’un peuple qu'il apprit à aimer, et qu’il s’efforça de défendre, put dire à son | gouvernement, avec une vivacité qu'il ne dissimulait pas : « On n'a rien fait pour favoriser l'éducation, quoiqu'on ait mis la main sur les revenus des Jésuites destinés à cet effet, » et changé leurs collèges en casernes d'après le misérable plan du patronage officiel; il lui rappelait qu'avec un mépris cynique de la vérité et de l’honneur, ils donnaient un salaire exagéré à un prédicant anglican, en qualité de « chapelain des Jésuites ! »
Le sort du célèbre collége des Jésuites à Québec, maintenant encore occupé par, un régiment anglais, sera regretté par tous les appréciateurs du but qu’il était destiné à poursuivre. « De cet asile de piété et de savoir sortirent ces intrépides missionnaires qui firent connaître l'Évangile sur un espace de six cents lieues,et qui prèchèrent la foi chrétienne depuis le Saint-Laurent jusqu’au Mississipi?. »
Cependant les Canadiens, qui ne reçurent de l'Angleterre que des in: ‘ultes avec une oppression impitoyable jusqu’au temps de tort Duran, conservèrent, par les conseils de leurs guides spirilueis, une sincère et ob loyauté envers leurs maîtres étrangers. En 1775, le Canada eût été perdu pour l'Angleterre sans l’action vigilante du clergé catholique. Undemi-siècle plus tard, « la population canadienne déploya encore un dévouement chevaleresque et une loyauté dent on ne trouve &æ-de plus beaux exem-
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ples. En 1812, la défense du pays fut entre les mains généreuses des Canadiens français. Une fois de plus, ils prouvèrent leur fidélité, les Américains furent repoussés de tous les côtés, et le Canada fut sauvé’. » « L’Angleterre retient le Canada, observe un autre protestant, par l'influence seule de la hiérarchie catholique romaine. Les Sulpiciens de Montréal sont ses lieutenants?, » « Le clergé catholique, pour une large part, défend le gouvernement contre la violence révolutionnaire, reconnaît lord Durham. » Mais si la population catholique du Canada a refusé i:squ'ici, malgré les sollicitations des agents des Etats-Unis, de se révolter contre leurs durs et antipathiques dominateurs, ils ont rejeté avec répugnance leur religion et leurs usages ; ils ont conservé scrupuleusement leur manière de vivre, leur langue, leur foi et leurs traditions. Voyons ce que disent les protestants, malgré leurs pré-
jugés religieux et nationaux, d’un peuple qu’ils ont si profondé-
ment lésé.
« Les Canadiens français conservent toutes les qualités sociales des Français, sans leur propension à la guerre‘. » « ils sont bons et bienveillants, sobres, industrieux et honnêtes, très-sociables, enjoués et hospitaliers ; distingués dans leurs manières, leur véritable politesse s’étend à toutes les classes de la société. » « Ils surpassent de beaucoup, dans les mêmes conditions, le peuple d’Angleterre, Je les ai vus se rassembler en grand nombre dès cinq heures du matin, et j'ai appris qu’ils se réunissent fréquemment même dès quatre heures, prouvant au moins par là qu'ils ne sont pas religieux avec indolence®. » « J'avoue ma profonde sympathie pour les Canadiens français ; ils sont si bons enfants : contentement, gaieté de cœur, politesse venant de la bienveillance, respect envers leurs supérieurs, confiance dans leurs amis, attachement à leur religion, » sont leurs principales qualités’. « Tout ce que nous voyons des Canadiens français, écrit M. Buckingham, nous conduit à croire qu’ils sont, parmi les habitants des campagnes, les plus heureux du globe... Je regarde le Canadien comme plus sobre, plus vertueux, et plus heureux que l’Américain* . »
1 Pine Forests and Hacmataclt: Clearings, par le tieutenant-colonel Sleigh, ch. x1, p.275; 2 édition (1853).
3 The Statesman of America, p. 305.
5 Despatches, p. 11.
# Sir Francis Head’s Narrative, p. 194.
$ Lord Durham, Despatches, p. 11.
6 Ramble through the United States, par le docteur Shaw, ch. nr. p. 90 (1856).
T Godley's Letters from America. vol. L lettre v. p. 89.
$ Canada, ete, p. 2114-48-20, 264, 270. Voir aussi Glimpse at the Great Western Republic, par le lieutenant-colonel Cunynghame ch. xx, p. 252.
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l'els sont les Canadiens, au jugement de protestants distingués, qui reconnaissent volontiers, malgré leur lenteur à les imiter, les qualités de la race simple et séduisante qu’ils décrivent. Mais ces éloges de témoins sincères n’ont pu passer sans les protestations de cette rancune inquiète que l’hérésie inspire, et qui éveilla même dans le cœur d’une femme les pensées exprimées en ces termes : « Les effets asservissants, énervants, et rétrogrades du catholicisme ne sont nulie part plus visibles que dans le bas Canada, où les prêtres exercent une autorité despotique. » Comme si ces expressions étaient trop faibles pour peindre ses sentiments, cette dame anglaise ajoute, que «tous les maux de cette contrée, quels qu’ils soient, sont dus à l'ignorance et au terrorisme causé par les efforts des prétres'. » Son livre était destiné à des lecteurs anglais, et elle paraît avoir prévu qu'ils devaient bien accueillir de pareilles assertions. Cependant à la page suivante elle confesse qu’il se trouve dans le bas Canada plus de onze cents écoles, dont une centaine environ sont actuellement sous la direction des Frères de la doctrine chrétienne”. M. Buckingham nous dit, en parlant des écoles religieuses de Québec : « L’instruction qu'on y reçoit est tellement estimée par toutes les classes, que les familles protestantes envoient leurs filles en toute confiance au couvent des Ursulines pour être élevées comme les catholiques. »
Ailleurs, la dame que nous citons, oubliant sa sombre peinture des Canadiens « asservis, » donne sur ces « viciimes du despotisme sacerdotal, » l'appréciation suivante : « Les paysans du bas Canada doivent compter parmi les gens les plus inoffensifs du globe; ils sont moraux, sobres, contents de leur sort et zélés dans l’observance de leur foj erronée. Ils s'efforcent d’atteindre le bonheur, plutôt que le progrès; qui pourrait dire qu'ils n'atteignent pas leur but ? Les dimanches et les jours de fête ils s’assemblent en foule dans leurs églises. Leurs besoins et leurs désirs ne sont pas grands, leurs manières sont courtoises et prévenantes, ils gardent leur croyance avec une crédulité aveugle et complète ; » (elle ne sait pas en quoi leur foi consiste ni comment ils y adhèrent) « et pendant les soirées d'été, ils chantent des airs de France, comme leurs pères les chantaient a: commencement du jour, sur les bords riants du Rhône impétueux®. » Après cette description d'un peuple charmant, elle se moque avec complaisance de cette
1 The Englishwoman in America, ch. x1v, p. 312. 2 The Metropolitan Catholic Almanac, Baltimore, 1860, p. 278. 3 Jbid., ch. x, p. 284, — 11 est bon de remarquer qu'il n'est peut-être pas quitre Canadiens dont les ancêtres soient nés sur les borde du Rhône. (N. du tra.)
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religion divine qui a engendré ces vertus, comme étant « l'antidote du progrès social. » Toutes ses idées religieuses sans exception paraissent liées avec les chemins de fer, les bateaux à vapeur, beaucoup de commerce et une police active. Infortunés Canadiens, qui refusez de dire, en parlant de ces objets de culte : « ce sont nos dieux! » « Chez eux, relate un protestant anglais d’un esprit plus élevé, les églises viennent en première ligne, les chemins de fer après, ce qui nous paraît un arrangement tout à fait paradoxai. [ls font de l’église le premier objet, et nous le dernier!. » La raison, c’est que leurs âmes sont pénétrées de cet axiome divin, « unum est necessarium, » et que leur foi leur conseille de ne pas « se troubler de beaucoup de choses? ; » c'est que les Canadiens ont reçu la grâce de rester ce qu'ils sont. Voilà pourquoi leur vie, par sa pureté, sa dignité, sa sagesse, ses lumières, sa connaissance pratique de Dieu et de sa sainte religion, forme contraste avec la fièvre du « progrès » et l’avidité turbulente des Américains, ou la triste stupidité du paysan anglais.
Il n’est cependant pas vrai que les progrès matériels de cette province catholique, soient indignes d’être comparés avec ceux de leurs voisins non catholiques. Le 26 septembre 1862, l'honorable AT. Galt, dernier ministre des finances au Canada, constatait dans l'hôtel de ville de Manchester les faits que voici : En 1859, la population dans le bas Canada était de huit cent quatre-vingt-dix mille ; en 1861, elle s'élevait à un million cent onze mille, s’étant accrue de vingt-cinq pour cent, en neuf ans.
En 1852, la quantité de terre tenue à bail, ou en franc-fief, était de huit millions cent treize mille acres; en 1861, dix millions deux cent vingt-trois mille, ou vingt-sept trois huitièmes pour cent de plus.
En 1852, le nombre des boisseaux de grains autres que le froment, pour la culture duquel le climat et le sol du bas Canada sont moins favorables que ceux des provinces supérieures, fut de douze millions cent quarante-sept mille; et en 1861, de vingttrois millions cinq cent trente-quatre mille; augmentation de quatre-vingt-treize trois quarts pour cent, « presque autant qu’en produit toute la population anglaise du Canada supérieur. » Ces aits, remarque M. Galt, ont d'autant plus d'importance, que « les Canadiens français n'ont pas l'avantage du flux incessant de l’émigration; toute leur augmentation vient d'eux-mêmes, »
M. Galt n’a pas ajouté ce fait révélé aussi par le recensement
{Godley, lettre 1v, p. 71, 2$, Lue, x, 42.
de 1861, que malgré l’arrivée constante d'émigrants protestants, la proportion catholique du Canada était plus élevée qu’en 1852. Il a observé cependant, que « chaque paroisse ayant une école, et tous les enfants recevant une éducation gratuite, ils étaient ou devaient être à l’abri de tout reproche!. »
Le colonel Bouchette, connaît mieux les Canadiens que le touriste anglais cité et avoue que ni les crimes, ni la misère sociale de l’Angleterre n'existent parmi eux; « la religion catholique, déclare-t-il avec énergie, n'est pas plus un instrument de dégradation pour le peuple au Canada, que la religion quaker, ne l'est en Pensylvanie; » de plus le dénüment anglais est aussi peu connu au Canada que l’incrédulité anglaise; « mais un noble esprit d'indépendance règne dans la conduite de toute la population, et l'influence spirituelle des prêtres s'exerce en donnant des avis à leur troupeau plutôt qu'en le gouvernant*. »
Puisque le Canada est souvent cité par les auteurs anglais comme un exemple de stagnation sociale d’un peuple catholique, il nous sera permis d'ajouter quelques mots sur ce thème familier.
Les États catholiques, nous dit-on, atteignent rarement les progrès matériels de leurs rivaux protestants. Cependant, rien n’est moins contestable qu’au Canada, comme en tout autre pays catholique, ni la misère sociale, ni les crimes, n'ont jamais atteint les proportions qui distinguent l'Angleterre, la Prusse et les autres nations non catholiques. Pour ce qui regarde la Grande-Bretagne, une autorité protestante affirme ce fait notoire : « En aucune contrée il n'y a une aussi grande proportion d'habitants ensevelis dans l’indigence et dans la misère®. » En Prusse, le même auteur compa-
rant avec équité les districts catholiques et protestants, affirme, pour les provinces rhénanes, que « le peuple est catholique et que, de pour les manufactures, le commerce, le capital et l’industrie, il lue est fort en avance sur toute autre partie des provinces prus- ' siennes*, » La Belgique, le pays le plus catholique du nord de SA 7 . Ë 4 A , , 08 l'Europe, est aussi le plus prospère. En France, où les produits de né est |
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3 Britich Dominions, ete., eh. xvu, p. 414. Org
5 Laing, Residence in Norway, ch. 1v, p. 156. tout 4 Laing, Observations on Europe, ch. x, p. 316 (1850). — Un ardent protestant mp d Allemagne, dans la réfutation de libelles populaires de ses coreligionnaires, dit, an lin sujet des Napolitains entre Naples et Salerne : « L'activité de nos vignerons du Rhin, le n dont on connait les travaux incessants, n'est rien en comparaison de celle des monta- D'1 : gnards napolitains; cependant leur indolence est devenue proverbiale! » ‘Wanderings de
through the Cities of Italy, par À. L, von Rochau, ch. xvn, p, 222; éd, Sinnet.) veill
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In ardent protestant Jigionnaires, dit, au vignerons du Rhin, de celle des montaale! » Wanderings 2, éd, Sinnet,)
la soi-disant réforme sont tenus en moindre estime qne dans presque aucune autre contrée du globe, les révolutions successives qui auraient si profondément éhranlé l'équilibre financier de | Angleterre ou de la Hollande, or.c à peine imprimé une secousse au crédit national ou au bien-être public, tant les bases de sa prospérité sont solides. Enfin, tandis qu'il est d’usage d'indiquer l'Espagne et le Portugal comme exemples de la décadence des États catholiques, ils sont, en fait, des exemples évidents de l’exacte vérité contraire. Ces deux royaumes, l’histoire nous l'apprend, ont atteint le sommet de leur opulence et de leur pouvoir, précisément lorsque les principes et les traditions catholiques exerçaient le plus d'influence sur le peuple et sur leurs gouvernants, etils ont commencé à déchoir lorsque leurs hommes d’État dégénérés adoptèrent les maximes introduites dans le monde par le protestantisme, et brisèrent cette alliance intime avec l'Église, à laquelle ils devaient leur gloire et leur renommée. Si le Portugal, autrefois célèbre par ses armes et par son commerce, est devenu méprisable aux yeux de l'Europe, c’est parce qu’il a laissé décliner sa vie religieuse, et bien qu’autrefois il ait rempli le monde de ses apôtres, il a maintenant à peine assez de vigueur pour produire même son propre clergé. Tandis que la grande nation espagnole, après une éclipse temporaire, reprend aux applaudissements de la chrétienté, ses instincts catholiques qui la firent le plus grand empire de l'univers, et sa prospérité matérielle qu'elle sut créer sous Ferdinand et Isabelle, développer sous Charles-Quint, continuer sous Philippe IT, et rétablir de nouveau sous la fille de Ferdinand VII!,
Retournons au Canada et à la dame anglaise, véritable spécimen de l’opiniâtreté des préjugés anglais. Le clergé canadien, dont l'influence despotique, nous dit-elle, engendre « l’ignorance et le
! On ne conteste pas naturellement que l'influence de la religion en proportion de son énergie engendrera l'indifférence au progrès matériel que le monde estime si haut. Cest la doctrine de saint Paul, et le monde l'a toujours repoussée : «les chrétiens devraient user de ce monde comme n’en usant pas, » « Le monde, dit un éminent écrivain, est une image fausse de l'Eglise de Dieu, et en même temps son antagonistele plus implacable, L'Église voit ce monde clairement et distinctement, elle est loin de flatter son orgueil; pour elle l'amour du monde est la haine par Dieu. Elle met sous ses pieds loules les choses de ce monde, comme n'étant d'aucune conséquence où au moins d'une importance très-secondaire, Elle irrite le monde en regardant le progrès avec une cerlaine hésitation, et en apparence avec très-peu d'intérêt, 11 y a dans son mépris pour le monde une foi tranquille, extrêmement blessante pour cette dernière puissance. » D' Faber, The Creator and the Creature, ch. , p. 378. Il n’est peut-être pas inutile de remarquer, comme exemple frappant de l'apathie des Anglais, que ce livre merveilleux, composé dans leur langue, leur reste entièrement inconnu.
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