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TERRE-NEUVE, LABRADOR, GROENLAND ET LAPONIH

A Terre-Neuve, pays où la foi fut proscrite, où la population catholique fut épuisée de tourments et de vexations infligés par les agents de l’anglicanisme, les faits présententun caractère particulier qui n’est pas sans intérêt. Loin de parvenir à faire apostasier les catholiques, ce furent les anglicans qui vinrent par centaines se

1 Études religieuses, historiques et littéraires, octobre et décembre 1864.

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MISSIONS D'Ab-RIQUE. 407

joindre à eux, au grand chagrin des chefs de la secte. « C’est dé: plorable, s’écrie le Révérend G. M. Johnson, en 1862; toute la côte entre Petty Harbour et le cap Race, occupée originairement par des colons anglais, est tombée sous le pouvoir de l’Église de Rome, et toute cette population, sur cinquante milles de côtes, faisant autrefois partie de notre Église, ne compte plus qu'un petit nombre d’adeptes fermement attachés à l’Église et à la religion de leur pays, grâce à la présence de nos missionnaires à Ferryland!, » |

Depuis le Rupert-Land jusqu'au district de la Rivière-Rouge, les mésaventures des anglicans, qu’on qualifiait vaguement de succès possibles dans l'avenir, sont identiques à celles des autres régions. « En repassant les années dernières, disent le Révérend W. Stagg et le Révérend J. Settce, on trouve qu'on a fait bien peu de chose. » Puis ils expliquent leurs défaites. « Nous aurions pu mieux faire pour l'instruction des Indiens, s'ils s'étaient présentés afin d'obtenir les connaissances chréliennes; mais ils se tiennent éloignés de la vérité. » Ceci veut dire apparemment qu'ils préfèrent devenir catholiques. « Un chef Chipewyaïs, au rapport du Révérend R. Hunt, lui apprit que sa : tribu avait été cédée aux ministres (romains) qui n'étaient pas, lui avons-nous assuré, des ministres de Jésus-Christ?. » Ils l’assurèrent en vain.

D'autres sectaires en dehors de l'Église anglicane nous racontent leurs malheurs. Le Révérend S. Maudsley, missionnaire wesleyen, se charge de ce soin. « Dans quelques endroits, les majorités catholiques étendent leur funeste influence sur des protestants isolés, quelques familles ont été attirées dans les replis de l’homme de péché®, » Ce n’était pas encore son plus grand grief, puisqu'il ajoute : « La dernière année ecclésiastique a été par exception très-peu productive en argent. »

Écoutons ces méthodistes parlant d’un autre endroit. « Cette mission peut être comparée à une île au milieu de la mer, avec celte différence qu’au lieu d’eaux rafraichissantes, elle est entourée de romanisme. » Au sujet d’un troisième, le missionnaire observe avec douleur : « La lutte est bien pénible; le romanisme d'un côté et les plongeurs de l’autre. » Les plongeurs ou baptistes sont, dans tout pays, particulièrement odieux aux wesleyens.

Report ofthe Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts, p. #à 862).

3 Church Missionary Society's Report, p. 222.

Ÿ Report of Wesleyan Missionary Society, p. 174 ct suiv.

De Saint-Arraand un missionnaire écrit : « L'année dernière n’a pas été aussi prospère que je l'aurais désiré, à cause des grands efforts des prêtres romains pour abolir le protestantisme et pour retarder l’œuvre de l'évangélisation., »

Du district de Mackensie-River le Révérend W. Kirkby, missionnaire anglican, écrit : « Vous apprendrez par mon journal que les romanistes ont concentré leurs efforts sur les Indiens de ce district. Lorsque j'arrivai, ils venaient d’y établir leur première mission; maintenant ils ont le fort Résolution, le fort Rae, Good- Hope, et je crains qu’ils n'aient encore le fort Liard'! » Il les a vus à l’œuvre, il a reconnu leur connaissance parfaite de la langue; quelquefois il a voyagé avec eux et en a reçu des marques de bienveillante courtoisie. Une fois il est contraint de dire la vérité. « Ils possèdent à un haut degré la sympathie des Indiens. Ils travaillent cœur et âme, et traverseraient volontiers la mer et les déserts pour faire un prosélyte. » Après cela, sans se laisser toucher par les vertus que les sauvages admirent et tâchent d'imiter, le pauvre sectaire, ne connaissant du christianisme que quelques noms et quelques. paroles, jette son bonnet en l'air et

s'écrie : « La Diane des Éphésiens est une grande déesse! » « Leur zèle ne connaît ni vérité, ni justice, tous moyens leur sont bons. Le mensonge et la fraude sont mis en usage; mais les pauvres Indiens sont maintenant trop ignorants pour s’en apercevoir. On n’entend que les louanges de Marie. Oh! mon pays, quel reproche pour toi! Angleterre, réponds! ete., ete.?. »

Dans la page suivante du même rapport, le Révérend J. Horden, collègue de M. Kirkby, dépeint en ces termes ses disciples de Rupert’s-House, &ù 1] était fixé avec « sa femme et quatre enfants : » « Deux Indiens, ouvertement chrétiens, oubliant les instructions reçues à ce sujet, étranglèrent, l'hiver dernier, leur pauvre mère infirme. » Par ce procédé expéditif, ces Indiens protestants, fruits de l’habileté anglicane, économisèrent sa nourriture. « Ceci me blesse profondément, » reconnait M. Iorden.

Sur deux mille cinq cents Nasquapees, dans la péninsule du Labrador, mille sont devenus catholiques, grâce aux conseils des Montagnais, qui les engagèrent à entendre les instructions du Révérend Père Arnaud, de la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, dont ces derniers étaient les disciples. « Les travaux des

1 Journal of royal geagraphical Society, vol. XXX, p. 509. 3 Church Missionary Society's Report, p. 2256-81,

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Le Père Arnaud, d’après cet auteur, est le digne successeur des premiers apôtres de ce continent ; il accepte les plus rudes sacrifices, et exerce sur les indigènes une influence sans bornes. A la baie des Sept-lles, ce professeur le rencontra au moment où un grand nombre d’Indiens venus de l’intérieur s'étaient rassemblés pour venir trouver le Père. Le lendemain dimanche, il devait célébrer la messe au milieu de ses néophytes. « Vers le sc;', un cou-

reur arrivait de Moisie; un mourant demandait les 14 religion. Sans hésiter, malgré une pluie torr APE due naud partit pour faire à pied un voyage d à :- . var une nuit sombre, au milieu de l'orage et de la à ‘se jeta dans une barque d’écorce pour traverse ue de Moisie; bientôt il administrait les sacrements 1 1 oiade. » Le jour

allait paraître lorsqu'il rentra dans sa demeure où l’attendaientun grand nombre d'indigènes. « L'influence du Père Arnaud, ajoute le professeur, est extraordinaire, elle s’explique par sa charité, son héroïsme, son abnégation, et un dévouement absolu à sa mission ?, »

M. Hind rapporte un discours d'un chef des Nasquapees, nommé Otelne. Pour le comprendre, il faut savoir que les Indiens de l'intérieur perdent toujours la santé et souvent la vie dans Île climat humide des côtes; cependant ils affrontent ce danger pour visiter le missionnaire. Otelne, les yeux fixés sur l'Océan avec une profonde tristesse, prononça ces paroles : « Quelques-uns des « miens, après avoir visité la Robe noire, retournèrent chez eux. « L'année dernière, je voulus partir à mon tour, mais j'étais trop « fa‘ble, De ceux qui m'accompagnèrent ici, quatre seuls restent « avec moi. Que faut-il faire ? Si nous retournons, nous ne rever- «rons lus le prêtre. Il ne peut pas visiter notre pays, il est trop « loin. Nous oublierons ce que nous avons appris de lui, et nos « enfants redeviendront païens. Je crois en Dieu, en Dieu bon et « tout-puissant, à tout ce qu’il a fait pour nous. Dois-je retourner « dans les déserts où je n’entendrai jamais parler de Dieu ? Faut-il «amener mes enfants pour qu'ils apprennent à craindre les dé- « mons? 0 Marie, refuge des pécheurs, priez pour nous5! »

1 Explorations in Labrador, px Menri ind, professeur, cte.; vol. I, ch, x, p. 190 ARG3),

? Ibid. : XIX, pe 992.

5 Ibid, vol. LL, ch. xx 1, p. 35,

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«Il est à remarquer, dit le même auteur, que les chapelles à Itamameou, Allingan, les Sept-Îles, Manicouagan, ete., sont entretenues en grande partie par les Indiens, qui se privent des choses les plus nécessaires pour subvenir aux frais de leurs chapelles, »

Une inscription en caractères runiques fut trouvée, assure-t-on, à Igalisko, en 1829, « indiquant la connaissance de la foi chrétienne et la présenc: d’adorateurs chrétiens dans le Groënland, pes plus tard que le douzième siècle?.» Les missionnaires, à cette époque reculée, semblent avoir montré leur zèle pour la science aussi bien que pour la religion. « En 1266, remarque le professeur Rafn, quelques prêtres de Gardar, dans le Groënland, partirent à pied pour un voyage de découvertes aux régions arctiques de l'Amérique. Une observation astronomique prouve que ce voyage eut lieu à travers le détroit de Lancaster-Sound et la gorge de Barrow, dans la latitude du canal de Wellington. » Six siècles n’ont rien changé dans le zèle des missionnaires catholiques au Groënland ou ailleurs. Voyons ce que les émissaires protestants, auxquels ces régions boréales ont été abandonnées pendant quatre-vingts ans, ont fait pour leurs habitants.

Dans un ouvrage publié récemment par le docteur Rink, intendant danois pour la partie sud du Groënland, ouvrage qui excita l'attention à Stockholm et dans la péninsule scandinave, les résultats obtenus par les prédicants protestants chez les Finnois, les Groënlandais et autres races du Nord, se trouvent révélés, Le docteur Morrison avait admis, à une époque précédente, l’inutilité de tous les projets luthériens à l'égard de ces régions, et avait avoué, en phrases mesurées, que «les fruits moraux et matériels de ces missions ne permettaient pas une peinture brillante, » L’intendant danois s'exprime avec moins de réserve. Dans une lettre écrite de Stockholm, datée du 15 septembre 1858, et publiée dans les journaux anglais protestants, le docteur Rink se permet les révélations suivantes :

« Pendant les dernières années, des mouvements religieux ont eu lieu parmi les tribus à demi civilisées des Lapons et des Finnois, ils ont excité leurs esprits à un tel degré et se sont jetés dans des excès si tumultueux, que le gouvernement suédo-norwégien a jugé nécessaire d'envoyer des troupes dans ces régions lointaines, afin d'y rétablir la paix... L'exaltation publique a nécessité des mesures récentes pour étouffer à son débat toute explosion nouvelle, »

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2 Home Life in Norway and Sweden, par Chacles Loring Brace, eh vu pe DT. 3 Cité par Wilson, Prehistorie Man.

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L'origine de ces « excès tumultueux » fut, paraît-il, une espèce de fanatisme religieux, engendré par les projets rivaux des missionnaires luthériens. « On ne peut mettre en doute, d’après le récit suédois, que ces mouvements sont dus à un grossier malentendu entre les prédicateurs chrétiens. N résulte d’une enquête minutieuse que le christianisme, quant à présent, n'est pas profondément enraciné chez ces tribus ; » bien que les missionnaires, nous dit-on, aient été à l'œuvre parmi elles, « pendant plus d’un siècle! » « Des restes de paganisme, une grossière superstition, de la crédulité, aussi bien qu’un penchant prononcé au fanatisme religieux et à l’enthousiasme, se sont, au contraire, montrés et développés. La culture de ce sol devait fournir une riche moisson à différentes sectes religieuses. Les missionnaires catholiques établis à Quananberfjore, connaissaient sans doute l’état des choses avant leur arrivée, et ne manqueront pas d’en tirer tous les avantages possibles, »

La relation continue ensuite à fournir des échantillons des effets religieux de linstruction protestante sur les Groënlandais. Ils présentent des phénomènes peu variés pendant les soixante-dix deruières années. Des troubles ont, dans les premiers temps, éclaté à diverses reprises ; on doit les attribuer à leurs notions religieuses erronées. En 1770 et en 1805, plusieurs femmes se firent passer pour saintes; l'une d’elles, qui se nommait Marie-Madeleine, déclara qu'elle était douée du don de prophétie, parla de visious et de révélations qu’elle avait eves et se fit de nombreux partisans. Elle profita du zèle de ses disciples pour en obtenir une aveugle obéissance, et leur fit égorger deux de ses ennemis. Quelques méchantes actions de son mari, auquel elle avait donné le nom de Jésus, la mirent en évidence au bout de peu de mois; les missionnaires s'efforcèrent de ramener la brebis égarée dans le sein de l'Église. » Réussirent-ils? il est permis d'en douter; mais ces événements les déterminèrent « à mettre à exécution leur projet d'élever les plus intelligents parmi les indigènes en qualité de catéchistes, » projet qui amena de fâcheux résultats. « Le dernier tumulte fut provoqué par un de ces élèves groënlandais... Dans l'été de 1854, un jeune homme de Frederickstal, que l'on avait choisi comme catéchiste, devint taciturne et rechercha l'isolement. Bientôt après, les Groënlandais du lieu et des environs, ayant des réunions inusitées, on dut interrompre les services religieux ordinaires faute de fidèles. » Un vit bientôt « le catéchiste se faire passer pour prophète et déclarer son intention de former une nouvelle compagnie entièrement distincte des Européens. I prétendit

M9 LES MISSIONS CIRÉTIENNES.

avoir eu des entrevues avec le Sauveur et en avoir reçu des révélations; il prit, en conséquence, le nom de Gabriel, et réunit quelques sectateurs, qui lui promirent tous une obéissance aveugle. La défection fut si générale qu’il ne resta qu'un petit nombre de Groënlandais fidèles aux missionnaires. »

Ce n'est pas tout. « Le nouveau Gabriel accomplit des cérémonies religieuses, maria plusieurs couples parmi les nouveaux croyants et envoya recruter, dans les stations de missions voisines, de nouveaux partisans. Alors d’autres indigènes prétendirent aux visions, et une démence fébrile devint générale. Il y en eut qui se firent des incisions aux mains et donnèrent à sucer le sang qui en découlait, pour faire goûter la douceur du sang du Sauveur! À d’autres, on faisait ouvrir la bouche afin que Gabriel leur insuflàt l'Esprit saint. » Cette folie semble dissipée, après avoir duré un an. « Mais qui peut répondre, continue l'écrivain scandinave, qu'aucun malheur ne sera dù, plus tard, aux mêmes déceptions religieuses ? Il n’est nullement impossible qu'en de telles occurrences la sûreté des Européens ne soit en péril — on paraît l'avoir compris en Suède — et l'utilité des missionnaires est mise en doute, »

Quant aux Lapons, le professeur Kooslef informa M. Bayard Taylor, en 1858, que « les prédications de Lestadius et autres missionnaires fanatiques avaient provoqué, parmi ces peuplades, une épidémie spirituelle se manifestant sous forme de visions, d’extases et de possessions angéliques. » Ils commettaient des meurtres et d'autres crimes pour forcer leurs compatriotes « à reconnaître leur mission divine, » « Ces missionnaires ent encouru une grave responsabilité, ajoute M. Taylor, pour avoir jeté les semences d'une maladie mentale parmi ces races ignorantes ct impressionables!. »

Voici en quoi paraît consister ce qu'il y a de particulier dans les missions protestantes du Groënland et de Laponie; elles ont fait naitre dans ces pays de violents accès de folie religieuse, tandis que partout ailleurs elles n'ont rencontré au'apathie, indifférence ou répulsion, Dans les régions torrides de l'Asie ou de l'Amérique centrale et méridionale, ciles attirent à peine l'attention ou provoquent au plus un sourire ; dans les déserts glacés du Nord, elles enfantent « des illusions religieuses, » « des accès de folie » et «des excès lumultueux, » Le Chinois peut voler les ministres protestants, l'Hindou peut les insulter ; l'Arménien rusé deviendra leur

! Northern Travel; Sweden, Lapland and Norway, pa Bayard Taylor, ch. xt, p. 115-122 (1858).

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