‹ Les missions diplomatiques de Pierre Anchemant, 1492-1506 [microform]Chapitre 11 sur 50 · AMBASSADEUR EN FRANCE · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR EN FRANCE

Quil fut ambassadeur en France appert par la commission originale dont la teneur s ensuict (i) :

^ Monsieur de Saint André (2), mon amy, jenvoye très révérend père en Dieu, mes très chiers et feaulx conseilliers

larchevesque de Besancon, le seig^ de Cliievre mon cousin,

le seig^ de Veyre, le prevost de Louvain, Jehan de Courtewille et maistre Pierre Anchemant, mon secrétaire, devers mons^"^ le roy, pour luy dire et exposer aucunes choses de ma part ainsi que lentendrez deulx plus a plain, vous priant les vouloir sur ce croire; et en lexpedition des matières a eulx chargées, leur faire toute adresse et assistence a vous possible, affin quelles puissent prendre bonne et brieve fin

et execucion ; et vous me ferez très singulier plaisir. Et, sil est chose que pour vous faire puisse en le me signifBant, le feray de bon cueur, aydant nostre Seigneur qui vous ait en sa digne garde. Escript à Bruxelles le XXVIP jour de juin lan V« et ung (27 du mois juing 1501), et estoit signé : «' votre amy, Philippe, '» et plus bas : du Blioul. La superscription estoit : " a mons^ de Saint André, mon amy p). «

(1) En note on lit : « De cette ambassade parle Pont. Heuterus, Rer. Austriac. lib. 6, cap. I. Franc. Hareus, iu Annal. Brahant. »

(2) Pierre de Saint-André, conseiller du roi en France et juge-mage de Carcassonne.

(3) La commission donnée par Philippe-le-Beau à ses ambassadeurs

porte la même date et a été publiée par M. Le Glay, dans les Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche durant les trente premitTCS années du XV I^ siècle, t. I, p. 30. En voici la teneur :

Philippe et Jehanne, par la grâce de Dieu, archiducs d'Austrice, prince de Castilie, de Léon, d'Arragon, de Secille, de Grenade, etc., ducz de Bour-

goigne, de Lothier, etc., à tous ceux qui ces présentes lettres verront,

salut. Comme, pour le fundament et seureté de bonne paix d'entre nostre

Les matières que lesdicts ambassadeurs ont traicté en France sont esté pour traicter le mariage de Charles duc de Luxembourg, filz dudict s^" archiducq Philippe, avecq

très-redouté seigneur et père monseigneur le roy des Romains d'une part, et monseigneur le roy très-chrestien d'autre, laquelle paix, nous, archiduc,

avons longtemps poursuye, et aussi pour plus grant seureté, entretenement

et accroissement de la paix estant entre mondit seigneur le roy très-chrestien et nous, ait puis nagaires esté pourparlé le mariage d'entre madame Claude de France, fille de mondit seigneur le roy très-chrestien, et nostre ires-chier et tres-amé fils le duc de Lucembourg; et il soit que pour sur cellui mariage besongner, traicter et conclure, soit besoing de nostre part y ordonner et depputer aucuns notables personnaiges à nous feables, savoir faisons que nous désirons de tout nostre cueur icellui mariage sortir son effecl; et pour les sens, prudence et bonne expérience que savons et cognoissons estre es personnes de nos très-chier et feaulx, très-reverent père en Dieu l'archevesque de Besançon, sieur de Chievre et de Beyre,

prevost de Louvain, et Jehan de Corteville, avons iceulx appelé avec iceulx

nostre amé et féal secrétaire en ordonnance, maistre PieiTC Anchemant, confians entièrement de leur loyaullez, preudommies et bonnes diligences, en nous faisans fors dudit duc de Lucembourg nostre fils, et mesmement nous, ladite archiducesse et princesse, de l'autorité de nostredit seigneur et mary, avons commis, ordonné, estably, commectons, ordonnons et establissons par ces présentes, nos embassadeurs, procureurs et mesaigiers especiaulx auxquels et a chacun d'eux avons donné et donnons, par ces meismes présentes, plain povoir, autorité et mandement especial de pour et ou nom de nous, et nous faisans fors comme dessus, demander et requérir à mondit seigneur le roy et a madame la royne, en mariage, madicte

dame Claude de France leur fille pour nostredit fils le duc de Lucem-

bourg; de leur requérir et demander dot et mariage pour elle, de lui accorder douaire soit coustumier ou convencionnel ; et au surplus faire et

recevoir toutes promesses et convenance, et sur ledit mariage traicter et conclure ainsi qu'ils verront estre expédient et que bon leur semblera et que nous-mesmes faire pourrions se presens y estions; promectant en parolle de princes et soubz l'expresse obligation de tous et quelconques nos biens presens et à venir, avoir agréable, à tenir ferme et estable et faire tenir et accomplir par nostredit fils, tout ce que par nosdits ambassadeurs et procureurs et chacun d'eux sera touchant ledit mariage, ses circonstances et deppendances, fait, traicté et conclu, et d'eu bailler lettres ratificatoires

toutes et quanies fois que en seront requis. En tesmoing de ce nous avons

signé ces présentes de nos noms et a icelles fait mettre nos sceaux. Donné en nostre ville de Bruxelles, le XXVIl» jour de juing, l'an de grâce mil cincq

madame Claude de France, fille du roy Loys XII®, et la paix d'avecq Maximilien roy des Romains et depuis empereur, père de l'archiducq, et ledict roy Loys, comme yl se poeult

cens et ung. Ainsi signé : Philippe et Jehanne; et att-dessus du reply de la lettre, par monseigneur l'archiduc et madame l'archiduchesse, princes de Gastille, etc. : Haneton.

Le personnel de l'ambassade était composé de :

a. François de Busleiden ou Blsleydex, archevêque de Besançon, ancien précepteur de l'archiduc Philippe, dont il conserva la confiance jusqu'à sa mort arrivée pendant son séjour au monastère de S»-Bernard, à Tolède, le 25 août 1502. Pontus Heuterus {Hcr. Aust.y lib. 6, cap. III) fait son éloge. Selon Delvenne {Biographie des P.-B.)^ « Busleyden naquit à Bouleide, en

» allemand Bouschleiden, village de la ci-devant prévôté d'Arlon, dans le

» grand-duché de Luxembourg, d'où il a tiré son nom. » L'archevêque de Besançon, nommé cardinal par le pape Alexandre VI, mourut avant d'avoir

reçu la barrette. Il avait trois frères : Jérôme de Busleiden, prévôt d'Aire, maître des requêtes du duc Philippe, chanoine des églises de Liège, de Cambrai, de Malines et de Bruxelles, qui se signala dans lettres et accomplit plusieurs missions diplomatiques auprès du pape Jules II, de François I, roi de France, et de Henri Vlll, roi d'Angleterre; Gilles de Busleiden, conseiller et maître de la chambre des comptes de Brabant; et Valérian de Busleiden, receveur-général du duché de Luxembourg.

b. Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres, etc., était le troisième fils

de Philippe comte de Portien, baron de Renty, seigneur de Chièvres, etc.,

et de Jacqueline de Luxembourg. Pour bien se rendre compte du rôle important que ce seigneur joua dans l'histoire, il est nécessaire de jeter un regard rétrospectif et rapide sur sa vie, que M. Gachard a esquissée dans sa Notice des archives de M. le duc de Caraman. La page que nous empruntons embrasse toute la carrière politique du seigneur de Chièvres,

sauf l'époque qui fait l'objet du manuscrit d'Anchemant, de 1497 à 1506.

« Guillaume, seigneur de Chièvres, dit M. Gachard, survécut à ses frères, et, par l'autorité qu'il acquit, par les titres et les honneurs dont il fut comblé, par ses richesses, il surpassa tous les seigneurs de sa race, et jusqu'à Antoine de Croy, ce favori de Philippe-le-Bon, dont l'élévation avait excité tant de jalousie à la cour de Bourgogne.

Les archives du château de Beaumont nous offrent de nombreux témoignages de la confiance que Maximilien, Philippe-le-Beau et Charles-Quint placèrent dans le seigneur de Chièvres; j'aurai occasion de les citer, eu retraçant brièvement sa vie politique et militaire.

En 1 i88, Maximilien le nomme capitaine de la ville et château de Huy.

La même année, il lui promet que, si la guerre éclate avec les Liégeois,

voire dans le contenu d'une minute de lettre escripte par lesdicts ambassadeurs audict archiducq, dont la teneur s'ensuict.

il sera indemnisé, sur les biens de ceux-ci, des 4000 livres de revenu qu'il

possède au pays de Liège, et il donne la commission de demander, en son nom, un subside au Brabant-Wallon et au comté de Namur.

En liOl, au chapitre de Malines, il est fait chevalier de la Toison d'or.

En 1492, Maximilien lui accorde une pension de 2000 livres, en qualité de conseiller et chambellan de l'archiduc, son fils.

En 1496, Philippe-le-Beau l'affranchit du droit d'aubaine et de mortemain, auquel il serait sujet, s'il venait à décéder en Hainaut, attendu qu'il est né en France, et il lui assure la survivance du grand bailliage de Hainaut. Il lui renouvelle cette assurance l'année suivante, en présence des

principaux personnages de sa cour, le comte de Nassau, le seigneur de Berghes et le prévôt de Liège.

Le seigneur de Chièvres avait suivi Charles Vlll, roi de France, h la conquête du royaume de Naples : à son retour aux Pays-Bas, en 1497,

Philippe-le-Beau lui confère la charge, qu'il lui avait promise, de grandbailli de Hainaut.

Plus tard, et de l'agrément de l'archiduc, le seigneur de Chièvres va servir Louis XII : mais des mésintelligences ayant éclaté entre les deux souverains, il revient à la cour de Bruxelles.

Vers cette époque, nous le voyons à la tête d'une compagnie de 50 hommes d'armes et de 100 arches des ordonnances de l'archiduc.

Philippe-le-Beau ayant résolu, en 1506, de partir pour l'Espagne, où il était appelé à recueillir la succession d'Isabelle-la-Catholique, c'est sur le seigneur de Chièvres qu'il jette les yeux, pour lui confier le Gouvernement des Pays-Bas. Guillaume de Croy, pendant l'absence et après la mort de l'archiduc, prend les mesures les plus sages, afin de résister aux

Gueldrois et aux Français qui, au mépris des traités, avaient attaqué ces provinces.

En 1509, il remplace le prince de Chimay comme gouverneur et premier chambellan de l'archiduc Charles; et, par l'ascendant qu'il acquiert sur l'esprit du jeune prince, il se prépare les voies au pouvoir qu'il exercera, lorsque celui-ci sera monté sur le trône.

Charles, à peine émancipé, lui donne l'état de lieutenant des fiefs au

pays et duché de Brabant.

Le 5 décembre 1516, par des lettres datées de Bruxelles, il lui fait don du duché de Soria, au royaume de Naples. Il est à remarquer que, dans ce diplôme, il n'est pas dit que Guillaume de Croy descend des rois de Hongrie,

mais seulement qu'il est d'illustre origine, de illustre génère descendentis.

Nostre très redoublé seigneur, le plus humblement que

faire povons, nous recommandans a vostre bonne grâce. Depuis la dernière poste qavons depesche, qui fut mardy

Quelques jours après, Charles le crée amiral du royaume de Naples et capitaine général des années maritimes de tous ses royaumes.

Il le nomme enfin, en 1520, commissaire au renouvellement des lois cl à raudition des comptes des villes et chalellehies de Flandre.

Là ne se bornèrent pas les grâces dont Charles-Quint récompensa le dévouement et les services de son ancien gouverneur, devenu son favori

et son premier ministre.

.... Dès le 23 septembre 1494, le seigneur de Chiè\Tes avait fait, avec ses deux frères, Henri de Croy, seigneur de Renty, et Antoine de Croy, évêque de Terouane, un accord en vertu duquel ceux-ci acquiesçaient au transport que le comte de Portien, leur père, lui avait fait des terres d'Arschot, Bierbeek, Heverlé et de la forêt de Meerdael. Par des lettres, données à Saragosse au mois de novembre 1518, Charles-Quint érigea en baronnie la seigneurie d'Heverlé, et, unissant cette baronnie en celles d'Arschot, de Bierbeek et de Rotselaer, ainsi qu'à la forêt de Meerdael, il en forma, en faveur du seigneur de Chièvres, le marquisat d'Arschot.

Il lui donna, dans le même temps, une nouvelle pension de 3000 livres sur les finances des Pays-Bas, indépendamment des sommes qu'il touchait

sur le trésor d'Espagne.

Le seigneur de Chièvres mourut à Worms, le 18 mai 1521 (*), empoisoimé, selon quelques historiens. C'était un grand homme d'Etat ; et si l'on peut lui reprocher d'avoir peut-être un peu trop usé, dans sou intérêt personuel,

de la confiance que Charles-Quint plaçait en lui, on doit avouer aussi qu'il travailla avec zèle et succès à l'agrandissement de son maître. Les historiens espagnols l'accusent, non sans raison, de cupidité; Brantôme lui-même, à propos de son administration en Espagne, signale « sa grande avarice à » amasser et accumuler ces beaux doublons à deux testes qui luy plaisoient

» tant, que, de tous les payemens que luy faisoient les trésoriers, il les con- » traignoit à les faire de ces belles pièces, et n'en voulut pas d'autres. »

Le seigneur de Chièvres n'ayant pas laissé d'enfants de son mariage avec Marie de Hamal, ses titres et la plus grande partie de ses biens passèrent à son neveu, Philippe de Croy, fils aîné de Henri, sire de Croy, qui devint ainsi duc de Soria, marquis d'Arschot, comte de Portien et de Beaumont, etc. etc.

Si Brantôme dépeint le seigneur de Chièvres sous des traits peu flat-

(*) A Tige de soixante-trois ans; il était né «n 1458. Il gii atec sa femme Marie de Hamal au milieu du choeur de l'église des Célrslîns à Uevcrlé.

passé, nous avons bien veu et considéré que de besoigner sur nez charges avecq députez, nous nen viendrions jamais au bout selon vostre intencion et la nostre. A ceste cause

leurs, à cause de « sa grande avarice à amasser et accumuler ces beaux » doublons à deux testes, qui luy plaisoient tant, » un autre écrivain, M. G. J. Servrancx, dans sou Histoire de la commtme de Heverlé et de ses seigneurs, corrige ce portrait en disant que le marquis d'Arschot, « comme tous les hommes d'élite revêtus d'importantes fonctions, avait » soulevé quelques inimitiés dans sa longue carrière, mais nul ne put

«jamais lui reprocher la moindre indélicatesse; son désintéressement « même ne fut jamais mis en doute, et on n'ignorait pas qu'il avait cent » fois exposé sa vie et prodigué sa fortune pour le service d'une cause » dont le triomphe ne lui avait rapporté que des titres honorifiques. »

Quoi qu'il en soit, l'on peut dire que si le seigneur de Chièvres n'était pas exempt des défauts propres à la nature humaine, il possédait aussi de grandes qualités qui lui ont permis de rendre d'éminents services à ses souverains.

c. Philibert de Vère, surnommé Xécuyer la Mouche, parce qu'il était seigneur de la Mouche. Il mourut le2o avril 1512. Il est inhumé à Avesnes,

aux Récollets, dans le chœur, devant le grand autel, sous une pierre bleue portant cette épitaphe : Cy gisent messire Philibert de Verc,

de S^-Julien et de la Mouche, en son vivant chevalier de l'Ordre de la Toison d'or, et grand maistre d'hostel de Philippe, roy de Castille^ et depuis de son fils Charles, empereur, etc., qui trespassa ^e25 avril 1512. Et damoiselle Marguerite de Lannoy sa femme, qui trespassa le 29 de

mars de l'an 1497. Priez Dieu pour les âmes.

d. Nicolas de Ruyster, prévôt de Louvain. V. la note p. 14.

e. Jean de Courteville, seigneur de la Bussière, bailli de Lille, maître d'hôtel et écuyer tranchant de l'archiduc Philippe. M. Le Glay donne, dans la préface des Négociations diplomatiques entre la France et l'AutricIœ

duraht les trente premières années du XVI* siècle, une note biographique sur ce seigneur qui occupa de hautes charges à la cour. L'archiduc Philippe lui confia plusieurs missions importantes. Il participa aux négociations du traité de commerce conclu à Londres le 7 juillet 1497. En 1500, il se rendit à la cour de Louis XII pour protester contre les entreprises de Robert de la Marck. Les instructions données à Philippe Haneton portaient : « Parlera (au roi) aussi du fait de messire Robert de la » Marche, lequel journellement continue en ses entreprinses, et lui sup- » pliera y vouloir faire selon que par le maistre d'ostel Courteville et «depuis par le sieur de Gimel il l'en a requis. » Le 19 janvier 1501, Louis XII écrivit à Philippe-le-Beau : « afin que vous conguoissez que je

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