II
avons conclu que pour en avoir meilleure et plus brefve expedicion, lun de nous s'addresseroit au roy et à la royne; car, si tous nous y allons, le roy seroit constrainct dappeller avecq luy son conseil.
En ensuyvant ce, je Bezançon me suis trouvé ceste aprez
disner en cour, et suis allé en la chambre de la royne (i),
que lay trouvée accompagnée seulement de la duchesse Valentinois et de dam«^'« de Foix (2).
» désire que le différent qui est de présent entre vous et ledit messire » Robert soit wydé et que tout exploict de guerre et voye de fait cessent, » je luy en ai escript les lettres dont je vous envoyé le double cy-dedans » encloz. » En 1502, Philippe envoya de nouveau Courteville en Angleterre et l'année suivante en Espagne. (Le Glay, Nég. dipL, t. I, pp. 22 et 56.) —
Jean de Courteville portait d'or à la croix de gueules. L'ancienne maison de Cortewilc de Flandre, éteinte aujourd'hui, portait : d'argent à trois
cors-de-chasse de sable, liés et viroles de gueules.
f. Pierre Anchemant, secrétaire de Tarchiduc, auteur de la relation qui nous occupe.
(1) En marge ou lit : « Ceste royne estoit Anne, fille et héritière du dernier ducq de Bretagne. » Elle avait épousé en premières noces Charles VIII, roi de France, et en secondes noces son successeur Louis Xll.
Brantôme nous dépeint Anne de Bretagne sous les plus belles couleurs. « C'étoit la plus digne et la plus honorable reyne qui ait esté depuis la reyne Blanche, mère de St-Louis... Elle estoit belle et agréable. Sa taille estoit belle et médiocre. Il est vray qu'elle avoit un pied plus court l'un que l'autre, mais sa beauté n'en estoit point gastce. Elle estoit très-vertueuse,
sage, honneste et biendisante et fort gentil et subtil esprit. Elle estoit trèsbonne, fort miséricordieuse et fort charitable. » A ce brillant portrait, qui est celui d'une femme accomplie au moral comme au physique, le galant historien ajoute une ombre : « Elle estoit fort prompte à la vengeance et
pardonnoit mal-aisément quand on l'avoit offensée de malice, ainsr qu'elle le monstra au maréchal de Gié. »
(2) Charlotte d'Albret avait épousé César Borgia, que Louis Xll avait créé duc de Valentinois, pour le récompenser des services qu'il lui avait rendus à l'époque où il sollicitait de la cour de Rome l'annulation de son premier mariage avec Jeanne de France, fille de Louis XI, pour épouser
la veuve de Charles VllI, Anne de Bretagne. César Borgia, dont les atrocités et les infamies jetent une lueur sinistre sur l'histoire de cette époque, avait pris pour devise : Aut César, aut nihil. Il périt en 1507 au siège de
Elle m at faict seoir empres elle et ce faict nous sommes mis en devise de l'affection qu'avez a elle, et de tout ce qu'avons besoigné depuis nostre arrivée. Et sommes entrez en la difficulté dont vous avons advertj touchant Bretagne. Elle m'at respondu très doulcement et benignement, montrant avoir singulière affecion au mariage en affirmant que le traicté du sien est tel que nous at affirmé mons^ le prince, asscavoir que si elle at ung filz jl sera roj de France, si elle en at deux, le second sera ducq de Bretagne, et si elle n at q'ung filz avec madame sa fille, icelle dame sera duchesse de Bretagne, et qu'elle l'entent ainsj entretenir (i).
Viana, où il soutenait la cause de son beaufrère Jean d'Albret, roi de
Navarre.
Mademoiselle de Foix, qui se trouvait également auprès de la reine lors- (fue l'archevêque de Besançon se présenta, était Germaine de Foix, fille de Jean de Foix, comte d'Estampes et de Narbonne, et de Marie d'Orléans, sœur du roi Louis XI, qui l'aimait tendrement. Le 12 octobre 1505, elle épousa ! erdnand V, roi d'Arragon , veuf d'Isabelle, reine de Castille, mère de Jeanne la Folle et aïeule de Charles-Quint. Les documents qui nous passeront sous les yeux, attesteront une fois de plus, que Ferdinand méritait le reproche que ses comtemporains lui adressaient, de manquer de loyauté dans ses négociations et de sincérité dans les engagements qu'il contractait.
(1) La reine s'était si bien trouvée des stipulations de son contrat de
mariage avec Louis XII, qu'on ne saurait s'étonner du vif désir qu'elle témoigne de le prendre pour modèle de celui de sa fille.
Dans son contrat avec Charles VIII, toutes les prétentions de la France sur le duché de Bretagne étaient reconnues, tandis que dans celui de Louis Xll, les droits de la France étaient sacrifiés aux intérêts de la Bretagne. Dans le premier, remarque l'historien Garnier, c'était un conquérant et un souverain qui épousait sa vassale et lui dictait des lois impérieuses. Dans celui-ci, c'est une reine qui abandonne sa main à sou amant. Elle se réserva, pendant sa vie,, la jouissance pleine et entière de son duché; stipula qu'après sa mort son second enfant mâle, et, à défaut
de màles, ses filles dans l'ordre de primogéniture, hériteraient du duché,
avec tous les droits qui y étaient précédemment attachés ; et que, s'il ne naissait qu'un enfant du présent mariage, la même clause de reversion au second serait accomplie à l'égard de ses descendants; qu'elle jouirait personnellement de tous les revenus de sou duché, et non seulement du
Nous avons eu elle et moy plusieurs aultres bonnes devises dont ie vous advertiray plus a plain, moy estant devers vous, et aprez icelles jai prins congé délie.
Je suis venu en leglise S^ Jehan joignant le logis du roy,
et a peine ay-je eu loisir de dire un paternostre, que le roy nait envoyé après moy, Robinet de Formizelles (i), qui ma ramené devers luy, et l'ay trouvé emprez la royne. Je luy ay dict en court nostre besoigne, et que quant tout seroit conclu entre ses députez et nous, si fault yl quil dye le mot, car yl est le père et la royne la mère. Et eulx a qui ce faict touche plus que a nul aultre. Et puis suis entré en nostre
difficulté. A quoy yl m at respondu quil ne scait ne a bonnement souvenance du traicté, es que sil est tel que nous le soustenons, yl n'entend ne veult priver madame sa fille de son droict. Or avons nous présenté aux deux notaires qui l'ont receu, qui sont gens notables et de grande aucthorité, lesquelz nous ont affirmé ledit traicté estre en la forme que l'avons dit et soustenu.
Je suis aprèz entré en la duché de Bourgogne, en quoy
yl ma respondu si a mon gré que plus ne pourroit, me
sommant et requérant de non le dire ne révéler a créature vivant fors a vous mong^ et quil aymeroit mieulx avoir
domaine qu'on lui assignait actuellement, mais de celui que Charles VIII lui avait assuré; qu'enfin, si elle mourait sans enfants, le roi ne conserverait que sa vie durant la jouissance du duché, qui retournerait ensuite aux plus prochains parents de la reine. Anquetil, t. II, p. 257. Paris, 1859. (1) Robinet de Formizelles accompagna, le 5 juillet 1499, Guy de Rochefort, chancelier de France, envoyé à Arras par Louis XII, pour y recevoir
solennellement de l'archiduc Philippe le serment de foi et hommage pour ses te pairries et comtez de Flandre, d'Artois et de Charolois, » conformément au traité de Senlis conclu en 1498. Voyez J. J. De Smet, Recueil des Chroniques de Flandre, t. IV, p. 388 et suiv. Raron Kervyn de Lettenhove, Hist. de Fland., t. V, p. 505 et suiv.
perdu C" escuz que le plus privé et meilleur serviteur quil ait, en fust adverty (i).
Ma dict en oultre que s'il n'a aultre fille quil Tadvantagera et fera rojne de Naples, duchesse de Bretagne, de
Milan, comtesse de Bloiz, d'Ast et de beaucoup plus grant chose que Ton ne scauroit penser.
Que s'il at aultres filles, yl les mariera des deniers du royaulrae, et que madame que nous demandons sera celle quil a aymé et ayme sur touttes aultres choses du monde.
M'a aussy promis que durant vostre absence yl gardera voz pays de foules, et oppressions, les défendra a ses propres despens plustost et plus volontiers que les siens propres; car yl tiendra doresenavant raons'' de Luxembourg vostre filz comme son propre filz.
(1) Le roi comprenait sans doute le mauvais effet que les clauses du
traité devaient produire en France, si elles étaient divulguées. « Les principales stipulations des deux premiers traités sont tellement contraires aux vrais intérêts de la France et si favorables à l'Autriche, dit M. Le Glav, qu'elles semblent avoir été acceptées sans contrôle et sans discussion, telles qu'elles avaient été rédigées à la cour de Bruxelles ou à celle
de Hagenau : tout, en effet, y est sacrifié à l'alliance du duc de Luxembourg
avec la tille de Louis XIL Certes, on conçoit l'abandon des prétentions sur Naples, terre funeste, toujours ouverte quand nous voulons la conquérir, toujours dévorante, quand nous voulons la conserver; mais Milan et Gênes, que l'on possédait paisiblement, mais la Bretagne, la Bourgogne, le Blésois, ces belles provinces qui adhéraient, si on ose le dire, aux
entrailles de la France, comment le roi et son sage ministre ont-ils pu en consacrer ainsi la séparation éventuelle? Au dire de quelques historiens, ces conditions désastreuses n'auraient été agréées que pour complaire à la reine, qui, trop préoccupée de son cher duché de Bretagne, ne pouvait supporter la pensée de le voir réuni à la France. Cette princesse, très-austère dans sa conduite, éprouvait un éloignement invincible pour la comtesse d'Angoulême, dont les mœurs n'étaient pas irréprochables, et elle voulait à tout prix empêcher le mariage de sa fille Claude avec François d'Angoulême, héritier présomptif de la couronne. » Nég. dipl. précis hist., t. 1, p. Lxii. Il n'est pas surprenant que l'archevêque de Besançon témoigne sa joie de la réponse, « si à sou gré touchant le duché de Bourgogne » que le roi le fit.
Je luj ay encores touché du faict de Tournaj et de ce qu'avez faict des biens de Tabbé de S* Amand en luy faisant voz excuses quil at très bien prinses, et a ordonné de vous en escripre, nous recouvrerons les lettres, et les vous envoyerons (i).
Mons"^ nous vous advertissons volontiers de ces choses,
et vous supplions que sur icelles et aultres yl vous plaise de nous mander voz bons plaisirs, et nous l'accoraplirons volontiers.
La royne at este présente a touttes noz devises, et vous certifie mons"^, qu elle monstre avoir entière affection a ceste alliance. Et sur ce, mons'', nous prions le benoit S^ Filz de Dieu quil vous donne bonne vie et longue. A Lyon, le XXIX« iour de juillet (2).
Encores dict le roy que sy mons'" veult, yl le fournira de XL ou L gentilshoraes a ses despens qui iront en Espaigne avecq mond' s'" les plus guerriers de sa maison.
Le vendredy XXX« de julet (1501), Albi (3), chancelier (4),
(1) En marge on lit : « Ces lettres sont couchez cy-apres. » C'est la lettre du roi de France « sur le faict de S'-Amand, » que nous rencontrerons plus loin.
(2) En marge on lit : « Doibt estre de l'an 1501. »
(3) Louis d'Amboise, évêque d'Àlby, frère du cardinal Georges d'Aniboise, premier ministre de Louis XII. Ce fut l'évêque d'Alby qui prononça, en 1496, la dissolution du mariage de ce prince avec Jeanne de France. Il mourut à Lyon le 1 juillet 1503.
(4) Guy de Rochefort, chancelier de France, seigneur de Pleuvant, Flagey, Cuiseaux et Labergement. Magistrat intègre, probe, dévoué à son roi et à sa patrie. Il succéda dans la charge de chancelier à son frèie Guillaume, que l'histoire range parmi les magistrats les plus illustres de la France. Après avoir loyalement servi le duc de Bourgogne, Charles-Ic-
Téméraire, et sa fille, la duchesse Marie, Louis XI l'attira à sa cour et le
nomma, en 1479, conseiUer au Parlement de Dijon, dont il devint le président en 4482. Par lettres patentes données à Moulins, le 9 juillet 1497, Louis XII le nomma chancelier de France. Ce fut en ceue qualité qu'il
prince (i), marqujs Lignj (2), G je p) et Boudot (Bou-
reçut au nom du roi, à Arras, le serment de foi et hommage que l'archiduc Philippe prêta au roi de France. Guy de Rochefort avait épousé Marie Chambellan, tille d'Henri, receveur-général des finances en Bourgogne, vicomte-majeur de Dijon, et d'Alix de Bercy. Il mourut en janvier 1507, et est enterré dans la nef de l'église de l'abbaye de Citeaux. Voir le
P. Anselme, Histoire des chanceliers de France. (I) Jean de Chalons, prince d'Orange. Il était fils de Guillaume et de
Catherine de Bretagne, fille de Richard, comte d'Estampes, et de Marguerite d'Orléans, et proche parent de Louis XII, auquel il était dévoué. Jean de Châlons s'attacha à la ligue du duc d'Orléans contre la régente Anne de France pendant la minorité de Charles VIII, et fut fait prisonnier à la
bataille de S^-Aubin-du-Carmier en 1488. Moreri assure qu'il contribua au mariage du roi avec Anne de Bretagne, et que, par les services qu'il avait rendus au duc d'Orléans depuis Louis Xll, il s'acquit les bonnes grâces de ce monarque. Il en obtint en 1499 des lettres patentes, par lesquelles la principauté d'Orange, que son père avait vendue à Louis XI, lui était
restituée. Jean de Chàlons mourut le 9 avril 1502; il avait épousé, en
secondes noces, Philiberte de Luxembourg, comtesse de Charni, dont il eut un fils et une fille (V. la note p. 2).
(;2) Louis de Luxembourg, comte de Ligny, était fils de Louis comte de S»-Pol, connétable de France, auquel le roi Louis XI fit trancher la tête pour crime de haute trahison, le 19 décembre 1475, et de Marie, fiUe du duc de Savoie. Il portait les titres de prince d'Altemure, de duc d'Andrie et de Venouse et de comte de Ligny et de Venquerre. Il était chevalier de l'Ordre de S»-Michel et grand chambellan de France, et mourut le 31 décembre 1503. Le père Anselme rapporte qu'il accompagna le roi Charles VIII, son cousin, à la conquête de Naples, et signala son courage
à la journée de Foriioue en 1495; que Louis XII l'honora de la charge de
grand chambellan de France ; qu'il prit la ville de Nôle, fit les Ursins prisonniers et qu'il était près du roi lorsque ce monarque fit son entrée à Gênes, le 20 août 1502. C'est sous le nom de Ligny qu'il est désigné dans l'histoire. (3) Pierre de Rohan, seigneur de Gié, du Verger et de Ham, comte de Marie, etc., maréchal de France, connu sous le nom de maréchal de Gié, occupe une belle place parmi les hommes qui ont illustré la France. Louis XI le fit maréchal en 1475. En 1480, il fut l'un des quatre seigneurs qui gouvernèrent l'État pendant la maladie du roi. En 1486, il défendit la Picardie contre les entreprises de Philippe -le -Beau. Pendant plusieurs années, il s'opposa avec une grande énergie aux
ennemis qui menaçaient le royaume. A la bataille de Fornoue livrée
en 1493, le maréchal de Gié commandait Tavant-garde. La haute faveur qu'il s'était acquise par tant de services, s'évanouit devant des intrigues
de cour. La reine qui avait résolu de perdre le maréchal dans l'esprit de
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chage) (1) vindreni devers mess's au logis de mons' de Benzancon. Mons' le chancelier at faict une longue harengue des biens nobles faiz chevalereulx, et vertus de feu mons"^ de Ravestain, de l'amour que les feus princes ont eu a ly, de la loyaulte dont tousiour y\ at usé envers eulx et que en effet on le nommoit et debvoit len nommer, le chevalier sans reproche. Que ce nonobstant a la dernière feste de l'Ordre de la Toison tenue à Bruselles, combien que longtemps paravant y\ fut allé de vie a trespas. Ton avoit honteusement osté et dispendu l'escu de ses armes de la place et lieu quil avoit avecq les aultres frères et chevaliers dudict ordre, non pas a son deshonneur, veu quil estoit mort, mais au grant vitupère, blasme et deshonneur de mons^ de Ravestain son jSlz, et non seulement de ly, mais du roy qui est filz de sa sœur germaine, de sa vefve et aussy de toutte la maison
son époux, était l'âme du complot. Gîé, fut accusé de crime de lèse-
majesté, jeté en prison et traduit devant le parlement de Toulouse. Ses vertus et surtout son innocence ne l'auraient pas sauvé si le président du Tribunal, le chancelier Guy de Rochefort, dont nous avons parlé plus haut, ne lui avait prêté un généreux appui. La haine d'Anne de Bretagne s'était développée pendant la maladie qui faillit conduire le roi au
tombeau. « La reyne le croyant mort, dit Mezeray, songea à se retirer en Bretagne et y envoya son équipage (ses pierreries et ses eflets les plus précieux). Le mareschal de Gié l'ayant arreslée, encourut son indignation ; elle ne le put jamais pardonner à un homme qui estoit né son sujet, et le poursuivit criminellement avec tant de chaleur, que le roy fut obligé
d'envoyer son procès au Parlement de Toulouze, comme le plus sévère du royaume, qui pourtant ne put trouver lieu de le condamner à autre
peine qu'a estre banny de la cour. » Le maréchal, convaincu qu'il avait rempli son devoir, se retira dans sa magnifique terre de Verger en Anjou, OÙ la noblesse la plus distinguée du royaume ne craignit pas de l'aller visiter. 11 mourut à Paris, le 22 avril 1515; sa dépouille mortelle fut transportée l'église de S'^-Croix de Verger, où elle repose sous un monument de marbre blanc. La conduite d'Anne de Bretagne à l'égard du maréchal de Gié justifie ce que Brantôme a dit du caractère vindicatif de celte princesse. Voir la note p. 24.
(1) Il est probable qu'il s'agit ici d'IsiBERT de Bastarnai, baron de Bouchage.
Il figure parmi les négociateurs de Louis XII.
de Cleves dont yl estoit sorty. Et se donnoit merveilles le
roy et tous aultres de sain entendement, comment l'on avoit ainsy procédé contre ly, veu sond^ trespas, au moyen duquel selon disposition de tous les droicts, tous crimes et delicts (si aulcuns en avoit faiz) estoient et sont abolys, sans que iaraais en luy en deust avoir aulcune chose demande, et si aucuns desdicts crimes avoient esté telz que l'on en deust avoir procédé contre ses héritiers avant le
jugement ou ordonnance de ses frères chevaliers, ylz debvoient faire évoquer et appeller, ses vefve, hoirs et parens a qui ce faict touchoit, et semble a correction, que attendu quil estoit si proche parent du roy, mesdicts s''^ de l'Ordre y debvoient avoir quelque regard et consideracion, a tout le moins avoir accordé les requestes et supplicacions a eulx baillées par escript par madame de Ravestain sa vefve, par lesquelles l'on pouvoit cognoistre linnocence du tres-
passé, et quil avoit bien deraonstre avant son trespas; car le roy entendoit que par son testament yl avoit exherede son seul filz de toutte sa succession sil ne sappoinctoit avecq mond* s"^ archiducq, et iceluy restituoit ce qu'il tenoit de ly, pour lesquelles causes fut requys et conclu que le roy et aultres parens et amys dudict feu, fussent ouyz de proposer les défenses et causes, pourquoy l'escu d'iceluy feu debvoit demeurer en sa place, sans en ce ne en aultres choses estre reproché de son honneur en aulcune manière. Et neantmoings, attendu que par son dict trespas Ton ne debvoit avoir ainsy procédé a lencontre de luy, et que tous iugemens qui se font sans forme de droict et que les solemnitéz et manière de procéder ny sont observées ne gardées, doibvent estre tenus pour violons et tortionnéz, que raond' s^ chief et les aultres confrères et chevaliers dud' ordre veuillent cependant faire remectre ledict escu en son lieu
JWfn
et place, en quoy ilz feront la raison et complairont grandement au roy (i).
Semblablement at esté dict de feu Mons^ de la Grut-
huuse (2), saulf que l'on n'a faict aulcune mention quil soit parent du roj, ne aussj qu'il at eu tant de vertus que ledict feu de Ravestain, mais quil estoit et jusques a son trespas avoit esté bon et vertueux chevalier, et que vue son trespas, tout ce que Ton luy imposoit estoit aboly, et que l'on ne debvoit ainsy procéder contre luy, sans appel- 1er ses enfans et aultres a cui ce faict pouvoit toucher et requys enfin comme de mondict feu de Ravestain.
(1) V. TAppendice N» 1, où les chefs d'accusation, formulés contre les chevaliers de la Toison d'or, sont reproduits ut extenso. Plus loin, le même historien de l'Ordre ajoute : u Monsieur de Chièvres, un des ambassadeurs
» que le chef et souverain avait envoyés en France pour traiter du mariage
w du duc Charles, son fils, avec une fille du roi, ayant été chargé de prier » en même temps ce monarque d'avoir pour agréable qu'Antoine, bâtard » de Bourgogne, lui rendit l'Ordre de S'-Michel, rapporta, à son retour, » qu'il lui était revenu que S. M., ayant eu vent de la résolution prise à » cet égard par Antoine de Bourgogne, avait protesté que, s'il l'exécutait,
» elle le priverait des emplois, pensions et autres bienfaits dont elle le
» gratifiait , circonstance qui avait déterminé l'ambassadeur, de l'avis des » députés de monsieur le bâtard, à n'en point parler au roi.
» Ces ambassadeurs rapportèrent aussi que ce prince voyait avec peine » Tappointement rendu contre feu Adolphe de Clèves, seigneur de Rave-
)) stein, son oncle (*), et qu'il désirait fortement que cette affaire s'ajustât
» le plus avantageusement qu'il serait possible. » Baron de Reiffenberg, Histoire de l'Ordre de la Toison d'or, p. 252.
(2) Louis DE Bruges, seigneur de la Gruthuyse, prince de Steenhuyse, seigneur d'Avelghem, Oostcamp, etc., comte de Wincester, chevalier de la Toison d'or, mort le 26 novembre 1492, avait épousé Marie de Borssele, (ille du seigneur de la Vere, également chevalier de la Toison d'or et de
Jeanne de Halewyn. Louis de la Gruthuyse était fils de Jean et de Marguerite princesse de Steenhuyse. Il est enterré, ainsi que sa femme, dans l'église de Notre-Dame à Bruges.
On peut consulter sur ce personnage Les mémoires rf'Olivier de la
(*) Adolphe était neveu du bon dac Philippe, Frère de Jean, duc de Cléres, et de Marie duchesse d'Oiléaii^, niére de Louis XII.
En oultre a esté parlé du faict de Tournaj et de la prinse de S^-Amand, requys par le roy que les arrestz fussent exécutez, et ceulx qui ont repris ledict S^-Amand contraints
de le restituer et au surplus punjs de leur delicts.
Sur ce mess""^ se sont retirez, et aprez ont dict pour responce, quilz navoient esté presens ne appeliez a faire ce procédures contre lesdicts defuncts et que s'il plaisoit
Marche. — Rechei-ches sur Louis de Bruges, s' de la Gruthuyse. Paris, 1831. — Histoire de l'Ordre de la Toison d'or, par le baron de Reifi'en-
berg; etc.
On verra plus loin que l'archiduc fit droit à la réclamation relative à la réhabilitation de la mémoire des seigneurs de Ravestein et de la Gruthuyse.
Le 10 du mois de septembre 1501, et peu après le retour de l'évêque de Besançon et des autres ambassadeurs envoyés en France, le seigneur de Belleville arriva à» Bruxelles en qualité d'ambassadeur de Louis XII. « En » ces jours fut envoyé par le roy Loys de France — dit Molinet — le sei- » gneur de Belleville vers monseigneur rarchiduc, pour le persuader de » faire par terre son voyaigc d'Espaigne, et demonstrant le grand plaisir » qu'il feroit à son maistre, et les grands festoyemens qu'il luy feroit, » comme il fit. Entre aultres choses, ledict seigneur de Belleville, par
» aulcuiis amys et bienvoeillanls, illecq estants de la maison de Ravestain,
» laboura tellement vers mondict seigneur l'archiduc, que les tableaux de » monseigneur Adolf de Clèves, seigneur de Ravestain, lors trespassé, et » du seigneur de la Gruthuse furent remis et assis aulx propres lieux » dont ils avoient esté déboutez; et à chascun d'iceulx deux tableaux, » soubz le armoyet, estoit escript eu papier ce qui s'ensuit : « Mon très » rcdoubté seigneur, monseigneur l'archiduc, etc., duc de Bourgogne, » chef et souverain de l'Ordre de la Thoison d'Or, par l'advis de ses che- » valiers et confrères, à la requeste et prière du très chrétien roy, et pour » luy complaire, a consenti ce tableau estre remis en son lieu. « Laquelle » escripture de papier demoura illecq environ vingt-quatre heures, puis
» fust ostée, et les deux tableaux demeurèrent entre les aultres. » — A la
suite de cette citation, le baron de Reifienberg (p. 233) ajoute que « ce qu'on vient de lire n'est pas tout-à-fait conforme au contenu des procèsverbaux. » En effet, il entre dans tous les détails de la mission du seigneur de BeUeville; d'où il résulte que cet ambassadeur mécontenta la cour de rOrdre en se servant d'expressions inconvenantes, qui ne furent point relevées par respect pour le roi son maître, mais que Ton se contenta d'attribuer à une rudesse d'esprit qui lui était naturelle.
au roy d'envoyer devers mons'* et mess"*^ dudict Ordre pour leur remonstrer ces choses, ylz leur feroient volontiers toutte l'ayde, addresse et assistence que possible seroit.
Et au regard de Tournay, que mons"' les avoit chargez d'en parler au roy, ce quilz estoient délibéré de faire avant
leur partement. Mais, quant a ladîcte prinse de S*-Amand que ce n'avoit esté de son adveu ne consentement de mond^ s"^ et ia avoit huict iours quilz en avoient receu lettres de ly, par lesquelles yl les en avoit adverty pour en faire ses excuses au roy, et que yl avoit faict sommer a comparoir en personne pardevant ly les malfaicteurs, et a ceste cause mis en sa main les biens et temporel d eulx et de l'abbé de S*-Amand (i).
Ledict iour vindrent les nouvelles de la prinse de Capoue, dont le roy feit incontinent advertir mesdicts s^^ par Robinet de Formizelles, et comment elle avoit esté prinse par assault.
(1) On verra plus loin que ces griefs du roi de France contre l'archiduc Philippe font l'objet des préoccupations constantes des négociateurs français, et notamment par la lettre que Louis XII écrit à Philippe-le-Beau sur le faict de S^-Amand. Les rois de France attachaient un grand prix à la conservation de cette seigneurie et du monastère où le saint apôtre
avait son tombeau. « S»-Amant, dit Guichardiu, est au pais de Tournes!,
)) village vrayement noble, avec ses portes et fosses en forme de ville, » posé aussi sur la Schelde, près de l'issue de la rivière de Scarpe, et » loing de Tournay quatre Ueues : il ha une abbaye très-riche et très- » ample, autant qu'autre abbaye de Flandres, et est son abbé seigneur
» du lieu et de la iurisdiction, qui est grande tant au temporel qu'au
» spirituel. » Guichardin omet de dire que cette petite ville possède trois sources et des boues minérales, dont la célébrité remonte à la domination romaine. Au VI 1« siècle, ce bourg, habité par des Juifs, portait le nom de Pevele, d'après une chronique rimée, vers l'an 1366, par Gilles De Wevel. Ce curieux monument de la littérature flamande a été publié par Ph. Blom-
juaert dans la collection des Bibliophiles flamands, sous le titre : Leven
van Sinte Amand, patroon der Nederlanden. Le saint fonda dans cette localité un monastère où ses reUques furent conservées, et Pevele devint la viUe de S*- Amand.
De quoy le roy alla rendre grâces en une église de Nostre Dame icy a Lion, et en feit sonner les cloches de ioye (1). Le dimenche premier iour d'aougst (1501), mons^ le chancelier donna a disner a tous mess''^ les ambassadeurs, et les feit accompagner d'Albi, prince, Ligny, marquis, Gyé,
Bouschage et de certains aultres (2). A l'apres disner commencèrent de rentrer en devises touchant la paix d'entre les deux royx, et dict ledict chancelier beaucoup de bonnes paroles, concluant finablement que le roy et son conseil avoient veu l'escript auquel estoient contenus les articles conceuz et adviséz par mesdicts s*"^ les ambassadeurs pour parvenir a ladicte paix ; et que a iceulx yl faisoit responce selon l'escript quil avoit faict sur lesdits articles quil bailla
sur le champ, et commence : pour faire responce aux trois articles premiers ensuivant ^ le roy a tousjourSy etc. Ladicte responce entendue, mesdicts s*^ respondoient quilz
(1) La prise de Capoue eut lieu en 1501. Après avoir opposé une résistance énergique, cette place capitula. « Pendant qu'on traitait des condi- » tiens, dit un historien français, quelques soldats, profitant de la sécu- » rite que produisait la négociation, escaladent les murailles, et ouvrent » les portes au reste de l'armée qui s'y jette en torrent. Capoue, abandon-
» née au pillage, éprouva toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut.
» Beaucoup de dames qualifiées s'étaient retirées dans une tour. Gésar » Borgia, qui était dans l'armée française, s'empare de la tour, en tire les » infortunées, se réserve quarante des plus belles et distribue le reste à » ses soldats. La ville fut réduite à un si triste état, que les Français déli-
» bérèreut d'y mettre le feu et de la détruire entièrement; mais sa posi- » lion à six lieues de Naples, et utile pour une retraite en cas d'accident, la » sauva. » Anquetil, Histoire de France. Le comte Daru, parlant de la prise de Capoue et des horreurs que le duc de Valentinois et ses soldats y commirent, remarque avec une juste sévérité que l'on croit lire l'histoire des mahométans, et non celle des chrétiens. Quand il apprit que la place
était prise, le roi Louis XII laissa éclater sa joie en faisant chanter le
te Demi et sonner toutes les cloches des églises de Lyon.
(2) Voir au sujet du chancelier Guy de Rochefort et des autres seigneurs, les notes p. 28 et suiv.
la vîsiteroîent, et puis en respondroient ainsy quilz verroient estre a faire, pour le bien des parties. Et sur ce fut prins congé.
Nous venisraes au logis et fut ainsy (lesdicts articles et responce veuz) que pour mieulx entendre le vouloir du roy et de ses gens sur sadicte responce, Ton luy debvoit faire certains interrogatoires lesquelz furent mis et couchez par
escrîpt par Mons^ de Bezancon et aprez mis au net ; et ce fait, portez par le prevost de Louvain et Anchemant a mondict s^ le chancelier en commençant : Sur ce quil a pieu au roy très chrestien de faire dire aux ambassadeurs quil a aliance, etc. Sur quoy ledict chancelier respondit quil en parleroit au roy, et le lendemain en feroit responce.
Le lundy, 2^ d'aougst, ledict chancelier, Albi, prince, Ligny, marquis Gyé et Bouschage, vindrent au logyz de
mondict s»" de Bezancon. Là, où mondict s'^ chancelier print la parolle, pour tous et dict comment le roy avoit veu lesdicts interrogatoires; que tousiours yl avoit esté, est et sera prest de faire paix, bonne amitié, alliance et union avecq le roy des Romains et que en tant qu il touchoit les aliances,ron scait bien et les droicts le veuillent, que quand yl y auroit lien de mariage entre aulcuns, et aussy que vostre s^ at faict foy et homage et doibt serment de fidélité
a un aultre, ces deux choses doivent préférer touttes aultres alliances, attendu que le roy ne s'est envers aulcuns si estroitement alié ny obligé que pour Tempescher. Doncques yl est que le mariage de Mons'* de Luxembourg et de madame Claude, fille du roy, fait et conclu, aussy le roy des Romains avoir receu à foy et homage le roy de France, et iceluy roy fait audict roy des Romains le serment de fidélité quil est tenu de luy faire a cause de la duché de Milan et que en icelle yl Tavoit investy. Chascun doibt pen-
ser et scavoîr comment yl sera et debvra estre astrainct et tenu envers ledict roy des Romains en déclarant assez que si les roy de Hongrie (1), Venetiens et Swysses vouloient envahir Bohême, et attaquer iceluy roy des Romains et mond* s"" sOn filz, le roy de France pour la conservation de leurs droicts et garder leurs pays et seigneuries, l'en feroit toutte ayde et assistence a lencontre desdicts de Hongrie, Venetiens, Swysses et aultres leurs ennemis, tant pour l'obligation quil auroit audict roy des Romains a cause desdicts foy et homage comme pour consideracion dudict mariage, et que les seigneuries dessus dicts doibvent cy aprez succéder a leurs enfans (2).
Item quant a l'article de nostre dict interrogatoire faisant mention dequel ayde le roy entend ayder le roy des Romains, s'il emprent la guerre contre les Turcqs, a respondu quil ne poeult de ly mesme faire tel ayde qui bien seroit nécessaire
pour leur faire dommage grant, et que les facultéz du roy des Romains et la sienne ne pourroient bonnement le tout supporter. Parquoy est besoing de faire une convocation de toutte la chrestienté et que icelle faite yl y fera de son costé non pas aultant, mais deux, trois foiz plus d'ayde et de despence que nul des aultres princes.
Item quant a l'ayde que le roy entend faire au roy des
(1) U s'agit ici de Ladislas, roi de Hongrie, qui avait épousé, en premières noces, Béatrix, veuve du roi Matbias et fille de Ferdinand de Sicile, qu'il
répudia parce qu'elle ne lui donna pas d'enfants. Il épousa lensuite Anne
de Foix, cousine germaine d'Anne de Bretagne, reine de France. Ladislas mourut à Bade, le 13 mars 1516; il était monté sur le trône de Hongrie eu liOO.
(2) Au sujet des conditions de ce traité, il faut consulter : Le Glay, ^Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche, durant les trente premières années du XV/« siècle. Précis historique, chap. III et IV, et les documents qui suivent. — J. J. De Smet, Recueil des chroniques de Flandre, t. IV, p. 388 et suiv.
Romains a son couronnement, a esté respondu par mondict s"^ le chancelier, que ledict mariage fait et conclu et aussy
le roy de Pranee reeeu a homage et investy de la duché de Milan, yl tiendra la main de toutte sa puissance a ce quil soit couronné et le fournira de tant de gens quil vouldra avoir a ses propres despens pour aller a Rome, y seiourner tant quil luy plaira, et aprez en retourner ainsy que bon luy semblera, le tout seurement, sainement et sans que aulcun empeschement, grief, dommage, ne desplaisir soit faict a ly ne aux siens en aulcune manière.
Touchant les cent mille escuz et la Valtelîne (1), que le roy a tousiours respondu ce qu'il entend d'en faire, asscavoir que lesdicts cent mille escus de Wolme yl n'est aulcunement tenu, et que quant a la dicte Valteline et le lacque (2), yl les tient estre des appertenances de la duché de Milan, et par ce quil en est et doibt estre le vrai Seigneur. Toutesfois quil at offert de a causes de son infeodation (si le roy des Romains le veult faire), bailler une gratieuse somme, que
nous le nommions, et ylz en parleront au roy.
Sur ce fut reprins par Mons'' de Bezancon le désir que mons'' larchiducq a de parvenir a cette paix, les peines et labeurs quil en a faictes, et quil entend et croit fermement que ledict mariage fait, et aussy le roy receu a foy et homage par le roy des Romains son père, yl ne laydera seulement a défendre et garder ses terres, seigneuries et patrimoine, mais
contre tous, et pour avoir les droictz qui luy appertiennent,
attendu que le tout viendra et appartiendra cy aprez a raon-
(i) La Valteline ou vallée de YAdda, située sur le versant méridional des Alpes. Elle a appartenu successivement à la Suisse, à la France et plus tard à l'Autriche.
(2) Le lac de Côme.
dict s^ de Luxembourg et a madame dame Claude, et a leurs enfans, au plaisir Dieu. Et, aprez que ainsy fut accordé par
lesdicts députez, nous primeg retraite, demeurant seulement
avecq eulx mondict s"^ de Bezanzon, lequel ylz requirent de vouloir moyenner les choses au mieulx quil pourroit. Ce faict, yl vint devers les aultres ses collègues, et leur en feit rapport. Puis, nous rentrâmes en la chambre, et fut dict par mondict s'^ le prévost, que de tout ce que dict est ylz feroient volontiers un rapport et s'employ croient, etc. Et que neantmoings encores requeroient ylz au roy deux choses :
Tune quil fut content (ledict mariage et investiture faiz) de au cas que le roy des Romains voulsist aller contre les Turcqs, de luy fournir promptement, où, quand yl y vouldra aller, le nombre de IIP lances et IIII ou YV^ piétons, fournyz et payez à ses despens comme yl appertient, et ce pour un an et demy seulement, ce que luy seroit rabatu et défalqué sur ce a quoy yl sera tauxé a la congrégation et assemblée qui se fera de la chrestienté. Et la seconde estoit que pour les deniers dudlct traicté de Wolms (1), et C6 quil prétend en la Valteline, le roy luy face payer comptant (ladictô investiture présupposée) la somme de IIP mil escuz d'or. Desquelles choses ylz ont promis faire rapport et d'en rendre la responce ; et sur ce s'en sont partys.
Environ deux heures aprez, les ambassadeurs de Venise vindrent au logys de mondict seigneur et par la bouche du chief d'eux, firent en latyn une petite oraison des alliances et cunfederacîons qui tousîours ont est^ entre les ducqs de Bourgoigne et la seigneurie, mesmes du temps de feu mons' le ducq Charles de Bourgoigne (2). L'honneur, l'amour et
(1) Le traité de Worntis, 1495.
(2) Charles-le-Téraéraire, tué devaut Nancy, le 5 janvier 1477.
dévotion quilz ont et portent au roy des Romains et a mons'^ rarchiduc, et que lesdicts s" ont tousiours eu a la seigneurie et communaulté, requerans de continuacion, et d y estre entretenuz. Aprez petite retraicte faicte, mondict seigneur
de Rezancon leur respondit en bel latin, faisant les mercie-
mens et respondant très honestement et pertinemment, et est tout ce qui at esté faict pour ce iour.
Le mardy 3^ d aougst, mess" receurent une lettre de raons^ en date du dernier de jullet.
Et le mercredy 4® diceluy mois, une aultre en date du dernier de jullet. Lesdictes lettres receues iallay vers mons^ le chancelier et lui dyz la réception desdictes lettres
sans luy déclarer le contenu, en le priant que afin de
mener et conduire par ordre les affaires, son plaisir fust de solliciter vers le roy, a ce quil baillast la responce touchant la paix d'entre les deux royx, en ensuivant la dernière communicacion ; asscavoir, quel ayde le roy feroit au roy des Romains sil alloit faire la guerre aux Turcqs, et quelle somme de deniers yl luy donneroit, tant en recompense de la Valteline, comme des IIIP mil escuz d'or restez du
traieté de Wolms, ly inféodé en la duché de Milan.
Le jeudi 6^ d'aougst ledict chancelier, Albi, prince, Ligny et Gyé vindrent au logys de mons' de Bezancon, où estoient tous mess^^ Iceluy chancelier entra au propos, lequel vl feit assez long en réduisant a mémoire touttes les guerres et empeschemens que le roy des Romains avoit faict au roy, et comment a ly n avoit tenu quil n'eust perdu sa couronne; quil avoit esté dict au roy par Chievre, Lou-
valn (1) , et CourtevUlô dô Sa part et Comment volontiers yl sestoit (aprez les avoir ouy) condescendu au mariage; com-
ment depuis ylz avoient esté devers iceluy roy des Romains ou ylz avoient trouve toutte bonne response; que en suyvant icelle, Courteville estoit venu vers le roy pour avoir les lettres de promesse du roy, quil n entreprendroit aul-
cune chose sur l'empire, et ayant lesquelles yl promectoit
de faire ladicte paix, amitié et bonne union sans empescher le roy en son entreprise de Naples, ne aultrement; que le roy les luy avoit libéralement accordées et délivrées, comme celuy qui ne désire rien tant que d'avoir son amitié et alliance; que ce nonobstant, et ce quil avoit promis d'envoyer le duc de Sassen (i) avecq aultres pour besoigner en ladicte paix, ledict duc estoit encores a venir et qui plus
est, le roy des Romains avoit tousiours despuys faict, dit et
pourchassé du pis quil a peu, pour grever et adommager le roy et lempescher en ses louables et grandes entreprises, et encores avoit l'on escript par lettres au roy, quil receut le 3^ du présent mois, quil pourchassoit vers les Swyssois, afin quilz feissent la guerre au roy, en achetant ou offrant acheter d'eulx les querelles quilz dient avoir alencontre de ly. Pour lesquelles causes attendu aussy le pouvoir que
lesdicts Chievre, prevost et Courteville ont de ly, qui par le conseil du roy at esté veu et trouvé non suffisant ne vaillable, le roy ne pouvoit, ne vouloit plus avant pour ceste fois besoigner en ladicte paix, mais estoit content de prendre
et accepter une iournee en tel lieu quil seroit avisé, où le roy envoyeroit volontiers ses gens pour débattre les querelles et demandes que le roy des Romains faict au roy, et trouver une bonne, amiable et perpétuelle paix, amour et
union entre eulx, laquelle chose faicte le roy fera tellement que le roy des Romains se devra contenter, tant de l'aide
{i) Nicolas de Ruystre, prévôt de Louvain. Voir la uote p. 14.
(1) Le duc de Saxe.
•gamma
qull demande contre les Turcqs, comme des deniers que semblablement ont este demandez par ly. Requérons aussy que pour mieulx et plus seurement besoigner en ces matières l'on prinst et acceptât une trefve entre lesdicts royx pour aulcun temps.
Ces choses et aultres entendues, mess^^ prindrent retraicte, et au retour mons"" de Benzancon porta la parolle, réduisant a mémoire les peines, labeurs, et despenCÔ faicteS par ly pour induire le roy son père de vouloir estre content d'entendre a ceste paix ; comment yl avoit tellement faict que iceluy s^ son père n avoit rien entreprins contre le roy, mais que plus est, luy avoit nagueres escript en faisant mention de la réception de ses lettres, quil estoit bien ioyeulx et content que mondict s^ son filz avoit envoyé devers le roy ses gens et ambassadeurs, se contentoit du
mariage et de ralliance que mondict s^ pourcbassoit, qui n estoit pas signe quil eut volonté de faire quelque chose qui puist grever ne preiudicier au roy; que si d'aventure yl foisoit quelques poursuites "devers les Swysses, ce estoit pour sa seurté et soy ayder d'eulx si avant que le roy ne vouloit entendre a la raison; que mondict s'^ son filz ne scauroit comment faire ne quels termes plus tenir envers ly, veu quil luy pourroit dire que tout ce quil luy a faict dire de par le roy n ont esté, ne sont que tous abuz et que de ly l'on ne tient compte ne extime pardeca. Et au regard de ly faire scavoir d'accepter ladicte Journée en baillant entre deux une trefve, mond* s' ne s'en oseroit charger, doultant du refuz et dénégation d'icelle. Aussy attendu son prochain partement pour aller es Espaignes, impossible luy est dy entendre, mais tiendroit le tout en rupture. A quoy tousiours le roy devoit bien penser en luy déclarant que l'on cognoist bien la prospérité quil at en Italie, mais aussy
yl doibt cognoistre que le peuple y est cedicieulx, et que sil n'a amitié et alliance a lempire, quant yl seroit faict d'un simple chevalier, yl ne iouyra ne possedra iamais paissiblement ne a seurete de Milan ne de Naples. Que doncques l'appoinctement, paix et union avecq le roy des Romains luy est plus que nécessaire ; que le mariage faict et conclu, les serviteurs de mondict s"^ sont les siens, pour
quoy yl en parloit plus ouvertement, et ainsy que si les messes les ambassadeurs estoient ses conseilliers et a ses gages, en exhortant et priant le roy sur tout quil ayme, de paisiblement demeurer en son honneur, et en ce quil at conquis; de non tant mépriser le roy des Romains, mais le pourchasser et soliciter de soy appoincter avecq ly; et, afin de ly donner a cognoistre quil le désire, quil luy declaire franchement, quel ayde yl entend de ly faire contre les
Turcqs, et aussy de ly donner en recompense de la Valtellne et le lac, quil donne ladicte somme de III^ mil escuz d'or sans les plaindre; car, se seront choses bien données et qui luy tourneront a profict inextimable; et que pour Dieu, l'on n'y mecte plus de difficulté, sur tant que l'on ayme le bien et prospérité du roy. Car quant a mondict s^ yl en at faict son debvoir ne aultrement sen pourroit ne vouldroit plus mesler, mais comme ses bons et loyaulx serviteurs luy
diront, escriront et consulteront, quil escrîve au roy son père ce quil a trouvé au roy et en ses gens, et que doresnavant yl face du mieulx quil pourra. Mond*^ s'' de Bezancon dict oultre ce beaucoup d'aultres bonnes raisons, lesquelles pourceque mons'' le prince se partit et me mena avecq luy ie ne peuz entendre. Toutesfois ainsy que ie retournay, mesdicts s^^ les députez parlèrent ensemble et aprez dirent quilz feroient de tout rapport au roy pour le lendemain en
bailler responce, requerans de commencer a entrer en la matière du mariage.
it\
A quoy fut respondu et requys de vouloir premier bailler ladicte responce et que icelle eue, l'on entendra au faict
dudict mariage, par telle sorte que le roy cognoistra, par efFect Tampliation de l'amour que mondict s"^ a a ly et a la royne, et que Ion ne demande pas seulement les biens, mais leur fille, leur cœur, leur amitié et perpétuelle paix et alliance.
Ledict iour, aprez souper, le roy eut nouvelle de la prinse de Naples, et incontinent monta sur sa mule et vint luy mesraes chercher mons^ de Bezancon. Et pource quil ne le
trouva en son logis, yl vint en celuy de mons^ de Lignj, qui donnoit a soupper a Ij et aux aultres ambassadeurs, où yl estoit et luy dict le roy susdictes nouvelles, pour lesquelles mieulx scavoir yl le mena avecq ly iusques vers le pont de Rone (l), ou estoit le courrier qui les avoit apportées, et en moins de trois iours venu de Florence a Lion et tousiours chevaucha mond* s*" de Bezancon devisant avecq ly iusques a ce quil eut convoyé iusques en Ihostel archiépiscopal de Lion, où yl est logé (2).
(i) Le Rhône.
(2) Par un traité secret, Louis XII et Ferdinand, roi d'Aragon et de Sicile, s'étaient partagé le royaume de Naples. « On régla, dit l'historien » Daru, que Ferdinand, comme héritier de la branche légitime de la » maison d'Aragon, et Louis XII, comme succédant aux droits de la mai- » son d'Anjou , s'uniraient pour conquérir les états de Frédéric. Ce
» royaume était divisé en quatre provinces : la Fouille et la Calabre,
» qui étaienl à la convenance de Ferdinand, à cause de la proximité » de la Sicile, lui lurent assignées avec le litre de duché ; les deux autres, » c'est-à-dire l'Abruzze et la terre de Labour, devaient former le royaume » de Naples et le partage du roi Louis. » La chute de Capouc, qui suivit de près l'invasion du territoire napolitain, et les horreurs qui s'y commirent épouvantèrent tellement les habitants de Gaëte et de Naples, que ces deux places se rendirent sans résistance. Frédéric abandonna tout aux vainqueurs, qui lui permirent de se retirer dans l'île d'Iscbia.
Vendredy, 6 d'aougst, mess^^ d'Albi, chancelier, Gyé,
Ligny et marquys vindrent au logys de raons' de Bezancon
et combien quilz eussent promis de bailler responce sur le faict de layde contre les Turcqz, et de la somme que le roy debvoit bailler au roy, toutevoies ylz dirent que mons^ de Vergy (i) avoit escript une lettre a mond' s'^ d'Albi et en icelle enclos la copie d'une lettre a ly escripte par le roy des Romains (2), contenant en eifect que pour aulcunes causes yl avoit avisé d'envoyer iceluy de A^ergy avecq le
S*" de Cicon en France pour eulx ioindre avec les ambassadeurs de mons"* et besoigner ez matières dont yl avoit baillé charge aux bailly de Hainault et prevost de Louvain, en y
(1) Guillaume de Vergv, seigneur de S^-Dizier, de Champlite, de Champvans ou Champuanl, etc., baron de Bourbon- Loncy, chevalier de l'ordre de Savoie, sénéchal et maréchal de Bourgogne, fils de Jean et de Paule de Miolais, épousa, le 7 mai li69, sa cousine Marguerite de Vergy, fille d'Antoine, seigneur de Montferrant, et de Bonne de Neufchastel, dont il n'eut point d'enfants; il épousa, en secondes noces, le 5 mars 1480, Anne
de Rochechouart, fille de Jean, seigneur de Mortemor, et de Marguerite
d'Amboise, sœur du célèbre cardinal de ce nom, premier ministre de Louis XII. Il mourut en 1520, et fut inhumé dans l'église collégiale de Champlite. De ce second mariage il eut quatre fils, dont le troisième, Antoine, devint archevêque de Besançon en octobre lo02, après la mort de François de Busleyden (V. la noie p. 20).
Guillaume de Vergy se signala, le 22 juin 1476, au combat de Morat, et après la journée de Nancy, où Charles-le-Téméraire perdit la vie, il se consacra au service de la duchesse Marie de Bourgogne. Ayant voulu se jeter dans Arras avec ses troupes, il tomba entre les mains du seigneur de Lude, qui le fit prisonnier. Louis XI l'attira à son service, lui donna une place parmi ses conseillers et le combla de bienfaits. Après la mort
de Charles VIII, il rentra au service de ses anciens souverains. L'empereur Maximilien le fit maréchal de Bourgogne et capitaine de ses gens de guerre, en 1498. En 150i, l'archiduc Philippe, devenu roi d'Espagne, lui conféra la charge de lieutenant et capitaine -général de la Gueldre et de Zutphen. Ce prince avait la plus haute estime pour le seigneur de
Vergy, qu'il qualifiait de très cher et féal cousin.
(2) On trouvera plus loin cette lettre que Philippe-le-Beau adresse à Guillaume de Vergy.
aioustant aulcunes choses dont yl ladvertissoit, afin qu'il se tint prest pour quand yl luy manderoit et quand ledict de Cicon seroit arrivé devers ly, partir et venir vers lesdicts ambassadeurs, ladicte lettre en date du 22® de julet passé,
en ensuyvant laquelle le roy avoit avisé d'attendre iceluy de Vergy pour oyr ladicte adionction, ce quil faisoit aussy plus volontiers veu l'invalidité du pouvoir desdicts bailly, prevost et Courteville.
De laquelle responce mess^^ les ambassadeurs furent esbahys, attendu mesmement que le roy ne leur en avoit escript ne mandé, ne aussy ledict de Vergy signifié.
Item, que Ion ne devoit poinct pourtant laisser de bailler
ladicte responce, attendu quil ny avoit nulle certaineté de la venue d'iceulx Vergy et Cicon, veu le contenu des lettres du roy, où yl dict : ** tenez vous prest pour quant le vous manderons, etc. « A ce respondirent quil vaudroit mieulx besoigner sur la matière du mariage en laissant la paix et le faict du roy des Romains iusques a la venue dudict de Vergy. ' ^
Mess^^ respondirent que Ion faisoit en ce grande iniure
a mons*", veu les diligences par ly faictes et quil avoit tardé son voyage d'Espaigne iusques a maintenant; quil travailleroit encores le roy son père et s'emploieroit volontiers a faire ladicte paix avant son parteraent, ce que toutesfois yl ne pourroit faire en attendant ledict de Vergy, attendu quil ne pouvoit plus dilaier son dict voyage d'Espaigne (i).
(i) PhilippG-le-Beau avait formé le projet d'aller visiter l'Espagne. Ferdinand et Isabelle désiraient vivement que leur gendre et leur fille
fissent ce voyage, car Tarchiduc était un étranger pour les Espagnols, et il importait qu'il apprît à connaître ses futurs sujets, qu'il n'aimait
guère et dont il ignorait les mœurs, les coutumes et les lois. Lorsque Louis XII connut le dessein des princes flamands) il les invita à passer
En faisant ces choses l'homme de mons** de Vergy survint et bailla une lettre a mons^ de Bezancon et une a mons^ de Chievre, faisant mention des lettres que luy at escript le roy, et quil est délibéré de soy trouver vers le roy de
France, et vouldrolt bien quil les trouvât encores quand yl y sera arrivé.
Ces lettres veues, Ton rentra en la matière de la paix pour en avoir responce. Les gens du roy persistoient de laisser ladicte matière et de besoigner au mariage. Mess^^ persistèrent au contraire tousiours demandant avoir premièrement responce de ladicte paix.
Sur ce l'on se part et vont les gens du roy devers ledict
roy, auquel (comme mess^^ ont au vray entendu) ylz font rapport de tout, le conseillant d'attendre ledict de Vergy. Fault noter que aulcuns luy avoient dict que lesdicts de Vergy et Cicon demandent des grandes recompenses. Et tant pour ces causes que pour la raison, yl conclud de bailler la responce, de la paix, selon le désir de mess'"'', nonobstant les contradictions d'Albi et du mareschal de
Gyé.
Samedi?^ daougst au matin, mons"" de Bezancon scachant que mons'^ d'Albi vouloit venir devers luy, est luy mesme
par la France, et leur offrit une escorte de quatre cents lances, qui devait les accompagner jusqu'aux frontières d'Espagne, ainsi qu'une garde d'honneur de quarante ou cinquante gentilshommes « des plus guerriers de sa maison, » comme il est dit page 28. Ce voyage eut lieu; mais il est à remarquer qu'il rencontra une vive opposition au sein du conseil, notam-
meul (le la part de Charles de Croy, prince de Chimai, qui proposait de
faire débarquer les arcbiducs eu Angleterre pour les conduire de là dans les états de leur père. Mais François de Busleyden, archevêque de Besançon,
combattit cette proposition, avec une grande énergie, dans une harangue que M. Le Glay reproduit d'après Pontus Heuterus. Il l'emporta, et le départ des princes fut résolu.
allé en sa maison. Ly illecq venu, ledict Albi s'est approché a luy, a demandé sil ne seroit possible de besoigner au mariage, et, en attendant, lesdicts de Vergy et Cicon, suspendre et surceoir la matière de la paix. Mons"^ de Bezancon luy at respondu que non pour les raisons susdictes. Mons^ d'Albi at dict que puisque ainssy estoit, yl feroit que aprez disner ladicte responce de la paix seroit
baillée. Mons'' de Bezancon luy at dict quil avoit entendu que le roy ne vouloit offrir au roy des Romains que cent mille escuz d'or; que ce seroit honte d'accepter si petite somme et que pour le moings yl en falloit IP ou CL™, et a requys d'en faire rapport au roy.
Ledict iour mess"*^ ont receu une lettre de mons' de Bourbon du 3^ d'aougst, afin de vouloir vuyder le différent
qui est entre raons'^ et mons^ de Gheldert (i), et les at
présentées mons' de S'- André. Paravant mondict s"^ de Bourbon avoit escript a mesdicts s^^ en responce a aultres que mons** et iceulx s'"^ luy ont escript, contenant que a cause de la maladie de madame sa femme, yl ne luy estoit possible de soy trouver en personne vers le roy pour les , assister et demander en mariage pour mons"^ de Lucembourg, madame Claude de France, et quil avoit envoyé
{{) Adolphe d'Egmont, auquel Marie de Bourgogne remit le duché de Gueldre et le comté de Zutphen que son père Charles-le-Téméraire avait acquis. Il avait épousé à Bruges, le 18 décembre 1463, Catherine de Bourbon, fille de Charles I, duc de Bourbon, etc., et d'Agnès de Bourgogne. De ce mariage naquit Charles d'Egmont, duc de Gueldre, dont Guichardin a dit qu'il était « prince moult belliqueux, tellement qu'il mena guerre » contre tous les potentats ses voisins et spécialement contre Albert duc w de Saxe, seigneur feudataire de Frise et gouverneur d'une partie de ces
» païs-bas pour Maximilien et pour Philippe son fils. » C'est de Charles,
duc de Gueldre, qu'il est question dans le manuscrit qui nous occupe.
mons»^ de S^-Andrieu (i) pour faire en son lieu ce que luj seroit possible.
Ledict samedi 7« d'aougst, mess^^ furent mandez venir en Ihostel de mons'' le prince, où estoient Albi, ledict prince, chancelier, Ligny, marquys, Gyé et Bouschage. Et combien que mess^' n'ont eu aultre espoir ne pensée, sinon d'avoir responce bonne et telle que l'avons requys touchant l'ayde
de Turquie et des deniers que le roy des Romains demande, toutevoies aprez que mons"^ le chancelier a eu faict une longue prologue et dict ce que tousiours yl at dict, mesmement que le roy est celuy qui plus désire avoir bonne paix et amitié avecq le roy des Romains, et que yl pense bien et pertinemment avoir respondu aux articles et escript par nous baillé pour y parvenir, toutevoies le roy, aprez avoir ouy au long le rapport de ses gens et entendu ce que es
iours passez a esté besoîgné avecq nous, a bien VOulu amplier sa responce baillée par escript sur les dits articles et escript (2). Sur laquelle responce et premier article dicelle aprez le mot ou yl dict que le roy de France ayme le bien, honneur, gloire et accroissement du roy des Romains, et qu'il Vappete comme le sien propre, est adiousté de la main de mond* s»* le chancelier ce que s'ensuict : FA avecq ce sil y a nulcuns des alliez du roy qui face ou esmeuve guerre au roy des
Romains, le roy s^employera par touts moyens a luy possibles, a y trouver quelque bon appoinctement, et y fera garder a son pouvoir Vhonneur et raison dudict roy des Romains.
Item, sur le dernier article de ladicte responce faicte sur
(1) De Si- André.
(2) En marge on lit : « Ampliation de la responce du roy, couchée f» 37. »î Cette pièce figure ci-après, sous la rubrique : Responce sur lesdicts artî-
des.
ledict escript qui se commence : Combien que pour les investitures, et aprez ces mots que : le roy sera content de donner une gracieuse somme, est adiousté par une marque telle =t: et escript de la main de mondict s'* le chancelier : telle quil fera de brief scavoir et déclarer à mond^ archiducq pour l'amour duquel principalement yl est meu le faire. Et aprez que mondict s' le chancelier at monstre ces adionctions, yl a dict que quant aux Turcqs, le roy avoit très bonne affection de bailler ayde et fournir gens pour les envahir ; que neantmoings yl cognoissoit le Turcq si puissant que a bien grand paine le pourroit grever sadicte ayde avecq celle du roy des Romains, si les aultres princes chrestiens, chascun en sa qualité, ny vouloient semblablement ayder; quil s'offroit et s'offre de tenir main vers nostre S' Père, et ailleurs ou mestier sera, pour faire congrégation et assemblée de tous lesdicts princes, puissances et communaultéz chrestiennes, pour aviser comment l'on pourroit envahir et faire une bonne,
seure guerre audict Turcq, et que quant au roy, cognoissant quil est des plus puissans ou le plus de tous desdicts chrestiens, yl se veult employer faire et contribuer plus avant que nulz des aultres, mais de declairer pour le présent quelle ayde yl doibt faire audict roy des Romains, pose et nonobstant quil feit actuellement et effectuelleraent la guerre auxdicts Turcqs, yl ne le pouvoit faire pour les raisons dessusdictes.
Sur ce, nous sommes retirez bien esbahys de cette responce. Et aprez longue délibération prinse, sommes rentrez devers lesdicts députez, ausquels , par la bouche dudict prevost de Louvain, at esté dict que l'on ne se pouvoit assez esmeirveiller de ceste responce, veu que de tous les articles contenus audict escript pour parvenir a ladicte paix, mesdicts s'^ les ambassadeurs s estoient principalement arrestéz
sur trois poinctz : Tun sur les alliances de Hongrie, des
Venîssiens et Swysses. Et pour ce que par lesdîcts députez avoit esté dict que le mariage faict et l'investiture baillée de la duché de Milan, le roy feroit tellement que l'on cognoistroit quil seroit amy du roy des Romains et de mons'' tel quil ne les vouldroit souffrir adomraager, mesmement envahir les pays, terres et s"®^ qui sont du patrimoine du roy et de mondict s', mais les garder et défendre voire ayder à recouvrir celles qui sont distraictes hors des
gries desdicts s*"^; et tiendroît deslors en avant mons' de Lucembourg pour son fîlz. Ton s'estoit quant a ce poinct assez départi soubz l'espoir et confidence que ce que dict est seroit entretenu, et s'estoit l'on arresté sur ledict secours et ayde contre les Turcqs, et les deniers requys en recompense de la Valteline, le lacq et les IIIP mil escuz restans du traicté de Wolme. Que quant a ladicte responce des Turcqs, si le plaisir du roy estoit d'y persister, l'on n'y
vouloit contredire, toutesfois la requeste que luy en avoit esté faicte n'estoit, sinon a fin que le roy des Romains cognent tant mieulx le bon vouloir que le roy at a la foy catholycque de faire la guerre aux Turcqs, de a ce ayder et assister ledict roy des Romains et afin de donner exemple a tous aultres princes et seigneuries chrestiennes pour faire le semblable. Et quant aux deniers que le roy est content de donner audict rov des Romains, le roj scait et
peult cognoistre que depuis deux ans lesdicts de Chievre, prévost et Courteville n'ont faict aultre chose que d'aller, venir et retourner devers lesdicts deux royx et mond* s"^ et se sont employez en ces matières le plus honestement quilz ont peu (1). Et neantmoings yl ne veult tant faire pour eulx
(i) Une des condilions essentielles du traité portait sur rinvesliture du
que de leur déclarer la somme desdicts deniers, ce que leur pourroit tourner a blasme et reproche, et pourra l'on dire que ainsy le roj^ l'aura voulu parce quilz ne se seroient
bien acqujtéz ou par faulte de confidence, que le roj en poeult faire a sa volonté; toutesfois d'encores vouloir sur tout bien penser pour en faire meilleure responce. Ce faict, mons' d'Albi at dict a part que ce que l'on ne déclare ladicte somme, est de doubte que le roy a, que le roj des Romains n'en soit adverty et quil ne se vante que le roy pour faire son appoinctement luy at offert telle somme. Aprez, pour ce que lesdicts députez n'ont voulu donner
aultre responce, nous sommes aile devers le roy mesme, lequel est venu seul devers nous. Mons"" de Bezancon \uy at dict au long ce que dict est, en le requérant de mesmes declairer son bon vouloir, et especialement de vouloir consentir Tajde au roj des Romains quant jl feroit actuellement et effectuellement la guerre aux Turcqz assisté de IIIP lances et de VI™ piétons payez pour un an et demy, et
aussy que ly inféodé, yl soit content de bailler et faire
payer audict roy des Romains lesdicts IIP mil escuz d'or.
duché (le Milan, dont Louis XII se prétendait le légitime héritier comme
petit-fils de Valentine Visconti, qui, en épousant Louis d'Orléans, avait transmis à sa postérité ses prétentions à la possession de ce duché. Le roi de France poursuivait, avec une grande persistance, les négociations qui devaient lui faire obteuir Tinvestiturc du Milanais. Sou premier ministre, le cardinal d'Amboise, se rendit dans le Tyrol auprès de Maximilien, dans l'espoir d'obtenir de l'empereur une réponse claire et précise; mais celui-ci
ilillérait de la donner. D'ailleurs, ces allées et ces venues, que l'auteur
du manuscrit signale, s'expliquent; car Maximilien avait solennellement reconnu Ludovic Sforze duc de Milan. « H fallait déterminer Maximilien,
» dit M. Le Glay, à proclamer la déchéance d'un prince qui tenait de lui » le titre ducal, et qui, de plus, était Toncle de la reine Blanche-Marie, » sa seconde femme. » Les Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche contiennent de nombreux documents qui jettent un grand
Jour sur cette délicate question.
Surquoy yl a respondu quil vouloit avoir (pour en prendre avis) lesdicts Albi. Gyé et chancelier, lesquelz yl at envoyé quérir. Et ce conclu at dict quil avoit sceu que le roy des
Romains avoit levé dix ou douze mil combatians pour luy faire quelques venue vers la Lombardie; quil en avoit adverty ses gens estans celle part et quilz luy amèneront audevant plus de XIX"^ combatans.
Tost aprez lesdicts Albi, chancelier, Gyé et Bouschage sont venuz et avecq ly retirez en une chambre apart, où ylz ont longuement délibéré. Puis nous ont faict appeler par Robertet (i), mons' le chancelier en la présence du roy et
des dessusdits a ramené en effect ce qui avoit esté dict par nions'' de Bezancon. Et pour response primes quant audict
{\) Florimond Robertet naquit à Montbrison et servit avec une fidélité à toute épreuve Charles VIII, Louis XII et François I. Robert de la Marck, maréchal de France, dit dans ses Mémoires que le mariage du comte d'Angoulême, plus tard François I, avec Claude de France fut négocié avec beaucoup d'habileté par le trésorier Robertet, « qui pour lors gouvernoit
tout le royaume. » Car, ajoute-il, depuis que M. le légat d'Amboise
mourut, « c'estoit l'homme le plus approché de son maistrc, et qui scavoit » et avoit beaucoup eu, tant du roi Charles que du roi Louis; et sans
» point de faute, c'estoit Thomme le mieux entendu que je pense guères
» avoir eu et le meilleur esprit qui s'est meslé des affaires de France, et » qui en a eu totale charge, et a eu cet heur qu'il s'y est toujours mer-
» veilleusement bien porté. » Machiavel accuse ce ministre de vénalité. Le reproche est fondé; des faits nombreux l'attestent, notamment l'extrait suivant d'une lettre que Jean Caulier, seigneur d'Aigny, adresse à Marguerite d'Autriche : « En ensuivant les lettres qu'il vous a pieu m'escripre, et » aussi ce que le trésorier m'a escript, M. de Burgo et moy sommes » approchés de M. le trésorier Robertet, auquel avons promis mil escus
» d'or s'il pouvoit tellement faire que la cause de Nevers surseist quatre
» ans. Au moyen de quoy ledit sieur Robertet a tellement procuré et » sollicité que ladite surséance nous a esté accordée et à très-grande » difficulté, comme avons bien sceu. » (Nég. dipl., t. I, p. 369). Robertet
est mort dans les premières années du règne de François I". Ce prince
alla le visiter pendant sa maladie. Ce témoignage d'affection, donné par
le roi de France à son ministre, a été chanté par Clément Marot.
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ayde des Turcqs, le roy demeuroit en son premier propos. Quant aux deniers, que le roy sera content Ij inféodé et investj de la duché de Milan et ses appartenances, de faire bailler et délivrer au roj des Romains, et de ainsj Tescrire a mondict s^ Tarchiducq pour en besoigner avecq le roj son
père, tant pour lesdictes infeodation et investiture, comme
pour lesdicts Valteline et lacq, pour lesdicts IIIP mil escuz comme pour touttes aultres querelles, demandes et actions de tout le temps passé iusques à présent la somme de IP mil florins de XX s. tournois le florin, revenant a IP mil livres de XL gros mono je de Flandre la livre. Laquelle somme sera payée aprez ladicte infeodation et investiture faictes aux termes qui seront accordez. Et que pour avertir le roy des Romains de ces choses, l'on pourra envoyer vers ly (si bon semble, a mons*" et a mess*"^ les ambassadeurs) ledict Courteville. Ceste responce entendue, mess" ont requys le roy de leur accorder d'y penser iusques a demain, et ylz luy en
bailleront finale responce sans plus aprez luy en parler, mais entreront en la matière du mariage.
Aprez le roy a la poursuicte de mons' de S^-Andrieu, s'est approché de mesdicts s^^ les ambassadeurs, et leur
a parlé de mons^ de Gheldre, afin que mons^ se voulsist
contenter de ly (i).
Dimenche 8® d aougst, mons^ le prince Déranges donna a disner a mesdicts s^^ les ambassadeurs bien et opulentement. Aprez disner mons^ de Bezancon eut beaucoup de devises avecq mons^ le chancelier en Teglise S' Jean, semblablement a mons^ d'Albi. De là alla devers le roy et la royne, afin de les supplier pour l'expédition de ly et aultres
mess^^s les ambassadeurs, ce que promis et accordé luy fust.
(1) V. p. të.
Le lundy matin 9 aougst, mons^ le prince disna avecq mes-
dicts s" les ambassadeurs. Aprez disner, la larme a Toeil yl donna a cognoistre à mondict s'^ comment yl avoit entendu que Michel Le Grant, secrétaire, luy estant envoyé devers mons', luy avoit dict et asseuré de par ly, comment si
mond^ s^ vouloit envoyer son ambassade vers le roy et
royne pour avoir madame Claude leur fille, le roy luy donneroit des maintenant la duché de Bourgogne, et avecq ce Tasseuroit de la duché de Bretaigne pour en iouyr aprez leur trespas, non obstant que les roy et royne eussent un filz. Que iamais yl n avoit parlé par ceste forme de la duché de Bourgogne sinon par apparence. Et quant aux aultres pays non estans de la couronne de France, quil avoit dict
que madame dame y succederoit, pourveu que les roy et royne n'eussent enfant ou enfans masles, plorant et faisant exécrables sermens et malédictions de ly et de son âme si la chose n est telle. Mons' de Bezancon respondict honestement excusant ledict Grant, en disant quil pourroit avoir mal entendu, mesmement ladicte proposition denfans masles. Tost aprez nous allâmes en cour vers les roy et royne qui estoient en grand compaignie de grans barons, dames
et damoîselles, si comme mess" de Nemours, de Ligny, de la Trimouille, Gruuthuyse, Formizelles et aultres en grand nombre. Le roy feit chascun retirer, retenant avecq ly seulement la royne, prince, Albi, chancelier et Gyé. Mons' de Bezancon bailla les articles tels que ly et les aultres ses collègues avoient conceu pour l'alliance de mariage, lesquelz leuz par mons' le chancelier, nous rentrâmes en une chambre. Aprez nous retournèrent lesdicts
prince, chancelier, Albi et Gyé et débattirent longuement sur le douaire, pour ce quilz le vouloient avoir plus grand, au cas que madame succédât au roy et quil n'eut nul enfant
masle. Finablement fut consenty et accordé que madame auroit pour tout sondict douaire XXV™ escuz par an (1). Nous pensions que le reste de noz articles estoit accordé, dont s'en falloit beaucoup; car, là ou par iceulx estoit dict quemadame succederoit a ses père et mère selon les droicts, ylz y adioustèrent : pourveu quil ny eut nul enfant masle, auquel cas elle aura pour' tous biens paternels et maternels Iir mil escuz d'or. Et un aultre article par lequel estoit
dict quelle seroit délivrée ez pays de mons* en leage de X a XII ans, y\z estèrent lesdictes années y mectant que aprez la solemnité et consommation du mariage qui se debvoit faire en Finance, là ou le roy et la royne seraient pour lors.
Ces deux poincts furent debattuz plus d'une heure et demie, et pource que ne les voulions consentir, nous eusmes une manière de congié pour tout laisser et rompre. Nous demeurâmes seuls pour scavoir si l'on nous rappelleroit, et
quand nous veismes que l'on nous laissoit et plantoit illec, nous entrâmes dedans, et fut dict que mens*" ne demandoit seulement les biens ne la fille, mais les cœurs du roy et de la royne ; et contredismes tousiours de laisser nostre escript comme baillé avoit esté, attendu quil estoit tout honeste et raisonnable. Finablement le roy et la royne n'en voulurent riens oster, sinon en l'article faisant mention de la conduicte de madame ez pays de mens'', où yl est dict que le roy et la
royne seront tenuz de faire mener et conduire madame ez pays de mons', sans faire mention du temps aprez ne devant la solemnisation et consommation du mariage. Et furent couchez les articles par Robertet et moy, et délivrez d'un costé et d'aultre (2).
(1) Cette clause figure à l'article 5 du traité qu'AnchemaiU reproduit plus loin.
(2) En marge on lit : « Robertet, secrétaire de Loys XII, et Pierre Ancbemaot, »
Mardi X® d'aougst, lour de S*-Laureii, mess" les ambassadeurs allèrent ouyr la messe du roy en legHse S^-Jean, qui fut bien et solemnement chantée. Aprez ie vins avecq mons' le chancelier vers les aultres conseillers du roy, qui regardèrent le pouvoir baillé par mons' et madame a mesdicts s" les ambassadeurs, lequel ylz trouvèrent bon et vaillable. Ce faict, le roy entra en la grande sale de son logis. Semblablement la royne, vestue, parée et aornée de
pierres précieuses fort pompeusement et très richement. Le roy fut assys en un siège assez hault; la royne emprez du costé senestre assise sur une basse chaise. Dudict costé estoient assys les ambassadeurs du Pape, de Venise, Florence, Siene, Lucques et aultres qui estoient en court. De l'aultre costé droict estoient, tant droict que assys, mess" le ducq de Nemours, evesques d'Albi, de Sens, chancelier et aultres grands seigneurs, chevaliers et escuyers de l'hostel
du roy. Et au droict devant du roy estoit un banc qui confrontoit le roy, sur lequel estoient assis mesdicts s" les ambassadeurs et avecq eulx l'ambassadeur d'Espaigne, mons' de S*-Andrieu, lieutenant et représentant la personne de mons' le ducq de Bourbon (l), messire Englebert de Cleves, conte de Nevers et mon s' le prince (2) comme parens de mondict s' de Lucembourg, illec assistans, pour avecq mesdicts s" les ambassadeurs demander en mariage madame
dame Claude pour iceluy s'.
Mons*" de Bezancon porta la parolle et feit une belle, gente, honeste, élégante et non trop longue proposition, concluant et priant affectueusement de par les roy des Romains, roy et royne de Castille, et suppliant en toutte
(2) Le prince d'Oraugc.
humilité aux roy et royne de France de par mesdicts s" et dame, que leur plaisir fut vouloir accorder et donner
en mariage a mondict s' de Luxembourg, madame dame
Claude leur fille (i).
(1) H est étrange qu'Anchement n'ait pas reproduit dans son journal cette harangue, dont il fait un si brillant éloge. Cependant elle est comprise dans ses pièces diplomatiques, et c'est à ce titre qu'elle figure dans le recueil de M. Le Glay, à la suite du discours que Tarchevêque de Besançon adressa au roi lorsqu'il lui présenta ses lettres de créance. Ces deux pièces ne portent pas de dates, mais il est certain que la seconde est du 10 août 1501. Cette année commence à Pâques, c'est-à-dire le i ! avril.
« Vers vous, sire, roy très-chrelien, nous, voz très-humbles et irès-
» obeissans serviteurs, sommes envoyez, les aulcuns de la part du roy des « Romains, les aultres de la part des roy et royne d'Espaigne, lesquelz bien » affectueusement se recommandent à vous, et par assemble, au nom de » monseigneur l'archiduc et madame sa compaigne, prince et princesse
» d'Espaigne, voz humbles cousins et parens, qui bien humblement se » recommandent à vostre bonne grâce et reaile majesté, nous ont chargé » venir vers vous et vous dire et déclairer aulcunes choeses de leur part. » Sire, vous scavés que, avant Vadvenement a ceste très-digne et très- » noble couronne, mondit seigneur l'archiduc, quelque jeusne qu'il fust, « a tousjours heu ung singulier amour et affection à VOSlfô tfès noblc
» persoene, à laquelle desiroit avoir ample cognoissance, parfaicte amitié
» et benevolence. Depuis, et quant il plust à Dieu prendre à sa part feu » de très-noble recordaciou feu le roi Charles, promptement et en dili- » gence il vous envola le conte de Nassau et aultres ses serviteurs pour » vous conjoir et congratuler du bien qui vous esloit advenu, vous fiest
» dire et remonstrer comment sur toutes choses il desiroit vivre avec vous, » comme à bon voisin, humble cousin et obéissant vassal appartenoit.
)î Vous donna aussi lors souffiesamment à cognoistre qu'il esloit amere- » ment déplaisant des empeschemens que par aulcuns vous furent fait, es » queulx il heut merveilleux regret et déplaisir.
« Vous aussi, sire, ne ignorés point que, depuis continupllement jusques
» à présent , U a heu geus et bons personalges allans et venaus vers » vostredite majesté et le roy son père, comme premièrement l'cvesque de » Cambrav et aultres de son conseille, et depuis monsieur de Chievres, cy » présent, et avec luy le prevost de Louvain et le maîstre d'hostel Courte- » ville, l'espace de XX mois sans cesser, pour trouver quelque bon moyen » de paix et mutuelle intelligence entre vostredite majesté d'une part, et
> comme vassal d'icello, et dudit roy des Romains, comme son seigneur et
Ce faict le roj appella ses gens, et aprez avoir bien peu devisé avecq eulx, mons"^ le chancelier dict que les roy et roj^ne avoient ouj la réquisition falote de la part desdicts
rovx, royne et mesdicts s"^^ et dame, dont et de Thonneur
» père d'aultre, affin que, envers ung chalcun d'euex, sans suspition, il peut » vivre ainsi qu'il appartient et que bien faire le désire.
» Et après avoir beaucoup laboré en ceste partie par bonne remon- » strance et persuasions, a tant fait qu'il a induit ledit seigneur roy des » Romains, son père, à donner pouvoir ausdits sieurs de Chievres, prevost » de Louvain et Courteville pour communiquer, traicter et conclure; et » pour ce que audit pouvoir y estoit dénommé monseigneur le duc de » Saxe, électeur, sur l'espoir que mondit seigneur l'archiduc avoît qu'il
» s'y dheut trouver en persoene, comme bien desiroit, a delaié les en-
» voyer jusques à présent; mais quant il a cogneu la certaineté de la de- M pesche de mondit seigneur de Saxe, sans plus traîner, les a promptement « depeschiés et envoies vers vostredite realle ni^ijesté, pour besongner » avec icelle, selon que ledit povoir pourra porter.
» Et pour monstrer clerement et ouvertement à vous, sire, premiere- » ment, et à tout le monde ensuite, son entier couraige, pure et constante >ï volenté de soy perpétuellement employer à l'entretenement de ladite » paix, nous a par assemble chargié de parler et traictier de l'alliance de >^ saint mariage d'entre madame Claude de France, vostre fielle, et de » monseigneur le duc de Luxembourg, son fdz unîcq ; de quoy faire nous
» a donné plain pouvoir et autorité. Et pour y tant plus assuerement pro-
» céder a tant fait et procuré, que lesdits seigneurs et damme roy et roynne » d'Espaigne y ont donné leur consentement, ainsi que paravant avoit fait » le roy des Romains, son dit seigneur et père. » Sire, voulentiers vous raporlons ces choses comme toutes sainctes,
» bonnes et grandement prouffitables au bien publicq et de la religion » christienne ; aussi que par icelles cognoissiés le font du bon saing et » entier couraige de mondit seigneur l'archiduc vers vous, le grand ardeur » et désir incrédible qu'il a de vivre avec vous comme bon voisin, humble » et obéissant vassal.
» Et pour ce, sire, que ces matières ne se puellent eschever ne vuidicp
>> sans communications, nous vous supplions présentement, en toute humi- » lité, de trois choses : l'une, de nous donner et députer pour y entendre » gens aymnas paix ; Taultre, que en personne, quant voz aultres grans et » pesans affaires le parmetleront, vous y plaise trouver; et pour la tierce, » que soions tôt despechiés, affin que au temps à nous prefix puissions » estre de retour. »
Voici maintenant le discours que l'arclievêque de Besançon, chef de
qui en ce lesdicts princes faisoient a ly, a la royne et a ladicte fille, chascun d'eulx les méritoit affectueusement, et pour les causes et considérations dictes et alléguées par mondict s^ de Bezancon, iceulx roy et royne accordoient.
l'ambassade, prononça à l'audience solennelle que Louis XII donna aux ambassadeurs de Philippe-le-Beau, et dont Pierre Anchemant nous a laisse une description si fidèle.
Deuxième Harangue des ambassadeurs ADRESSÉE AU ROI DE FRANCE LouiS XII