ET A LA REINE ANNE DE BRETAGNE
Demande de la main de la princesse Claude pour le jeune Charles d'Autriche.
c( Vers vous, sire, roy très-chretien, et vous dame, roynne très-excellente,
» sommes venus par rordonnance de voz très-humbles cousin et cousine,
« monseigneur l'archiduc et madame l'archiduchesse d'Austriche, prince » et princesse de Castille, etc., lesquels nous ont chargié, après vous avoir » fait leurs très-humbles recommandacions, vous dire et déclairier la
« continuation de l'entier et parfait amour qu'ilz ont à voz très-nobles et » très-dignes persoenes, aussi la grande affection et ardent désir qu'ilz ont
» de tousjours l'augmenter de tout leur pouvoir. Et pour y parvenir, ont » mis avant leur iceulx trois consideracions, dont la première est, en sui- « vant la doctrine d'un des enseignemens que le prince des philosophes, » Aristote, entre aultres, donna au roy Alexandre le Grand, que à tous » biens publiques est chose nécessaire d'avoir sotieté et confédération avec
» ceulx qui sont très-puissans et qui soient voisins, affin que tost et
,, promptement, au besoing, l'on puisse secourir l'aultrc et eslre l'un a » l'aultre utile et prouflBtable.
» Oultre, ont considéré qu'il n'y a sotieté ou confédération plus conjoincte,
>> plus convenable, plus certaine et assceurée que celle qu'est contraicté >> selon Dieu et nature, qu'est celle qui se fait par lien de saint mariage.
» La tierce, que communément, en contractant les mariages, Von a re- « gard à quatre choeses : bonté, beaulté, noblesse et richesse.
>, Sy se sont, après les dites considérations bien posées, comme bons et « saiges princes, desirans pourveoir a leur postérité, leurs seigneuries, )) pays et SUbjectz, Ûnablement advisés de se allier avec vous, sire, qui
« estes très-puissant et voisin, par confédération qu'est selon Dieu et
>> nature, assçavoir mariage à celle qui a les quatre qualités dessusdiles,
» bonté, beaullé, noblesse et richesse, qui est madame Claude de France, „ voslre flelle a présent unicque, que Dieu, le souverain duquel tous biens
>, procèdent, par sa divine clemense vous a donné, avec leur filz a présent
consentoient et donnoient libéralement de bon cœur et volontiers a mond* s^ de Lucembourg madame dame Claude leur fille, en priant Dieu que ce puist estre a la louange de Dieu, exaltation de sa Saincte Foj, reboutement et destruction des infidèles et au bien, honneur, gloire, proufict et utilité
des parties. Et puis chascun se leva et s'en alla l'on disner. Aprez disner pource que ledict iour mess''^ avoient par la poste receu lettres de mons"* et en icelles encloses certaines lettres que le roy des Romains luy at escriptes d'Ysbrouck (1), le 22 de julet dernier, où est faicte mention de
» seul et unicq, monseigneur le duc Charles de Luxembourg, infaut et » prince de Castille, correspondant en eage et aux qualités dessusdites.
» Et à cesle fin, sire, nous ont despeschies nos dits seigneur et dame » archiduc et archiduchesse, du sceu, gré et consentement de très-haulx,
» très-puissant et très-excellent princes, roy des Romains, roy et roynne » de Castille, leurs seigneurs père et mère, et envoie vers vous et madamme » la roynne très-excellente, avec pouvoirs d'eulx souffisans ad ce servans, » pour le plus affectueusement et très humblement prier et requérir que » vostre très-noble plaisir soit leur accorder la persoene de madite dame » Claude, vostredite fielle, pour la donner espousse et femme légitime, » elle venue à puberté, à mondit seigneur Charles de Luxembourg, leur filz. » Sy vous supplions, sire, et vous madame très-excellente, en toute » humilité, monsieur de Saint-Andrieu, représentant la persoene de mon-
» sieup de Bourbon (*), et ad ce par luy commis, monsieur le gouver- » neur de Bourgogne, monsieur le prince d'Orenges, comme parens et
» cousins, et nous aultres comme conseilliers, serviteurs et ambassadeurs
» ad ce députés par lesdits seigneurs roys et roynne, archiduc et archi- » duchesse, que vostre trcs-uoble plaisir soit leur accorder leur honneste » requeste.
» Sire, et vous, damme très excellente, de la part des seigneurs et
» dames, roys et roynne dessusdits, tant affectueusement que faire pou- » vons, vous remercions de celle de monseigneur l'archiduc et madame sa » compaigne, très-humblement, et de la nostre, tant qu'il nous est Impos- » sible l'exprimer. »
(1) Inspruck ou Innspruck, ville du Tyrol que l'empereur Maximilien
affectionnait particulièrement. C'est là qu'il avait épousé en secondes noces,
le 16 mars 1494, Blanche-Marie, sœur de Jean Galeas, duc de Milan, et mère de Ludovic Sforce. Elle lui avait apporté en dot 440,000 écus d'or.
['l Pierre II, duc de Bourbon, qui avait épousé Anne de France, fille de Louis XI.
la paix d entre \y et le roy, pour en dire ce qu'il appartient au roy, et aussy le prier pour avoir la reste de leurs charges, mesdicts s" les ambassadeurs se trouveront vers ly et pource que i'estois empêché a faire les lettres dudict mariage, ie ne peux estre avecq eulx.
Ledict iour le roy fait courre a son de trompe par Lyon que l'on feit les feux de ioje dudict mariage. Ce que fut falot
bien et ioyeusement et se monstrerent grands et petits tous iouyeulx et contens dudict mariage.