‹ Les missions et leur protectoratChapitre 12 sur 66 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La politique de la Révolution et

de Bonaparte dans le Levant.

La question d'Orient.

Les apologistes des missions font grand état de Tattitude prise par la Convention à Tégard des catholiques d'Orient. L'un d'eux insiste sur ce que nos ambassadeurs à Constantinople eurent « Tordre de reprendre et de continuer les traditions du protectorat de la France au profit des religieux latins de Jérusalem et des Francs de la Terre sainte. Ils firent plus encore : ils adressèrent des représentations à la Porte dans le but d'assurer la tranquillité des chrétiens du Liban. Les agents de la République française protestèrent en plus d'une circonstance, contre la violation des droits acquis aux Latins ; et tandis que la Convention fermait les églises de France, elle faisait ouvrir celles du Liban et les plaçait sous la protection du drapeau tricolore (1). »

La vérité est que la Convention commit les mômes fautes que Louis XIV. Alors que sa principale préoccu-

(1) FAMUf, Histoire de la rivalité et du protectorat des églises chrétiennes d'Orient, p. 348.

pation aurait dû être, pour combattre TAutriche, de s'entendre avec la Turquie, elle s'aliéûait les sympathies de tous les musulmans en prenant la protection des missions romaines d'Orient et en encourageant les tentatives de rébellion des catholiques Maronites :

Les missions étaient parvenues à convaincre les esprits mystiques, si nombreux dans la Convention (1), que notre influence en Orient était due au catholicisme ; tandis que la protection donnée à l'Église romaine nous enlevait toute autorité à Constantinople.

La faute commise par la Convention fut encore singulièrement aggravée le jour où le Directoire, cédant aux ambitions de Bonaparte, lui permit d'exécuter le plan que Leibniz avait soumis, un siècle auparavant, à Louis XIV et qui consistait à s'emparer de Malte, de l'Egypte et de la Syrie, pour édifier une sorte d'empire chrétien sur les ruines de celui des Turcs.

Certes, le plan qui consistait à introduire la domination ou le protectorat de la France en Egypte n'était dépourvu ni de grandeur ni d'utilité ; mais sa réalisation était entourée de si grands obstacles qu'il fallait pour y atteindre plus d'habileté que de force brutale. Or, Bonaparte ne croyait qu'à la force. Etablir en Egypte une sorte de protectorat français était chose possible, à la condition de s'entendre avec le sultan et avec la classe dirigeante de l'Egypte elle-même. Vouloir faire la conquête du pays, c'était provoquer contre nous l'hostilité des dirigeants de la vallée du Nil.

L'Egypte était alors placée sous l'autorité des Mamelucks, sorte d'oligarchie militaire qui reconnaissait la suzeraineté du sultan de Constantinople, respectait son

(1) Voyez mon livre sur VÉtat et les Églises en Finance depuis les origines jusqu'à la séparation, p. 50 et suiv. (Paris, F. Alcan),

pacha, mais gouvernait le pays à sa fantaisie, et sans avoir à redouter aucune rébellion des fellahs, car ceuxci, depuis des milliers de siècles, n'avaient fait que passer d'un maître à un autre.

Sous l'influence des idées que les missionnaires répandaient en France depuis plusieurs siècles, Bonaparte, aussitôt après son débarquement en Egypte, se présenta comme résolu à détruire les Mamelucks. Il les battit, en effet, complètement près des Pyramides en 1798, puis il tenta de gouverner l'Egypte en s'appuyant sur les fellahs et sur les cophtes.

Thiers rappelle les proclamations lancées par Bonaparte parmi les fellahs, pour leur annoncer qu'il va chasser les Mamelucks et prendre leur place, que les . Français sont des musulmans aussi puisqu'ils viennent de détruire chez eux l'autorité du pape et il conclut : « Bonaparte se conduisit d'après ces errements aussi justes que profonds. » Il se fut montré plus avisé en faisant observer que pas un fellah ni un cophte ne vinrent aider Bonaparte à chasser les Mamelucks, que pas un fellah ni un cophte ne se lamentèrent quand ses échecs de Syrie l'obligèrent à quitter l'Egypte. Bien mieux : fellahs et cophtes étaient en train alors de se révolter. « L'esprit d'insurrection s'était répandu dans tout le Delta (1) » avoue Thiers.

Les fellahs, en réalité, restèrent indifférents à ce qui se passait autour d'eux en 1798, comme ils avaient été indifférents à tout ce qui s'y était passé depuis les premiers Pharaons. Les Mamelucks étaient leurs maîtres; les Français voulaient le devenir; quels seraient les meilleurs? Ils n'en savaient rien et ne s'en préoccupaient même pas. Bonaparte obtint d'eux toutes les

(1) A. Thiers, Histoire de la Révolution française, liv. XLVIII et

Lanbssa;^. — Missions. ^ j

130 LÈâ MISSIONS DU LEVANf.

manifestations extérieures de soumission qu'il lui plut de provoquer; il ne sut jamais ce qui se passait dans leur esprit.

Quant aux chrétiens de Syrie ils tinrent à son égard une conduite qu'il n'est pas inutile de rappeler. Depuis trois siècles, les missionnaires avaient promis à tous nos gouvernements que le jour où la France mettrait le pied en Syrie pour chasser les Turcs, les Maronites se lèveraient en masse afin de combattre à ses côtés. Si jamais occasion favorable se présenta pour la réalisation de ces promesses, ce fut, à coup sûr, le jour où Bonaparte tenta de conquérir la Syrie et mit le siège devant Saint-Jean-d'Acre. Les Maronites descendirent alors de leurs montagnes pour saluer celui qu'ils appelaient le «Sultan de feu » ; ils lui vendirent fort cher des vivres et lui firent des déclarations d'amitié très enthousiastes, mais il n'est dit nulle part qu'ils lui proposèrent le concours de leurs armes, dont il aurait eu cependant le plus grand besoin. Maronites de Syrie et Cophtes d'Egypte ne furent, en somme, pas plus utiles à Bonaparte que les fellahs. Les solennelles et incessantes promesses des missions subirent une lamentable faillite.

Pendant ce temps, la Turquie nous déclarait la guerre, l'Angleterre organisait contre nous une coalition générale de l'Europe, Nelson détruisait nos flottes dans la baie d'Aboukir et les missions du Levant qui poussaient depuis trois siècles à la croisade sainte contre l'islamisme passaient par l'épreuve la plus cruelle qu'elles eussent encore connue. Aussitôt après sa déclaration de guerre, la Porte fit enfermer notre ambassadeur au château des Sept-Tours ; puis « elle traita comme prisonniers de guerre tous les Français établis dans Tempire ottoman : consuls, négociants, navigateurs, artistes, pèle.

î>OLlTlQtE DE LA RÉVOLUTION ET DË^ BONAPARTE. iU

rins et voyageurs : et non seulement ces malheureux furent spoliés et ruinés, mais encore plusieurs d*entre eux furent indignement soumis à la torture et à des châtiments corporels, et, si Ton en excepte l'intervention éloignée et peu influente de l'Espagne, aucune réclamation ne s'éleva en faveur de nos malheureux compatriotes. »Les plus maltraités furent les membres des missions catholiques. Ils virent se lever contre eux non seulement les Musulmans, mais encore leurs ennemis séculaires de la secte orthodoxe. « Chassés des sanctuaires, insultés et maltraités jusqu'à effusion de sang par les schismatiques de toutes les communions chrétiennes, par les Grecs que la Russie protégeait, par les Arméniens qui se coalisaient avec les Grecs, par les Syriens, les cophtes et les Abyssins qui vivaient aux dépens des Arméniens, les catholiques de Terre Sainte se virent réduits à solliciter la faveur d'être tolérés dans les coins les plus humbles qui leur avaient été donnés jadis par les rois latins, et que leur imprudente générosité avait ouverts à ces étrangers qui maintenant s'en déclaraient les maître» (1). »

La politique des missions catholiques échouait, en somme, piteusement, entre les mains de Bonaparte, comme elle avait échoué entre celles de Louis XIV, car la force ne peut rien contre la logique des faits.

Bonaparte comprit sans doute la faute qu'il avait commise en attaquant l'empire ottoman, cardés 1802, il conclut avec lui un traité de paix et d'amitié. L'inéluctable nécessité qui nous contraint à vivre d'accord avec la Turquie l'emportait une fois de plus sur les vues fausses et les ambitions personnelles.

Jusqu'au début du dix-neuvième siècle, le gouverne- Il) G. Famin, Loc. cit., p. 351.

m LES MISSIONS DU LEVANt.

ment ottoman n'avait consenti à la France que des capitulations, c'est-à-dire des actes dépendant de la seule volonté du sultan. Le 25 juin 1802 (6 messidor en X) après avoir battu TAu triche et, sans doute, pour se préserver contre un retour offensif de cette puissance, Bonaparte signa avec la Turquie un véritable traité synallagmatique, offensif et défensif, et aussi général que possible. Il revenait réellement à la politique de François I®% à laquelle, du reste, il était fait allusion. Dans la première phrase du préambule on lit, en effet, que les deux gouvernements se sont proposé de « rétablir les rapports primitifs de paix et d'amitié qui ont existé de tout temps entre la France et la Sublime- Porte » (1).

Le retour à l'alliance purement politique des deux gouvernements est encore souligné par ce fait que nulle part, dans le traité de 1802, il n'est fait directement allusion aux missionnaires catholiques. L'article 2 déclare, il est vrai, que « les traités ou capitulations qui, avant l'époque de la guerre, déterminaient respectivement les rapports de toute espèce qui existaient entre les deux puissances sont en entier renouvelés »; mais aucune mention spéciale n'est faite des anciennes clauses relatives à la religion.

(1) D'après l'article premier, «ily auraèTayenirpaix et amitié entre la République française et la Sublime-Porte ottomane. Les hostilités cesseront désormais et pour toujours entre les deux Etats. »

Art. 4. — La République française et la Sublime Porte se garantissent mutuellement l'intégrité de leurs possessions.

Art. 9. — La République française et la Sublime Porte ayant voulu, par le présent traité, se placer, dans les États l'une de l'autre, sur le pied de la puissance la plus favorisée, il est entendu qu'elles s'accordent respectivement, dans les deux États, tous les avantages qui pourraient être ou avoir été accordés à d'autres puissances, comme si lesdits avantages étaient expressément stipulés dans le présent traité.

Par contre, le traité insiste sur le droit de navigation dans la mer Noire accordé à la France. Ce droit avait été concédé précédemment à la Russie, à TAutriche et à l'Angleterre. Il fut accordé plus tard à TEspagne, à la Hollande, à la Prusse, aux Napolitains et aux Ragusais, comme si la Porte eût tenu à établir une sorte de concurrence entre la Russie, qui avait exigé la première ce droit, et les autres nations européennes. Elle aimait mieux voir toutes les puissances commercer librement dans la mer Noire que de réserver en quelque sorte à la Russie le monopole du commerce de cette mer.

La Turquie s'engageait à prendre, de concert avec la France, « des mesures efficaces pour purger de toute espèce de forbans les mers qui servent à la navigation des vaisseaux marchands des deux Ëtats. » C'est surtout la piraterie des États barbaresques qui était visée par cette disposition ; mais, en outre, « la Sublime- Porte promet de protéger, contre toute espèce, de piraterie, la navigation des vaisseaux marchands français sur la mer Noire », cette mer étant envisagée comme une dépendance particulière de Tempire ottoman, quoique la Russie s'y fût déjà taillé plus d'un domaine par le traité d'Iassy en 1792 (i).

Par une stipulation spéciale, la Turquie donnait son adhésion au traité qui venait d'être conclu à Amiens entre la France et TAngleterre, comme si elle eût voulu indiquer son intention de se placer, à la fois, sous la protection des deux grandes nations maritimes de l'Europe occidentale.

En résumé, le traité de 1802 posait la question

(!) Par ce traité, la Porte avait dû céder aux Russes : la Crimée, l'île de Taman, une partie du K.ouban et de la Bessarabie, la ville d'Otchakov et le territoire qui s'étend entre le Bo^ et le Dniester.

i34 LES MISSIONS DU LEVANT.

d'Orient dans les termes les plus conformes à nos intérêts et de la façon qui répondait le mieux à la situation dans laquelle se trouvait l'Europe.

J'ai à peine besoin de rappeler combien étaient vives, au début du dix-neuvième siècle, les convoitises de la Russie à l'égard de Constantinople. L'un des premiers soins de la Grande Catherine, après la signature du traité de Kaïnardji, en 1774, avait été de prendre sous sa protection tous les Grecs de la Turquie, sous le prétexte qu'ils étaient schismatiques comme les Russes (1). Elle se posait devant l'empire ottoman comme une protectrice de la religion orthodoxe, répandait avec le plus grand soin le récit des misères infligées aux Grecs par les musulmans, et faisait prêcher par ses popes une véritable croisade contre l'islamisme. « Et le peuple, exalté, à l'idée de planter la croix sur le dôme de Sainte-Sophie, se précipitait au devant de la tsarine en criant, comme jadis les Croisés latins : En avant! Dieu le veut! Car lui aussi voulait aller jus-

(1) Le traité de Kaïnar(Jji contient un article 7 ainsi conçu : « La Sublime Porte promet de protéger constamment la religion chrétienne et ses églises ; et aussi elle permet aux ministres de la cour impériale de Russie de faire, dans toutes les occasions, des représentations tant en faveur de la nouvelle église à Constantinople dont il sera fait mention à l'article 14, que pour ceux qui la desservent, promettant de les prendre en considération comme faites par une personne de conCance d'une puissance voisine et sincèrement amie. »> L'impératrice Catherine invoquait cette clause pour réclamer la protection de tous les chrétiens de l'empire ottoman, sans distinction de race ou de nationalité, ce qui était absolument contraire à l'esprit de toutes les capitulations et de tous les traités signés par la Porte. Ces actes n'ont jamais visé les raïasj c'est-à-dire les sujets du sultan professant la religion chrétienne, tels que les Grecs schismatiques, les Arméniens, les Syriens, etc. Le protectorat garantiparles capitulations n'a jamais visé que les chrétiens appartenant aux diverses nationalités européennes. C'est toujours ainsi que la France elle-même les a interprétés,

qu'à Jérusalem pour conquérir le Saint-Sépulcre et délivrer les chrétiens du joug tyrannique des musulmans (1). » Elle employait, en un mot, afin de satisfaire ses ambitions, le moyen qui avait servi à la papauté romaine pour lancer les populations de TOccident à U conquête delà Palestine d'abord, de Constanlinople ensuite. Et les populations naïves autant que croyantes de la Russie se laissaient pousser à la guerre par Catherine avec la docilité dont celles de la France avaient fait preuve à Tégard des papes.

Constantinople avait échappé aux convoitises de Catherine, mais celle-ci s'était fait abandonner la Crimée et ses successeurs devaient rester fidèles au programme qu'elle-même avait trouvé dans l'héritage de Pierre le Grand. Empêcher l'exécution de ce programme, mettre la Russie dans l'impossibilité de s'établir à Constantinople, et, dans ce but, .protéger l'indépendance de la Turquie, c'est en cela que se résumait pour nous la question d'Orient. C'est ce qu'avait enfin compris Bonaparte le jour où il fit signer par Talleyrand le traité du 25 juin 1802.

Afin que ce traité pût produire tous ses résultats, il fallait que la France se tînt à l'écart des querelles religieuses du Levant; il fallait que nos rivaux ne fussent plus en situation de nous représenter au gouvernement ottoman comme les adversaires irréconciliables de l'islamisme ; il fallait, d'autre part, que le patriarche grec de Constantinople ne pût pas nous considérer comme les protecteurs du prosélytisme romain ; il fallait enfin que nous nous montrions hostiles à toute tentative faite par la Russie pour démembrer l'empire ottoman. Dans cette dernière partie de notre tâche,

(1) Famin, Loc. cit., p. 37,

nous ne pouvions compter que sur l'Angleterre, car seule alors, en raison de ses intérêts maritimes, elle devait désirer que la Russie ne pût jamais s'étcndrf jusqu'à la Méditerranée.

Nous ne sûmes remplir aucune des conditions du programme que je viens de rappeler. Deux ans à peiae après la signature du traité de 1802, le maréchal Bruae, envoyé en mission à Constantinople, se posait en serviteur fidèle des missions romaines, exigeait qu'elles fussent remises en possession de certaines églises des Lieux Saints que les Grecs s'étaient fait donner par les Turcs, et provoquait ainsi contre nous les défiances de la Porte en môme temps que l'hostilité du patriarche grec de Constantinople. Le «aomcnt était d'autant moins favorable à ce retour vers la politique romaine, que le sultan Sélim était tenu en défiance par ses propres sujets à cause de ses tendances réformatrices et que l'Angleterre était fort mécontente du rapprochement de la France et de la Russie qui venait de s'opérer à Tilsit. Nous mettions ainsi contre nous tous les éléments que nous aurions dû nous rendre favorables.

Il faut bien reconnaître aussi que le gouvernement turc ne sut jamais ni s'attacher à la politique étrangère que ses intérêts profonds lui prescrivaient de suivre ni instituer un régime intérieur susceptible de gagner les sympathies de l'Europe. 11 paya ces vices du démembrement de ses États.

En 1842, par le traité de Bucarest, la Russie étend ses frontières jusqu'au Danube et se fait reconnaître une sorte de suzeraineté sur la Serbie. En 1827, par le traité de Londres, elle obtient la complicité de la France et de l'Angleterre pour une organisation de la Grèce dont tout le profit devait lui revenir. En <830, c'est la France qui s'empare de l'Algérie, dont la Porte est incapable

de réfréner la piraterie. De 1831 à 1833, la révolte de Méhémet Ali fait de l'Egypte un royaume presque tout à fait indépendant de la Porte, et dont l'existence est consacrée par le « traité des Détroits » qui, en 1841, déclara que les bâtiments de guerre d'aucune puissance ne pourraient franchir les Dardanelles et le Bosphore.

A partir de ce moment, la Russie se pose à Constantinople en protectrice de l'indépendance et de l'intégrité de l'empire ottoman. Elle ne manque pas de prétextes pour représenter la France, l'Angleterre et l'Autriche comme animées de convoitises ardentes à l'égard de l'Egypte ou de la Syrie, d'une part, des provinces balkaniques de l'autre. En môme temps elle s'érige en protectrice des Grecs et réunit de la sorte entre ses mains les deux éléments qui dominent l'empire turc : la Porte et le Patriarcat.

Cependant, sa protection intéressée n'empêcha ni l'Autriche de s'emparer de l'Herzégovine et de la Bosnie, ni l'Angleterre d'établir son protectorat sur l'Egypte, ni la France de s'emparer delà Tunisie, ni le Monténégro, la Roumanie et la Serbie de se rendre indépendants. La Russie elle-même ne donnait-elle pas, d'ailleurs, l'exemple des mômes ambitions, en s'emparant de la majeure partie de l'Arménie?

Tous ces événements ont été favorisés, sinon provoqués, par le détestable régime politique et administratif auquel la Turquie est soumise. Ils seront suivis d'autres analogues, si quelque sultan ne s'avise pas bientôt de donner à l'empire ottoman un régime libéral.

La France pourrait jouer un rôle éminemment utile dans la réalisation de ces réformes si, au lieu de concentrer toute son attention sur les intérêts mesquins

des missions catholiques et sur les conflits de moines dont la Palestine est incessamment le théâtre, elle se résolvait à ne régler sa politique orientale que sur ses intérêtset ceuxdeVhumanité, en se dégageantdesdirections pontificales.

Page 1