‹ Les missions et leur protectoratChapitre 20 sur 66 · AVANT LE DIX-NEUVIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

AVANT LE DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

Le plupart des premiers missionnaires catholiques envoyés dans le Levant par la papauté se présentèrent comme de simples créateurs d'œuvres charitables et des apôtresde la conciliation du christianismeorthodoxe et du catholicisme.

Lorsque les jésuites arrivèrent à Constantinople, en 1583, ils s'empressèrent d'ouvrir des conférences avec les chefs de TÉglise orthodoxe, en se donnant comme chargés par le pape — ce qui, d'ailleurs, était exact — de trouver un terrain d'entente entre l'Église orthodoxe et l'Église catholique. Dans ces réunions, on discutait toutes les questions sur lesquelles les deux Églises ont des manières de voir différentes et les jésuites s'y montraient aussi conciliants que possible. Ils profitaient, du reste, de la tolérance dont les autorités ottomanes et le patriarche grec faisaient preuve à leur égard, pour prendre pied dans la ville, s'introduire dans les familles

grecques les plus riches ou les plus influentes et attirer les enfants schismatiques dans Técole qu*ils créèrent tout de suite. Les conférences qu'ils eurent avec les orthodoxes furent arrêtées par une peste qui tua les cinq jésuites de Gonstantinople.

Les capucins par lesquels le pape les remplaça montrèrent, dès leur arrivée, un prosélytisme tellement maladroit que Grecs et Turcs furent unanimes à les combattre. La rupture entre les orthodoxes et les catholiques fut violente et a toujours persisté depuis cette époque.

Les œuvres de prédication et d'enseignement des missions en furent presque entièrement annihilées. « Tout en laissant aux missionnaires une assez grande liberté pour l'exercice des autres fonctions de leur ministère, les Turcs voyaient d'un œil défiant les écoles : celles-ci ne se soutenaient que grâce à l'intervention presque continuelle des ambassades, et encore à condition de rester toujours modestes. (1) »

Les capucins ouvrirent une petite école dans une maison voisine de l'ambassade, et disposèrent dans l'une des classes un autel dissimulé derrière les battants d'une double porte qu'on fermait soigneusement. Le dimanche, ils disaient la messe chez l'ambassadeur. Leur école ne fut fréquentée que par un petit nombre déjeunes gens — surtout des Grecs et Arméniens — qui désiraient apprendre le français pour servir comme interprètes dans l'ambassade et les consulats de France ou auprès de la Porte.

Golbert eut, d'autre part, l'excellente idée d'envoyer au collège de Péra quelques jeunes Français pour apprendre les langues orientales. Plus tard, on fit venir

(t) Lettre d'un missionnaire, publiée in : Piolet, Loc. cit., I, p. 68.

l'œuvre d'enseignement des missions. 173

au collège des jésuites Louis-le-Grand, à Paris, de jeunes Orientaux que Ton initiait à nos mœurs et qu'on renvoyait dans le Levant pour y exercer les fonctions d'interprètes.

Si nous avions, à cette époque, créé dans les divers ports du Levant des écoles françaises non confessionnelles, les élèves y auraient abondé, parce que la situation commerciale et politique de la France étant prépondérante, une foule de gens avaient avantage à connaître notre langue. Musulmans et orthodoxes étaient, au contraire, ligués par leurs intérêts religieux contre les écoles des missionnaires. Ce n'est pas seulement à Constantinople qu'il fut à peu près impossible aux missions d'en établir, mais encore à Smyrne et dans l'archipel qui en dépend, à Alep, à Damas et à Beyrouth, dans la Palestine, etc., quoique sur la plupart de ces points il y eut un certain nombre de catholiques.

L'histoire des missions de la Syrie est, à ce point de vue, particulièrement intéressante, parce que c'est là qu'il y avait le plus de chrétiens et que laPorte avait le moins d'autorité. C'est en 1625, à Alep, que fut créée a première mission catholique française de Syrie. La ville comptaitSOO.OOO habitants, dont 35.000 chrétiens.Notre consul avait un droit de protection sur tous les catholiques et sa chapelle représentait l'église paroissiale de la colonie. Une mission italienne de franciscains existait déjà dans la ville ; elle dépendait du Custode de la Terre sainte, et celui-ci avait soin qu'elle comprît toujours un frère d'origine française. A leur arrivée, nos missionnaires furent bien accueillis mais, avoue le P. Piolet, « il ne pouvait être question d'ouvrir une école » (1). Il en fut de môme à Damas, à Tripoli, à Beyrouth.

(1) P. Piolet» Loc cit., I, p. 299.

Partout, jusqu'au dix-neuvième siècle, les missions ne peuvent donner à peu près aucun enseignement, parce qu'elles s'attirent la haine des musulmans et des chrétiens orthodoxes. Les missionnaires euxmêmes ne jouissaient de quelque tranquillité que s'ils étaient en relations incessantes avec les consuls français, protégés par eux d'une manière effective et même placés sous leur dépendance directe. Partout, en effet, ils se font attacher comme aumôniers aux consuls afin de pouvoir se présenter comme faisant partie des consulats. La France servait les missions ; mais celles-ci étaient incapables de rendre aucun service à la France, à cause des hostilités dont elles étaient l'objet.

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