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CHAPITRE III

Les querelles des catholiques et des schismatiques dans le Levant.

Au moment de la première conquête de Jérusalem parles musulmans, en 636, le sultan Omar se trouva en présence de chrétiens schismatiques, séparés à la fois de Constantinople et de Rome, comme l'étaient la plupart de ceux de la Palestine et de la Syrie. Tous les chrétiens de Jérusalem obéissaient à un patriarche dont Omar confirma les pouvoirs et auquel il concéda la plus entière liberté religieuse pour lui-même et ses fîdèles(l).

(1) Les Grecs invoquèrent plus tard, en faveur de leurs prétentions sur les édifices chrétiens de Jérusalem, un prétendu firman d'Omar, dont l'authenticité a été contestée mais qui offre de l'intérêt au point de vue de la situation de l'Église de Jérusalem au septième siècle. En voici le texte :

« Cette convention comprend les sujets, le clergé, les moines et religieuses et leur accorde la sûreté dans tel lieu qu'ils se trouvent.

« Nous, vrai croyant, et nos successeurs devons garantir la sûreté du sujet chrétien, s'il remplit ses devoirs de sujet. Cette convention ne sera rompue que par leur faute, dans le cas^ qu'ils veuUlent se soustraire à l'obéissance et à la soumission.

« Que la sûreté soit également accordée à leurs églises, campagnes, aux lieux de leurs pèlerinages, tant au dedans qu'au dehors ; savoir : à l'église Kamane (Saint-Sépulcre) ; au lieu de la

Parmi les églises qui existaient alors à Jérusalem^es plus anciennes, notamment celle du Saint-Sépulcre, avaient été bâties — d*après une légende très accréditée parmi les Grecs, — en 326 par la mère de Constantin, dont TEglise chrétienne a fait sainte Hélène. A Tappui de leurs prétentions sur les églises de Jérusalem, les Grecs ont toujours invoqué les fondations de sainte Hélène et le firman d'Omar. En fait, ils furent seuls maîtres de ces églises jusqu'à la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon. Cependant, dès 1023, on constate la présence de prêtres latins à Jérusalem. Au cours de la première croisade et après la prise de Jérusalem par les croisés, en 1099, les ordres religieux romains furent mis par Godefroy de Bouillon en possession des églises de Jérusalem transformée elle-môme en vassale de la papauté,

Les prêtres et moines grecs ou arméniens, dépossédés, s'abritèrent d'abord « modestement sous le patronage des religieux latins », puis ils « se glissaient clannaissance de Jésus à Bethléem ; à la grande église de la caverne, avec les trois portes vers le sud, le nord et l'occident; de môme aux autres chrétiens qui se trouvent dans ces lieux; aux Grégoriens, Abyssiniens et Nestoriens, Jacobites et à tous ceux qui appartiennent à ce prophète. Ils méritent tous des égards, parce qu'ils furent déjà autrefois honorés par le prophète d'un document muni de son sceau, par lequel il nous exhorte à les ménager et à leur accorder la sûreté. A cause de quoi, nous, vrai croyant, sommes disposé à la bienveillance envers eux pour honorer la mémoire de celui qui fut bienveillant pour eux.

m Ils doivent être relevés de l'impôt de capitation et de celui des péages dans tous les pays et sur toutes les mers des moslimins. A leur entrée en Kamane (Saint-Sépulcre) et pendant le reste de leur pèlerinage, on ne doit rien prendre d'eux.

M Les chrétiens qui visitent le Saint-Sépulcre doivent déposer, pour le patriarche, une drachme et demi d'argent blanc. »

Des enquêtes faites en 1630 et en 1690 par ordre de la Porte et sur la demande des missions latines établirent la fausseté de cet acte. (Voy. G. Famin, Loc. cit., p. 154.)

Lambssan. — Missions, 7

destinement dans les sanctuaires et se faisaient concéder, à titre de charité chrétienne, la faveur d'y célébrer après les latins; mais, une fois cette concession obtenue, ils la gardaient à titre de prescription. Le jour et la nuit, sans cesse aux aguets pour déjouer la surveillance des possesseurs de ces sanctuaires, ils arrachaient furtivement les signes ordinaires de la propriété, tantôt une tapisserie, tantôt une lampe ; ils grattaient les inscriptions latines et les fleurs de lis d'or pour les remplacer par les images grecques ; c'est ainsi que chaque jour, de concession en concession et d'empiétement en empiétement, ils gagnaient le terrain d'autrui avec une patience et une habileté qui seraient dignes d'admiration si elles n'étaient dignes de réprobation; c'est ainsi encore qu'ils préludaient à cette série de spoliations qu'ils devaient compléter au préjudice des catholiques, dans le courant du dix-huitiéme siècle (1). »

Pour saisir toute la signification de ces faits minuscules, de ces querelles puériles, auxquelles, depuis plus de huit siècles, est employée une partie de l'existence des moines schismatiques ou catholiques de la Palestine, il faut avoir présents à l'esprit les principes d'après lesquels les autorités musulmanes jugent les questions relatives à la possession ou à l'usufruit des édifices religieux. « Dans les usages de l'Orient et de la Terre sainte, fait observer l'écrivain cité plus haut, la possession exclusive d'une église, d'im sanctuaire, d'unj autel, quel qu'il soit, par une communion chrétienne, n'exclut pas les autres communions de la faculté d'y célébrer; mais les possesseurs ont seuls le droit d'en garder les clefs, de réparer ces édifices et de les entretenir à leurs frais, d'allumer des lampes et d'y

(1) G. Famin, Loc, cit., p. 211.

étendre les tapis, signe extérieur du droit de possession. Une chose singulière, c'est la manière dont les musulmans, en cas de contestation, jugent le droit de possession : s'ils ont vu quelqu'un balayer une chapelle, un sanctuaire quelconque, ils estiment que ce lieu appartient à celui qu'ils ont vu un balai à la main. Et il ne faut pas s'en étonner, l'enceinte sacrée dans laquelle se trouve placé le tombeau de Mahomet à Médine est balayée tous les jours par quarante ferrasch (balayeurs); c'est une charge très considérée chez les musulmans et que le sultan confère à ses favoris et aux principaux personnages de sa cour (1). »

Tandis c^ue les moines grecs invoquaient à l'appui de leurs prétentions sur les édifices religieux de Jérusalem la construction des premières églises de la ville par sainte Hélène et le ûrman contesté d'Omar, les missionnaires catholiques appuyaient leurs prétentions rivales sur im acte du temps de Charlemagne, par lequel Haroun al-Raschid, maître de la Perse et de tout le Levant, aurait accordé à l'empereur d'Occident la possession du Saint-Sépulcre. D'après la Chronique d'Eginhard, « les ambassadeurs que l'empereur avait envoyés porter des présents pour le très saint sépulcre du Sauveur des hommes et le lieu de sa résurrection étant allés trouver Haroun, et lui ayant fait connaître la volonté de leur maître, non seulement le calife leur permit d'accomplir leur mission, mais môme il concéda à Charlemagne la possession de ce lieu sacré. » H est permis de douter que l'on doive attribuer plus de créance à ce récit qu'au fîrman d'Omar. Les musulmans ne donnaient jamais la propriété entière des églises; ils accordaient simplement le droit de jouissance.

(1) G. FAMnr, p. 18. A l'appui de sa dernière assertion G. Famin cite la Çotrespondance d'Orient^ t. IV, p. 236.

J'ai rappelé que, dès l'année 1023, on constate la prësence de prêtres catholiques romains à Jérusalenu C'est encore un titre que les Latins invoquent contre les Grecs; mais ils font valoir surtout ce qui se produisit lors de la première croisade, après la prise de Jérusalem. Ils rappellent que dès que la Palestine eut été proclamée royaume vassal de la papauté, tous les prêtres schismatiques furent remplacés par des catholiques latins et des ordres spéciaux furent créés pour la garde des Lieux Saints.

Les missionnaires latins invoquent encore à l'appui de leurs prétentions le fait qu'au moment de la reprise de. Jérusalem par Saladin, en 1187, il ne s'y trouvait que des catholiques et que cette situation fut consacrée par une décision spéciale du sultan. Ils ajoutent qu'après la constitution de l'empire latin de Constantinople, en 1204, les catholiques furent maintenus en possession de tous les sanctuaires de la Palestine, ce qui était naturel, puisque le nouvel empire ne reconnaissait que le pape comme suzerain. Enfin, ils font valoir que, môme après la chute de l'empire latin de Constantinople, le sultan Akmed-Acheref reconnut par un firman de 1227, « que le Saint-Sépulcre et ses couvents, la moitié du Calvaire, le couvent du mont Sion, l'église de Bethléem et la grotte de la Nativité sont la propriété des religieux francs ». Ils rappellent encore l'acte de 1342 que Robert le Sage, de la maison d'Anjou, roi de Naples, obtint du sultan de Syrie en faveur des franciscains. Ils font valoir, enfin, des décisions de 1564 et 1565 qui, à la suite de rixes sanglantes entre les deux sectes chrétiennes, attribuèrent aux religieux catholiques les clefs de la grotte de Bethléem et celles « de la sainte Crèche » et ils ne cessent de protester contre les manœuvres par lesquelles les Grecs oïl

les Arméniens tentaient de se substituer aux Latins.

Ces conflits de moines prirent, au dix-septième siècle, une telle acuité et nos représentants auprès de la Porte leur accordèrent une telle importance que les intérêts français en furent gravement compromis*

La France n'apparut plus, dès lors, aux yeux des musulmans et des schismatiques, que comme la servante des ambitions pontificales dans le Levant. « L'ambassadeur de France était le protecteur né des Latins, comme le patriarche de Constantinople était celui des Grecs », dit Tapologiste des missions cité plus haut.

A diverses reprises, notre représentant à Constantinople obtint des ordonnances qui attribuaient aux religieux francs des privilèges considérables, mais quelques années plus tard les Grecs en provoquaient l'abrogation. Ces documents témoignent mieux que toutes les considérations générales, de la puérilité dans laquelle notre politique était tombée.

En 1620, un Aa/^cAér^/ attribue certaines églises aux missions latines ; mais dès 163^, les Grecs se font attribuer les mômes monuments. Notre ambassadeur proteste et obtient, en 1635, un nouveau firinan favorable aux moines latins (1).

(1) Le hatt-chérif de 1620 déclarait : « Les religieux francs, anciens possesseurs exclusifs de la grande église de Bethléem et de l'église du Tombeau de la Vierge, ont, de leur plein gré, accordé à chacune des autres communions chrétiennes des sanctuaires dans l'église supérieure ; mais la partie inférieure, l'endroit où est né Jésus-Christ — que sur lui soit le salut ! — est le sanctuaire des religieux francs ; aucune autre nation n'y a aucun droit, et il est défendu à chacune d'elles d'usurper désormais ledit lieu... •Nous ordonnons qu'on ne permette à aucun individu, Arménien ou autre, de dire la messe dans l'endroit où est né Jésus-Christ, endroit situé au-dessous de l'église de Bethléem, pas plus que dans la coupole que l'on appelle le Tombeau de Jésus-Christ, ni dans l'intérieur du tombeau de le Sainte Vierge, ni enfin dans les

Toutes ces concessions étaient payées tant par des tributs annuels que par des gratifications aux autorités turques. Avec de la générosité on pouvait aisément faire changer le nom du titulaire des faveurs. C'est ainsi, sans doute, que les moines grecs obtinrent, dès 1637, un nouveau firman qui les mettait en possession de tous les lieux dont Tacte de 1635 reconnaissait la propriété aux moines romains. Un peu plus tard, afin

sanctuaires qui depuis, un temps ancien, appartiennent aux religieux francs... »

Le hatt-chérif de i632 adjugea aux moines grecs : « L'église de Bethléem, la grotte de la Nativité et la Pierre de TOnction. »

Le firman de 1635 déclarait : « Aujourd'hui les religieux francs viennent de produire les titres qu'ils ont entre les mains ; nous les avons examinés, et avons reconnu que c'étaient des papiers anciens et authentiques, et avons ordonné que... les Francs aient, comme anciennement, la possession et la jouissance de la grotte située à Bethléem, et connue sous le nom de Crèche de Jésus- Christ, dont les Grecs se sont emparés au détriment des religieux francs par fraude et en produisant de faux titres; qu'ils aient la possession et la jouissance des clefs des trois portes sud, nord et ouest de ladite grotte, des deux petits jardins qui en dépendent ; qu'ils aient encore, et de la même manière qu'ils l'ont eue de tout temps, la jouissance et possession de la Pierre de l'Onction, située dans l'église du Saint-Sépulcre, les voûtes du Calvaire, les sept arceaux situés au-dessous de Sainte-Marie, les deux coupoles, grande et petite, qui recouvrent le tombeau de Jésus- Christ ; qu'ils aient, en outre, de la même manière qu'ils l'ont eue par le passé, la jouissance et possession, soit à Jérusalem du Tombeau de Sainte-Marie du couvent appelé Deir-al-Amoud, avec ses attenances et dépendances, soit dans le village de Nazareth des églises et monastères, en un mot de tous les lieux dont, jusqu'à présent, ils ont eu la possession non contestée ; que, désormais, ni les Grecs, ni les Arméniens, ni aucune autre nation chrétienne ne les troublent et inquiètent ou soient cause qu'ils soient troublés ou inquiétés... Que toujours dans lesdits lieux, et principalement sur le Calvaire, les religieux francs exercent leur culte à leur gré et comme parle passé; qu'ils y mettent comme auparavant des cierges et des flambeaux, sans que pen» sonne les en empêche ; que, dans l'exercice de leur culte, le préfet des religieux francs ait, comme par le passé, le pas sur tous les^ religieux des autres nations, pourvu qu'ils paient le tribut voulu par l'ancien usage. »

d'obtenir la jouissance du tombeau de la Vierge à Gethsémani, ils accusèrent leurs rivaux « d'avoir volé le corps de la Sainte Vierge et de Tavoir vendu au pape ». Et l'ambassadeur de Louis XIV, en 1666, dut intervenir pour démontrer la fausseté de l'accusation ! C'est à de pareilles billevesées que le représentant de la France passait son temps, se rendant aussi ridicule aux yeux des Turcs que les moines le pouvaient être à ceux des gens raisonnables.

D'ailleurs, malgré tous les efforts de notre diplomatie, les Grecs et les Arméniens reprenaient, petit à petit, tout ce qui leur avait élé enlevé. Malgré le renouvellement des anciennes capitulations, qui eut lieu en 1675, et dont une clause nouvelle assurait aux missionnaires francs « la libre possession des lieux qui sont entre leurs mains, en dedans et en dehors de la ville de Jérusalem », les Grecs et les Arméniens ne mettaient jamais fin à leurs envahissements, et les multiples firmans rendus à la demande de nos ambassadeurs restaient inefficaces.

La multiplicité môme de ces actes constitue la meilleure preuve de leur inefficacité (1).

(1) Je ne noterai plus que le suivant, rendu en 1690, mais qu'il fallut renouveler en 1693, en 1703, en 1731 et 1755 parce qu'il ne cessa jamais d'être violé. « Des différends s'étant élevés, dit le bérat de 1690, entre les religieux francs et les Grecs, au sujet de quelques Ueux qu'ils regardent comme lieux de Visitation, un sublime fîrman avait été rendu du temps de notre prédécesseur, ordonnant une enquête. L'on s'était, en conséquence, transporté sur les lieux et des hondjet et des arzimahzar avaient été dressés, contenant les déclarations suivantes, faites en présence des deux parties : les religieux francs possédaient le droit d'orner le lieu qu'ils regardent comme le tombeau de Jésus-Christ — que sur lui soit le salut I — situé au milieu de l'église du Saint-Sépulcre, et d'y tendre des tapis, les deux coupoles en plomb, grande et «petite, qui recouvrent le tombeau, le droit de desservir le dedans et le dehors du tombeau et la place au milieu de laquelle il se trouve ; d'y dire la messe et d'y placer des flambeaux, d'orner de tentures le petit autel situé entre la place, en face de la porte du tombeau, et la grille de fer

A la suite de la capitulation de 1740, de nouvelles réclamations furent produites par les religieux romains et, en 1757, un firman confirma leurs droits en y ajoutant l'autorisation de « réparer le tombeau et la chapelle souterraine de la Sainte Vierge à Gethsémani. C'était, pour les missionnaires latins, une victoire d'autant plus grande que le droit de réparer les sanctuaires entraîne dans les usages de l'Orient et selon la doctrine de l'islamisme, l'idée de la propriété. »

Cependant, cette victoire fut le point de départ d'incidents fort graves qui eurent lieu dans la semaine sainte de la môme année. Le 2 avril 1757 « suivant l'ancien usage, les religieux latins dressèrent, à la porte du Saint-Sépulcre, un autel splendidement illuminé et orné de lampes et de vases d'or et d'argent. La cérémonie allait commencer lorsque plusieurs milliers de pèlerins grecs, exaltés par l'ivresse et la débauche, excités et poussés par les caloyers, se précipitent en tumulte sur l'autel dressé par les francis-

qui sert de limite à l'église grecque... ; la moitié du Calvaire, qu'ils appellent le lieu de la crucifixion ; le droit d'avoir le pas sur les autres nations dans les visitations ; celui d'exercer leur culte dans le bas et le haut des sept arcades dites de Sainte-Marie, ainsi que sur la Pierre de l'Onction. Les Grecs s'opposent à l'exercice de ces droits par prépotence ; ils ont enlevé les cierges des lieux où ils étaient... A Bethléem, la clef de la grande église^ celles des portes de la grotte où est né Jésus-Christ, dans la même église, en tout trois clefs appartenant exclusivement aux religieux francs... Nous avons vu et vérifié toutes ces choses; un grand nombre de musulmans incapables de rendre un faux témoignage se sont présentés devant le tribunal de la loi et ont déclaré que les lieux, objet de la contestation, ont été laissés depuis les temps anciens entre les mains des religieux francs ; mais que les Grecs les possèdent depuis quelques années par suite de leurs fausses déclarations. Vu, etc.. Nous ordonnons que les susdits lieux qui, anciennement, étaient exclusivement afifectés et attribués aux religieux francs, soient confirmés entre leurs mains, de la même manière qu'ils y étaient. »

LES QUERELLES RELIGIEUSES DANS LE LEVANT. lOS

cains, le renversent, le foulent aux pieds, enlèvent les vases précieux, les lampes et les ornements et ne se retirent qu'après avoir consommé jusqu'à satiété le vol et le sacrilège. » Notre ambassadeur demanda que les Grecs coupables de cet attentat fussent poursuivis et punis, mais la Porte ne lui répondit que par une enquête dont il ne vil jamais la fin. Pour mieux témoigner encore de rindifférence avec laquelle on le traitait, un nouveau firman mit « les Arméniens en possession de Faile gaudie du chœur de la grande église de Bethléem et donna aux Grecs le tombeau et la chapelle souterraine de la Vierge à Gethsémani, la petite coupole du Saint-Sépulcre, la grande église de Bethléem et une clef de la grotte de la Nativité. »

L'ambassadeur de France fit entendre de nouvelles plaintes, mais on lui répondit simplement : « Ces lieux appartiennent au sultan; il les donne à qui lui plaît. Il se peut qu'ils aient toujours été aux mains des Francs, mais aujourd'hui Sa Hautesse veut qu'ils soient aux Grecs. » En réalité, les musulmans se moquaient et se moquent encore des luttes puériles des sectes chrétiennes et ils se bornent à exploiter leurs compétitions peu désintéressées. L'apologiste des missions auquel j'emprunte ces récils est obligé, en effet, d'avouer que « chacun, dans la ville sainte, vit de sa religion ». Tout ce que l'on peut visiter est l'objet de spéculations dont les visiteurs font les frais et dont les moines tirent bénéfice. « La Porte ottomane et ses agents, ajoute-t-il non sans raison, adoptant le plus fâcheux système de bascule, ont tour à tour donné gain de cause aux Latins, aux Grecs, aux Arméniens, demandant et recevant l'or de toutes les mains, et se moquant indistinctement de tous ceux qu'ils rançonnaient. »

Tout cela serait risible, en effet, s'il n'en était pas

résulté souvent de graves conflits politiques : « Il n*y a pas, avoue le même écrivain, un sanctuaire, une chapelle, pas une pierre peut-être de Téglise du Saint-Sépulcre qui n'ait été l'objet d'une querelle entre les différentes communions chrétiennes, querelles quelquefois sanglantes, dont le bruit a passé les mers et qui ont tellement ému les rois de l'Europe qu'elles ont failli, en plus d une circonstance, rompre la paix qui existait entre eux. »

Comme la France s'était érigée, pour complaire à la papauté, en protectrice des moines romains, c'est sur elle, naturellement, que retombaient et que retombent, encore aujourd'hui, toutes les haines des schismatiques et des musulmans. Et ce sont ses rivales européennes, en particulier les nations protestantes, qui ont recueilli les fruits de la politique dont elle avait posé les bases sous François P*^, mais qu'elle abandonna plus tard sous l'influence de l'Église romaine.

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