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Chapitre Quatrième

DU LAC NIPISSING A MICHIPICOTON

La Rivière des Français (French River) prend sa source au lac Nipissing et, par une course rapide et parfois tumultueuse à travers des plaines et des gorges magnifiquement ombragées, descend vers la baie Géorgienne où elle s’épanouit en un delta semé d îles rocheuses.

C'est par elle que le canal de la baie Géorgienne passera d’abord, dans un avenir pas trop éloigné, espérons-le. 11 parcourra ensuite le lac Nipissing dans toute sa longueur, utilisera la Mattawa puis l'Ottawa et la Rivière des Prairies, pour achever son cours au bas de F île de Montréal.

Le long de la Rivière des Français ainsi que sur les bords du lac Nipissing s’échelonnent divers postes d’indiens catholiques. Leur première évangélisation date du milieu du dix-septième siècle: dès 1640, les PP. Claude Pijart et Charles Raymbault parvenaient à fixer sur les bords du lac cette tribu nomade et fondaient la florissante mission du Saint-Esprit. Au siècle dernier, le P. Hanipaux fut le premier à reprendre l'œuvre interrompue. Quelques-unes des stations comme le Jardin (Garden Village) et les chutes Chaudières (Chaudières Falls) forment de petites chrétientés de IbO à 150 âmes d’un catholicisme plus pur, d'une civilisation plus relevée.

Ceci est particulièrement vrai de la réserve des Dokis, située sur les bords du lac. Ils en donnèrent des preuves saisissantes lors d’une mission qui leur fut prêchée. On y accourut de toutes les parties de la forêt et des baies environnantes, grands et petits, les bébés dans les bras des mamans ou sur leur dos. Chaque exercice voyait

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la chapelle remplie; la communion était générale tous les matins; la ferveur portait à des actes notables de piété, de sacrifice et de généreuse immolation. Les sauvages ne sont pas démonstratifs: leur attention intense ne varie en rien les traits de leur figure, que l'on parle de la vertu ou des vices, du ciel ou de l’enfer. Un jour, le prédicateur, voulant faire diversion, leur raconta une histoire amusante: elle alla s’échouer sur la face plus grave que jamais de ses auditeurs. Alors, pour se reprendre, il essaya de les terrifier par le récit de la chute de Lucifer: les sauvages, contents de voir dégringoler le diable, éclatèrent de rire.

En témoignage de leur reconnaissance ils voulurent, le dernier jour de la mission, baptiser le Père dans une réunion des plus solennelles. Le nom qu’ils lui donnèrent fut: Waiassishkang.

« Et cela veut dire en français ? interrogea le néophyte.

— Père, répondit le chef Dokis, tu sais, des fois, il fait quasiment noir, puis tout d’un coup ça fait clair. Eh! bien, ça c’est toi! Il faisait noir, t’es venu, ça fait clair. Waiassishkang, ça veut dire l’homme qui fait de la lumière au dedans. ))

L’annaliste à qui nous empruntons ces détails, ajoute qu’au départ du missionnaire, les Dokis réunis sur le rivage, lui firent leurs adieux, émus, le saluant tant que le canot ne fut pas disparu dans le lointain sur les eaux vertes du lac.

C’est de la résidence de Sudbury que le P. Léon Desjardins, missionnaire de ces régions, rayonne à l’est, au sud et à l’ouest: à l'est, les postes déjà nommés et plusieurs autres; au sud ceux des bords de la baie Géorgienne mentionnés au chapitre précédent; au sud-ouest Naughton et Lac au Poisson Blanc, et, tirant vers le nord, Biscotasing à 167 milles, Chapleau à 249, le long du transcontinental Pacifique Canadien.

L’ensemble donne une population indienne catholique de sept à huit cents âmes, répartie en treize stations.

Les protestants n’y sont qu’une centaine et les païens une quinzaine. Trois écoles mixtes (de catholiques et non-catholiques) comptent cinquante élèves, dont 29 catholiques; trois autres écoles purement catholiques ont 66 élèves. L’Apostolat de la Prière est établi en plusieurs endroits. Chez bon nombre de ces Indiens fleurit la fréquentation des sacrements, autant que les circonstances le permettent, c’est-à-dire les visites plus ou moins fréquentes du missionnaire.

Parvenue à Sudbury, la grande ligne du Pacifique Canadien se bifurque: la ligne principale monte vers le nord-ouest et se rend directement à l’océan Pacifique; l’autre fléchit au sud-ouest, traverse au Sault-Sainte- Marie le pont international et s’en va, à travers les États limitrophes de nos voisins, rejoindre les prairies du Manitoba et de la Saskatchewan.

Au tiers de sa course, entre Sudbury et le Sault- Sainte-Marie, nous retrouvons le village de Spanish, dont mention a été faite au chapitre deuxième. C’est là que durant l’été de 1913 se transportèrent avec armes et bagages, l’École Industrielle et le couvent de Wikwemikong.

Mais avant de parler de l’œuvre principale de Spanish, disons un mot des quelques postes desservis de ce centre par un vétéran des missions, le P. Napoléon Dugas.

Sagamok vient en premier lieu avec ses deux cents Indiens, Kenabutch 175, Spanish Mills 100, et trois ou quatre autres stations moins importantes. Le total est de 500 catholiques, parmi lesquels, comme une semence légère de folle avoine perçant çà et là, 25 protestants et 15 infidèles. Les trois écoles catholiques sont fréquentées par 65 élèves.

Et maintenant Spanish.

L École Industrielle et le couvent sont situés à un mille du village blanc de Spanish, à l’embouchure de la rivière Espagnole, au fond d’une petite baie tranquille

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que défendent contre les rafales du large, à droite et à gauche, deux énormes rochers hauts de 100 à 150 pieds, longs d’un mille, plongeant à pic dans l’eau, mais en pente du côté des habitations. L'ouverture qu’ils laissent entre eux (cinq à six cents pieds) permet de voir les îles rapprochées de la côte et, au delà du vaste Chenal du Nord, à vingtcinq milles de distance, l’île Manitou line, comme une ligne bleuâtre qui va se perdre vers l'ouest. École et couvent s’élèvent avec leurs dépendances sur les pentes de la colline; des pelouses et des jardins les entourent; de hautes futaies les protègent contre les vents du nord; plus loin, s’étendent les champs cultivés, terrains d’expérimentations pour les apprentis-fermiers de l’Ecole.

Les débuts de Spanish en 1913 furent désolants: outre les tracas inséparables d’une installation nouvelle, deux élèves du couvent se noyèrent ; six autres avec leurs maîtresses faillirent éprouver le même sort; la barque à essence Jeanne d' Arc sombra au milieu d’une tempête; enfin, durant deux mois, la fièvre typhoïde sévit parmi les élèves, sans néanmoins y causer un seul décès; le bon Dieu jugeant suffisante l’épreuve pour une première année.

L’année suivante, l’épreuve prit la forme de l’incendie: la scierie, l'atelier de menuiserie, la cordonnerie et une boutique remplie de planches furent tour à tour la proie des flammes. Ce n’est pas tout. Au mois d'août de l’année suivante, le supérieur de l’établissement,

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