‹ Les missions modernes de la Compagnie de Jésus au CanadaChapitre 13 sur 24 · SPANISH. DÉPART POUR UNE EXCURSION · texte numérisé non relu

SPANISH. DÉPART POUR UNE EXCURSION

sentées à l'examen d'entrée des études secondaires, Entrance Examination: elles ont réussi toutes quatre, deux avec très grande distinction. A certaines fêtes, des concerts, des saynètes, de petits drames sont donnés, où les auditeurs, venus de Spanish et des villages voisins, manifestent leur admiration devant la tournure, le débit, le naturel, la distinction même des manières et du langage de ces petits enfants des bois.

La formation religieuse est naturellement au-dessus de tout. Les enfants ont très bon esprit; ils sont pieux; leur tenue à la chapelle est irréprochable: à genoux, droits, répondant à haute voix aux prières, chantant de leur voix très douce les cantiques et les hymnes de l’Eglise. La sainte communion est en grand honneur, tous communient très souvent, la plupart le font chaque jour.

On se demandera sans doute ici comment il se fait qu’une éducation totale, poussée de la sorte chez les garçons et les filles, ne produise pas, à travers toutes les

réserves sauvages, un courant magnifique, un relèvement plus prononcé des esprits et des cœurs, une ascension de toute la race. C’est que, d’abord, tous les petits sauvages ne fréquentent pas les établissements où nous avons vu se donner une éducation de choix, comme à Cape Croker, Wikwemikong et Spanish; encore que dans les autres écoles la formation soit aussi très bonne. Il faut ensuite se rappeler ce que nous avons dit, au chapitre premier, du caractère enfantin du sauvage, de son inconstance, de sa légèreté déconcertante. Ne lui demandez pas les efforts continus qu’il devrait faire pour garder l'élan vigoureux reçu à l’école. Là est la clef de l'énigme, l’explication de ces paradoxes et contradictions auxquels on se heurte à tout bout de champ dans l’étude des tribus sauvages.

Pour abréger, répétons qu'il y a eu progrès de la race, progrès sensible et dans tous les genres, mais qu'il reste sans doute beaucoup à faire avant d'atteindre l'idéal que tout bon missionnaire ne perd jamais de vue

De Spanish nous passons à Garden River. La distance de cent milles est franchie par la ligne Sudbury- Sault-Sainte-Marie. Garden River est une réserve sauvage située sur les deux rives d’une rivière qui circule paisiblement au travers de grands bois de pins et de sapins, entremêlés de champs cultivés, de taillis épais et de vastes pelouses qui donnent à l’ensemble l'aspect riant d’un jardin: de là son nom.

Les habitants de Garden habitaient jadis le Sault- Sainte-Marie. Chassés par l'invasion des blancs, ils vinrent planter leurs tentes en ce lieu. C'était trop près: le Sault qui n'est qu'à neuf milles de distance, est pour eux une source de tentations et d'équipées fréquentes.

L évangélisation de Garden et des autres petits villages indiens de la côte nord fut renouée peu de temps après le retour de la Compagnie au Canada En 1846,

DU LAC NIPISSING A MI CHIPI COTON 43

le P. Hanipaux prenait la desserte de ces stations. Après lui, le P. Kohler s y dévoua pendant douze années. En 1865 il fit de Garden une résidence, alors que jusque-là ce poste était desservi du Sault.

Il le fut de nouveau de 1869 à 1872, faute de missionnaires.

Rouverte en 1872, la résidence n'a plus connu d’interruption.

La proximité de la ville, avonsnous dit, est un danger pour les sauvages de Garden. Elle l’est spécialement pour un groupe fixé à deux milles du village, vers la ville, autour d’une vaste baie qui a donné son nom à l'endroit, la Baie. Ces Indiens ne pouvaient guère fréquenter l’église sur semaine et recevoir la sainte communion. On y a pourvu depuis quelques années. Une fois par semaine en hiver, deux fois en été, le missionnaire va dire la messe dans la maison du chef où se donnent rendez-vous les sauvages de la Baie.

Le missionnaire, P. Etienne Dufresne, a un autre petit poste à desservir, en face même de la réserve, dans la grande île au Sucre.

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