‹ Les missions modernes de la Compagnie de Jésus au CanadaChapitre 14 sur 24 · EGLISE DE GARDEN RIVER · texte numérisé non relu

EGLISE DE GARDEN RIVER

Mais son champ d’action est surtout à Garden River qui lui fournit plus de 400 âmes. Les protestants y sont à peine un cent. Chose singulière: le maire du village ou chef de la tribu est presque toujours choisi parmi eux. Il est vrai que pareil phénomène se présente aussi chez les blancs. Soixante enfants fréquentent l’école catholique qui jouit d’un très bon enseignement. L’école a été naturellement l'objet de la sollicitude des missionnaires de Garden; les deux autres points ont été la communion plus fréquente et la sanctification du dimanche. Les Lettres annuelles ne font pas toujours entendre la même note joyeuse: le mode mineur succède parfois au majeur, la plainte à l'air de fête. Qui s’en étonnera ?

C’est au cours de son administration de Garden River que mourut, en 1915, le très bon, on pourrait dire le saint missionnaire, Joseph Specht. Originaire d'Alsace, solide de corps et d’âme, infatigable à l’ouvrage, ardent et humble: de ses soixante-deux ans de vie il en passa quarante-deux dans la Compagnie et trente-cinq dans les missions de l’Ontario, donnant partout les plus beaux exemples de perfection religieuse et du dévouement le plus absolu aux âmes qui lui étaient confiées.

A l’ouest de Garden River, à neuf milles, s’élève la ville du Sault-Sainte-Marie, ayant en face, sa rivale américaine du même nom. La rivière Sainte-Marie les sépare. Sortant du lac Supérieur par une pente devenue tout à coup un rapide, elle se précipite furieuse, écumante, sur le lit de granit rose, parsemé de pointes de roc qui barrent la route à toute navigation. Les deux villes ont pratiqué sur leurs rives de vastes canaux, recevant, de 1 est ou de 1 ouest, d'innombrables navires de toutes formes et de toutes dimensions et constituant un lieu de transit peut-être unique au monde par l'énormité de son trafic.

A 1 époque lointaine où les Sauteux habitaient seuls ces régions, les Pères de la Compagnie de Jésus vinrent

DU LAC NIPISS1NG A MICHIPICOTON

y exercer leur ministère: les PP. Jogues et Raymbault en 1641; plus tard les PP. Ménard et Allouez. En 1668, le P. d'Ablon, accompagné du célèbre P. Marquette, découvreur avec Jolliet du Mississipi, fonda la résidence du Sault-Sainte-Marie, côté américain.

Nous avons dit un peu plus haut ce qui s’accomplit au milieu du siècle dernier. En même temps que la

MISSION DE MICHIPICOTON

fondation de Garden River avait lieu celle du Sault canadien. La mission du Canada continua néanmoins à desservir le Sault américain ainsi que les postes sauvages du Michigan. Lorsque, en 1914, la province canadienne remit à l’évêque de Marquette la paroisse du Sault, elle garda pour elle les missions indiennes; et depuis ce temps, un missionnaire, P. William Gagnieur, ayant ses quartiers à la résidence Saint-Ignace du Sault canadien, parcourt incessament le nord de la péninsule du Michigan; ses stations à l’est, au sud et à l’ouest, à des distances variant de 40 à 200 milles, lui donnent une population indienne de 960 âmes, dont 860 catholiques.

La résidence Saint-Ignace héberge également le P. Léopold Porcheron, missionnaire des stations indiennes

de la rive septentrionale du lac Supérieur, depuis les Sables, à l'est, jusqu’à Michipicoton à l'ouest, en passant par le poste au nom harmonieux de Gawabishkatawanga. La baie de Goulais garde encore les traces des anciens missionnaires, d'Ablon, Allouez et autres. Le P. Kohler obtint du gouvernement, en 1850, un lopin de terre pour y construire une chapelle. Celle-ci est 1 œuvre de 1 illustre missionnaire, Mgr Baraga. En 1862, il était venu à pied du Sault — 30 milles — voir ses chers sauvages, les catéchiser, en baptiser plusieurs. L'année suivante, il expédia les matériaux de construction pour bâtir la petite chapelle où l'on dit encore la messe.

Gros Cap, la baie de Goulais, Batchewana et Michipicoton sont respectivement à 15, 30, 45 et 200 milles du Sault. Ils constituent la plus forte portion du troupeau qui ne dépasse guère 320 âmes. Le difficile est de les atteindre en hiver, par les tempêtes de neige qui si souvent font rage sur les bords du lac Supérieur. En été, une extrême prudence est nécessaire pour s'engager sur le lac, même en frôlant le rivage, suivant le conseil du poète latin: Littus ama. Le lac Supérieur est redoutable en toutes saisons.

Depuis quelques années, un Père du Sault-Sainte- Marie va porter secours au missionnaire de Xipigon, en visitant quelques-uns des postes lointains de la rivière Albany. Nous y reviendrons au chapitre suivant.

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