Chapitre Cinquième
Du Sault-Sainte-Marie à Michipicoton la distance, indiquée plus haut, est de deux cents milles. A partir de là, les postes sauvages sont desservis de Nipigon, deux cents milles plus loin à l'ouest.
Nipigon reçut, vers 1668, la visite du grand apôtre de 1 ouest, le P. Claude Allouez. Le missionnaire découvrait en même temps les mines de cuivre du lac Supérieur et en faisait part au gouvernement de la Nouvelle-France.
Aujourd’hui, Nipigon est un village de près de trois cents âmes, délicieusement situé sur les bords ombragés de la rivière du même nom. Après une course brève et rapide, la rivière va se jeter dans le lac Supérieur; une grande île, du nom de Saint-Ignace, défend contre les lames du large la baie de Nipigon. La rivière prend sa source au lac Nipigon, belle et vaste nappe d’eau de trente-cinq milles de large, de quatre-vingts milles de long, parsemé d’îles nombreuses, grandes et petites, paradis des touristes. Du village au lac, il y a une distance de cinquante à soixante milles. C’est la route la plus fréquentée du missionnaire dans ses excursions vers le nord.
Nipigon fut longtemps une desserte de Fort William. Ce n’est que depuis quelque vingt ans qu’il possède son pasteur résidant. Après les PP. Prosper Lamarche et Napoléon Dugas, le P. Charles Bélanger, aujourd’hui supérieur à Spanish, a desservi pendant plus de dix ans cette rude mission. Le P. Joseph Couture lui a succédé l’an dernier.
Nipigon a toujours fait la consolation de ses pasteurs. Il n’est rien, en effet, de plus fervent que cette chrétienté:
l’Apostolat de la Prière y est établi, la dévotion au Sacré Cœur de Jésus est très vive ainsi que le culte de la sainte Eucharistie. C’est à ces fortes pratiques que le missionnaire attribue la ferveur de ses ouailles et en particulier ce fait remarquable: pas un seul sauvage ne prend de boisson enivrante, malgré les tentations nombreuses