NIPIGON. ÉGLISE ET RÉSIDENCE
qui les assaillent au contact des blancs du voisinage, notamment des touristes installés sur les bords de la rivière et du lac. Leur prêtre ne peut néanmoins, à cause du nombre des stations a visiter, leur donner que deux dimanches par mois; mais il est là dès le vendredi et ne repart que le lundi. Ces bons Indiens profitent largement de 1 occasion ainsi ménagée: tous se confessent et presque tous s’approchent chaque matin de la sainte table.
Les autres réserves ne le cèdent guère en dévotion. On accouit de toutes les lorets et des lacs d alentour et même de postes très éloignés, pour entendre le Père, se confesser et communier. Comme tous les sauvages ils sont passionnés pour la musique; les chapelles ont
à peu près toutes leur harmonium. Le violon vient souvent a la rescousse. Seulement ici le missionnaire doit user de circonspection, il doit voir à ce que cet instrument ne serve pas à développer la passion des sauvages pour la danse. Il a obtenu jusqu'ici que les danses n auraient lieu qu’en plein jour et à l’occasion des mariages et de certaines fêtes solennelles.
Les païens de ces régions ont été gagnés à Jésus- Christ. 11 reste un certain nombre de protestants. Les stations régulièrement desservies, soit chaque mois soit de fois à autre pendant l’année, sont à des distances variables de 40 à 180 milles. 11 y a en plus les appels aux malades. Vous verrez souvent, en hiver, le missionnaire chaussé de raquettes, marcher devant ses chiens qui tirent péniblement, dans la neige profonde, le traîneau chargé de la chapelle et des provisions, faire des soixante, quatre-vingts milles et plus, coucher à la belle étoile par des froids de 40 à 50 degrés, pour aller porter la consolation des sacrements à trois ou quatre familles, dont un des membres est mourant.
Il y a plus encore. C’est la visite des postes lointains du nord. Les principaux se nomment le lac Savant, au nord-ouest (distance de 200 milles), lac Saint-Joseph, source du grand fleuve Albany (320 milles), Fort Hope, franc nord de Nipigon (400 milles), Marten’s Falls, nord-est (500 milles). Jusqu’à 1917, ces stations étaient desservies par les vaillants apôtres de la baie James et de la baie d’Hudson, les PP. Oblats de Marie-Immaculée. Ceux-ci conservant l’Albany inférieur et les postes riverains des deux baies, le reste passa, en 1917, à la Compagnie de Jésus.
D'immenses solitudes séparent ces chrétientés nouvelles des groupes desservis régulièrement par le missionnaire de Nipigon. Le P. Bélanger s'y jeta résolument dès l’année suivante. L’époque choisie fut les mois de juin, juillet et août: c’est le seul temps où l'on puisse trouver les sauvages réunis; les autres mois sont con-
sacrés aux expéditions lointaines, à la pêche, à la chasse, aux bords des rivières et des lacs, dans les forêts profondes.
Les noyaux de chrétientés que le Père de Nipigon trouva dans ces hauts parages avaient été si bien formés par les PP. Oblats qu'il ne rencontra partout que des motifs de consolation et d’espérance. Il renouvela sa
visite en 1919, aidé, pour les postes de l’ouest, par le Père Desautels, alors au Sault-Sainte- Marie. Mais il lui tardait de faire partager ses impressions au nouveau Supérieur ecclésiastique de ces contrées. En effet, le diocèse de Haileybury se démembrait, en mai 1919, et cédait à la nouvelle Préfecture apostolique de l’Ontario-Nord les terres situées au nord du cinquantième degré de latitude. M. l'abbé Joseph Hallé en était le titulaire; il devait, dès l'année suivante, devenir le premier V icaire apostolique de 1" Ontario-Nord, sous le nom d'évêque de Pétrée.
Au mois de juin 1920, une grande expédition fut organisée. Le Vicaire apostolique, le P Desautels, un scolastique, le F. Joseph Couture, et deux guides expérimentés la composèrent. Le missionnaire de Nipigon avait pris les devants pour préparer la réception de la grande Robe-Noire. De Fort Hope il avait envoyé un solide canot avec les deux guides que nos voyageurs trouvèrent à Ombabika, sur le Transcontinental National. Le canot fut chargé: en avant, l'un des guides, avec ses yeux de lynx pour découvrir les écueils, les pierres traîtresses a fleur deau; à la poupe, son compagnon, pour