‹ Les missions modernes de la Compagnie de Jésus au CanadaChapitre 21 sur 24 · TOMBEAU DE CATHERINE TEKAKWITHA · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE CATHERINE TEKAKWITHA

de l'intempérance, une société avait été établie en 1882 sous le patronage de saint Jean-Baptiste. On a ajouté depuis l’Apostolat de la Prière, une congrégation de l'Immaculée-Conception, une autre de Notre-Dame des Anges.

Ces diverses associations pieuses contribuent largement à entretenir chez les hommes et les femmes de la tribu l’esprit de foi, la pratique des vertus, la fréquentation des sacrements. Le respect des Iroquois à l’église rappelle celui des Odjibwés. 11 suscite l’admiration des étrangers. Un visiteur protestant en fit l’aveu. Secrétaire du Bureau des Commissaires indiens aux Etats-Unis, il avait qualité pour bien juger et comparer. « Ma première visite au village se fit un dimanche. Je vis près

d’un millier de sauvages, hommes et femmes, à l'église; ce fut l’office religieux le plus impressionnant que j’aie jamais vu. Les femmes et les filles portaient un long châle noir; elles montraient, les hommes aussi, un sentiment de respect tel que je ne l’ai jamais rencontré nulle part ailleurs » (The Administration of Indian affairs in Canada , p. 64).

Le souvenir de leur jeune compatriote, Catherine Tekakwitha, est un stimulant pour leur piété. Née à Funda, près d’Albany, en 1656, venue à Kahnawake en 1677, morte en 1680, elle a laissé après elle le parfum d'un lis impérissable. Son tombeau a été glorieux dès le commencement; et bien que les restes de la jeune vierge aient participé aux diverses migrations de la tribu, elle attire encore les siens à l'endroit que ceux-ci nomment Kateri tsi tkaiatat, « où Catherine fut enterrée )). On y fait des pèlerinages. Une grande croix s’élève sur sa tombe. En 1890, on ajouta un monument en granit, au cours d’une imposante cérémonie présidée par un archevêque et deux évêques. Aujourd’hui, la Cause de la servante de Dieu est en marche, avec l'espoir d’un heureux résultat.

La cure des âmes à Caughnawaga n'a pas fait oublier les soins que l'on doit aux corps, notamment aux malades. On voulut que les Iroquois eussent leur hôpital bien à eux. Et de fait, ils l’appellent, non sans fierté: « Notre hôpital! » Il fut ouvert en 1905 et confié à ces Dames qui remportent de si beaux succès dans les écoles de l’île Manitouline et à l’Ecole Industrielle de Spanish. Pendant des années, chaque semaine, un médecin de Montréal, Dr Hyacinthe Lebel, lui a consacré une visite et ses soins les plus attentifs, gratuitement, pour l’amour de Dieu.

Une autre œuvre, plus importante encore, fut l'introduction des Sœurs de Sainte-Anne à Caughnawaga, pour l’enseignement dans les écoles. La merveille fut que E initiative en vint de l’agent du Département des Affaires

LA MISSION IROQUOISE DE CAUGHN AWAGA

indiennes à Ottawa. Bien que protestant, il comprit que des religieuses seules feraient donner aux écoles leur plein rendement. 11 s'en ouvrit à Mgr l’archevêque de Montréal qui proposa l'œuvre aux Sœurs de Sainte-Anne. La proximité de Lachine et de Caughnawaga faciliterait 1 entreprise. Le plus difficile était de faire agréer aux Iroquois des religieuses en costume. Car, par une aberration inexpliquable, ils n’en voulurent jamais chez eux; c'était comme un dogme: « Pas de Sœurs à Kahnawake! ))

Aussi lorsque le projet, déjà arrêté en principe, vint à s’ébruiter, au mois de mai 1914, ce fut un étonnement d abord, une stupeur: on ne voulait pas y croire. La nouvelle se confirmant, la colère éclata: réunions tapageuses, discours, menaces, requêtes portant des centaines de noms, délégations à Ottawa. On put craindre un moment que le gouvernement céderait devant l’orage. Mais, mieux informé par le Supérieur de Kahnawake, alors le regretté P. Gras, il se ressaisit bientôt et fit entendre aux intéressés qu’il fallait plier.

Le 7 janvier 1915, jour à jamais béni, les bonnes Sœurs traversaient le fleuve et s’installaient dans un logis provisoire, en attendant la résidence que le Département leur ferait construire. Leur prise de possession des écoles se fit dans le plus grand calme. Et tout de suite, elles gagnèrent le cœur des élèves. Ce fut une merveille. Garçons et filles couraient aux écoles avec un entrain qu’on ne leur avait jamais connu. De retour à la maison, leurs petites langues ne cessaient de proclamer les faits et gestes, la bonté, l’amabilité des Sœurs: des enfants, l’affection passait insensiblement aux parents. Bref, l’affluence des élèves fut si grande et si persévérante qu’il fallut sectionner toutes les classes.

Mais l’ Iroquois est aussi enfant que l’Odjibwé. Il passe d’un sentiment à l’autre avec la plus parfaite désinvolture. Lorsqu’il fut question de bâtir une maison pour les religieuses, ce qui restait de fiel au fond des cœurs se réveilla soudain. Le sabbat reprit de plus

belle, tant et si bien qu’un plébiciste, arraché au gouvernement, se prononça contre la construction. Les Sœurs étaient à ce moment-là à faire leur retraite annuelle a Lachine. Leurs adversaires crurent naïvement qu elles ne

reviendraient jamais.

Imaginez leur ahurissement lorsqu'ils les virent regagner paisiblement leur logis, non point seules mais accompagnées de plusieurs mères de famille iroquoises, qui étaient allées les chercher à Lachine et les ramenaient triomphantes.

Cette leçon porta ses fruits: peu de temps après, il fallut bien établir les maîtresses dans une habitation convenable. Comme il ne pouvait être encore question de construire, on proposa de choisir une maison vacante, au bord du fleuve. La permission fut donnée.

Lorsque les Sœurs y pénétrèrent, elles crurent entrer dans un 'paradis, tellement leur demeure était préparée, ornée, fournie de toutes les améliorations modernes.

Il y avait alors, à Caughnawaga, une école protestante qui, faute d’enfants protestants en âge de la fréquenter, attirait à elle quelques élèves catholiques. L inspecteur du gouvernement s’en aperçut et la fit

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