Chapitre Deuxième
l’ile manitouline
En 1766, le P. de Glapion écrivait au secrétaire d’État de sa Majesté à Londres: « L’établissement des Jésuites au Canada avait deux fins principales: 1° l'instruction des sauvages à la connaissance du vray Dieu; 2° l’éducation de la jeunesse. ))
Ce fut exactement le thème que, en 1841, le saint évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, reprit dans son Appel aux Jésuites. Il débutait par ces mots: « Le soussigné ne doute pas que le projet de confier aux RR. PP. Jésuites le soin des Missions sauvages du Canada, ne soit une raison suffisante pour les engager à revenir dans ces contrées, pour arroser de nouveau de leurs sueurs et fertiliser par leurs travaux cette terre consacrée par le sang de leurs Pères... »
L’appel fut entendu. Le 24 avril 1842, le premier contingent français quittait le Havre et, le 3 1 mai, foulait le sol du Canada. Le groupe contenait neuf membres, six prêtres et trois frères coadjuteurs.
Dès sa première entrevue avec le Supérieur, le P. Pierre Chazelle, Mgr Power, premier évêque de Toronto, confie aux Jésuites toutes les missions indiennes de son immense diocèse. Le P. Dominique du Ranquet et le F. Joseph Jennesseaux se mettent, sans tarder, à l’étude de la langue algonquine. Au printemps de 1844, ils sont prêts. L’île Walpole, dans le lac Sainte-Claire, est le premier champ de leur apostolat. Terre ingrate s’il en fut: dernier repaire, semblait-il, du prince des Manitous. Les persistants efforts du missionnaire se brisent contre le mur d’airain des passions sauvages. Il est contraint de céder et, en 1850, il monte, avec son compagnon, à l’île Manitouline.
L’île Manitouline, située au nord du lac Huron, est un vaste triangle de verdure, dont la base s appuie à la baie Géorgienne et le sommet pointe vers l’ouest, à une distance de quatre-vingts milles. Les Odjibwés et les Ottawas l’habitaient quand apparut, en 1648, le premier missionnaire de 1 île, le Jesuite Joseph-Antoine Poncet. A deux reprises ils quittèrent l’île: la première fois au cours de l’année 1652, poursuivis par les Iroquois, la seconde pour aller s’établir à Détroit fondé par Cadillac en 1700. Les quelques Odjibwés et Ottawas restés dans l'île retombèrent dans le paganisme.
Ils formaient un petit village appelé Wikwemikong, au fond d’une baie profonde entourée d’un amphithéâtre de collines verdoyantes.
Un zélé prêtre canadien, M. Jean-Baptiste Proulx, établi à Penetanguishene, se mit à les visiter en 1836. Deux ans plus tard, il y fixa sa résidence, en donnant à la mission le nom d 'Invention de la ■ Sainte-Croix .
Avec l'agrément du missionnaire, Mgr Power l’offrit, en 1843, à la Compagnie de Jésus. Celle-ci accepta, heureuse de revenir à ses enfants des bois. Le P. Choné étudiait l’algonquin à Sandwich avec le P. du Ranquet et le F. Jennesseaux. Nous avons vu ce Père et ce Frère quitter Montréal au printemps de 1844 pour s'attaquer au château-fort païen de l’île Walpole. Ce n'est qu'au mois de juillet de la même année que le P. Choné put se rendre à la mission de Wikwemikong.
Il y sera rejoint par le P. du Ranquet, le P. Hanipaux, d’autres encore: tous religieux venus de France, en attendant que le noviciat canadien puisse leur enfanter des successeurs. Ces missionnaires français rappelaient singulièrement par leur esprit cultivé, leurs solides vertus, leur endurance et leur zèle envahissant, les grands apôtres de la Nouvelle-France aux dix-septième et dix-huitième siècles.
Aussitôt arrivé, le P. Choné se jette sur sa besogne avec toute l'ardeur de sa puissante nature. Messe de