‹ Les missions modernes de la Compagnie de Jésus au CanadaChapitre 5 sur 24 · L ILE MAN ITOU LINE · texte numérisé non relu

L ILE MAN ITOU LINE

grand matin à laquelle assistent toujours bon nombre de sauvages; catéchismes aux enfants chaque jour; tous les soirs, excepté le samedi jour de confessions, instruction suivie de la prière du soir; sans parler des mille petits soins du ministère, appels aux malades, arbitrage des querelles, etc. Son zèle ne se limite pas à Wikwemikong. Il y trouve sans doute la majeure partie de

WIKWEMIKONG

Chapelle de la Congrégation. Eglise. Résidence. Ecole

son troupeau, une centaine de familles; mais il y a d’autres villages, cinq ou six, West Bay, South Bay, etc. La terre ferme réclame aussi son ministère et cela jusqu’aux postes lointains de Penetanguishene et de l’ île Beausoleil dans la baie Géorgienne.

Et ainsi recommencent comme autrefois ces allées et venues incessantes par tous les temps, par toutes les saisons, en canot à voile ou à rame en été, sur la raquette ou le traîneau en hiver. C’est aussi le même dénuement de toutes choses, les mêmes jeûnes forcés, l’étroite cabane, la chapelle glacée; mais également pour cet homme de Dieu et ses successeurs, la même soif de la gloire de Dieu par la même passion du salut des âmes.

En 1845, le P. Hanipaux vient prêter main-forte au P. Choné. Il leur faut surtout combattre l'eau-de-feu, cette éternelle ennemie, source d’innombrables méfaits dès les premiers temps de la colonie.

Le lieu de la tentation était Manitowaning, petit village blanc et protestant situé à quelque six ou sept milles de Wikwemikong. Il y avait aussi des marchands qui introduisaient en contrebande la malheureuse boisson. Il fallut faire des exemples. Les chefs eux-mêmes prirent fait et cause pour la tempérance et portèrent des décrets sévères contre les coupables.

Manitowaning était, aux yeux des missionnaires, la Cité du Mal dressée contre la Cité du Bien, Wikwemikong. Le Gouvernement y attirait les sauvages par l’appât de multiples attractions: temple, ministre, école et maître d’école, divers métiers, des instruments aratoires, des outils de jardinage, des graines à discrétion et que sais-je. Cet essai, que devait couronner d’ailleurs l’échec le plus complet, donna au P. Choné l’idée d’établir à Wikwemikong une école industrielle où l’on enseignerait tout ce qui s’enseignait à Manitowaning — sauf l’hérésie. Pour diverses causes, les métiers ne vinrent que plus tard. L’école donna un nouvel élan à l’œuvre commencée par M. Proulx.

En 1847, le P. Choné fut désigné pour aller fonder la mission de la Rivière-aux-Tourtres, à l’extrémité occidentale du lac Supérieur. Nous l’y retrouverons. Le P. Hanipaux lui succéda. Trois ans après, le P. du Ranquet et le F. Jennesseaux, partis de L île Walpole, apportaient à Wikwemikong le secours de leur zèle et de leur savoir-faire. Le F. Jennesseaux, excellent professeur, prit en mains la direction de l’école: il devait y consacrer les trente-quatre dernières années de sa vie.

L’année 1862 fut appelée l’année du Traité de Alalheur.

Jusque-là, les Odjibwés et les Ottawas avaient été les tranquilles possesseurs de l’île entière. Le contrat datait de 1836, alors que le gouvernement, les dépouil-

L ILE MANITOULINE

lant des réserves qu’ils avaient sur la terre ferme, leur avait laissé comme dernier abri l’île Manitouline.

Les îles qui entourent la grande Manitouline forment d’admirables endroits de pêche: les blancs voyaient là des fortunes à faire. Ils voyaient aussi sur l’île des cours d eau, des baies extrêmement favorables à l’établissement de moulins. De là, des convoitises qui se faisaient jour, des tentatives d’accaparement, qui se brisaient contre le refus obstiné des sauvages appuyés de leurs missionnaires.

La population de L île était, en 1862, de 1,300 âmes, dont 1,036 catholiques, 160 païens et une centaine de protestants. Le gouvernement, cédant à la clameur des blancs, résolut d’emporter d’assaut, la forteresse indienne.

Le Commissaire qu’il prépose à cette besogne foule aux pieds les lois les plus élémentaires de la justice. Se butant à une majorité inflexible, il s’abouche avec les autres, une poignée, sans mandat, la plupart n’habitant même pas l’île. Il leur fait signer l’acte de cession, leur promet de l’argent pour le lendemain, puis annonce aux catholiques de Wikwemikong qu’ils demeurent propriétaires de la presqu’île qu’ils habitent. On venait de spolier les Indiens des quatre-cinquièmes de leur belle île de Manitouline. Les réclamations des sauvages portées jusqu’au siège du gouvernement par le P. Choné, revenu à Wikwemikong, furent, avec le traité d’infamie, insérées sans bruit parmi les documents de la session de

Les peines comme les joies ne sont jamais sans mélange. Dieu dispense les unes pour détacher l’âme, les autres pour la relever. L’année 1863 vit la réalisation d’un rêve longtemps caressé: l’arrivée de plusieurs membres d’une société de dames enseignantes. Elles venaient diriger l’école des filles. Ce fut l’aurore d’une ère nouvelle, non seulement pour Wikwemikong, mais aussi pour les divers postes qu’elles occupèrent dans la suite. Disons sans plus tarder que leur piété profonde valut

à ces Dames, il y a quelques années, l’insigne privilège de garder le saint Sacrement dans leurs petits oratoires, là où le prêtre ne pouvait revenir qu’une fois par mois.

Entre temps, l’école industrielle de Manitowaning avait fait long feu.

Les fonds manquaient: elle disparut. Le protestantisme, cependant, ne se tint pas pour battu.

Les ministres ouvrirent une nouvelle école sur la terre ferme, à Garden River, cette fois. Un incendie les fit déguerpir derechef. Linalement ils s’installèrent aux abords du Sault-Sainte- Marie, sous le nom de Shingwauk Home. Leur but était évidemment d’attirer à eux les enfants des missions indiennes catholiques. Ce prosélytisme de mort

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