‹ Les missions modernes de la Compagnie de Jésus au CanadaChapitre 6 sur 24 · P. DOMINIQUE CHARDON DU RANQUET · texte numérisé non relu

P. DOMINIQUE CHARDON DU RANQUET

Premier missionnaire de la nouvelle génération. Arrivé à Montréal en 1842. mort à Wikwemikong en 1900. âgé de 87 ans dont 62 de vie îeligieuse et 58 d apostolat chez les sauvages.

1 École industrielle

détermina 1 établissement définitif de de Wikwemikong

, Cetait en 1878. Depuis un an, le P. du Ranquet était supérieur de la résidence. Il y avait été promu

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après vingt-cinq années du plus dur, du plus ardent et du plus fructueux ministère sauvage à la mission de Fort William.

Avec les faibles ressources existantes et une allocation de seize cents dollars du gouvernement, le P. du Ranqtiet se met à la construction de l'école. Avec sa coutumière ténacité il la parachève, organise les classes et les métiers, pendant que l'école des filles ajoute à son programme de petits travaux et des classes d’enseignement ménager.

Les débuts furent pénibles. Le subside annuel, trop faible, de soixante dollars par tête, était restreint par le gouvernement à un petit nombre d’élèves. L’entreprise en était là, lorsque, le 18 juin 1885, un poêle fêlé mit le feu à l’école des garçons et la rasa jusqu’au sol; quatre jours plus tard, une cheminée défectueuse faisait subir le même sort à l’école des filles. De ces cendres encore chaudes on vit bientôt renaître deux autres écoles, plus vastes et mieux aménagées que les premières. L’œuvre connut alors de meilleurs jours et des succès que le Département des Affaires indiennes se plut à reconnaître. Il en vint à octroyer à chaque école, annuellement, la somme de sept mille dollars.

Mais voici qu’un nouveau malheur vint fondre sur le couvent. Le 5 février 1911, un dimanche, alors que tout le monde assistait à la grand’messe, à l’église, un violent incendie dévora le couvent et ses dépendances. Sans se décourager, on se remit à construire, cette fois, à l’épreuve du feu. Les fondations étaient déjà posées, lorsqu’une grève éclata parmi les sauvages, grève due à l'imprudence de quelques ouvriers blancs qui se vantaient de leur salaire plus élevé.

La mesure était comble. Depuis longtemps les sauvages se plaignaient des Pères et des institutrices, de leur accaparement du sol, des provisions qu’ils entassaient pour leurs élèves, et autres doléances que ces grands enfants multipliaient à plaisir. Il fut décidé que pour

échapper une fois pour toutes à ces ennuis qui menaçaient le bien essentiel des âmes, les deux écoles seraient transportées sur la terre ferme, en dehors de toute réserve indienne. L’endroit choisi était Spanish, situé sur la rive septentrionale du Chenal du Nord, d accès facile par terre et par eau, offrant aux regards un paysage des plus ravissants.

Les constructions furent poussées avec entrain et a l'été de 1913, le départ de Wikwemikong s'effectua sans trop d'émoi. On imagine néanmoins la peine qu’en éprouvèrent les sauvages de la réserve. Il était dur pour l’Église de Wikwemikong si fière de son titre: (( Mère et maîtresse de toutes les Églises sauvages )), de retomber au rang de simple mission avec son desservant et sa petite école. Il est vrai, que pour adoucir le choc, pour dorer la pilule comme on fait aux enfants, on leur laissa le missionnaire qu’ils aimaient le plus, le P. Théodore Desautels, et pour l'école, quelques-unes des Dames institutrices dont rien au monde n’aurait pu les séparer. Ajoutons que Wikwemikong reste la mission de beaucoup la plus populeuse et de ce chef garde encore le sceptre.

Spanish et ses écoles reviendront sous notre plume au chapitre quatrième. Mais pour raconter tout d'un trait les vicissitudes de l'École industrielle de Wikwemikong et son transfert à Spanish, nous avons dû anticiper sur plusieurs événements. Revenons un peu en arrière.

Pendant que la question de l’enseignement à Wikwemikong prenait ainsi plus d’importance et s'acheminait vers sa solution définitive, les Pères développaient dans leurs ouailles la pratique des vertus et des dévotions chères à l’Église. Au milieu de ces occupations, un projet se dessina, inspiré d’abord par le T. R. P. Général de la Compagnie: ce serait un congrès des missionnaires de l’Ontario. On y étudierait diverses matières pour obtenir, si elle était possible, l’uniformité dans leur application: chose estimée de première conséquence auprès des sauvages.

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Le congrès se tint à Wikwemikong au milieu d’août 1909. C’était le premier essai du genre. Quatorze missionnaires se réunirent sous la présidence du R. P. Provincial. Les sauvages se demandaient, intrigués, ce qui se passait à la résidence. Ils n’avaient jamais vu tant de prêtres affluer à Wikwemikong. Deux jours durant, matin et soir, pendant de longues heures, on traita de la formation des missionnaires, de l’uniformité dans la prédication et le ministère, des progrès encore possibles à l’École industrielle, du chant à l’église et surtout du catéchisme, son enseignement intensif qui est bien l'œuvre des œuvres en missions sauvages, et l’élaboration d’un manuel mieux adapté aux conditions présentes.

Les vues échangées, le résultat d’expériences nombreuses et variées, et pendant quelques jours la vie en commun au sein de la famille religieuse, laissèrent chez ces hommes, ordinairement éloignés les uns des autres, des lumières nouvelles pour leur intelligence, et pour leur cœur les plus doux souvenirs de la charité fraternelle.

Une violente épidémie de variole s’abattit sur le village vers la fin de 1913. Elle servit à démontrer une fois de plus l’intrépide dévouement des Pères, des Frères et des religieuses, en même temps que l’esprit de foi et la patience inaltérable des victimes. La plus grande épreuve fut, pour les sauvages, la privation des offices divins les dimanches qui suivirent Noël et les premières fêtes de 1914, l’église ayant dû être fermée par ordre des autorités médicales.

Le 26 mai 1921 fut pour Wikwemikong ce que les indigènes appelèrent (( un grand jour ». C’était, la clôture d’une mission qui avait amené à l’église, chaque jour et plusieurs fois par jour, la population entière de la réserve. Les âmes étaient pures, la joie rayonnait sur tous les visages. Le Dieu de l’Eucharistie, reçu le matin dans tous les cœurs, allait être porté en triomphe à travers le village et jusqu’au sommet de la colline, qui s’élève à

deux milles de là, au fond de la baie. C'est que ce jour-là était la Fête-Dieu et sur la colline allait être bénite une croix nouvelle, imposante par ses dimensions.

De temps on peut dire immémorial, la procession de la Fête-Dieu à Wikwemikong présente un cachet unique de simplicité et de grandeur. Pour qui la contemple une première fois, c’est une révélation. Catholiques et protestants viennent de tous les points de F île et même de la terre ferme. L'impression est profonde, tellement les sauvages y déploient de gravité, de distinction et surtout de piété et de respect envers la présence réelle de Jésus-Christ. Nulle part ailleurs peut-être a-t-on à ce point l’intime sentiment de cette présence auguste. On pense bien que dans l'actuelle occurrence, hommes, femmes et enfants se surpassèrent par leur maintien, leur piété, la récitation à haute voix des prières, le chant harmonieux des hymnes et des cantiques, tout le long de la route montante, pavoisée, sous les arcs de triomphe, et notamment aux trois reposoirs où se donna une triple bénédiction du très saint Sacrement.

Parvenue au pied de la croix, sur la colline, la foule reçut une dernière bénédiction de Jésus -Hostie. Puis, pendant que le saint Sacrement était reporté à 1 église en automobile, le prêtre officiant faisait à son peuple une pieuse allocution sur le double objet de cette grande démonstration, l’Eucharistie et la Croix. Le monument fut ensuite bénit, et tout le peuple, ému, heureux, redescendit vers les paisibles demeures de son hameau.

Il n’y a pas qu’en ces solennités que les fidèles de la réserve montrent leur esprit de foi. Ils en vivent vraiment. Vous ne trouverez chez eux aucun impie, pas un; çà et là quelques négligents; par contre, beaucoup de fervents. Mais ce sont toujours des sauvages, et pour les garder à Dieu, « il faut se sacrifier, écrivait un missionnaire, il faut se faire l’esclave de leurs usages, de leurs importunités, de leurs travers, ne point pincer le bec devant la rusticité de leurs manières, la malpropreté de leurs maisons ». C’est dire que pour eux, comme

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pour bien d'autres déshérités de ce monde, il faut d'abord, ensuite et toujours regarder l’âme et l'entraîner vers Dieu.

Avant de quitter Wikwemikong, donnons quelques statistiques. La réserve ne renferme que des catho-

PETIT-COURANT (LITTLE CURRENt)

liques. Ils habitent: Wikwemikong, paroisse de 1,204 âmes; Baswa, 125 ; Wikwemikonsing, 190 ; South Bay, 175; total, 1,094. Personnel: 2 prêtres, 3 frères, 3 religieuses maîtresses d’école; 4 écoles mixtes (garçons et filles), 190 élèves.

La mission de Wikwemikong occupe la partie orientale de l’île Manitouline. Le centre et l’ouest comptent plusieurs postes que les Pères de Wikwemikong desservirent longtemps et qui, en raison de leur distance, ne pouvaient être visités qu’assez rarement.

En 1911, le temps sembla venu d’établir une résidence au point le plus central et le plus développé. Le choix tomba sur le Petit-Courant (Little Current), gros village blanc de près de 2,000 âmes, avec une centaine

d’indiens, tous catholiques. Deux grandes scieries y sont en activité. Une ligne de chemin de fer, partie de Sudbury et sautant d’une île à 1 autre, parvient à Petit-Courant.

C’est là que le 11 septembre 1911 s’installa le missionnaire, le P. Eugène Papineau. Sa première demeure fut une baraque attenante à la sacristie. L’église, en pierre, était magnifiquement située sur une colline. Indiens et blancs catholiques (une centaine aussi) y suivaient les mêmes offices divins.

Les douze autres postes étaient situés à des distances variables: le plus rapproché à cinq milles, le plus éloigné - île Cockburn, qui fait suite à l'île Manitouline — à cent trente-huit milles. West Bay est le village indien le plus considérable de la région: trois cents sauvages catholiques. Shishigwaning vient ensuite avec le tiers de ce nombre. Dans plusieurs villages les Indiens protestants sont en grande majorité. Chaque année, sous les efforts du missionnaire et les coups de la grâce, il s'en détache quelques-uns pour venir au catholicisme.

Sheguiandah en est un exemple mémorable. On y avait transporté les Indiens protestants de Manitowaning, afin de les soustraire à l'influence de leurs voisins catholiques de Wikwemikong. Le missionnaire survient, élève, malgré les protestations du ministre et de son bishop, une chapelle, et, le jour qu’il la bénit, on lui brûle son église de Petit-Courant. Nullement découragé, il poursuit son œuvre, remplit sa chapelle pendant que le temple protestant se vide et que ses fidèles de Petit-Courant lui rebâtissent une église plus belle encore que la première. Il ne reste plus que trois familles protestantes à Sheguiandah.

Les écoles catholiques desservies de Petit-Courant sont au nombre de trois, avec 124 élèves; l'enseignement s’y donne par une religieuse et trois institutrices laïques. La population indienne catholique des différents postes est d environ 900 âmes. Les Indiens protestants sont encore un peu plus nombreux. Quant aux païens, on n’en voit plus un seul dans toute l’île Manitouline.

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