‹ Les Mitresses de GoetheChapitre 22 sur 28 · Frédéric, le fils de madame de Stein · texte numérisé non relu

Frédéric, le fils de madame de Stein

2. La pauvre créature ici n'est autre qu'une blonde et jolie enfant que le hasard avait poussée sur son chemin, et qu'il

ceux-là qui m'approchent de plus près ; ils vous diront si je suis moins sympathique aux gens, moins dévoué qu'autrefois, si je n'appartiens pas au contraire plus que jamais au monde, à mes affections, et c'est toi, la plus tendre, la plus intime, la meilleure de ces affections, c'est toi qui me reproches ma conduite ! Quels sont donc mes crimes pour avoir mérité le traitement que tu m'infliges, et qu'en vérité je ne saurais supporter davantage? Si je suis en humeur de causer, tu me fermes la bouche par ton silence, tu réponds par la plus froide indifférence à la sympathie dont je t'environne, et ne me parles que de mon égoïsme et de mon ingratitude. Mes mouvements, ma façon d'être,, jusqu'à l'air de mon visage, tout semble te déplaire en moi. Tu contrôles, tu récrimines, enfin je me sens de plus en plus mal à mon aise, et je renonce à voir renaître et refleurir la confiance dans un cœur qui m'a de parti pris et si capricieusement repoussé. »

finit par épouser. Fille d'un modeste libraire, Chris Liane Vulpius, douée d'une éducation assez médiocre et n'ayant pour elle que son frais visage, ses belles boucles, ses lèvres de pourpre, son pied mignon, celte Bettina bourgeoise devait naturellement peu réussir près de la noblesse et du monde esthétique de Weimar, et madame de Stein, toute la première, n'avait point à la ménager.

Méritée ou non, la sortie était vive. Après avoir la cette lettre, madame de Stein prit une plume et se contenta d'y apposer le paraphe qui suit :

«Oh!!! »

Dans* cette exclamation vocative, chacun lira ce qu'il voudra; ironie et colère, sanglots étouffés, orages intérieurs, amers ressentiments, que déchoie» dans ces trois points -d'exclamation, comme dans le coup d'éventail de Célimène éoonduite !

Le message de Goethe, sévère et .catégorique, n'admettait pas de réplique; une rupture sede y pouvait répondre : on se quitta.

Goethe n'était ni un Don Juan ni un Casanova ; au fond, il a beaucoup aimé, et remarquez que nous ae disons pas cela le moins du monde pour qu'il lui suit beaucoup pardonné. A travers toutes les folles escapades de sa vie de jeunesse, toutes les expériences et toutes les curiosités de son âge mûr, il conserva le respect, le culte de la femme. S'il paya plus -que de raison assurément son tribut à l'humaine nature, du moins jamais ses faiblesse» n'eurent rorçjuett chi

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vice, et ce n'est pas lui qu'on accusera d'avoir avîH ses victimes. Non ; ses maîtresses, tout au contraire, il les a pour l'immortalité glorifiées dans Fidëal.

De Frédérique il a fait Marguerite, puis Claire.

De Christiane, il a fait Euphrosine.

De madame de Stein, Éléonore d'Esté et Iphi'génie.

« L'amour est tout; vivre sans aimer, c'est battre de la vaine paille. »

Que la rupture vînt de la femme ou de lui-même, que la séparation lui fût imposée par les circonstances, il dévorait sa peine, et silencieusement l'enfermait dans son cœur assez ouvert, assez vaste, pour que les nouveaux bonheurs s'y logeassent côte à côte avec les anciens chagrins.

Les rapports entre Goethe et madame de Stem devaient finir cependant par se renouer *. L'intérim Avaient-Us jamais été brisés? On ne se voyait plus, mais sans cesser absolument de s'occuper l'un de l'autre, lui toujours affectueux pour le fils de madame de Stein quand il le rencontrait, elle moins indulgente et reportant trop volontiers sur le fils de Goethe la haine qu'à cette époque elle nourrissait pour la mère. Cependant son ancienne tendresse était loin de l'avoir abandonnée, et ce sentiment ne laissait pas de s* montrer an besoin très^vivace. « Je n'aurais jamais cru, écrit-elle à son fils Frédéric (12 janvier 1801), que notre ami d'autrefois me fût resté si cher; il a fallu, pour me l'appxeadre, la grave maladie qui le. retient depuis neuf jours. »

ruption dura sept ans, puis un beau jour on se revit comme si Ton s'était quitté la veille, et les choses alors s'établirent d'elles-mêmes sur le pied où Goethe les avait voulues à son retour d'Italie. Seulement à cette époque c'était trop tôt ; il y a de ces tableaux de mœurs qui ne sont à leur point que lorsque le temps a mis dessus sa patine. Celui-ci, par exemple, pour être vu tout à son avantage, a besoin que vous l'observiez au demi-jour de cette période.

Entre cette personne d'esprit vieillissante et ce grand homme, tout jeunesse et tout flamme en son apaisement, une intimité nouvelle se forma au-dessus des orages de la vie. Plus de contradictions, de malentendus possibles, on se voit à toute heure, d'une maison à l'autre, les billets vont et viennent; on continue à vivre à deux, mais après s'être chacun de son côté reconquis.

Goethe n'avait jamais trompé madame de Stein, son tort fut au contraire de n'avoir pas craint de l'entretenir de ses aventures galantes à un moment où la coquetterie était chez elle encore à l'état aigu..

Coquette, elle le fut jusque dans la mort; mais sa nature avait eu aussi sa crise de transformation.

Sur ce terrain tout aplani où l'on se retrouvait, les choses du cœur et de l'intelligence devaient seules prévaloir. On s'installa donc pour ne le plus quitter dans le fauteuil de Julie d'Angennes, oubliant la Julie de Rousseau, entrevue un moment en rêve, et la Célimène allemande en vint tout naturellement à se dire comme mademoiselle de Lespinasse : « Que m'importe que mon amant me trompe si je l'aime? »

N'essayons pas de nombrer les hommes dont une femme ne conserve la fidélité qu'à ce prix, la liste en serait trop longue.

Goethe ne pouvait s'attacher que dans ces conditions; la femme à laquelle il appartenait momentanément n'était là que pour lui faire en quelque sorte mieux goûter les autres femmes, et pour recevoir ses confidences à leur sujet. Si madamede Stein le garda jusqu'à la fin, elle dut son long règne à l'exquise souplesse qu'elle mit, je ne dirai pas seulement à prendre en patience une situation qu'il n'y avait point * à gouverner, mais à s'y intéresser de cœut et d'esprit. Elle eut des condescendances de grande dame et même des sympathies pour toutes les héroïnes de la légende, elle tendit de la meilleure grâce sa belle

main à Bettina d'Arnim, à Christiane Neumann, sourit de son plus doux sourire à cette adorable enfant qui s'appelait Ulrique de Levetzow, et qui fut en 1823 la suprême illusion amoureuse, ultima Thule,âu grand voyageur, venu à Marienbad pour des études minéralogiques, et trouvant là :

« Parmi tant.de pierres son dernier diamant. »

Madame de Stein mourut à quatre-vingt-cinq (janvier 1827). « C'«st le premier chagrin qu'elle me cause, » disait avec une émotion pleine de délicatesse Louis XIV en perdant Marie-Thérèse.

Madame de Stein ne voulut même pas que sa mort fût pour Goethe une occasion d'ennui, et comme il détestait tout cérémonial funèbre, die régla de son lit la marche de son propre enterrement, ordonnant de faire un détour pour ne point passer devant la demeure de son vieil ami. Cette espèce de stoïcisme n'a rien qui doive nous étonner chez les femmes de cette période. Quelque vingt ans auparavant, la mère de Goethe en avait déjà donné un exemple. Sa

maladie n'ayant pas eu le temps de se répandre en ville, une invitation à dîner pour le lendemain lui arriva au moment qu'elle allait rendre l'âme.

Aussitôt la Hère matrone demande une plume et de' l'encre, et ni plus ni moins que s'il se fût agi d'une excuse ordinaire, écrivit à ses amis de ne pas l'attendre, car elle avait « à mourir entre temps. »

M. Cousin, qui savait l'Allemagne comme madame de Staël, et c'est tout dire, ignorait cette anecdote. Un jour que nous la lui racontions, il en prit texte et partît de là pour une de ces superbes digressions où son esprit, toujours sur le qui-vive,. aimait à s'élancer d'un grand coup d'aile. I«a mère l'amena tout naturellement à parler du fils, qu'il avait connu autrefois, et dont à son tour il nous dit la mort. « Bielle et plastique mort qui ressemble à sa vie; son poufls comme de lui-même s'arrêta, sans que l'harmonie de l'être fût rompue. Point de secousse, d'agonie, surtout point de troubles d'esprit, de terreurs. — Que voulez- vous ? c'était un homme du xvm e siècle. »

Il y a donc une manière de mourir propre à chaque siède; pourquoi chaque siècle n'aurait-il pas aussi sa façon'd'aimer ? Gardons-nous de condamner

trop vite ce qui nous étonne, je ne dis pas ce qui

nous scandalise, car les moralistes du temps où nous vivons, à moins d'être de francs hypocrites, n'ont point à le prendre de si haut avec la société du passé. D'ailleurs aimer est la grande affaire, la vraie, Tunique loi de force, de productivité, de conservation. Le sentiment est tout, l'objet n'est rien :

Je te dois tout à toi, puisque c'est toi que j'aime,

a dit Voltaire dans un des vers les plus humains, les mieux venus de la langue française. Ce magistrat qui voulait que derrière tout criminel on cherchât la femme n'était qu'un juge sans philosophie et ne voyait qu'un des côtés de la question, car si la femme a sa part dans le mal, la part qui lui revient du bien, du beau, reste immense. Cherchez-la derrière le crime et le vice, et vous la trouverez, c'est plus que probable ; mais cherchez-la surtout à côté du génie, et vous bénirez éternellement son ^influence. Derrière quel chef-d'œuvre, quel acte d'héroïsme n'est-elle pas ? D'elle tout est fécond, jusqu'aux tourments qu'elle inflige au cœur de l'homme. Molière a pu maudire Armande Béjârt, ou plutôt nous pouvons, nous, la maudire, car lui, si magna-

nime, ne l'eût point fait ; il n'en est pas moins vrai que sans Armande le Misanthrope n'existerait pas.

Dans la société allemande de cette période, et principalement dans ce groupe de Weimar, les femmes idéales florissaient ; on peut donc supposer que, même sans madamç de Stein, lphigénie et le Tasse auraient vu le jour; à défaut de la belle et intelligente baronne, une auguste princesse était là pour inspire? ces deux illustres créatioiis, auxquelles, en tout état de cause, elle ne fut d'ailleurs pas étrangère. J'ai nommé la grande-duchesse Louise, que Goethe aima aussi, bien qu'en tout honneur et respect cette fois, car elle était sa souveraine et plus encore, la femme de Charles-Auguste, son ami ; mais ce que madame de Stein a seule inspiré, provoqué, c'est le voyage en Italie. Elle est ici, volens, nolens, la véritable instigatrice, et cela, chose triste à dire, par les petits côtés de sa nature. Cette crise, qui sauva Goethe et le mit à flot, fut le résultat non voulu par elle, mais forcé, des mille complications qu'elle lui créait, et voilà comment Y éternel féminin doit être glorifié jusqu'en ses plus féroces diableries, car la morale du brave Chrysale ne s'applique point aux héros de ce monde, et telle grande coquette, en poussant hors de ses gonds le génie qu'elle traîne à

sa suite, aura plus fait pour la gloire d'un grand homme que l'honnête et digne femme qui raccommode ses chausses, soigne son pot-au-feu, et qui ne peut rien, elle, que pour son bonheur.

Madame de Stein n'apparaît dans le monde que passé la première jeunesse ; ses portraits nous la représentent déjà presque sur le retour. C'est une de ces muses de saton auxquelles un peu de fard ne messied pas, et qu'il faut voir dans un cadre à la pâle clarté des bougies, et non en plein soleil, comme les Béatrix, les Frédérique. Je me la figure à trente-huit ans, bien tournée, avec un certain embonpoint, plutôt grande ; beaucoup de calme, de dignité, polie à l'excès envers le commun des martyrs, et gardant ses familiarités et son esprit pour les princes et les gens de son monde. Elle a le visage ovale, les traits fins, un peu tirés. Rien en somme de ce qui caractérise la beauté, mais de la physionomie, du charme tant et plus, et — pour éclairer tout cela —deux beaux yeux d'expression mobile, diverse, passant du grave au doux, et toujours pleins d'intelligence et de captation.

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Elle avait, comme madame de Staël, l'habitacle en causant d'agiter à la main quelque chose : un couteau d'ivoire, un crayon, une fleur. Toutes les femmes de ce temps-là se ressemblent par je né sais quel idéal de convention dans la façon d'être et dans la mise, dont les portraits d'Angeliça Kauffmann donnent bien la note.

C'est le règne des draperies, des beaux bras et de la harpe.

Hors de son salon, elle était naturelle, ses billets le prouvent, et aussi ses vers, très-rares, mais excellents, qui sont beaucoup moins des morceaux de poésie que des découpures prises sur le vif à l'emporte-piècç, et destinées, comme ces fleurs qu'on enferme dans un livre, à marquer une date, à perpétuer le souvenir d'une sensation. On ne saurait prétendre qu'avec Goethe elle se soit jamais maniérée ; elle resta ce qu'elle était, une personne d'inflniment d'esprit, de goût et de distinction, très-femme et très-coquette, c'est-à-dire trois fois plus qu'il n'en faut pour faire le malheur d'un honnête homme, car si les derniers temps de cette relation furent « le soir d'un beau jour, » le début pour Goethe fut un enfer.

Et voyez la juste rémunération des choses d'ici-

bas, c'est du mal qu'elle aura causé que la postérité lui tiendra meilleur compte. Éléonore d'Esté fut aimée du Tasse, qui en devint fou ; Charlotte de Stein aima Goethe, qui par elle apprit à souffrir, et les deux noms d'Éléonore et de Charlotte vivront autant que ceux du Tasse et de Goethe.

Je n'ai jamais compris pourquoi Ton appelait « fléaux de Dieu » les conquérants; fléaux tout court, à la bonne heure ! 11 n'y a de fléaux de Dieu en ce monde que les femmes, car à l'idée du mal qu'elles peuvent faire et qu'elles font, l'idée de grâce et de salut vient aussitôt se joindre, effaçant tout de son éclat.

Le théâtre ! qui donc à ce monde a touché Qui s'en soit aisément, pour jamais détaché?

Monde mystérieux, dont c'est l'attrait illustre De reproduire l'autre aux lumières du lustre, Reflet cotorié d'une estampe sur bois !

Là sont des empereurs, des pontifes, des rois,

1 . Nous venons de voir qu'il y eut deux Chrisliane dans la vie de Goethe. La seconde fut Chrisliane Vulpius qui devint sa femme. Nous l'aborderons en terminant, la Christiane qui fait le sujet du poème qu'on va lire est celle qui figure dans les Elégies romaines sous le nom d'Euphrosine : Christiane Neumann, une de ses élèves dramatiques les plus douées et qui mourut très-jeune, aimée de lui, dit-on, mais sans que cette passion ait laissé de trace autre part que dans une élégie.

Et des gouvernements ; — là, dans le court espace De quelques heures, tout s'agite, tout se passe, La goutte d'eau devient torrent, le germe éclot, On aime, on vit, on meurt, le destin dit son mot.

La maussade raison critique et se récrie :

« Toile peinte, haillons et fantasmagorie ! »

Qu'importe? « Illusion, mensonge! » Qui le sait?

Devant la rampe en feu ce rideau s'abaissait,

Il se lève, et voilà que les plaintes d'Electre

Nous entraînent, voilà que nous croyons au spectre

Du vieux père d'Hamlet, à l'ombre du feu roil

Nous les fils de Voltaire et d'un âge sans foi Qui ne respire plus que raillerie et morgue , Voilà qu'en entendant psalmodier un orgue, Nous sentons de nos cœurs enténébrés d'ennuis Monter comme un parfum des jours évanouis !

Demain, hélas ! tantôt, le doute qui nous ronge Ressaisira sa proie ; — en attendant, le songe Va son train, — on s'oublie, on s'imagine encor Qu'on croit à quelque chose, on suit dans son essor, La mélodie ardente aux deux ailes des flamme ; Et la réalité qui pèse sur notre âme ,

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L'impitoyable prose, et son fardeau banal S'allège au bruit du vers, levier de l'idéal I

Monde à part, tout rempli de misère 1 <& de gloire, Enfer et paradis, incomparable foire* Ouverte aux vanités — tragédie, opéra, Pantomime; quiconque y naquit y mourra !

Le soleil, le printemps dont la terre s'enivre, Mensonges ! respirer, vivre là, n'est point vivre. Mais cette étroite enceinte où le jour n'entre pas, Ces tréteaux machinés où retentit* le pas, Ce sol qui, comme on> veut, s'élève ou se ravine ; C'est là que l'existence est complète et divine Quand le lustre étincelle et qu'on a pour destin De conquérir à soi le public incertain !

Combien à ce fier jeu d'âmes se sont usées ?

Combien partis avec ces superbes visées :

Être Hamlet, Cléopâtre, Antoine ou Roméo,

S'arrêfent en chemin sans éveiller d'écho ?

Et pourtant on les- vok r persister misérables,

— Tant ce mal du théâtre est des plus incurables !

On les voit, — tant est grand l'attrait fascinateur,

Se traîner éclopés au pied de la hauteur Où brille en plein azur, l'étoile inaccessible ; Et toujours dévorés d'un désir impossible, Sans pouvoir s'éloigner de ces fanges d'en bas, Y ramper tristement jusques à leur trépas.

Et Ton voudrait qu'après de si frappants exemples Ceux qui furent les dieux un moment de ces temples. Qui maîtres, entourés de lumière et d'encens, Sur ce monde fantasque ont régné tout puissants, Que ces êtres fameux que de loin on envie, Vinssent bourgeoisement recommencer la vie ; Non, c'est l'illusion qui nous gouverne tous.

Racine, cœur sensible, épuré, grave et doux, Aima dans Champmeslé Bérénice et Monime, Molière dans Béjart qui le prit pour victime, Et qui de son destin par elle ensorcelé, Fut le démon charmant comme l'ange endiablé, Molière dans Béjart adora Célimène, Voltaire, enfant, a vu la duchesse du Maine Jouer Iphigéfrie et ne l'oubliera plus.

Mystère ! soixante ans depuis sont révolus, Et cette fièvre encor passionne sa vie;

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Malgré l'exil, malgré l'amour, malgré l'envie, Parmi tant de travaux qu'il gouverne à la fois, Le théâtre maintient ses implacables droits.

Il lui faut, à Paris, à Postdam, aux Délices, Allumer des quinquets, manœuvrer des coulisses, Enseigner leur métier à Clairon, à Lekain, Et lui-même chausser l'illustre brodequin.

Melpomène au début, a couronné sa tête, Et c'est dans les splendeurs d'une pareille fête, Qu'il mourra glorieux, comblé d'ans et de biens, En rêvant de Sophocle aux jeux olympiens !

Ainsi fut Goethe, ainsi, plus idéal peut-être, L'attrait dominateur s'empara de son être ; Presque sans réfléchir, il s'y laissait aller; Et lorsque tout à coup il se sentit troubler Aux regards d'une enfant blonde et pâle, venue En toute humilité, point jolie, inconnue, Et qui, naïvement, sans effort x par hasard, L'enflamma soudain lui, déjà presque un vieillard ; De ce charme nouveau que la raison condamne, Qui fut l'auteur?

Hélas! non point vous, Christiane Que l'étoile de feu guidait vers ces sentiers,

Mais lé divin Shakspeat qtterYOtfswptésetfie*, Et dont il lui semblé voir les* types revivre.

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