CHRISTIANE VULPIUS
« Heureux qui trouve son univers dans son intérieur; vous avez le bonheur, sachez l'estimer à son prix et sachez surtout reconnaître combien près de cela tout ce qui brille est peu de chose ! » Ce passage d'une lettre à Kestner montre que dès 1784, Goethe saisissait déjà du regard certaines perspectives d'établissement domestique. Il faut faire une fin, dit prosaïquement le monde, et le proverbe a cent fois raison, l'aventureux dans la vie ne doit avoir qu'un temps et si le romanesque a du bon, c'est qu'il ressemble à ces forêts des contes de fées où l'on s'égare et qui, par mille détours et laby-
rinthes, vous conduisent à quelque château où Ton se marie.
Goethe, en de jolis vers, a raconté la chose et comment, sans y penser, il mit la main sur le trésor convoité.
J'allais par le bois sans projet réel,
Soudain j'aperçois dans l'ombre et la mousse,
Une fleur qui brille, étoile du ciel,
Et comme un œil bleu, lumineuse et douce.
Tandis que ma main la voulait cueillir, « Faut-il donc ainsi que je sois brisée? »
Dit-elle, exhalant un tendre soupir, Pauvrette, et fondant en pleurs de rosée!
— Non, petite, non, n'aie aucun tourment; Car je ne veux pas que tu sois flétrie! — Je creuse le sol bien soigneusement, Et l'en arrachant avec industrie ;
Racines et tige et tout, je portai Cette aimable fleur, cette sensitive, Jusqu'en mon jardin, et l'y transplantai, Pour que désormais, heureuse, elle y vive!