CHRIST1ANE VULP1US
Un peintre, ami de la maison, Henri Meyer, la représenta même en Madone à la Chaise tenant entre ses bras ce premier-né.
Goethe l'admit alors sous son propre toit ainsi que sa tante , et non point sa mère, comme le raconte l'anglais Lewes qui, en fait d'informations, en a de toute espèce, même d'erronées. Goethe passa de la sorte des jours t aussi heureux qu'un homme en puisse avoir. » Elle veillait aux soins de la maison et cela spontanément et par goût, éloignant de lui jusqu'aux moindres préoccupations de nature à le distraire de ses travaux. Non contente de se dévouer à son service, elle le récréait par sa bonne humeur, son esprit naturel et le délassait par son amusant caquetage des fatigues d'une conversation de salons décidément beaucoup trop portée à l'esthétique. Ébloui de tous ces soleils vertigineux, il rentrait chez lui avec bonheur pour y retrouver son étoile fixe et se réjouir à sa douce et modeste clarté.
« Ne la méprisons pas d'avoir été à lui sans être mariée, » la scène d'Egmont avec Ferdinand au cinquième acte du drame, renferme dans ce genre plus d'une excuse en faveur de Christiane Vulpius, laquelle me rappelle beaucoup ceUe Catherine de
3ii LES MAITRESSES DE GOETHE
Heilbronn dont j'ai raconté l'histoire autre part *, et qui, toute affection, tendresse et dévouement, ne demandait qu'à se voir tolérée, à se sentir vivre dans l'atmosphère de son maître et seigneur. La mère de Goethe, elle-même, la femme forte par excellence, fut touchée de cet absolu désintéressement et ferma les yeux sur ce que les convenances avaient à reprocher. 11 est vrai que cette attitude resta sans influence aucune sur la société de Weimar, monde très-exclusif auquel la Vulpius avait surtout le tort de n'appartenir ni par la naissance ni par les talents. Madame de Schiller, personne d'ailleurs parfaite, mais que sa bonté d'âme n'exemptait point des préjugés, écrivait à Frédéric de Stein : « Goethe mène à Weimar une existence rogue et retirée; bien m'en a pris de l'avoir d'abord connu à Iéna, car je m'aperçois qu'autrement nombre de traits de son caractère m'eussent échappé, et ce changement est dû à son ménage qui, sous aucun rapport, ne saurait convenir à la société de Weimar. »
Quant à madame de Stein qui ne voyait guère « par le médium de l'amour » que les choses qui la
1. Voir les Ecrivains modernes de l'Allemagne, page 317 el suivantes de la nouvelle édition.