‹ Les Mitresses de GoetheChapitre 4 sur 28 · Dùncker Frauenbilder : Stuttgardt · texte numérisé non relu

Dùncker Frauenbilder : Stuttgardt

FRÉDÉR1QUE 33

que nous allons continuer ou plutôt commencer notre histoire.

FREDERIQUE A LUCIE (1770-1771)

J'ai le doigt noirci d'encre et je n'en peux plus : tout un long sermon imprimé à copier pour mon père ! Me vois-tu assise là depuis quatre heures, et il en est neuf ? Ma mère me charge de te dire de ne pas manquer de nous venir voir quoi qu'il arrive attendu que de long temps tu ne retrouverais pas un si commode véhicule. Mon père ne sort toujours pas de sa chambre, et Salomé t'envoie mille tendresses. Nous espérons Weyland l pour aujourd'hui. A revoir, bonne Lucie, et bientôt !

Sesenheim, lundi.

Nous avons eu ici l'aimable ami de Weyland, celui qui prend ses repas dans la môme pension, et

1. Un des amis et des compagnons de table de Goethe à Strasbourg, celui par qui Wolfgang fut amené dans la famille Brion.

dont on nous avait conté déjà mainte tecéfie, te même qui se montra si prompt à couvrit* dfc sa Çtf&* tection la fameuse perruque d'Adam *. Arrivés samedi, Weyland et lui sont repartis à cheval hier au soir. Et je puis te dire, bonne Lucie, que nous venons d'avoir là deux journées comme notre cher Sesenheim n'en avait encore jamais vu. On n'a fait que rire et plaisanter, et c'était dans toute la maison un mouvement, une joie, que je n'essayerai pas de te décrire : figure^toi qu'il s'était déguisé et que

1 . Allusion à un trait de b<mne camaraderie que Jung StiU ling, autre compagnon de table d'hôte, raconte dans ses mémoires. Stilling, sans se mettre à la dernière mode, était tonjours vêtu fort décemment. II portait, à l'ordinaire, un habit brun foncé avec des calottes de drap de Manchester; seulement il lui afriVa «né fois de tenir, dînef en perruque ronde. Personne autour de loi tare songeait à s'en ftrtftalisér, Çttaiid un M. Waldberg, de Vienne, qui le savait fort confit *n «dévotion, se mit à l'apostropher brutalement, lui demandant si c'était aussi d'une perruque ronde que notre père Adam se coiffait dans le paradis. Cette mauvaise plaisanterie amusa beaucoup tout le monde; Goethe cependant ne riait pas. Quant à Stilling, il tremblait de tous ses membres et ne savait que répondre* Mais Goethe alors : a Je concevrais encore, dit-il, qu'on plaisantât quelqu'un en état de se défendre; mais bafouer un brave homme qui he fait de mal à personne, vraiment, c'est là un assez vilain métier ! » A dater de ce moment, Goethe témoigna beaucoup d'intérêt à StiHing, et ne perdit pas une occasion de kti manquer son empressement à le protéger et à lui être utile. (Stilling's Wanderschaft.)

personne entre nous ne se doutait que c'était lk le joyeux garnement dont tout le monde raffole et qui compose (tes vers si charmante, Weyland, qui jouait à merveille son rôle de qompère, le présenta à ma . mère comme un étudiant appliqué, honnête et besoi» gneux,. auquel il devrait procurer quelque distraction, Mon père s'entretint avec lui des affaires de son ministère, et le bon apôtre, pincé dans sa longue lévite grise* s'offrait du, milieu* c»^ir à venir prè* cher de temps en temp& Nou$ avons tous donné dans le panneau, quoique ma mère prétende avoif eu dès le premier abord l'idée d'une mascarade; et maintenant écoute; -^ Dimanche matin, nous faisions ' une promenade du coté du champ du Moulin, et causions de l'étudiant à la capote grise qui s'était esquivé de bonne heure sans prendre la peine de saluer personne, lorsque nous rencontrons George de Drusenheim, vêtu de se* habits du dimanche et portant quelque chose d'enveloppé dans une seiv viette, « Bonjour, George, m'écriai-je, du plus loi» que je l'aperçois, que portes-tu la ? -** Une galette» répond-il en m'ôtant son chapeau, — Portera chez nous, répond Salomé, et si ma mère n'y $st pas, donne-la k Christel, Mais ne t'en va pas, at* tends > nous allons revenir, ~* Très*bien !» Et il s'éloigne.

Un peu avant dinsiv jetais *JI& m moment rôdar dans mon cher petit hoi* du Rossignol* Oui je trouva là ? George assi» sur mm ta&p et rôw&t à; l'éfiww.

« George, lui dis-je, que fais-tu là ? » Mais en voici bien d'une autre, et quel est mon saisissement en voyant dans le prétendu George notre visiteur d'hier au soir qui se répand en excuses, disant que son affreuse redingote grise lui était devenue insupportable et me suppliant d'être à l'avenir aimable et gracieuse pour le George de Strasbourg, comme je paraissais l'être pour celui de Drusenheim ! Il ajouta que son intention avait d'abord été de courir à Strasbourg changer d'habits, mais que chemin faisant l'idée lui était venue de nous jouer ce nouveau tour. Nous ne sommes pas au bout. Presque au même instant, arrivent Weyland et Salomé qui s'étonnent de me trouver là seule avec George. « Eh bien! s'écrie ma sœur, ne vous gênez pas! M. George et mademoiselle Frédérique, l'un près de l'autre, la main dans la main ! à merveille. » Goethe alors se démasque, nouvelle surprise et nouvelles questions ! « Eh bien ! reprend Weyland en lui secouant bravement la main, n'avais-je pas raison de vous le donner pour un joyeux luron? Mais la plaisanterie d'aller son train, bafouant père, frère, servantes, en un mot toute la maisonnée, à l'exception de ma mère, qui avait eu le nez plus fin. En passant dans le jardin nous rencontrons Christel. « Viens, lui dit Salomé, allant au-devant, d'elle, viens Christel, George s'est brouillé avec Barbe et te veut épouser: et Christel d'ouvrir de grands yeux et de rester là plantée comme un terme en apercevant le nouveau George

et les rires d'éclater de plus belle ! Lorsque enfin nous rentrâmes à la maison, on était à table. « Père, dit Salomé , si tu tiens à ce que George dine avec nous aujourd'hui, il te faut lui permettre de garder son chapeau, — J'y consens, mais pourquoi cette plaisanterie? Serait-il enrhumé dujcerveau par hasard ? — Non, mais il a là-dessou^r toute une nichée d'oiseaux. » Et sur ce elle vojfe le décoiffe. Cinquième tableau! Mon frère vient pour s'asseoir à table, frappe notre hôte sur l'épaule, et lui donne le bon jour: autre jubilation universelle! Enfin, comme on se levait de table, le vrai George survient et la gaieté reprend son cours ! — Maintenant, chère Lucie, tout est rentré dans Tordre, mais ce furent là deux jours heureux, et ta Frédérique, en récrivant, se les rappelle avec bonheur. Ce cher, ce gentil Goethe, il m'a promis de m'envoyer des livres de Strasbourg...

Vendredi.

La petite Frédérique a maintenant un sobriquet : on l'appelle la Prophétesse de Sesenheim. Goethe est revenu nous voir ; il nous est apparu, samedi sur le tard, et à l'étonnement général, car j'avais tout le jour durant prophétisé l'arrivée d'un aimable visiteur, prophétie qui, a vrai dire, ne me coûtait guère, ayaçt reçu par George, la veille , une lettre de Stras-

bourg, avec des Uvrçs. Goethe 4 chaque mmuÉe nous devient phis cher. Mais <cette fois, Tnademotsdte Lucie, que d'élégance et de distinction ! un surtout galonné, des manchettes, un air de gentilhomme! Nous avons joué aux petits jeux. Son esprit, a verve, sa gaieté, ne tarissaient pas, c'était à rlaqui instant de jolis vers, les énigmes les plus amusante» i Mon père goûte beaucoup son jugement et fait grand cas des idées qu'il lui a suggérées pour notre mbvelle habitation, dont il doit lui tracer le plan, «r M faut que tu saches que rums dessinons à mervetBe~.. Ne crois pas que je sois sa fiancée! pareil secret jamais je n'oserais avouer à mes parents; mais je sens q«e je l'aime de toute mon àne ! Lorsque, dans nos promenades ou les lectures qu'il me fait, il se met à me dérouler ses magnifiques pensées, mon cœur se gonfle à éclater sans que je puisse dire si c'est de l'admiration ou de l'amour. Il a gravé nos deux noms dans l'écorce du tilleul du puits, et vient de m'adresser des vers composés tout exprès pour moi, et dans lesquels il m'appelle sa Vie bien-aimée. Tiens, je suis trop heureuse et j'avais ignoré jusqu'ici qu'on pleure de joie. Ma tante Test absolument nous avoir à Strasbourg : impossible de lui refuser, et pourtant je ne saurais jamais me décider à me séparer de mes ehers arbres et de mes chères fleurs, si Goethe ne m'écrivait que de longtemps peut-ôbe il ne pourra venir ici.

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,Ndus avons véeu 'dam les délices, camtme des bergers de Gessner. Goethe anime tout, vivifie tout de son souffle divin, les choses les plus infimes comme les plus immenses, le vermisseau comme le soleil ! Chaque lois que f élevais mes yeux vers les siens, une extase indidble me prenait ! -c^ëtaft pour enmofffir *êe joîe ! . ...

CeB 'quelque pages, « témoins cfoéris de jours ëeotflës dams un Aom. *r%ve », «eomposetft totffee Ta correspondance de Fréêérlqoe. Elles suffisaient pour donner une idée de rHDpresfîwwi que Goetfbe % vingt -ans, le Goethe de Strasbourg, produisit sur t2E*fte âme naïve et tendre. Qaant ouk aentimenfts que te poète éprouva, lui-Baènie a prisuoin de noms to *Mre part. Arrivé à cette période 4e sa nie, on ffiraît que les termes toi nMmqaeat ppwr peiné» te lycmfheurqull y goûta, vm de'œsirmfaeiffsirmmeEiseB, infinis, qui transforment tout «dans la natirre, -et qai dorment % la fleur 4fopriirterap*, àffiétoïte des mois, au «rossignol de mai, -des halémes, «des «larmes, ées Vibrations que Jamais fiftas ne çerceworft'ves «sens.

Goethe n'est ni rêveur, ni sentimental, ni enthousiaste, et cependant il y a de tout cela dans ce récit d'une heure fortunée, il y a surtout du feu, le feu sacré de la jeunesse.

Cinquante ans ont passé sur cette douce pastorale de Sesenheim et il en parle comme si c'était d'hier, et pour décrire toutes les sensations, peindre les moindres fleurettes de ce beau mois de mai de son existence, il retrouve l'entrain, l'aisance et la sympathie d'un cœur qui ne songe encore qu'à se laisser vivre et se dépense librement. Quoi de plus aimable et de plus séduisant que cette figure qu'il nous trace lui-même de Frédérique ! « Je la vois encore avec sa jupe blanche et ronde, à simple garniture, découvrant jusqu'à la cheville le plus joli petit pied. Son corsage blanc serré à la taille et son tablier de taffetas noir, tiennent le milieu entre la villageoise et la demoiselle. Svelte et légère, elle allait comme n'ayant nul poids à supporter, et pour les opulentes tresses de sa gentille tête, son cou semblait presque trop fin, trop délicat. Son œil serein et bleu promenait ses regards de tous côtés, et son joli nez fripon flairait le vent sans paraître se douter qu'il y eût ni soucis ni chagrins en ce monde; et ce fut ainsi, son chapeau de paille à son bras, que pour la première

fois il me fut donné de la voir et de la contempler dans toute sa grâce et tous ses charmes. » Et plus loin: « Rien ne lui seyait mieux que le movement en plein air ; le charme de sa désinvolture semblait alors jouter avec la terre en fleurs, et l'inaltérable sérénité de son visage, avec l'azur du ciel. Dans ces promenades ,dontelle était la vie et Fâme, elle se multipliait incessamment et savait combler les lacunes qu'il pouvait y avoir ici et là. Et la voir courir, que c'était donc charmant ! Comme un chevreuil qui obéit aux lois de sa nature en bondissant par les semailles, on eût dit qu'elle faisait quelque chose de particulier à son instinct , à son tempérament, alors que pour réparer un oubli, retrouver un objet perdu, rallier des retardataires, elle prenait sa course et s'échappait par monts et par vaux. »

Le 18 avril 1771, Goethe venait à Sesenhim dans l'intention d'y séjourner quelques semaines. Déjà on se connaissait, on s'était distingué ; trois rencontres avaient suffi pour émouvoir ces jeunes cœurs. 11 y avait ce jour-là grande et joyeuse compagnie au

presbytère. Frédérique, s'empressait à recevoir se* hôtes, et Goethe, en la voyant ainsi lui apparaître dans tout l'éclat de sa candeur, céleste, belle de stt quinze ans et de sa ravissante pureté r à la fois, enfant et jeune fille,. Goethe sentit la fleur d'amour dont il avait le germe dans son âme épanouir soudain, son. calice d'or. Ella était si heureuse de faire fêta à tout ce monde, si encourageante et si modestement expansée, tant de bonté respirait dans son regard, le charme de sa personne se déployait si librement au sein de celte belle nature, que l'étudiant de, Strasbourg fut. captivé d'une manière inévitable.

Après le diner, où peut-être n'avait pas régné, la plus stricte tempérance, on se répandit, sous, le» arbres,, et de turbulentes parties s'organisèrent, par les soins de Goethe et. de. Frédérique.. Les. gages qu'on s'impose de garçon à fillette et réciproquement sont en général ce qui fait le grand charme de ces jeux qu'on appelle innocents, je ne sais trop pourquoi. Au point ou ils en étaient désormais, quel auine gage qn'un baiser Wolfgang et Frédérique pouvaient-ils échanger ? Au milieu des joyeusetés et des éclat» de cire,, le baiser fiit donné, ardent, tendre,, mystérieux, et l'amour scella ces lèvres virginales de son indélébile empueinte ! Heure enchantée, ineffable

accord de deux âmes dont Goethe a consacré k souvenir dans, cas vers* de L'album de Etédérique*

Enfin il'esr £ mai? cet angav "M** doux maHrev Tout ca que je ressens, i'émenL au. fond de L'être;

Sur mon cœur vibre son cœur d'or !

Destin qui m'accortfas cette faveur insigne, Fais qu'au jour d'aujourd'hui, demain ressembla encor,

Et m'instruis à m'en montrer digne!

t Malheur sur malheur, et pour jamais et pour toujours,; à celle qui la première après moi touchera ces Lèvres! *

La sauvage imprécation de Lucinde, s'achar-

nant comme une furie après l'amant qui la dédaignaitjCette tragique malédiction avait ému Goethe d'une vague terreur superstitieuse , à ce point qu'il n'osait plus approcher d'une jeune fille, dans la crainte de lui porter malheur, ses lèvres décidément anathématisées.

Résolutions fantastiques prises légèrement visà-vis du troupeau de& indifférentes, mais dont l'amour ne pouvait manquer d'avoir bon marché. Qu'importent en effet à la passion les restrictions mentales, ces timidités et ces petits scrupules; elle parle, eU'hûmim ai vkkgt ansiobéit sans songer aux dangers,

aux conséquences. « Elle n'est pas la première ! » s'écrie Méphistophélès, en réponse aux lamentations de Faust déplorant le sort de Marguerite, parole atroce autant que vraie que le diable dit tout haut en ricanant et que le plus doux, le t plus tendre, le plus ingénu des amoureux pense tout bas, car sur toutes les lèvres qui touchent au fruit défendu pèse une malédiction; mais comme il s'agit d'éloigner le remords, et de jouir à Taise, on se dit en pressentant la catastrophe: «Elle ne sera pas la première! » Aimable et douce fille du pasteur Brion, vous non plus vous ne fûtes pas la première, et Lucinde ne savait pas quel cœur pur et dévoué tomberait victime de son exorcisme.

Vers le soir il y eut la danse, puis après la danse la promenade au clair de lune, sous les bosquets où le rossignol commençait à chanter. La main dans la main, on vint s'asseoir loin des parents et loin du bruit. Doux chuchotements, tendres confidences, baisers furtifs que la brise des nuits de printemps emporta dans son vol avec tant de germes nouveaux et de fécondantes émanations; avec les parfums de la plaine, les murmures du ruisseau et les battements d'ailes des oiseaux accouplés!

Longtemps ils causèrent ainsi, pendant les in-

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tervalles de rêverie et de silence, on entendait l'orchestre villageois continuer sa fanfare et le bal joyeux se trémousser. Tout ce que l'amour peut promettre de délire à deux jeunes cœurs, cette heure enchantée le leur donna, chaste et profonde ivresse qu'à peine devait accroître à quelques jours de là le délire de la possession.

Ce séjour de Goethe à Sesenheim se prolongea plus d'un mois, qu'ils passèrent en faciles tête-à-tète, en pittoresques excursions dans les environs. « Nous vivions en dehors de toute espèce de surveillance et il ne dépendait que de nous de courir le pays et d'aller en nombreuse ou petite compagnie visiter les amis du voisinage. Ces explorations ne se bornaient pas à ce côté-ci du Rhin, nous traversions le fleuve, et retrouvions ainsi dispersées dansHagueneau, Fort- Louis, Philippsbourg, toutes les personnes que nous avions vues venir à Sesenheim, heureuses l'une après l'autre d'exercer à notre égard la plus franche hospitalité et de nous faire les honneurs du cellier, de la cuisine et du jardin ! Les îles du Rhin furent aussi

très-souvent le buidB;no^promenades en bateau 1 . » Les convives ne manquaient pas non plus à> Seseaheim> Weyland y venait quelquefois de SlsaBhourg, — l'épigrammatiqoe Weyland, qui se passât m joue la fantaisie d'apporter sous son bras le Vkair* de Wakefield, où to famille se reconnut en souriant» N'est-ce pas en effet le bon docteur Primrose en pei*sonne que cet excellent père de Frédérique, honnête, cordial, trop confiant peut-être, la joue en fleur et la gaieté sur les lèvres, et prenant au fond très au sérieux son ministère, dont les soins l'empêchent de voir ce qui ae passe chez lui? Wolfgang.,. on le conçoit de reste r a'avait garde, da manquer L'office le dimanche.. Alor&que Frédérique. était là, recueillie et charmante auprès de. lui, quel sermon* même le plus aride* eût jamais paru long? Et tandis que le brave homme exposait à ses. ouailles* l'évangile de la destruction de Jétflifiûlem, ou la parabole de la Brebis perdue,, la tête, da sa pauvre enfant battait la campagne à la, suite du cher, séducteur,, et la. tendre pécheresse, palpitait sous la. regard de Faust* chez qui le sens divin, et. L'amour de tel créature sa. confondaient ensemble..

W, Go9Uw r ,2fc ; *>~

Appelle le bonheur, cœur, amour ou Dieu, non, Non, il n'est pour cela, point de parole humaine !

Cependant au milieu de la. joie intime et profonde où Goethe s'abandonnait sans réserve, l'idée de l'avenir se dressait parfois comme un remords ; il sentait qu'un pareil bonheur ne pouvait, hélas ! se prolonger et cherchait alors dans l'étude un moyen d'échapper à ses tristes réflexions. Que de fois la belle enfant le trouva ainsi établi sous le jasmin de la maison, entouré de livres et de papiers, Homère, Ossian et Shakspeare sur la table ! A des compositions originale», à peine s'il y songeait ; il traduisait d'Ossian les Plaintes de Selma, et s'il rimait, c'était quelque improvisation inspirée par la. circonstance, quelque aubade à la bien-aimée.

Pourquoi dormir encore,

mon amour?

Ouvre l'œil à Faurore

Et fais le jour.

Le rossignol t'invite

Et, comme moi, Te dit : Enfant, bien vite

Éveille- toi f

Dormir ainsi, méchante,

Sous tes rideaux!

Dormir, quand l'oiseau chante

De gais rondos !

Oublier Pbilomèle,

Et m'oublier!

11 est temps, ô ma belle,

De t'é veiller!

L'aube, d'un feu qui tremble,

Rougit le toit Où vous dormez ensemble,

Ta sœur et toi ; Et la lumière plonge

Sur l'oreiller, Sans que personne songe

A s'éveiller.

O dormeuse assassine,

Si tu savais Quel plat je te destine

Et que je vais T'infliger pour ton crime

Ces méchants vers Que, seul ici, je rime

Sous les bois verts !

Libre à la jeune fille

De négliger Le rossignol qui trille

Dans le verger ;

Mais, pour si grave injure

Et trahison, Elle entendra, je jure,

Cette chanson.

Et si la mélodie

Se conduit mal ; Si le style est sans vie,

.Le chant banal; Je trouverai l'excuse

D'un tort pareil»

ma plus douce muse,

Dans ton sommeil !

11 y en a ainsi tout un petit volume, tout un bouquet, les chants de Sesenheim : fugitives pensés écrites la plupart du temps sur des motifs connus et n'exprimant de l'amour que les joies, la confiance et la plénitude. Ici, pas une tracé de combat, point de ces amertumes, de ces doutes, de ces jalousies cruelles qui font d'un amoureux un patient à la chaîne qui veut toujours s'en aller, et qui toujours demeure comme retenu malgré lui ; mais au contraire, le perpétuel épanouissement de l'âme, les actions de grâce aux cieux qu'on remercie de ce bonheur, en les suppliant d'en prolonger la durée.

Frédérique, c'est la compagne inséparable de tous les instants, la douce confidente des moindres pen-

sées. Sans elle, point de promenade au clair de lune, point de rêverie sentimentale, t Chère enfant, reste moi fidèle. » On dirait presque une petite ménagère, tant leurs existences se mêlent ensemble et se confondent ; et s'ils se quittent pour quelques jours, quelle mélancolie, quel découragement! Voyez plutôt la chanson « Quand j'étais à Sarrebmck. »

Où donc es-tu, fillette inoubliable, Que tant j'aimais?

Quel heureux bois, quel pays enviable T'a désormais?

îu nous quittas; et 1» sole* se voife

Que c'est pUiél Et dans les pleurs de ton ami, l'étoile

Est de moitié.

Eh plein printemps, la neig* snrc la gfèl* Couvrant la Ml;

Et sur tes pas s'envole à tire d'aile Le rossignol.

Oh ! viens, reviens, qu'on te voie apparaître, y

Enftenr*kft*ï Reviens soudain oui L'bûrex wuxenaUoe

Au mois de mai !

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[ Il était décidément de la famille, et rien de ce qui pouvait intéresser ces brayes gens ne lui restait étranger. Célébrait-on une noce dans le.voisinage r il voulait servir de témoin; un baptême, il s'offrait, aussitôt pour parrain. Héritages, procès, loteries, il s'occupait de tout, même de construire derrière un frais rideau de hêtres et de peupliers,, une maison, nouvelle qu'on habiterait en commun. Ainsi passait le: temps, ainsi les jours heureux se succédaient sans que sa main, doucement comprimée par l'étreinte de cette pauvre enfant, osât s'en dégager pour soulever les voiles de L'avenir»

L'avenir. 1 il fallut pourtant l'envisager,, et. quel ne M pas son trouble et sa douleur en voyant la désordre qu'il avait jeté dans cette jeûna âme,, en se trouvant vis-àrvis d'engagements tacites qa'il ne,pûiir vait tenir, en aentantqu'il allait avoir à se séparer de cet. être naïf, loyal,, généreux, tout amour et tout confiance,, qui s'était donné à lui suis réserve»* Mais* «Bra-t-on, cette rupture était-ella doncindispeasable ? Goethe n^pûwwûtrid,, même à cette éBû$iâ»s'assur»

rer par le mariage la possession légitime d'une telle personne? En effet, cela, je crois, eût mieux valu que la conduite qu'il a tenue ; seulement il eût fallu avoir un certain courage et savoir marcher tout de suite à la conquête d'une indépendance qui, si elle avait sa gloire, n'était pas non plus sans péril. On sait quel pédant rigide et absolu, quel formaliste impraticable était le père de Goethe, et si un pareil homme eût jamais consenti à prêter l'oreille à des propositions d'alliance avec la famille d'un pauvre pasteur de campagne. Il eût donc fallu forcément abandonner tout : père, mère, sœur, et ne demander conseil qu'à son dévouement, qu'à son travail, qu'à son génie. Or, une semblable résolution était ce qu'il y avait de plus contraire au caractère de Goethe, qui déclina toute sa vie les responsabilités et dont le cœur ne fut jamais propre à ces combats que certaines âmes vigoureuses engagent hardiment avec les circonstances. A cette amertume de la séparation devait se joindre pour Goethe le remords d'avoir entretenu dans l'âme de la pauvre Frédérique des illusions dont la perte serait inévitablement le désespoir de sa vie. Lui-même avoue cette faute et la déplore dans un langage où la grandeur du style semble venir en aide à l'embarras de la conscience. « Ces

inclinations de jeunesse prises légèrement sont pareilles à la bombe qu'on lance pendant la nuit ; elle monte en ligne douce et lumineuse, se mêle aux étoiles et paraît même un instant vouloir s'attarder parmi elles, puis elle descend comme à regret décrivant la même route , mais en sens opposé, et finalement porte le désastre aux lieux où s'arrête sa course. — Comment faire pourvoir où nous conduit cette passion qui nous flatte et nous enivre? Serait-on mille fois circonspect, peut-on résister aux charmes de l'habitude, et ne point se laisser aller à tant d'autres enchantements non moins doux et non moins aimables * ?» Ici commence la crise ; j'ai parlé d'effusions de joie, d'actions de grâce : l'heure ineffable de ce tendre lyrisme est passée, la litanie est close.

Il voyait donc bien qu'il fallait rompre, les motifs lui crevaient les yeux, et cependant il ne pouvait se résoudre à se séparer de l'adorable créature. Cette lutte fatale du devoir et de la volonté, tous la con-

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