A LES MAIIJL&S&E& HE GOETHE
naissent plus-- ou. moins et savent, les ébranlements qu'elle, entraîna l hésitations, faiblesses, violences, contradictiona^ oa empoisonne sa vie et celle des autres: il y eut là pour Goethe des jours cruels, à traverser, pleins d'angoisses et.d'ennuis de toute sorte, fl allait parfais*, n'x tenant plus,, et pour se distraire, par une occupation mécanique de sa langueur morale, —il allait chez un vannier du voisinage,, un certain boiteux du nom de Philippe (der lahme Philipp), connaissance de. la famille, qui lui apprenait à tresser l'osier.. Quelques lettres écrites vers la fin de son séjour à Sesenhein y et qu'il, adressait à l'un de ses amis, de Strasbourg, le notaire Salzmann, nous (ont entrer dans la confidence: de ces jours de trouble et de misère.
Avril 1770.
farriveraf un mois avant lia Pentecôte, ou peutêtre n'arriverai-jv pas;,... ou bien... Tout ce que je vous pu» dire c'est que j'e& saurai, quand ce sera fait, davantage que maintenant. En dehors, comme en dedans, temps de pluie ; les âpres vents du soir sifflent dans les vignes* là^ devant ma fenêtre,
efc mon anmada vapda^ est aomme la girouette du clocher : tourne, tournai et ainsi tant qpa va le jonc! Stmctuvil Grande affaire* en* vérité que de bien mettre un point à sa place et d'établir de bonnes périodes. Lea jeunes filles ne mettent ni virgules ni points*, rien* d'étonnant si je me forme à leur manière. N'importe ! je n'en, apprends pas moins* la grec, et pour que vous le sachiez, j'ai tellement depuis: que je suis ici, augmenté mes connaissances en. langue grecque,, que je lis aujourd'hui mon. Homère sans traduction.. Mais aussi me voilà plus vieux de. quatre semaines, ce qui pour moi n'est pas peu dirai Dieu garde mes chers parents, et ma chère sœur; et vous aussi cher notaire et aussi toutea les bonnes âmes l Amen*
Oui en effet, il est temps que j'arrive et je le veux, je le veux mais qu'est-ce' que la volonté en présence des figures qui m'entourent ? l'état de mon' cœur est
l. Allusion à ces vers écrits par l'empereur Hadrien avant sa mort.
Anima vagnia, blandula, Hospes, eomesqne corporis Quœ nunc ahibis in loca, Pallidula, rigida, n adula Nec, ut soies, dabis jocos.
étrange, et ma santé commence à chanceler, c Un pays ravissant de bonnes gens qui t'aiment, un cercle d'amis, tes rêves de jeunesse, ne sont-ils pas tous accomplis? » me demandé-je maintes fois, en plongeant mes regards dans cet horizon de béatitudes. « N'as-tu pas mis le pied dans ce jardin féerique où tendaient tes vœux ?» En effet je le sens ! et je sens aussi, mes amis, que l'homme, pour avoir atteint le but qu'il souhaitait, n'en est pas plus heureux de l'épaisseur d'un cheveu. Ah! le surcroît! ce damné surcroît, que le destin marchande éternellement à toutes mes jouissances *. Ah ! cher ami, pour ne pas se décourager en ce monde, il faut avoir bien du courage. Enfant, il m'arriva un jour de planter un cerisier en m'amusant. Le cerisier poussa, et j'eus la joie de le voir fleuri. Une gelée blanche de mai ruina tout la joie et les fleurs ; il me fallut attendre un an, les fleurs revinrent, mais avant que j'eusse goûté à une seule cerise, les oiseaux avaient tout mangé ; l'autre fois, ce furent les chenilles, puis un voisin gourmand et larron, puis que sais-je? Et cependant si jamais je suis propriétaire d un jardin, on me verra planter encore des cerisiers, car, en
1. Ce surcroit, comme il l'appelle, ce complément définitif, ce par dessus le marché qui ne s'obtient pas, semblerait être ici pour lui la calme et durable et légitime possession de Frédérique, de celle qu'il a trompée et dont il en (revoit le triste sort.
dépit de toutes les traverses, il reste assez de fruit pour m'en régaler 1 .
22 mai ».
De cette fois encore je ne bouge et comme j'ignore quand je vous verrai, je pense qu'il est bon de vous dire comment tout se comporte. Assez bien pour moi, du moins ; la toux va mieux, les soins et l'exercice m'en ont presque délivré, mais il s'en faut que j'en puisse dire autant de l'entourage. Frédérique continue à souffrir, à péricliter, ce qui répand sur tout le reste un vilain nuage sans compter le conscia mens qui pour moi, hélas ! ne l'est point recti
1. 11 ne faudrait pas se méprendre sur le vrai sens de celte parabole, qui veut dire simplement qu'il ne faut, après tout, jamais désespérer de l'amour. Comparez ce passage avec ce que Goethe devait écrire beaucoup plus tard au sujet de Frédérique : « Revenu dans la maison paternelle, son image m'était partout présente, je sentais à toute heure qu'elle me manquait, et le pire était que je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même de mon infortune. Gretchen, on me l'avait prise, Anne Ite m'avait délaissé; mais ici pour la première fois, j'étais coupable : j'avais blessé à mort le plus noble cœur. »
2. On voit qu'il avait fort prolongé le séjour au-delà de ses conjectures premières, la Pentecôte étant cette année-là le 19 de mai.
58 LES MAHra&S&$S ME GOETHE
t)n»toi^i 4* Pentecôte, «dansé de •deux heoras à minuit avec quelques entr'actes p©ar se rafraîchie. C'était une véritable féerie, j'en ai oublié la fièvre, et suis mieux depuis. Que ne m'avez-vous pu voir à ce bal — tout men moi plongé, perdu dans la danse ! — Et encore ! si je pouvais seulement dire : je suis heutotx 1 ! « Qui peut se dire ie plus malheureux » dit Edgard * et 4?<est là aussi, mon tAier, une sorte .de coHs&totâon. Ha tête rassemble à une girouette, m moment -que l'orage se prépare, et que les vents «ont variables.
Rercredi, ta irait.
Deux lignes sont toujours mieux que rien. Ma totrx *a repris ; du reste, je ne suis point mal, mais ce ifest vivre qu 5 à moitié que de ne pouvoir respirer sans peine. .Raison déplus pour m'absteoir de retourner à ia ville, car du mains l'exercice -et Je grandi air opèrent tout le bien >qui se peut (foire sans compter *... Le monde est 3i beau! si beau! Et qui de nous sait en jouir"? Par moments la colère me prend à ce sujet, et je me tiens alors les plus M-