Eckermann, III
2". La dernière course â cheval de Goethe à Sesenheim, que nom fiacoutanras tooi. àd'heuity affira m «as; non moins car rietuL el non mûia& inexplicable.
dant la belle saison, avait à la ville une foule de connaissances qui, depuis longtemps, ne demandaient qu'à la recevoir à leur tour. L'invitation déjà main le fois mise en avant et toujours sans succès fut de nouveau proposée, et après certaines hésitations définitivement acceptée. La mère et les deux aînées (Frédérique pouvait-elle manquer d'être du voyage !) se mirent donc en route pour Strasbourg dans l'intention d'y séjourner une semaine ou deux chez des amis. Naturellement on se revit à cette occasion. En changeant ainsi de cadre, en passant tout à coup de la prairie au salon, la gracieuse figure ne perdit rien de ses charmes, et son amant, qui ne l'avait encore aperçue qu'au milieu des arbres et des ruisseaux, fut le premier à s'extasier de l'aisance parfaite qu'elle savait conserver dans le monde et à remarquer le délicieux attrait que gardait parmi les tentures de soie et les vases du Japon , cette douce physionomie villageoise habituée à se détacher sur le vaste et libre horizon. Mais bientôt à cet étonnement, la mauvaise humeur succède ; car Frédérique, en personne sensée et discrète, avait trop l'instinct des convenances pour rester sur ce nouveau terrain ce qu'elle était chez elle, et ne point prendre avec ses habits des dimanches, qui lui seyaient si galam-
ment, certaines réserves indispensables. Peut-être s'y mêla-t-il un peu de coquetterie ; quelle nature féminine , même la plus simple et la plus loyale, en serait exempte ? Toujours est-il que Goethe prit la chose en dépit et se fâcha de ce qu'on le voulait ainsi réduire au rôle de serviteur très-humble. Aussi, lorsqu'il advint que la sœur aînée, qui n'avait ni la grâce ni la distinction de la cadette, s'ennuya de la ville et se mit à languir après ses moutons, Wolfgang s'empressa de pousser au départ. Dans l'état d'angoisse et de perplexité où se trouvait son cœur, il craignait de finir par faire un éclat, et quand il vit toute la famille monter en carriole et s'en retourner vers Sesenheim, ce fut pour lui comme si on lui ôtait une pierre de dessus le cœur !
Peut-être aussi que le coup de feu de ses études (car l'heure des examens approchait) avait été pour un peu dans cette irritation de caractère dont il allait ne point tarder à se repentir. Car Frédérique, blessée d'une telle conduite, affecta en le quittant beaucoup de froideur et, pour mieux atteindre sa victime, témoigna es plus vives tendresses à celles de ses amies qui se trouvaient là. Ce qui fit que si le premier moment fut pour Wolfgang un moment de bien-être et de délivrance, le second fut tout à la colère et au chagrin.
66 LES MAITRESSES Dff GOETHE
Cependant le grand jour avançait ; le 6 août de Tant de grâce 1771, l'illustre Académie de Strasbourg (illustris jure comultorum ordo) 9 décerna à i'étodiant Johann Wolgfang, Goethe, virum prœnobUi$~ simum atque doctissimum, les magnifiques honneurs et privilèges du doctorat : swrvmos in utroque jure honores et privilégia doctoralia. Des thèses latines et des mercuriales, il y en eut à n'en pas finir, et le tout fut terminé par un immense banquet où professeurs, élèves et répétiteurs fraternisèrent ensemble jusqu'au matin aux frais du brillant lauréat. Enfin, c'était donc fait, et après tant d'empêchements, d'atermoiements, d'excuses et de crises, en dépit d'Apollon et de l'Amour, Johann Woffgang Goethe était avocat ! avocat dans le présent et dans l'avenir, qui sait ? peut-être bourgmestre' de lai sérénissime ville de Francfort.
Les parentede Goethe étaient ravi» et L'attendaient à Francfort; pour lui,, cependant; ce furent des joues douloureux. Quitter Strasbourg» sans Devoir Frédéric que, il n'y pouvait, penser, et lai seule idée de ces adieux suprêmes M déchirât 1er cœur, il allait et venait, prétextait, remettait au leadtanain.. Enfin, après avoir épuisé* toute» les distractions^ tous las vagabondages^après s'êirefcatigué tacorp&et L'esprit
FÛJÉDÉRIftUfi 67
dans les écoles buissonnières, un matin il selle son châval et part pour Sesenheim.
xr
Pauvre Frédér ique ! Un pressentiment Pavait-il avertie? En arrivant, il la trouva sur la porte du jardin toute pensive et découragée; quand il eut mis pied à terre, elle lui tendit la main sans rien dire, et tous deux restèrent embrassés, des larmes dans les yeux, la, mort dans L'âme ! Ce qu'ils perdaient l'un et l'autre, quelle somme de bonheur et d'irréparables jouissances, ils le sentaient trop vivement pour l'exprimer. Goethe s'avoua coupable et ne se pardonnait pas d'avoir brisé ce noble cœur, si digne des plus douces félicités. Quant à Frédérique, pas un mot de reproche ne sortit de sa bouche. Elle avait aimé , et sa vie était maintenant tout entière dans le souvenir de cet amour, dont les peines jamais ne dépasseraient l'ivresse et les délices. D'ailleurs, qu'eûtelle dit, la pauvxaenfant,, qu'eût-elle fait pour retenir celui à qui elle, s'était donnée et.qpi, finalement,, manquait de. courage, pouc sa conquérir l'indépendance et livmr combat eu. Uionnaux d'ellaaux duras nécessités
de l'existence, encore plus occupé de l'analyse de son amour que de son amour même, poète qui, de ses sensations, tôt ou tard se délivre en chantant! N'importe, l'heure des chansons n'allait pas venir encore et devant qu'elle sonnât, les regrets et les soucis eurent leur tour. Goethe quitta Sesenheim troublé, fiévreux, confus, accablé de sa faute et de ses remords, et tandis que, plus mécontent encore que malheureux, il s'en allait au galop de son cheval dévorant cette route qu'il avait si souvent parcourue la joie au front, elle, pieuse, simple, résignée, retournait à ses devoirs de fille et de sœur et s'apprêtait à les remplir jusqu'à la fin avec cette gravité, cet inaltérable désintéressement des belles âmes que la douleur atteignit jeunes.
Une fois encore ils devaient se revoir ! Ce fut en 17 79. Goethe, voyageant avec le grand-duc Charles-Auguste, voulut, à son passage, visiter le cher Sesenheim. Ici se place la réalisation d'un singulier effet de mirage. Lorsque Goethe, huit ans auparavant, le cœur et le cerveau troublés, s'en re-
tournait à Strasbourg après avoir quitté sa maîtresse, il avait, par une étrange illusion, vu, un peu avant d'arriver à Drusenheim, mais vu distinctement, ce qui s'appelle vu, un autre Goethe, également à cheval, venir à sa rencontre, vêtu d'un habit gris-perle, à passements d'or comme lui,. — le vrai, l'authentique Wolfgang, — n'en avait jamais eu dans sa garde-robe. Or le hasard voulut que le jour de son dernier pèlerinage à Sesenheim, Goethe portât exactement le même habit qu'il avait jadis remarqué sur le dos de cet autre lui-même.
Ce fut le vieux père Brion qui reçut le galant damoiseau à sa descente de voiture, avec une dignité triste, sinon sévère. Comme il lui demandait s'il comptait faire quelque séjour parmi eux, Goethe répondit qu'il partirait le lendemain, ayant laissé un de ses amis au prochain village.
— Et pourquoi ne pas nous l'avoir amené ? dit Brion.
— C'est que... c'est le grand-duc de Saxe.
— Ah! reprit le vieillard, je conçois... ma maison, à moi, n'est pas pour les altesses !
Laissons Goethe raconter lui-même à une autre femme, à l'amie du moment, cette dernière entrevue avec Frédérique.
76 LES MAIT*K3SC*Ifc& GOETHE
Emmedingea, 28 septembre 79.
Le 25 au sohv j'ai fait une escapade du côté de Sesenheim pour y retrouve! une famille que f avais autrefois beaucoup connue et qui m'-a très -cordiale* ment accueilli. Aujourd'hui que je suis pur et calme comme l'air, je me sens tout aise de respires: l'at~ mosphère d'êtres calmes et bons. La seconde fille de la maison m'aima jadis plus que je ne le méritais et plus que beaucoup d'autres à qui j'ai prodigué ma tendresse et ma confiance* Je dus me séparer d'elle en un moment où mon abandon faillit lui coûter la vie. En apprenant quefétais là, elle accourut comme une folle et se jeta dans mes brast avec tant d'ivresse et d'élan que nos deux nez se cognèrent et que j'en eus le ciel dans l'âme. Ensuite elle m'entretint des souffrances qui lui étaient restées de sa maladie, et j'évitais de la toucher de peur de* sentir à sa moindre étreinte toute mon ancienne passion se rallumer. Nous visitâmes tous les. bosquets, l'un après l'autre, et nous nous assîmes dans? chacun,, c'était si bon ! Il faisait le plus beau clair de lune, et je ne cessais de lui
demander des nouvelles de tout le monde. Un voisin qui nous avait aidés jadis dans &os petits travaux fut mandé, et m'assura qu'il n'y avait pas huit Jours qu'il parlait encore de mai; Je barbier aussi dût lomparaîtce; je retrouvai de vieilles 'Chanscms de moi qu'on s'était transmise^ jusqu'à une voiture que j'avais peinte, nous nous rappelâmes iniUe bonnes histoires -4e cet heureux tecaps-là^ei je visque mon souvenir était aussi présent parmi eux que si je les avais quittés depuis six moisit peine. Les parents lurent excellents, ils me trouvaient rajeuni. J'y, passai la nuit et ne m'éloignai que Je lendemain au jour naissant de ce petit coin de terre où mes yeux se retourneront toujours avec bonheur, »et de ces êtres tout sympathiques avec qui je me sentais pour jamais assimilé.
JUII
Idylte évanouie, frais roman des premières années dont Jes -traces vont s'effaçanfde plus en plus ! Jtte teur correspondance m n'a jamais pu trouver que "des fragments dépareillés et cependant ils s'écrivaient ià chaque instant « «et quelque siyet qu'elle touchât,
qu'elle vous racontât quelque chose, de nouveau, ou revint à d'anciens motifs, c'était toujours dans ses peintures, ses réflexions, ses digressions au courant de la plume, toujours môme grâce flexible et même sûreté. » Tout porte à croire que les lettres de la pauvre Frédérique furent la proie avec tant d'autres de cet immense auto-da-fe qui précéda le voyage en Italie (17 86). Quant à celles de Goethe elles eurent le même sort et périrent également parles flammes : Sophie, la plus jeune des quatre filles du pasteur Brion en avait trente, quelle brûla finalement parce qu'elles compromettaient sa sœur.
Et les lieux témoins de cette simple histoire, que sont-ils aujourd'hui ? Allez les voir, vous retrouverez le gai ruisseau qui babille à la même place, l'arbre où le poëte a gravé le nom de sa chère maîtresse et dans cet arbre, triilant et modulant au clair de lune, les petits enfants des rossignols dont la chanson fit les délices de l'heureux couple. Mais le paysage, la maison, quelle mélancolie ! Vous vous étiez figuré l'avenante habita lion d'un vicaire de Wakefield, un bâtiment commode assis sur le penchant de la colline, à droite le ruisseau qui clapote dans la praierie où paît la vache, où l'abeille bourdonne ; par der^ rî( re le verger plein de légumes et de fruits. Hélas !
c'était bon pour autrefois. Une masure badigeonnée de jaune, triviale, démantelée, à moitié croulante, voilà le presbytère d'ajjlourd'hui. Tout auprès est venu s'installer un càîfàret, qui rit et chante vis-àvis du cimetière également abandonné, également lamentable à contempler avec ses murailles déchaussées, ses tombeaux qui s'effondrent, ses croix de bois perdues dans Ils broussailles. La Révolution et la guerre ont passé par là ; sur cet aidteble sol de Théocrite et de Gessner les cosaques sont venus camper, les pieds dans le sang, puis la tourmente finie on a tant bien que mal réparé le dégât. Le cabinet d'étude du pasteur, un moment changé en écurie, a recouvré son ancienne destination, et vous pouvez voir encore la chambre où fut le clavecin de Frédérique, ce joli meuble en bois de rose où tous les deux recouraient par moment ; il jetait la rime, elle improvisait l'air, et les chansons leur venaient aux lèvres comme les baisers !
Vous retrouverez le banc de pierre tel qu'il était il y a quatre-vingts ans et plus, comme aussi le bosquet de jasmin dont il est tant question dans les Mémoires. Quant aux bois entourant le village ils se sont, le temps et la guerre aidant, fort éclaircis et certains sites que Goethe se complaît à décrire ont totalement
disparu. Le Frederikcn's Ruh snbsiste pourtant, — cette jcffie retraite de verdure de l'autre eôté de la chaussée de Druserrhéhn, où l'aimable enfant aHfcît s'asseoir un livre âla main pendant les heures de solitude, — mais combien amoindrie et tiévastéef Do petit bois à peine quelques arbres ont survécu ; les ondoyantes «t riches frondaisons qui servaient ffascadrement aux tableaux si variés que de chaque banc l'œil apercevait sont tombées sous la cognée du bûcheron et le paysage est devenu un champ de W&. C'est à cette place d'oà la -vue s'étend sur les fies boisées du Rhin et le magnifique panorama des Vosges, qu'elle s*asBit rougissante et troublée près fle Goethe lorsqu'il lui -appanrt pour la première fcw sous son déguisement, à cette place que leurs nwmw se rencontrèrent <et qu'ils se€irent qu'ils s'aimaient?
A Niederbrcron , ptffcite vile de •ban», -en Msfoe, vivait encore il y a 'quelques années « manamAe Brion » cette So{Jhïe«dont nous avons parlé tout V l*heure, la plus jeune des quatre sœurs. G ravages Aï
F&ÉDÉiU£UE 78
temps ! si vous l'aviez vue.en. 18.41 „ eooi?bé« r càevrotante, parcheminée, la j^lie espiègjede sept ana qui, sans y prendre garde et tout en courant à tout et à travers, était venue donner de la tète contre cette idylle ! Sa demeure, quoique modeste, étak propre et bien tenue : deux ou trois volumes sur la table, un vieux djressoir à vaisselle d'étain reluisant comme de l'argenterie, quelques chaises, de pailte et dans l'en*brasure de la croisée un rouet faisant vis-à-vis au fauteuil; puis, contre la muraille le coucou traditionneL Elle avait là Poésie et Vérité et connaissait à fond tout ce qu'avait écrit Goethe sur sa sœer et sur sa famille ; seulement elle ne se souvenait point qu'entre Wolfgang et Frédérique il eût jamais été question de fiançailles, « Goethe, disait-elle^ avait le teint pâle avec des yeux vifs et brillants. Après qu'il nous eut quittés, bien longtemps encore nous continuâmes à recevoir de ses lettres et de ses ouvrages. Une fois, il écrivit que son prince voulant absolument le marier à une demoiselle, il devait se soumettre, mais que son cœur ne cesserait jamais d'appartenir à Frédérique. » Puis, la vieille Sophie ajoutait que ni les succès ni les honneurs n'avaient pu le distraire de la mémoire de ces heureux jours, et racontait comme preuye, qu'elle-même, s'était vue compli-
menter huit ou neuf ans plus tôt par un ouvrier du pays que Goethe avait rencontré chez un serrurier de Weimar.
— Et Frédérique ? Frédérique î que devint-elle? Est-il vrai qu'elle soit morte dans la misère?
— Dieu merci, on a beaucoup exagéré, quoique, à vrai dire, elle n'ait pas toujours comme lui marché sur des roses ! À la mort de nos parents, elle s'occupa d'éducation et fut accueillie en France chez une de ses anciennes amies mariée à un M. Ros3nthel, Danois d'origine et secrétaire d'ambassade : elle réussissait à merveille et se faisait partout bien venir de la société de Versailles et de Paris, lorsque la Terreur la força de rentrer au pays . Elle quitta Paris en 1 794, un peu avant la chute de Robespierre, et vint
à Diessbourg s'établir chez Salomé qui avait épousé le pasteur de l'endroit et dont elle éleva la fille. Si Frédérique avait voulu se marier, croyez que les propositions ne lui auraient point manqué, il en pleuvait au contraire ; elle refusa tout : « Le cœur qui fut aimé de Goethe, répondait-elle toujours, ne saurait plus appartenir à personne. » Quand Salomé mourut, elle lui confia sa fille ; Frédérique promit de s'en charger et Dieu a permis à ma pauvre sœur de vivre assez ongtemps pour tenir jusqu'au bout sa parole. En
FRÉDÊRIQUE Tï
effet, en 1 8 1 3, la jeune nièce se maria sous les yeux de sa tante au pasteur de Meissenheim, un M. Fischer qui, je crois, vit encore. Ce fut le dernier ouvrage de cette âme honnête et dévouée ; après la cérémonie, elle supplia Sophie de ne plus la quitter: « car, disaitelle, il faut que les jeunes gens vivent pour eux, et je me sens si seule ! » Ses pressentiments ne la trompaient pas, six semaines après elle s'éteignait sans souffrances, et ce neveu qu'elle avait marié la conduisait au cimetière au milieu des pleurs et des regrets de toute notre petite population, qui perdait en elle une sœur de charité. Comme elle mourut en Dieu, on peut dire que son avant-dernière pensée fut pour Goethe , pour ce Wolfgang , dont elle n'avait jamais parlé qu'avec révérence, répondant aux allusions amères qu'on pouvait faire sur sa conduite envers elle, qu'il était trop grand, elle trop humble, et que sa carrière avait tendu trop haut pour qu'il eût pu songer à la prendre pour compagne.
Ainsi, tant qu'elle vécut, elle resta fidèle à ce premier amour de sa jeunesse, sans en vouloir à personne du sacrifice dont elle souffrait, car au fond
de ce cœur qu'elle gardait h Goethe, elle savait, la douce et miséricordieuse enfant, que son amant n'était ni un traître ni un parjure vulgaire et que les circonstances seules l'avaient condamné à renoncer à tout ce qui eût jamais fait son bonheur et sa joie en ce monde. Aussi, ce nom de Frédériqùe brille comme une étoile blanche et pure au ciel de ta vie du poëte et, dans le chœur flottant et Yoilé des pâles victimes de l'amour, je ne sais pas de figure plus charmante et plus digne de pitié. Car elle eut, cette humble et simple fillette de campagne, le singulier courage de Hre au fond du cœur de celui qu'elle aimait et de se dire, après en avoir reconnu les instincts et les aspirations, qu'elle n'était point faite pour enchaîner ce héros qui l'avait, hélas ! si inconsidérément affolée et que, dût son cœur se briser , il fallait avant tout pourvoir au plus important, qui n'était ni son bonheur ni sa satisfaction à elle, pauvre et timide colombe sacrifiée à la gloire d'un aiglon. Elle s'immola 'donc, elle dit adieu à celui à qui, peut-être, elle avait révélé la poésie et dont elle allait conserver dans son cœur la chère image éternellement jeune, et cet amour qui lui avait donné des forces pour son sacrifice, projeta sur le reste de son existence je ne sais quelle sérénité rayonnante, quel
air de douce et calme transfiguration. Goethe de son côté, voué à cet ineffaçable souvenir, devait partout le reproduire. La Marie de Goetz de Berlichingen, la » Claire d'Egmont, la Gretchen, idéales incarnations de Frédérique î et quand, au dénoûment de la seconde partie du poëme, Goethe, voulant sauver Pâme de Faust, évoque une des pénitentes du chœur mystique : una pœmtentium, cette âme adorable qui sollicite la grâce du bien-aimé et l'aide à franchir les degrés de la divine échelle, c'est encore la tendre et compatissante Frédérique.
Il y a de ces âmes bonnes, pieuses, résignées dont la vie tout eoAièfe s'écoule à racheter les misères d'autraLGet étire géaéreux, expiatoire, rédempteur, Goethe te reacoatra dans Phumble M& du pasteur Brian, et qui sait ce qu'à cet heairenx du monde, à ce génie, à ce ïitaiv les larmes et l'amour de- rù&BOcenàe et faible créature auront Yalu die gtàces! Figure riante e&spapaàhitipie, vous lai voyea. toujours aarec ses beaux yenx Meus qui. ceapireat L'iabehigemce, sou chapeau) 6e pajile fe son bras> ses lichestresses nattées autour de son gracieux, froat ;, pas une ride au portrait^ pas \xœ ombre déplaisante : elk rassemble à ces jeuues filles, ipiDEtes-^ans la tteufi de la beauté etatoiat l'image reirit en nous aussi fraîche: queJ& rose de mai.
Cinquante ans après la première publication de Werther, Goethe, lançant par le monde une nouvelle édition de son roman qu'il venait de revoir, y inscrivit 1 en manière de préface, quelques vers qui commencent ainsi : « Te voilà donc, hantant une fois encore la lumière du jour, spectre qui m'as déjà coûté tant de larmes ! » Au premier abord, quand on rapproche les circonstances où fut écrit Werther de celles où nous nous trouvons, on se rappelle involontairement celte apostrophe du maître, et plus que jamais elle semble de saison. Que peut, en effet, vouloir de nous cette ombre errante du passé? Qu'attend-elle d'une société réfléchie, pratique et douée
d'une haute raison, comme assurément est la nôtre; d'un monde surtout préoccupé d'intérêts matériels, où la poésie elle-même affecte des tendances, et qui se ferait un devoir de fermer les sources de l'inspiration et de la sensibilité, si tant est qu'elles existassent quelque part ?
Près d'un siècle s'est écoulé depuis l'heure où Werther vint au jour, enfant d'une époque enthousiaste, d'un âge d'innocence, du moins en ce qui touche l'art. Nous sommes en 1870, Goethe dort le grand sommeil sous les marbres du mausolée, et si quelques rares contemporains survivent de l'infortuné Jérusalem, on peut croire que leurs cœurs, glacés par le temps, ne tressailleront même pas à l'idée de revoir une connaissance de jeunesse. « Go to an nonnery », dit le prince de Danemark à la fille de Polçnius ; ainsi serait-on presque tenté de parler à Werther, en l'écartant de prime abord d'une scène où son apparition semble désormais impuissante à provoquer les moindres sympathies.
Et cependant, alors, comment s'expliquer tout le bruit qui s'est fait dernièrement à propos de cette correspondance de Kestner, toute la discussion — articles de journaux, brochures et pamphlets — qui s'est élevée chez nous à ce sujet de tant de points
divers; chez nous, que d'ordinaire ces sortes de querelles passionnent médiocrement, on le sait, et dont le moindre tort est de nous tenir trop facilement pour informés, en ce qui regarde les menus faits intéressant les littératures étrangères? Cest que Werther n'est pas seulement un personnage de roman, c'est un homme, un homme de tous les pays et de tous les temps.
Quand le génie crée, il procède à l'image de Dieu, et ses types se perpétuent d'eux-mêmes: Cresclte et multiplicamini. Qui oserait vouloir emprisonner dans les limites d'une génération certains êtres façonnés de la main des maîtres pour l'éternité ? Est-ce que par hasard Hamlet, don Juan, Lovelace, Tartuffe, ne vivraient que dans des livres ? Est-ce que, tels que leurs auteurs les ont faits, ils ne participent pas de toutes les facultés de l'homme, de celle-là même qui passe pour être la plus virtuelle, et dont Dieu a voulu que les monstres seuls fussent dépourvus? Est-ce que nous ne les voyons pas se reproduire ? Hamlet, don Juan, TartufFe, Lovelace, ont eu des enfants qui k leur tour ont fait souche, et je défie quiconque a l'habitude du monde ïnteltectuel, de ne pas tenir compte des êtres dont je parle, comme d'autant <Fïndividus dont Texistence, àtt-
ment et légalement prouvée, ne saœrrait trouver dïïncréritates que dans une classe- de gens qu'on ne fréquente pas. Ces noms; ne reviennenl-ite point à chaque instant dans la eoanrersation r qu'ils animent, reièweni et colorent î m'en parlez-vous pas comme si vous les connaissiez? Vous voyez, un portrait de Clarisse,, et ^ous dites : « C'est cela, ce n'est pas celai, v
Cornaient te sauriez vous,, si miss Harlowe n'avait pas vécu ?
Werther est de cette famille; et je ne m'explique pas autrement l'inaltérable intérêt qu il a le privilège- dfexaiter, et dont notre époque, si peu semblable à celte de sa naissance, vient de lui donner tant de marques.
Un des plus judicieux parmi les récents commentateurs du poète de Weimar, M-, Dùntzer, prétend que ctectn* des ouvrages de Goethe réclame un travail partiadier, et mérile, eu ce pornt, d'être traité avec les sdas investigateurs et la savante curiosité doBl cm entoure* les classiques de l'antiquité. Cette idée T bien des fois d'ailleurs mise en pratique chez les Allemands à propos- de Tasse, êtEgtnont, d'iptïifjéme,â&Wïïhe$mlÊMSter 9 qiÀ tous — drames, tragédies, peemes et romans — ont inspiré dés volumes
de gloses, ne pouvait manquer de nous valoir de nouvelles études sur Werther. Exposer l'état de la société au moment où parut ce fameux livre ; tracer la peinture vivante en quelque sorte des mœurs et de la littérature du temps ; dire les petits scandales, les apologies, les parodies; mettre en scène les divers personnages qui, de près ou de loin, prirent part à cette histoire ; recueillir tout ce qui s'y rapporte, jusqu'aux propos de salon, jusqu'aux anecdotes : telle est la tâche que M. Appel s'est proposée dans un volume intitulé : Werther uni seine Zeit $ ouvrage plus bibliographique sans doute que critique, ayant moins affaire de prouver que de raconter, mais d'un piquant intérêt au point de vue de l'histoire littéraire, et que les mieux informés consulteront avec finit. S'il me fallait absolument de l'esthétique, je m'adresserais à M. Rosenkrantz ou à M. Weisse, ces infatigables explorateurs d'un sol incessamment retourné, et qu'on n'épuise pas ; je demanderais à M. Dûntzer ses commentaires approfondis, ses exposés philologiques, excellents bien qu'un peu touffus, et dans l'épaisseur desquels je me permettrais de promener la serpe de l'émondeur ; à M. Alexandre Juni:, sa pénétration du symbole, son art incroyable d'aller découvrir dans le poëte qu'il étudie des ré-
ponses à toutes les grandes questions sociales que le siècle peut avoir posées. 11 s'en faut, du reste, que cette réaction très-caractéristique, qui depuis quelques années se manifeste en l'honneur de Goethe, ait été circonscrite dans les limites de l'Allemagne. De toutes parts, en Europe, la vie et les écrits de l'illustre penseur sont devenus l'objet d'itératives investigations. Carlyie date de Goethe une ère nouvelle au début de laquelle nous sommes seulement; et tel est aussi le sens de l'important ouvrage de M. G.-H. Lewes, monument de zèle littéraire et d'enthousiasme raisonné, dédié « à l'homme qui le premier a fait connaître Goethe à l'Angleterre. »
J'ai nommé Thomas Carlyie. On sait quel art singulier possèdent les Anglais à composer, avec des documents qu'ils élaborent, des ouvrages que tout le monde lit : ceux à qui spécialement on les destinait, et ausssi ceux-là qui forment le gros du public et ne demandent qu'à être amusés. Le livre de M. Lewes appartient à ce genre d'écrits ; j'y retrouve cet intérêt attachant, cette saine appréciation des choses, ce common sensé si remarquables dans les classifications de papiers d'État
Non que cette vie de Goethe contienne rien de bien
nouveau, tant sur le p e rso n nage que sur ses écrits; le principal mérite en est moins dans la découverte de faits inconnus que dans la mise en œuvre intelligente et méthodique de documents, que la foule peut ignorer, mais qui, pour tous les esprits instruits de la question, appartiennent depuis longtemps au domaine de la publicité. Aussi est-on tenté de se demander où se trouvent ces sources inédites c unpub lished sources », auxquelles l'ingénieux auteur fait allusion dans son titre? Est-ce que par hasard M. Lewes entendrait parler d'une lettre de M. Thakeray racontant certains détails sur la manière dont Goethe rimpressiontHrit par sa présence ? Ce serait là bien peu de chose; h vrai dire, de source nouvelle en pareil sujet, de source où personne encore n'ait puisé, il n'en existe guère désormais qu'une seule : ht correspondance de Goethe avec le grand-duc Charles- Auguste. Le jour où ces précieux documents verront la lumière, il y a lieu de croire que la liste des archives à consulter s'enrichira d'une pièee importante, et Ton ne peut là-dessus que s'en remettre au discernement du grand-duc actuel, qw sait le prix cPon pareil dépôt et le fera servir en temps et lieu à l'histoire de son aïeul. Quoi qa'ïi en soit, l'ouvrage de M. Lewes, s'A n'apporte pas à fa question
des renseignements inédits, résume ]du moins Ions ceux que l'on connaît, et c'est ce que nous voudrions, à notre tour, essayer de faire pour la science, en nous établissant aa milieu de cette période dans laquelle se passa la jeunesse de Goethe, période favorable entre toutes, où l'homme et le poète eurent la bonne fortune de pouvoir se développer sans aucune de ces gènes plus ou moins hypocrites que les bienséances commanderaient aujourd'hui, et dans l'entière plénitude de leur originalité.
Au printemps de Tannée 1 772, Goethe, en proie. S cette humeur sauvage, à ce ferment de jeunesse qu'il a lui-même si bien caractérisés, en divers passages de ses Mémoires, arrivait à VeUlar avec le drame de Gûetz de Berlkktngen dans son portefeuille. Quand on pense aux agitations qui l'y attendaient, à son amour pour Charlotte, à toute cette romanesque aventure qu'il vécut en quelque sorte avant de Ta traduire dans Werther, on a peine à comprendre comment, ayant plus tard à parler de son séjour en cette résïdertce, it a pu en venir à dire
dans un langage empreint de cette froideur systématique du style officiel : « Ce qui m'arriva à Wetzlar est de peu d'importance et ne saurait avoir d'intérêt qu'autant que le lecteur me permettra d'y prendre occasion pour jeter un rapide coup d'œil sur l'histoire de la Chambre impériale et de lui présenter les circonstances défavorables au milieu desquelles j'arrivai. » Il faut convenir que c'est là un ton médiocrement sympathique et que ce nom de Wetzlar, aux yeux de tous les gens informés d'un certain épisode, semblerait évoquer d'autres révélations que celles qui se rattachent aux annales de la chancellerie du Saint-Empire germanique. Cependant je suis loin de voir dans cette omission une preuve irrécusable d'indifférence et je ne partage nullement l'opinion de M. Lewes, qui s'écrie à ce propos: « Voilai ce qu9 c'est que de composer des Mémoires à un âge où Ton a perdu toute sympathie pour les agitations de la jeunesse. » J'estime au contraire, que le gracieux sourire de Charloite ne s'effaça jamais du cœur de son loyal et poétique amant, et que si l'autobiographie de Goethe se tait sur certains points que notre curiosité serait bien aise de voir éclaircir, ce silence de l'auteur tient plus de la réserve que de l'oubli. Aujourd'hui que tant de documents intimes ont parlé,
que la correspondance de Kestner est venue apporter de si remarquables pièces au procès, il n'est plus guère permis d'attribuer à l'altération des souvenirs les lacunes qu'on regrette trop souvent de voir aux endroits les plus intéressants des Mémoires. Goethe avait l'âme trop élevée , un trop réel sentiment des convenances pour ne point hésiter devant certaines difficultés inséparables de toute espèce de confession publique. Il savait jusqu'où on peut aller, mais il savait aussi où l'on doit s'arrêter, et je doute qu'il eût fort approuvé les principes de ces écrivains qui, tout en se proposant de raconter leurs propres faiblesses, se font un devoir de traiter épisodiquement des scandales d'autrui et, de gré ou de force, traînent sur les tréteaux où il leur plaît de monter quiconque eut jamais affaire à eux.
Relever certaines réalités d'un grain de poésie, allier en de justes mesures la fiction au vrai, et, si diaphane qu'elle puisse être, maintenir toujours entre le lecteur et soi une marque de séparation assez semblable au tissu vaporeux que déploie à nos regards un machiniste d'opéra pour transporter l'action au sein de quelque zone intermédiaire ; — tel est, si je ne me trompe, le procédé de Goethe dans ce livre pittoresque et varié, naturel en sa symétrie
90 LES MAITftBSSBB DE GOETHE
étudiée, chef-ë'osavre d'éloquence ci de parfait boa seas, même en plein idéal, qu'il intitule : Dhhking uni Wahrheit mus meinem Lebcn. Après cela, qafaa tel système ait bien pu ne pas réussit, je ne songe nullement à le nier ; le pofoKc, en général, m'âme point ces sortes de compromis, et pour quiconque a le goût et l'habitude du genre, il est évident que ce ne sont point là des mémoires. Mais si je passe condamnation sor le système qui, néanmoins, était le seul dont sa haute raison, dont son admirable intelligence du savoir-vivre pût s'accommoder en pareil travail, je ne veux pas qu'on impute h dédaigneuse indifférence, à manque de sympathie, les réticences calculées que tout ce qu'il y a de grave et d'honnête au fond de sa nature lui commande. Oui, sans doute, les lacunes abondent, et parmi les chapitres quiït faudrait noter comme les plus incomplets, figurent justement ceux ou les émotions du cœur sont en jeu; de là les conclusions qu'on n'a pu s'empêcher dte tirer sur l'égoïsme de Goethe et son impitoyable détachement de tout ce qui cessait d'appartenir à son moi, conclusions heureusement très-erronés et contre lesquelles protestent aujourd'hui, de toute leur autorité, cette foule de témoignages familiers, où Tàme, sous le sceau du secret d'une correspon-
charlotte m
dam ce destinée Si rester inédite, tmbll ses misères et ses grandeurs, et que, tôt OU; tari, la force des choses attire à la lumière poar qwe h vérité se fasse. Revenons au jeune jurisconsulte «le 1772.
Dans sa première lettre, Werther, parlant de Wetzlar, dit que cette ville offre peu d'agréments. Si le mot avait du vrai vers la fin du xvm e siècle, à une époque où la chancellerie impériale y tenait ses assises, je laisse à penser ce qu'il en doit être aujourd'hui que la noble cité a perdu toute vie et toute animation, et voit mélancoliquement l'herbe aroîtare par ses rues désertes. Ordinairement, les villes qui ont fait quelque figure dans l'histoire «onseiTeat à travers le temps comme un indélébile caractère du passé ; même en leur abandon et leur déchéance, je ne sais quel grand air leur reste qu'elles partagent avec les cinq ou six familles équestres, vivantes antiquailles, qui lui sont imperturbablement demeurées fidèles. Ici rien de pareil, et vous vous demandez comment ces maisons de mesqui ne et bourgeoise apparence qui bordent des mes tortueuses où
vous ne cessez de grimper, ont jamais pu servir de résidence à ces magnifiques procureurs et assesseurs chez lesquels des princes souverains faisaient antichambre. Le fait est que les plus brillantes parmi les habitations qui datent de cette époque ne dépassent pas la mesure ordinaire, et j'en dirai autant des nombreuses villas gracieusement éparpillées sur les collines du voisinage et qui peuplent encore l'aimable vallée de la Lahn. Peut-être, ces illustres personnages s'attendant à être rappelés par leurs gouvernements au bout d'une période plus ou moins prolongée, ne se souciaient-ils pas de se ruiner en frais de construction dans une résidence où ils n'exerçaient après tout qu'une magistrature temporaire. Quoi qu'il en soit, on voyait alors à Wetzlar de grandes existences : les porteurs de chaises allaient et venaient du matin au soir et d'habiles cochers emmitoufflés dans la rheingrave héraldique, galonnés* d'argent et d'or sur toutes les coutures, trouvaient moyen de faire manœuvrer à travers ces labyrinthes étroits taillés dans la montagne, leurs carrosses à quatre et même à six chevaux. Il est vrai que les bourgeois de la bonne ville impériale avaient pour dit de tenir leurs enfants sous clef « crainte d'accident,» et qu'on ne rencontrait pas comme aujourd'hui des
troupeaux de gamins s'ébattant autour des maisons. L'hôtel où siégeait l'ancienne cour de chancellerie est maintenant une caserne. « Ce qui nous manquait, me disait il y a tantôt quinze ans, un procureur octogénaire, dernier débris de ces temps héroïques, c'était la force executive ; à l'heure qu'il est, vous le voyez, Monsieur, nous en avons trop. » Et il me montrait en souriant, les chasseurs de la garnison qui paradaient sur la place à grand renfort de clairons et de musique militaire. A côté de la caserne est le palais des Archives, lourde et massive construction de la fin du dernier siècle, et qui n'a jamais été terminée. C'est là qu'il faut entrer pour voir un véritable pandœmonium de protocoles. La Cour impériale de justice était la Cour d'appel du Saint- Empire; une sorte de chancellerie germanique! Imagine-t-on ce que pouvait être à cette époque une chancellerie germanique ? quand, aux jours où nous vivons, après l'invention des chemins de fer, ce seul mot de chancellerie éveille encore l'idée de lenteurs incalculables et de séculaires temporisations ! Que de perplexités, que d angoisses, de rancunes et de passions ensevelies dans ces parchemins qui dorment à jamais du grand sommeil des hommes et des choses !
Je prisTdans un casier une {ûàce au hasard, L'ee\3eioppe portait le millésime de 1 62 7, et le ac? au de cire rouge.apposé sur son pli était demeuré intact à travers les âges. Ainsi, en est-il de mille autres actes enfouis dans ce chaos f La maki qui les devait ouvrir se sera glacée avant d'avoir pu suffire à sa tâche et les voilà condamnés à garder leur secret jusqu'au dernier jugement. Lorsque Guette arriva à Wetzlar, vingt mille causes cà plus ni moios étaiaal pendantes en Cour d'appel, et chacun savait que Je tribunal en faisant toute diligence n'eu pouvait dépécher que soixante par an ; soixante quand il s'en présentait régulièrement plus an double J C'était la cour du roi Pétaud, et te spectacle d'une semblable confusion ne pouvait qu'inspirer une assez pauvre idée de la jurisprudeoce à l'espril «éminemment pratique et droit du jeune docteur Goethe.
J'ai dit ce qu'était la Cour impériale, on mot maintenant d'une autre institution du passé qui jetait vers cette période son dernier éclat à Wetzlar, et qu'on appelait Je Tœutscke Htm*
Personne n'ignore ce que fut au moyen à&fi l'Ordre Teutanique, et tous les esprits quelque peu familiers avec l'histoire d'Allemagne ont encore présents à l'idée ces terribles moines guer-
râsrs, à l'armure n<wœ,, mvmm&Qaa. blanc, qui joignant à l'aoèocif prosélgrtiq&e dit mtasbtiQauâ l'indomptable valeur des héros, en arrivèrent à conquérir d'importants territoires et à se faire dans le monde une immense! *part d'influence. Malheureusement, il en fut de cet Ordre fameux comme de tant d'autres institutions. Dans son zèle pour la foi religieuse était sa principale force ; vinrent les succès, et la foi s'en alla. Avec l'accroissement des richesses, et l'extension de la puissance, le mobile généreux disparut, la vraie gloire s'effaça. L'inévitable loi qui régit les grandeurs humaines atteignit cette corporation illustre, si bien qu'au moment dont nous parlons, les Teutsche Ritter en «talent logés à la même enseigne que les chevaliers de Malte. Néanmoins, l'Ordre possédait encore des biens considérables en diverses parties de l'Allemagne et, dans quelques villes, existait une sorte de maison centrale pour l'administration des revenus et l'expédition générale des affaires de la communauté qu'on appelait le Teutsche Mans. Il y avait à Wetelar un de ces établissements, et Thomme qui en exerçait la surintendance, le Amtmann comme on disait alors, n'était autre qu'un certain M. Bùff, personnage d'un attrait sans ékmto tfoit secondaire quand on 4e e&nsidèFeén
lui-même, mais qui avait pour fille l'aimable Charlotte, héroïne de cet épisode de la jeunesse de Goethe.
Selon toute vraisemblance, l'étî de 1772 vit naître l'aventure.
Parmi les jeunes gens venus à Wetzlar pour y suivre leur carrière, Goethe avait fait la connaissance d'un M. Kestner c homme de mœurs bourgeoises et débonnaires, d'un certain fonds d'érudition et médiocrement préoccupé du train dont va le monde l . » Ainsi nous le dépeignent les mémoires du temps, avec lesquels Goethe se trouve en parfait accord lorsqu'il nous le donne pour un personnage et calme et circonspect, d'esprit judicieux et ne déviant jamais, dans ses actes comme dans ses discours, t de la règle qu'il s'était posée. » Son zèle intelligent, son aptitude imperturbable lui avaient acquis l'intérêt de ses supérieurs et, pour compléter la situation qu'un avenir prochain lui promettait, il venait de