‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 15 sur 82 · XXIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXIV PRÉFACE

lat, qu'aucun travail scientifique ne m'avait si profondément intéressé; j'ai lu deux fois la préface des synoptiques et n'avance que très lentement, car je suis plein d'admiration... et de trouble. Je suis vieux ; beaucoup de questions sont présentées ici d'une façon si nouvelle, que j'en suis tout déconcerté ; mais ce que mon intelligence ne comprend pas, mon cœur le devine. Loisy est une noble conscience, et surtout une conscience fille de l'Eglise. Il ne se croit ni omniscient, ni infaillible. Là où il se trompe, il faut le lui montrer. Nos frères de Rome s'apprêtent à l'excommunier. Ce n'est pas là un argument. Evidemment Loisy est arrivé à ses vues honnêtement, sans le vouloir, en désirant même arriver à des vues contraires. Le retrancher de la communion des fidèles est un aveu de faiblesse, pour ne pas dire d'incrédulité. Ne croyez pas qu'en vous parlant ainsi je ne pense qu'au pape Pie X: je pense à lui sans doute, mais aussi à l'Eglise d'Orient, et surtout à l'Eglise d'Angleterre, qui a bien ses misères, ses difficultés, sa crise. Ici aussi nous sommes menacés par une notion mécanique ou matérialiste de l'Eglise, qui tend à faire croire que persécuter l'erreur et aimer la vérité soient deux termes synonymes... »

PRÉFACK XXV

Notre conversation fui malheureusement interrompue à ce moment*.

J'ai tenu à la noter parce qu'elle ma paru un exemple typique de la force de pénétration de la pensée de Loisy.

Cet ascendant mystérieux qu'il prend sur ceux qui consentent à cheminer (juelques instants avec lui, s'explique encore mieux à la lecture (le u Quelques lettres ».

Les autres œuvres nous montraient l'exégète, le savant, le penseur, celle-ci nous montre Ihomme ; elle présente le même intérêt que des mémoires, le réalisme d'une confession, la valeur historique d'une collection de documents.

Dans le choix des lettres à faire fis-urer dans ce recueil, l'auteur a été g-uidé par une seule préoccupation, celle d'éviter tout ce qui pourrait servir de prétexte à des mesures de persécution contre ses correspondants, ou éveiller de vaines curiosités.

Il a voulu dire, non seulement la vérité, mais toute la vérité, et a placé Ik des pages qui n'y

i. Au Congrès Pan-Anglican l'un des priJ-lals les plus en vue dAngleterre, le D' Talbot, évèque de Southwark, a prononcé de mémorables paroles, dont voici le résumé tel qu'il a été donné par le Guardian (24 juin, p. 1078). « The Bishop of SouUiwark admitted that modem ciilicism had jrreatly helped him in dealing with diflicullies found in Ihe Old TesLamenl. and helped him also the better to love and preach the Old Testament. »

XXVI PRÉFACi;

figureraient certainement pas, s'il avait cherché à faire de lui-même un portrait flatté ou à préparai" des matériaux pour sa légende. Je songe, en écrivant ceci, aux lettres adressées k M. Auguste Roussel, à l'inelïable Doni Chamard, au clianoine Henri Debout, lauréat de l'Académie française, curé du Sacré-Cœur à Calais.

Dans certaines d'entre elles, on sent gronder une légitime indignation; dans d'autres une compassion un peu hautaine ; toutes subjuguent et entraînent : on applaudit ; mais l'instant d après, on est pris de pitié pour les victimes. C'est qu'on a le sentiment qu'elles ne sont pas descendues de leur plein gré dans cette arène; et elles font songer à ces lamentables mules des courses espagnoles, que le taureau furieux éventre sans qu'elles sachent pourquoi.

Certes les procédés de la presse cléricale, qui, avec une superbe insolence, se pose en gardienne autorisée de l'orthoiloxie, dépassent en vulgarité et en vilenie ceux qui déshonorent une partie de la presse politique ; le fait qu'un prêtre, l'abbé Garnier, Directeur du Peuple français^ ait pu écrire un article où il accusait M. Loisy d'avoir été acheté par un juif et par un protestant, qu'il avait soin de ne pas nommer, alîn d'éviter des

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