‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 43 sur 82 · Voir aux Additions, p. 225, note !t · texte numérisé non relu

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LES MODERNISTES 10r>

(le sa pensée? On y va dans l'esprit de foi et (Tamour qui mettait sur les lèvres d'un des précurseurs du modernisme, le P. Lacordaire, la belle pensée : « 11 ne m'importe pas de convaincre d erreur mes adversaires; j'aspire à ni 'unir avec eux dans une vérité plus haute ».

On dira encore qu'avant de convertir le monde, les modernistes devraient bien se mettre d'accord entre eux et que l'unité de pensée est loin d'être complète entre ceux dans lesquels le modernisme salue ses représentants les plus incontestés.

Non, il n'v a pas unité de pensée ; et non seulement je le constate, mais je suis heureux de le constater. Et à ceux qui seraient tentés de reg-arder ces diversités comme un g^ag-e de mort, je conseille fort de lire, même superficiellement, le Nouveau Testament, et de voir si dans les premières communautés chrétiennes, il n'y avait pas des diversités aussi grandes, et si même des questions de principe ne furent pas en jeu.

Le modernisme est déjà virtuellement vainqueur. Mais qu'allons-nous parler de vainqueur ou de vaincu? Peut-être, aux approches de l'hiver, avezvous erré dans la forêt et remarqué certains platanes dont les feuilles ne semblent pas pouvoir tomber. Les autres ar]>res se dépouillent peu à peu : à la moindre brise leurs feuilles glissent mélanco-

liques et silencieuses. Pour ces platanes, au contraire, il faut que le vent souffle avec violence, et alors en quelques minutes, 1 arbre perd le tiers ou la moitié de sa frondaison. Pour enlever ce qui lui reste, il faudra quelque nouvelle tempête, et voici que, quand janvier arrive, au bout des branches dépouillées on voit encore sagiter quelques grandes feuilles qui ont résisté.

Le printemps vient, la sève monte; ça et là des bourgeons se montrent, et là-haut les vieilles feuilles sont toujours. Que pensent-elles de ce qui se passe là-bas dans le tronc ? Que pensent-elles des Ijourg'eojis ? Il y a si longtemps qu'elles furent jeunes et. depuis, elles ont été battues par tant d'orages, qu'elles ne comprennent plus. Et voici cependant qu un tremblement étrange les saisit. Ltvent du soir, les enveloppe, les berce. « C est hmanteau royal qu'il m'apporte, pense la vieille, la vénérable feuille. X'ai-je pas résisté triomphalement à tous les orages, vu disparaître toutes mes sœurs? » Ce n'était qu'un suaire qu'il lui ajiportait. et celle qui avait tant résisté, à son tour glisse silencieuse.

N'est-il pas vrai que quelque chose d'analogue si' passe dans le monde des institutions et des idées ?

Le modernisme est aussi sûr de l'avenir que la sève qui monte dans l'arbre, et toutes les forces j lancées contre lui seront aussi inelîicaces (|ue le .serait une armée envoyée contre le printemps, ou

plutôt je me trompe, les persécutions de l'autorité ecclésiastique ont rendu au modernisme un inestimable service en le préservant des sceptiques, des arrivistes, des dilettanti.

Pie X ne s'arrêtera pas à mi-cliemin. On le verra se tromper, non seulement sur l'orif^ine du mouvement nouveau, ses intentions, mais sur les faits les plus évidents et les plus caractéristiques. On verra cette autorité qui prétend scruter les secrets de Dieu, ne pas savoir faire des citations correctes, attribuer à ses enfants exactement le contraire de leur pensée et de ce qu'ils ont dit le plus clairement du monde.

Je n'ai pas à juger les bases métaphysiques de la bulle Pascendi ; mais quand elle prétend offrir un portrait fidèle du modernisme, j'ai le droit de dire que ce portrait n altère pas seulement la physionomie de ceux qu'il condamne, mais qu'il les défigure complètement.

Non, il n'est pas exact que les modernistes partent d'un a priori, et que leur exégèse soit la fille de leur philosophie. L'abbé Loisy, comme l'abbé Minocchi, comme tant d'autres qu'on pourrait nommer et dont je tais le nom, par prudence, prêtres ou laïques, religieux ou prélats, sont partis de l'étude patiente des textes*.

1. Celle idée esl développée avec un bonheur particulier dans CathoUci : « Lendemains d'encyclique » (p. 10 cl suivanles). On y montre que, non seulement les initiateurs du modernisme

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Et même ceux qui se sont cantonnés dans la philosophie, comme les Blondel, les Laberthonnière, les Fonsegrive, les Le Roy, ne sont pas partis (Va priori, mais de l'observation du fait relig-ieux.

Non, il nest pas exact que le modernisme provienne de l'ig-norance de la scolastique, puisque ses chefs en ont été nourris et que des hommes comme Tyrrell et Murri furent, il n'y a pas très longtemps, remarqués et signalés par les maîtres officiels de l'enseignement scolastique actuel.

L'incompréhension de l'autorité devant Loisy est un fait plus grave que la condamnation de Galilée. Rapprocher son volume l Évangile et r Eglise, du Syllabus Lamentabili ou de l'encyclique Pa.scencli, est un travail qui ne dépasse pas des capacités même moyennes'. Et on est bien forcé de voir que personne autant que lui n'a ébranlé la position de ceux qui font de la doctrine au lieu d'histoire, et ne comprennent rien à celle-ci. (Voir Autour d'un petit livre, pages 18 et 19.)

Apres cela, est-il nécessaire de nous arrêter longuement aux mesures prises par Pie X, à l'orga-

sont partis d'études spéciales scientifiques, mais que le mouvement LréuL'i'al provient de l'élan donné à l'érudition et aux études historiques dans les Instituts catholiques.

•1. Ce travail a été fait par M. Loisy lui-même, dans le troisième petit livre roui;e : Simples réflexions.

nisation policièri' (|u"il a rêvée plus serrée et plus implacable que llnquisition ? Est-il nécessaire de vous rappeler tous ces tribunaux occultes, secrets, entre les mains (les(juels sera la réputation et le sort des évêques aussi bien que celui des simples prêtres !

Que penser de Faveug-lement de ceux qui aujourd'hui font un gigantesque — et inutile — effort contre les libertés les plus élémentaires, et qui, demain, quand s'ouvrira en France le grand débat sur l'enseignement supérieur, deviendront les paladins de la liberté.

Mais il faut que j'aille jusqu'au bout de ma pensée, et que je vous dise un mot dos difficultés, encore plus tristes, au milieu desquelles vit le modernisme. Je vous les dirai, non pour jeter en vos cœurs des ferments de colère, mais pour vous montrer combien ces pauvres modernistes, dont le pape trace un si sinistre portrait, ont besoin de virilité pour ne pas se décourager.

On ne leur envoie pas seulement quelquefois des inquisiteurs officiels, plus souvent officieux, on est tout heureux quand, devant leur porte ou sur leur passage, se lève quelque équivoque personnage, pour les injurier et proférer contre eux les accusations les plus saugrenues.

Je plains Pie X, en voyant ceux qui se sont faits les thuriféraires de lencyclique, et dont il a un peu la responsabilité, puisqu'il leur fait accor-

der rimprimatvir et ne se lasse pas de leur envoyer ses félicitations et ses bénédictions.

Il est tristement instructif de voir quelles grossièretés ont reçu, en quelques heures, toutes les permissions nécessaires, tandis que les travaux d'hommes, comme le P. Lag-range ou le P. Rose, attendent depuis des années un Nihil ohstat qui ne vient pas. Voulez vous un échantillon ? je le prends au hasard dans une brochure de Monsignor Matone^ imprimée à Rome, à la typographie pontificale de rinstitut de Pie IX, et intitulée : Unpo di coerenza. Sag(jiodi logica et di religione rnodernistaK

Veuillez m excuser de ne pas le traduire, mais il y a quelques-uns de ces mots dont on ne trouve pas facilement l'équivalent dans un dictionnaire de bonne compagnie.

Ce prélat, après avoir déploré que les galères n'existent plus pour y envoyer les modernistes, assassins des âmes, se demande qui sont ceux-ci. Voici la réponse qu'il se fait à lui-même (p. 20).

« E una razza invereconda, che si diletta dell'inganno e délia calunnia ; una razza di degenerati, di ambiziosi senza fede ; senza vero ingegno, senza seri studi, senza decoro, che da qualche tempo si è data ad attaccare la religione degli avi nostri, la Ghiesa, il Romano Pontefîce, con accanimento di bestie lerce ed affamate, con brigantesca ferocia, con

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