‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 55 sur 82 · De Fide can. ni · texte numérisé non relu

De Fide can. ni

par quel artifice de raisonnement en viennent-ils à expliquer cette même histoire absolument en dehors de Dieu, qui est tenu pour n'y avoii' point eu elVectivement de part? Le comprenne qui |)ouri'a. Toujours est-il qu'une <:ho3e, peureux, parfaitement entendue et arrêtée , c'est que la science doit être athée, pareillement l'histoire; nulle place, dans le champ de l'une, comme de l'autre, sinon pour les phénomènes : Dieu et le divin en sont bannis.

Quelles conséquences découlent de cette doctrine absurde, au regard de la personne sacrée du Sauveur, des mystères de sa vie et de sa mort, de sa résurrection et de son ascension glorieuse, c'est ce que nous verrons bientôt.

L'immanentisme (19-22)

19. L'agnosticisme n'est que le côté négatif dans la doctrine des modernistes; le côté positif est constitué par ce qu'on appelle Vi/nmanence vitale. Ils passent de l'un à l'autre en la manière que voici. Naturelle ou surnaturelle, la religion, comme tout autre fait, demande une explication. Or, la théologie naturelle une fois répudiée, tout accès à la révélation fermé par le rejet des motifs de crédibilité, qui plus est, toute révélation extérieure entièrement abolie, il est clair que, cette explication, on ne doit pas la chercher hors de l'homme. C'est donc dans l'homme même qu'elle se trouve, et comme la religion est une forme de vie, dans la vie même de l'homme. Voilà Vimmanence religieuse. Or. tout phénomène vital — et, on l'a dit, telle est la religion — a pour premier stimulant, une nécessité, un besoin; pour première manifestation, ce mouvement du cœur appelé sentiment. Il s'ensuit, puisque l'objet de la religion est Dieu, que la foi, principe et fondement de toute religion, réside dans un certain sentiment intime, engendré lui-même

par le besoin du divin. Ce besoin, d'ailleurs, ne se trahissant que dans de certaines rencontres déterminées et favorables, n'appartient pas de soi au domaine de la conscience : dans le principe, il gît au-dessou:., et selon un vocable emprunté de la philosophie moderne, dans la suhconscience, où il faut ajouter que sa racine reste cachée, entièrement inaccessible à l'esprit.

Veut-on savoir maintenant en quelle manière ce besoin du divin, si l'homme vient à l'éprouver, se tourne linah'iiient en religion ?

20. Les modernistes répondent. La science et l'histoire sont enfermées entre deux bornes : l'une extérieure, du monde visible ; l'autre intérieure, de la conscience. Parvenues là, impossible à elles de passer outre : au delà, c'est Vinconnaissahle. Justement, en face de cet inconnaissable, de celui, disons-nous, qui est hors de l'homme, par delà la nature visible, comme de celui qui est en l'homme même, dans les profondeurs de la subconscience, sans nul jugement préalable (ce qui est du Tpav fidéis me), le besoin du divin suscite dans l'àme portée à la religion, un sentiment particulier. Ce sentiment a ceci de propre qu'il enveloppe Dieu, et comme objet et comme cause intime, et qu'il unit en quelque façon l'homme avec Dieu. Telle est, pour les modernistes, la foi, et dans la foi ainsi entendue, le commencement de toute religion.

21. Là ne se borne pas leur philosophie, ou, pour mieux dire, leurs divagations. Dans ce sentiment ils trouvent donc la foi ; mais aussi avec la foi et dans la foi, la révélation.

El pour la révélation, en effet, que veut-on de plus? Ce sentiment qui apparaît dans la conscience, et Dieu qui, dans ce sentiment, quoique confusément encore. se manifeste à l'âme : n'est-ce point là une révélation, ou tout au moins un commencement de révélation '

Même, si l'on y rcgcarde bien, du momont que Dieu est lout ensemble cause et objet do la foi, dans la foi, on i.rouve donc la révcMalion et comme venant de Dieu et comme portant sur Dieu, c'est-à-dire que Dieu y est dans le même temps révélateur et révélé. 22. De là, Vénérables Frères, cette doctrine absurde des modernistes, que toute religion esf à la fois naturelle et surnaturelle, selon le point de vue. De là, l'équivalence entre la conscience et lu révélation. De là, enfin, la loi qui érige la conscience rpligieuKo en règle universcïlle, entièrement de pair avec la révélation et à laquelle tout doit s'assujettir, jusqu'à l'autorité su[)rême, dans sa triple manifestation, doctrinale, cultuelle, disciiilinaire.

(Conséquence : déformation de l'histoire religieuse (23-28)

23. On ne donnerait pas une idée complète de l'origine de la foi et de la révélation, telle que l'entendent les mod(M'nistes, si l'on n'attirait l'attention sur un point fort impoi'tant, à raison des conséquences liistoricoi-ritiques qu'ils en tirent.

Il ne faut pas croire que V inconnaissable s'oifrc à la foi, isolé et nu ; il est, au contraire i-elié étroitement à un phénomène qui pour appartenir au domaine de la science et de l'histoire, ne laisse pas de le déborder par (|uelque endroit: ce sera un fait de la nature, enveloppant quelque mystère; ce sera encore un homme dont le caractère, les actes, les paroles paraissent déconcerter les communes lois de l'histoire. Or, voici ce qui arrive : V inconnaissable, dans sa liaison avec un phénomène, venant à amorcer la foi, celle-ci s'étend au phénomène lui-même et le pénètre en quelque sorte de sa propre vie. Deux conséquences en dérivent. Il se produit, en premiei- lieu, une espèce de transfigurcilion du phénomène, que la foi hausse au-dessus de lui-même et de sa vraie réalité, comme pour le mieux adapter, ainsi

qu'une matière, à la forme divine qu'elle veut lui donner. Il s'opère en second lieu, une espèce de di-figurulion du phénomène, s'il est permis d'employer ce mot, en ce que la foi, l'ayant soustrait aux conditions de l'espace et du temps, en vient à lui attribuer des choses qui, selon la réalité, ne lui conviennent point. Ce qui arrive surtout, quand il s'agit d'un phénomène du passé', et d'autant plus aisément que ce passé est plus lointain. De fette double opération, les modernistes tirent deux luis qui, ajoutées à une troisième déjà fournie par l'a^^nosticisme. forment comme les bases de leur critique historique. 24. Un exemple éclaircira la chose, et Jésus-Christ va nous le fournir. Dans la personne du Christ, disentils, la science ni l'histoire ne trouvent autre chose qu'un homme. De son histoii'e. donc, au nom de la première loi, basée sur l'agnosticisme, il faut effacer tout ce qui a caractère de divin. La personne historique du Chrisi a été transfif/uréeTpar la foi : ilfautdoncretrancherencore de son histoire, de par la seconde loi, tout ce qui l'élève au-dessus des conditions historiques. Enfin, la même personne du Christ a été défigurée par la foi : il faut donc, en vertti de la troisième loi, écarter en outre de son histoire les paroles, les actes, en un mot, tout ce qui ne répond point à son caractère, à sa condition, :i son éducation, au lieu et au temps où il vécut. — Étrange paraîtra, sans doute, cette façon déraisonner: telle est pourtant la critique moderniste.

25. Le sentiment religieux, qui jaillit ainsi, \r,ir ininmnence vitale, des profondeurs de la subconscience, est le germe de toute religion, comme il est la raison de tout ce qui a été ou sera jamais, en aucune religion. Obscur, presque informe à l'origine, ce sentiment est allé progressant sous l'influence secrète du principe qui lui donna l'être, et de niveau avec la vie humaine, dont ou se rappelle qu'il est une forme. Ainsi naquirent toutes

SUR LKS DOCTRINES DKS MODERNISTES 107

les religions, y comprises les religions surnaiurelles : lilles ne sont toutes que des efflorescences de ce senlimeiu. 26. VA que l'on n'attende pas une exception en faveur de la religion catholique : elle est mise entièrement sur le pied des autres. Son berceau fut la conscience de Jésus-Christ, homme de natui'e exquise, romme il n'en fut ni n'en sera Jamais : elle est née là, non d'un autre principe que de V immanence vitale. — 27. On est saisi de stupeur en face d'une telle audace dans l'assei'tion, d'une telle aisance dans le hlaspiièmc. Et <;e ne sont point les incrédules seuls, Vénérables Frères, qui profèrent de telles témérités : ce sont des catholiques, ce sont des prêtres même, et nombreux, qui les publient avec ostentation. Et dire qu'ils se targuent, avec de telles insanités, de rénover l'Église! 28. Certes, il ne s'agit plus de la vieille erreur qui dotait la nature humaine d'une espèce de droità l'ordre surnaturel. Que cela est dépassé ! En l'homme qui est Jésus-Christ aussi bien qu'en nous, notre sainte religion n'est autre chose qu'un fruit propre et spontané de la nature. Y a-t-il rien en vérité qui détruise plus radicalement l'ordre sui'naturel ? C'est donc avec souverainement de raison que le Concile du Vatican a décrété ce qui suit : Si quelqu'un dit que l'homme ne peut être élevé à une connaissance et !i une perfection qui surpas^ienl lu nature, mais qu'il peut et qu'il doit, par un progrès continu, parvenir enfin de luiinême à la pos^icssion de tout vrai et de tout bien; qu'il soit anathème '.

l'.oinnii'nt naissent les dogmes (29-33)

29. Nous n'avons vu jusqu'ici. Vénérables Frères, aucune place faite à l'intelligence. Selon les modernistes, elle a pourtant sa part dans l'acte de foi, et il importe d(^

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