De Revel. oan. ui
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dire laquelle. — Le sentiment dont il a et*'' question — précisément parce qu'il est sentiment et non connaissance — fait bien surgir Dieu en l'homme, mais si confusément encore, que Dieu, à vrai dire, ne s'y distingue pas ou à peine, de l'homme lui-même. Ce sentiment, il faut donc qu'une lumière le vienne irradier, y mettre Dieu en relief, dans une certaine opposition avec le sujet. C'est l'office de l'intelligence, faculté de pensée et d'analyse, dont l'homme se sert pour traduire, d'abord en représentations intellectuelles, puis en expressions verbales, les phénomènes de vie dont il est le théâtre. De là ce mot devenu banal chez les modernistes : l'homme doit penser sa foi. L'intelligence survient donc au sentiment et se penchant en quelque sorte sur lui. y opère à la façon d'un peintre qui, sur une toile vieillie, retrouverait et ferait reparaître les lignes etîacée> du dessin : telle est, à peu de chose près, la comparaison fournie par l'un des maîtres des modernistes. Or. en ce travail, l'intelligence a un double procédé : d'abord, par un acte naturel et spontané, elle traduit la chose en une assertion simple et vulgaire; puis, faisant appel à la réflexion et à l'étude, travaillant sur su pensée, comme ils disent, elle interprète la formule primitive, au moyen de formules dérivées, plus approfondies et plus distinctes. Celles-ci, venant à être sanctionnées par le luagistère de l'Eglise, constitueront h' dogme.
30. Le dogme, son origine, sa nature, tel est le point <;apital, dans la doctrine des modernistes. Le dogme, d'après eux, tire son origine des formules primitives et simples, essentielles, sous un certain rapport, à la foi, car la révélation, pour être vraie, demande une claire apparition de Dieu dans la conscience. Le dogme luimême, si on les comprend bien, est contenu proprement dans les formules secondaires. Maintenant, i>our
SUR LES UOCTRlNliS DES MODERNISTES 159
bien etjteridrc sa nature, il faut vuir avant tout quelle -soi'tc de rapport il y a entre les formules i eliyieuses et 1(' sentiment religieux.
Ce qui ne sera pas malaisé à découvrir, si l'on se reporte au but de ces mêmes formules, ijui est de fournir au croyant le moyen de se rendre compte de sa foi.
Elles constituent donc entre le croyant et sa foi, une sorte d'entre-deux : par rapport à la foi, elles ne sont que des signes inadéquats de son objet, vulgairement des symboles; par rapport au croyant, elles ne sont (juc de purs instruments.
D'où l'on peut déduire qu'elles ne contiennent point la vérité absolue : comme symboles, elles sont des images de la vérité, qui ont à s'adapter au sentiment religieux, dans ses rapports avec l'homme : comme instruments, des véhicules de vérité, qui ont réciproquement à s'accommoder à l'homme dans ses rapports avec le .sentiment religieux. Et comme l'ulisolu, qui est l'objet de ce sentiment, a des aspects infinis, sous lesquels il peut successivement apparaître; comme le croyant, d'autre part, peut passer successivement sous des conditions fort dissemblables, il s'ensuit que les formules dotimaticjucs sont soumises à ces mêmes vicissitudes, partant sujettes à mutation.
Ainsi est ouverte la voie à la variation substantielle des dogmes. Amoncellement infini de sophismes, où toute religion trouve son arrêt de mort.
31. Evoluer et changer, non seulement le dogme le peut, il le doit : c'est ce que les modernistes affirment hautement et qui d'ailleurs découle manifestement de leurs principes. — Les formules religieuses, en effet, pour être véritablement religieuses, non de simples spéculations théologiques, doivent être vivantes, et de la vie même du sentiment religieux : ceci est une doctrine capitale dans leur système, et déduite du principe de
l'immanence vitale. Ne l'entendez pas en ce sen» qu'if soit nécessaire de construire les formules, surtout si elles sont Imaginatives, précisément en vue du sentiment : non, leur origine, leur nombre, jusqu'à un certain point leur qualité mèm(,', importent assez peu : ce qu'il faut, c'est que le sentiment, a[irès les avoir convenablement modifiées, s'il y a lieu, se les assimile vitalement.
Ce qui revient à dire que la formule primitive demande à être acceptée et sanctionnée par le cœur ; le travail subséquent, d'où s'engendrent les formules secondaires, à être fait sous la pression du cœur. C'est en cette vue surtout, c'est-à-dire afin d'être et de rester vivantes, qu'il est nécessaire qu'elles soient et qu'elles restent assorties et au croyant et à sa foi. Le jour où cette adaptation viendrait à cesser, ce jour-là elles se videraient du même coup de leur contenu primitif : il n'y aurait d'autre parti à prendre que de les changer. — 32. Etant donné le caractère si précaire et si instable des formules dogmatiques, on comprend à merveille que les modernistes les aient en si mince estime, s'ils ne les méprisent ouvertement. Le sentiment religieux, la vie religieuse, c'est ce qu'ils ont toujours aux lèvres, ce qu'ils exaltent sans fin. En même temps, ils réprimandent l'Église audacieusement, comme faisant fausse route; comme ne sachant pas discerner de la signification matérielle des formules, leur sens religieux et moral; comme s'attachant opiniâtrement et stérilement à des formules vaines et vides, cependant (|u'elle laisse la religion aller à sa ruine. 33. Aveugles et conducteurs d'aveugles qui, enflés d'une science orgueilleuse, en sont venus à cette folie, de pervertir l'éternelle notion de la vérité, en même temps que la véritable nature du sentiment religieux; inventeurs d'un système où on les voit, sous l'empire d'un amour aveugle et effréné de nouveauté.
SIR LES dociium:s des modernistes ici
ni' se préoccuper aucunement de trouver un point d'appui solide à la vérité, mais, mépris;) nt les saintes et apostoliques traditions, embrasser d'autres doctrines vaincs, futiles, incertaines, condamnées par lEylise, sur lesquelles, hommes très vains eux-mêmes, ils prétendent appuifer et asseoir l.i réiilé ' .
ij 11. l.A CKOYANCIi Cllb:Z LE MODKIÎMSTE (34-44)
L'expérience individuelle, source de la certitude religieuse (34-37)
34. Toi est, Vénérables Fi-ères. le modei-niste philosophe. Si maintenant, passant au crovant, nous voulons savoii- 011 quoi, chez ce même niodoimisto, il se distingue du philosophe, une chose est pi-oniièrement à noter: c'est que le philosopiie admet bien la réalité divine comme objet de la foi ; mais cette réalité, pour lui, n'existe pas ailleurs que dans l'âme même du croyant, c'est-à-dire comme objet de son sentiment et de ses affirmations : ce qui ne sort pas, après tout, du monde des phénomènes. Si Dieu existe en soi. hors du sentiment et liors des affiimations, c'est de quoi il n'a cure: il en fait totalement abstraction. Pour le croyant, au contraire. Dieu existe en -oi. indépendamment de lui, croyant, il en a la certitude, «t c'est par là qu'il se distingue du philosophe. 35. Si maintenant vous demandez sur quoi, on tin de compte, cette certitude repose, les modernistes répondent : sur V expérience individuelle. Ils se séparent ainsi des rationalistes, mais pour verser dans la doctrine des protestants et des pseudo-mystiques. Voici, au surplus comme ils •expliquent la chose. Si l'on pénètre le sentiment religieux, on y découvrira facilement une certaine intuition du cœur, grâce à laquelle et sans nul intermédiaire, l'homme atteint la réalité même de Dieu : d'où une ccr-