‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 59 sur 82 · III. LI-; MODER.MSTE THÉOLOGIEN · texte numérisé non relu

III. LI-; MODER.MSTE THÉOLOGIEN

Les deux principes générateurs : immanence et sijmholisme (45-50)

45. Ici, Vénérables Frères, se présente à nous le moderniste théologien. La matière est vaste et compliquée : Nous la condenserons en peu de mots. Ce dont il s'agit, c'est de con(-ilicr la science et la foi, tout naturellement par subordination de la foi à la science. La méthode du moderniste théologien, est toute en'iière à prendre les principes du philosophe et à les adapter au croyant : et c'est à savoir, le.- principes de i immanence et du symbolisme. Fort simple est le procédé. Le philosophe disait: Le principe de la foi est immanent; le Ci-oyant ajoutait : Ce principe est Dieu ; le théologien conclut : Dieu est donc immanent dans l'homme. Immanence théologique. De même, le ijhiiosophe disait : Les représentations de l'objef de la foi sont de purs symboles ; le croyant ajoutait : L'objet de la foi est Dieu en soi; le théologien conclut : Les représentations de la réalité divine sont donc purement symboliques. Symbolisme théologique. Insignes eireurs, plus pernicieuses l'une que l'autre, ainsi qu'on va le voir clairement par les conséquences.

46. Et.poui' commencer par le symbolisme, comme les symboles sont tout ensemble et symboles au regard dil'objet, et instruments au regard du sujet, il découle de là deux conséquences: la première, c'est que le croyant ne doit point adhérer précisément à la formule en tant que foi'mule, mais eu user purement pour atteindre à la vérité absolue, que la formule voile et dévoile en même temps, qu'elle fait elToif pour exprimer, sans y parvenir

SUR LES DOCTRINES DES MODERMSTES l('>f>

jamais. La seconde c'est que le croyant doit employer «•es formules dans la mesure où elles peuvent lui servir, rar c'est pour seconder sa foi, non pour l'entraver, qu'elles lui sont données; sous réserve toujoui-s du respect social qui leur est dû, pour autant ([ue le magistère public les aura jugées aptes à, traduire la conscience commune, et jusqu'à ce qu'il ait réformé ce jugement. — 47. Pour ce qui est de l'immanence, il est assez malaisé de savoirsurce pointla vraie pensée des modernistes, tant leurs opinions y sont divergentes. Les uns l'entendent en ce sens que Dieu est plus présent à Tliomme, que l'homme n'est présent à lui-même : ce qui, sainement compris, est irrépi'ochable. D'autres veulent que l'action de Dieu ne fasse qu'un avec l'action de la nature, la cause première pénéti-ant la cause seconde: ce qui est en réalité la ruine de l'ordre surnaturel. D'autres enfin expliquent tellement la chose qu'ils se font soupçonner d'interprétation panthéiste : ceux-ci sont d"aecord avec eux-mêmes et vraiment logiques.

48. A ce principe d'immanence, il s'en rattache un autre que l'on peut appeler de permanence divine: il diffère du premier, à peu près comme l'expérience transmise par iradition de la simple expérience individuelle. 49. Un exemple éclaicira la chose, et il sera tiré de l'Eglise et des Sacrements. Il ne faut pas s'imaginer, disent-ils, que les Sacrements et l'Église aient été institués immédiatement par Jésus-Christ. Cela est en contradiction avec l'agnosticisme qui, en Jésus-Christ, ne voit autre chose qu'un homme, dont la conscience, à l'instar de toute conscience humaine, est allée se formant peu à peu : avec la loi d'immanence, qui répudie les applications faites du dehors, comme ils disent ; avec la loi d'évolution, qui demande du temps pour le développement des germes, ainsi qu'une série changeante de circonstances; avec l'histoire enfin, qui constate que les choses se sont

passée» effectivement selon les exigences de ces lois. Ce qui n'empêche point, et il faut l'affirmer, que rÉgliso et les Sacrements aient été institués médialement par Jésus-Christ. Voici de quelle manière. Toutes les consciences chrétiennes furent enveloppées en quelque sorte dans la conscience du Christ, ainsi rjue la plante dans son germe. Et de même que les rejetons vivent de la vie du germe, ain.-.i faut-il dii-e que tous les clirétien< vivent de la vie de Jésus-Christ. Or la vie de Jésus- Christ est divine, selon la foi : divine sera donc aussi la vie des chrétiens. Et c'est pourquoi, s'il ari-ive(|ue la vie chrétienne, dans la suite des temps, donne naissance aux Sacrements et à l'Église on pourra affirmer en toute vérité que l'origine en vient de Jt-su-s-Chi-ist, et f|u'elle est divine. C'est par le même {)rocédé que la divinité sera octroyée aux Saintes Eci-itures, qw'ellele sera aux dogmes. — 50. Là se borne à peu près la tliéologie demodernistes: mince bagage sans doute, mais plus que suffisant, si l'on tient, avec eux, que la foi doii en ]iasseipar tous les caprices de la science. De tout ceci, Nous laisserons à chacun le soin d'en faire l'application à ce <|ui va suivi-o : elle est aisée.

Ce que deviennent le dotjme et les sacrements (51-55) —

51. Nous avons surtout parlé jusiju'ici de l'origine et ihla nature de la foi. Or dans le système des modernistes, la foi a plusieurs l'ejetons, dont voici les pi-incipaux : l'Eglise, le dogme, le culte, les Livi-es Saints. Voyorice qu'ils en disent. 52. Poni- conameticer parle dogme, il est si connexe avec la foi, que Nous avons déjà dû en retracer plus haut l'origine et la nature. 11 nait du besoin qu'éprouve le croyant de travailler sur sa pensée religieuse, en vue d'éclairer de plus en plus et sa propre conscience et celle des autres. Ce travail consiste à pénétrer et à expliquer la formule primitive : ce qui ne doit

point s'entendre d'un dévoloppoment d'ordre rationnel et logique, mais commandé entièrement pai' les circonstances : ils l'appellent d'un mot assez ohscui- pour qui n'est pas au fait de li'ur langage, vital. Il anùve ainsi qu'autour de la formule primitive, naissent peu à peu des formules secondaires : organisées parla suite en corps de doctiine, ou, pour parler avec eux, en constructions docti'inales,sanctionnéesen outre parle magistère public, comme répondant à la conscience commune, elles recevront le nom de dogme, f 3. Du dogme, il faut distinguer avec soin les pures spéculations tliéologiques. Celles-ci, d'ailleurs poui- n'être point vivantes, à proprement parler, de la vie de la foi, ne laissent pas d'avoir leur utilité : elles servent à concilier la religion avec la science, à supprimer (Mitre elles tout conflit; de même à éclairer extérieurement la religion, à la défendi-e ; elles peuvent enfin constituer une matière en préparation pour un dogme futur. — 54. Du culte, il y aurait peu à dire, si ce n'était que sous ce mot sont compris les Sacrements ; et sur les Sacrements les modernistes grefl'ent de fort graves erreurs. Le culte naît d'une double nécessité, d'un double besoin : car on Ta remarqué, la nécessité, le besoin, telle est, dans leur système, la grande et universelle explication. Le premier besoin, ici, est de donnera la religion un corps sensible; le second, de la pi'opager, à (pioi il no faudrait pas songer sans formes sensibles ni sans les actes sanctifiants que l'on appelle Saci-ements. 55. Les Sacrements, pour les modernistes, sont de purs signes ou symboles, bien que doués d'efficacité. Ils les comparent à de certaines paroles, dont on dit vulgairement qu'elles ont fait fortune, parce qu'elles ont la vertu de faire rayonner des idées fortes et pénétrantes, qui impressionnent et remuent. Comme ces paroles sont à ces idées, de même les Sacrements au sentiment religieux. Rien de plus. Autant dire, en vérit('', et plus

clairement, que les Sarrements n'ont été institués nue pour nourrir la foi : proposition condamnée par le Concile de Trente : Si (pidlqu'un dit que les Sacremen(>i nont été institués que pour nourrir la foi, quil soit nnulhi'ine^.

... Les Livres Saints (56-58)

56. De l'origine et de la nature des Livres Saints. Nou» avons déjà touché ([ueique chose. Ils ne constituent, non plus, que de simples rejetons de la foi. Si l'on veut les définir exactement, on dira qu'ils sont le recueil des expériences faites dans une religion donnée, non point expériences à la portée de tous et vulgaires, mais extraordinaires et insignes. Ceci est dit de nos Livres Saints de l'Ancien et du Nouveau Testament aussi bien que des autres. Et une remarque qu'ils ajoutent, fort avisée à leur point de vue, c'est que si l'expéi-ience roule toujours sur le présent, elle peut puiseï- néanmoins sa matière et dans le passé et dans l'avenir, attendu ■que le croyant vit sous la forme du présent, et les choses du passé qu'il fait renaître par le souvenir, et celles de l'avenir qu'il anticipe par la prévision. De là. parmi les Livres Saints, les liivres historiques et les apocalyptiques. —

57. C'est Dieu qui parle dans ces Livres, par l'organe du croyant; mais, selon la théologie moderniste par voie d'immanence et de pei-manence vitale. —

58. Demande-t-on ce qu'il en est de l'inspiration. L'inspiration, répondent-ils, ne diffère pas, si ce nest par l'intensité, de ce besoin qu'éprouve tout croyant de communiquer sa foi. par l'écrit ou par la parole. On trouve quelque chose de semblable dans l'inspiration poétique, et on se souvient du mot fameux : Un Dieu est en nous; de lui qui nous agite, vient cette flamme.

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