‹ Les modernistes, notes d'histoire religieuse contemporaine, avec le texte intégral de l'Encyclique Pascendi, du Syllabus Lamentabili et de la Supplique d'un groups de Catholique française au pape Pie XChapitre 61 sur 82 · Loc. cit · texte numérisé non relu

Loc. cit

SLK LKS DOr.TRlNKS DES MODEUMSTES 183

j^ IV. I.i; MODERNISTK HISTORIEN ET ClilTIOUE (83-95)

83. Aprt's avoir étudié chez les modernistes le philosophe, le ci"oyaiii, lé théologien, il Nous reste à considérer l'historien, le critique, l'apoloyiste, le réformateur.

Déformation arbilruirc de l'histoire (83-87)

Certains d'entre les modeiTiistes, adonnés aux études historiques, paiaissentredouter très fortqu'ou les prenne pour des philosophes : de philosophie, ils n'en savent pas le premier mot. Astuce profonde. Ce qu'ils craignent, c'est qu'on ne les soupçonne d'apporter en histoire des idées toutes faites, de proven.-mce philosophique, qu'on ne les tienne pas pour assez objectifs, comme on dit aujourd'hui. Et pourtant, que leur histoire, que leur critique soient pure œuvre de philosophe ; que leurs conclusions historico-critiques viennent en droiture de leurs principes philosophiques : rien de plus facile à démontrei-. Leurs trois premières lois sont contenues dans trois principes philosophiques déjà vus : savoir, le principe de Vaffnosticisme; le principe de la trans/it/uration des choses par la foi; le principe, enfin, tjue Nous avons cru pouvoir nommer de défiguration. — 84. De par Vagnoslicisme, l'histoire, non plus que la science, ne roule que sur des phénomènes. Conclusion : Dieu, toute intervention de Dieu dans les choses humaines, doivent être renvoyés à la foi, comme de son ressort exclusif. Que s'il se présente une chose, où le divin et l'humain se mélangent, Jésus-Christ, par exemple, rÉglise. les Sacrements, il y aura donc à. scinder ce composé et à en dissocier les éléments : l'humain restera à l'histoire, le divin ira h la foi. De là, fort courante chez les modernistes, la distinction du Christ de l'histoire et du Christ de la foi, de l'Église de l'histoire et de l'Eglise de la foi, des Sacrements de l'histoire

et des Sacrement» de la foi, et ainsi de suite. — 85. Puis, tel qu'il apparaît dans les documents, cet élément humain retenu pour riiistoire, a été lui-même frans/îgrur-^ manifestement par la foi, c'est-à-dire élevé au-dessus des conditions historiques. Il faut donc en élizniner encore toutes les adjonctions que la foi y a faites, et les renvoyer à la foi elle-même et à l'histoire de la foi: ainsi, en ce qui i-egarde Jésus-Christ, tout ce qui dépasse l'homme selon sa condition naturelle et selon la conception que s'en fait la psychologie, l'homme aussi de telle région et de telle époque. — 86. Entiii.au nom du troisième principe philosophique, les choses mêmes qui ne dépassent pas la sphère historique, sont passées au crible : tout ce qui. an jugement des modernistes, n'est pas dans la logique des faits, comme ils disent, tout ce qui n'est pas assorti aux personnes, est encore écarté de l'histoii'e et renvoyé à la foi. Ainsi ils prétendent que Notre Seigneur n'a jamais proféré de parole qui ne pût être comprise des multitudes qui l'environnaient. D'où ils infèrent que toutes les allégories que l'on rencontre dans ses discours doivent être rayées de son histoire réelle, et transférées à la foi. 87. Demande-t-on peut-être au nom de quel critérium s'opèrent de tels discernements? Mais c'est en étudiant le caractère de l'homme, sa condition sociale, son éducation, l'ensemble des circonstances où se déroulent ses actes : toutes choses, si Nous l'entendons bien, qui se résolvent en un critérium purement subjectif. Car voici le procédé: ils cherchent à se revêtir de la personnalité de Jésus-Christ : puis tout ce qu'ils eussent fait eux-mêmes en semblables conjonctures, ils n'hésitent pas à le lui attiibuer. — Ainsi, absolument a priori, et au nom de certains principes philosophiques qu'ils affectent d'ignorer, mais qui sont les bases de leur système, ils dénient au Christ de l'histoire réelle.

la divinité, comme ù ses actes, tout caractère divin; ijuant à l'homme, il n'a fait ni dit que ce qu'ils lui permettent, eux, en se rcport;int aux temps où il a vécu, de faii-e ou de dire.

... .Arec l'aide de l;i critique (88-01)

88. Or, de même que l'histoire reçoit delà philosophie ses conclusions, toutes faites, ainsi de l'histoire, la critique. En effet, sur les données fournies par l'historien, le critique fait deux parts dans les documents. Ceux qui répondent ù la iriple élimination vont à l'histoire de la foi ou à l'histoire intérieure ; le résidu reste à l'histoire réelle. Car ils distinguent soigneusement cette double histoire ; et ce qui est à noter c'est que l'histoire de la foi ils l'opposent à l'histoire réelle, précisément en tant que réelle : d'où il suit (jue des deux Christs que Nous avons mentionnés, l'un est réel, l'autre, celui de la foi, n'a jamais existé dans la réalité; l'un a vécu en un point du temps et de l'espace, l'autre n'a jamais vécu ailleurs que dans les pieuses méditations du croyant. Tel par exemple le Christ que nous offre l'Evangile de St. Jean : cet Évangile n'est d'un bout à l'autre qu'une pure contemplation.

89. Là ne se borne pas la tutelle exercée par la philosophie sur l'histoire. Les documents partagés en deux lots, comme il a été dit, voici reparaître le philosophe avec son principe de V immanence vitali\ L'immanence vitale, déclare-t-il, est ce qui explique tout dans l'histoire de l'Église ; et puisque la cause ou condition de toute émanation vitale réside dans quelque besoin : il s'ensuit que nul fait n'anticipe sur le besoin correspondant; historiquement, il ne peut que lui être postérieur. — Là-dessus, voici comment l'historien opère.

S'aidant des documents qu'il peut recueillir, contenus dans les Livres Saints ou pris d'ailleurs, il dresse une

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sorte de iiomeiiclatiu-o des besoin» succes.-?ifs par où est passée l'Eglise; et une fois dressée, il la remet au critique. Celui-ci, la recevant d'une main, prenant, de Fautre, le lot de documents assignés à l'histoire de la foi, échelon ne ceux-ci le long des âges, dans un ordre et à des époques qui répondent exactement a celle-là, guidé par ce principe, que la narration no peut que suivre le fait, comme le fait, le besoin. Il est viai, d'ailleurs, que certaines parties des Livres Sainis, les Épitres, par exemple, constituent le fait même créé par le besoin. Mais quoiqu'il en soit, c'est une loi, que la date des documents ne saurait autrement se déterminer que par la date des besoins auxquels successivement l'Eglise a été sujette.

90. Suit une autre opération, car il y a à distinguer entre l'origine d'un fait et son développement : ce qui naît en un jour ne prend des accroissements qu'avec le temps.

Le criticjue reviendra donc aux documents échelonnés déjà par lui à travers les âges, et en fera encore deux parts, l'une se rapportant à l'origine, l'autre au développement. Puis, la dernière, il la répartira à diverses époques, dans un ordre déterminé. Le principe qui le dirigera dans cette opération lui sera fourni une fois de plus par le philosophe. Car d'après le philosophe, une loi domine et régit l'histoire, c'est l'évolution. A l'historien donc de scruter à nouveau les documents, d'y recherchei* attentivement les conjonctures ou conditions que l'Église a traversées, au cours de sa vie, d'évaluer sa foi'ce conservatrice, les nécessités intérieures et extérieures qui l'ont stimulée au progrès, les obstacles qui ont essayé de lui barrer la route, en un mot tout ce qui peut renseigner sui- la manière dont se sont appliquées en elle les lois de l'évolution. Cela fait, et comme conclusion de cotte étude, il trace une sorte

d'esquisse de l'histoii-e de l'Église; le critique v adapte son dernier lot de documents, la plume court, riiistoire est ticrite. — Nous demandons : qui en sera dit l'auteur:^ L'historien? Le ciiticiue .' A coup sûr ni l'un ni l'autre, mais bien le philosophe. Du commencement à la fin, n'est-ce pas l'a priori ? Sans contredit, et un a priori où l'iiérésie foisonne. 91. Ces hommes-là nous font véritablement compassion : d'eux l'Apôtre dirait : Ils sp sont évanouis dnns leurs pensées... se disnni sar/es. ils sonl tombés en clémence '. Mais où ils soulèvent le C(vui- d'indignation-, c'est quand ils accusent l'Église de torturer les textes, de les arranger et de les amalgamer à sa guise et pour les besoins de sa cause. Simplement, ils attribuent à l'Église ce qu'ils doivent sentir que leur reproche très nettement leur conscience.

C^eite mélhode applif/uéc aux Livres Saints (92-95)

92. De cet échelonnement, de cet éparpillement le long des siècles, il suit tout naturellement que les Livres Saints ne sauraient plus être attribués aux auteurs dont ils portent le nom.

Qu'à cela ne tienne!

Ils n'hésitent pas à affirmer couramment que les livres en question, sui'toiit le Pentateuque et les trois premiers Evangiles, se sont formés lentement d'adjonctions faites à une narration primitive fort brève : interpolations par manière d'interprétations théologiques ou allégoriques, ou simplement transitions et sutures.

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