DU PATOIS
Les modifications du langage sont inconscientes dans leur début et leurs progrès successifs. Mais, avec le temps, elles deviennent sensibles et entrent dans le domaine de l'histoire. C'est sous ce point de vue que nous devons maintenant les considérer. Après nous être arrêtés dans un chapitre préliminaire sur la géographie et l'histoire de la région où elles se sont produites et sur les documents qui les ont conservées, nous les étudierons d'abord dans les consonnes, ensuite dans les voyelles.
Notre attention se portera principalement sur les transformations récentes qui sont en voie de s'accomplir ; mais nous ne négligerons pas celles qui ont eu lieu dans le passé depuis la période du latin vulgaire, autant qu'elles sont nécessaires pour expliquer l'état présent, et toutes les fois qu'il sera possible de les éclairer par des faits nouveaux.
Une étude complète devrait s'appuyer sur tous les mots d'une langue. Malheureusement, l'ignorance où nous sommes de l'étymologie de plusieurs, nous oblige à laisser provisoirement en dehors de nos recherches beaucoup de matériaux qui pourraient être fort utiles. Une entreprise du plus haut intérêt serait de chercher à diminuer le résidu insoluble, qui a résisté à une première analyse. Mais le relevé scientifique de nos patois est trop peu avancé pour qu'elle puisse être tentée avec succès. Si donc je me suis arrêté à quelques étymologies, je ne l'ai fait que dans les cas où elles me paraissaient nécessaires pour la solution des questions pendantes.
Enfin, toute une classe de sons reste en dehors de notre étude. Ce sont ceux que nous avons appelés interjectifs : ils appartiennent à un autre système que la parole, et ils réclament une étude générale qui ne* se limiterait pas au territoire d'une seule famille de langues.
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