‹ Les modifications phonétiques du language, étudiées dans le patois d'une famille de CellefrouinChapitre 57 sur 93 · CHUTES DES INSTANTANÉES FINALES · texte numérisé non relu

CHUTES DES INSTANTANÉES FINALES

De toutes les instantanées qui ont pu être finales, soit en latin, soit en roman, une seule, le /, vit encore, non pas à Cellefrouin, mais dans la région occidentale, à Nanteuil, Aigre, Cognac, Manières (Deux-Sêvres), etc. Pour ne citer que quelques exemples, nous avons set (Nanteuil), stt (Salles d'Angles) sitim, vâiyii *venltt, kilt -f- consonne quando, dflsât « dansé » (Nanteuil), ïl àirit « il entra », il âvet « il avait », 0 tùnit « il tonna », dît digitum, ttùt « aussi » (Salles d'A., M1).

Ce / représente non seulement un ancien T ou un d, mais encore un c : kthjàt « cognac », sàt « sac », etc. (Salles d'Angles). — V. Not. camp. 13.

Il y a donc lieu de se demander si le / n'a pas de même remplacé à Cellefrouin les dentales et les gutturales tombées. La transformation du n final roman en / n'est pas douteuse. Nous trouvons dans le Cartulaire et dans le Censier : Davit (K. r. S/17) et 'e dérivé Daviteu (K. v. 3/10), Granaut (K.wij 2) d. Granauda, Lebraul (C. s. 5/40) cf. Lebraudi (C. 5/30), Bocart (K. r. 7/8) cf. Bocardus (K. r. 6/24), Guichart (C. s. 3/31), cf. la Guiclxirda (C. 3/35), etc.

Le G s'est de même assourdi en c : força (K.r. 3/22, an. 1060-1076), fore (C. 1/4) bcrgl'.m, gorc (C. 4/32) *gurgem « gouffre ».

Restent donc le c et le T qu'une évolution analogue a dû conduire au même point. Cette évolution est marquée par le signe diacritique h : Seuiacb (K. r. 7/23, etc.), Romatmh (Ibid. 27), foscb (K. r. 10/4), g. bosk, Sanytb(K. r. 2/32) salicetlm, Castenctb (K. r. 9/31) « Châtenet ». La graphie cb dans les noms vulgaires répond le plus souvent à un son qui a abouti a <*. Elle devait à l'origine représenter quelque chose comme ky, première étape du b final en voie de tomber, comme on peut l'observer,

par exemple à Lanslebourg en Savoie. Il est vraisemblable que th avait dans le principe une valeur analogue, celle de ty. On devait donc dire teavanaky « Chavagnac », et «/Mrpa/v « épargné ». Mais ky n'a pas été long à rejoindre ty, et les deux graphies ch et th n'ont plus représenté qu'un son unique, tç. Que maintenant tÇ perde son second élément soit sous l'influence d'un s finale soit autrement, Guillelmus Chalhocs (C. 4/37), par exemple, deviendra Guillelmus Cljaltot^ (C. 8/1 1); le t, devenu superflu, remplacera c, Sanbt Chibart (ch. de Nersac), sanctum eparchium; th pourra être employé pour un / normal, Thachia, Thareus (Cens.); enfin Chavaignat (r 598) Parlât, donneront naturellement naissance aux féminins 4avayàtt, ptlr^dtf « femme de Chavagnac, de Parzac ».

Il est donc fort possible qu'une seule consonne instantanée (sans parler des labiales) soit tombée à Cellefrouin, le /, mais un / amoindri qui a dû s'éteindre petit à petit , finissant par échapper à la conscience du sujet parlant, se montrant encore parfois dans une prononciation qui s'abandonne et disparaissant tout A fait dès que la réflexion intervient. Cette étape, c'est celle du / final dans le parler de mon père (Nanteuil).

La chute des instantanées s'est Élite dans l'ordre suivant :

1° Chute du t final latin et du d final roman. Ces consonnes n'ont laissé aucune trace dans le Cart. et le Censier : ad, a; quod, que; et + cons., e; *habere-habet, aura; *convitare-habet, quovidera; *haberehabebant, avian ; *essere-iiabe\t, seran ; vident, zvhén ; miserunt, misdren ; faciat, fat^ci ; fuisset, fussa (K*. r. 8/21-35); cantat, chanta (C. 1/21); wad, gua (C. s1. 4/3). Même avant la voyelle, on trouve dès lors la forme antéconsonnantique t \kh « et en » (K*. r. 8/30), é ob trestb^ (K*. r. 8/22) « et avec tous ». Cf. e una (ch. du Chapitre), e a (ch. de Bourg- Charente).

2° Chute du t et c dans les finales romanes. Rien dans nos anciens textes ne la fait prévoir, si ce n'est les formes Blan^ao (K. v. 3/18, an. 11 40-1 177) « Blanzac », llanha (C. 1/32) et Vacho (K. r. 4/9) « Etagnac m et « Vachot ».

La chute de ces consonnes après une voyelle se place après celle du T final latin et du n final roman, et avant celle de l's. Nous avons en effet, d'un côté, ô, èrô, haïtlrô, çfl, et fâvânâ cavaniacum, eàtâ cantatum ; prà, pratum, et de l'autre, prh *pratos : d a été plus tôt découvert que <ï, et à plus tôt que à.

* A cette date, le / ne peut être qu'un souvenir.

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3° Chute des instantanées placées après une autre consonne.

Leur chute peut être ou contemporaine ou postérieure à celle de l's. Il n'y a en effet aucune différence entre pâr, partem, et pàr, partes.

C'est dans cette position que se trouve la seule labiale sur laquelle nous possédons un renseignement. Nous trouvons cette phrase : P. Aymes. VII. soF. deu chambo. qui est... Le copiste s'est oublié (C. 5/8) puisqu'il a effacé deu chambo qui est pour restituer la bonne leçon de maynamento, etc. Il a voulu dire : du champ. Mais pourquoi ce />? Un b final se serait assourdi. Aurait-il voulu écrire un p très affaibli et presque indistinct ?

CHUTE DE L's DEVANT UNE CONSONNE ET DANS LES FINALES PRÈCONSONN AN TIQjU ES

L's, adoucie en ne s'est conservée à la finale que devant les voyelles, et seulement lorsque les mots sont très intimement liés entre eux, article, déterminante, adjectifs et noms (/«^ âmt , là bd^ âmî, lu\ èmàb[ drôl « les amis, les bons amis, les aimables drôles, » enfants). Tous les ç soit primaires (s), soit secondaires (ci) des finales verbales sont tombés. Deux mots cependant en ont recueilli, pour nous les conserver, les derniers débris, u hoc et i ibi, qui sont devenus ainsi %u et ^1. On disait régulièrement fâ^ u face hoc, vîèx i videtis ibi « voyez-y ». Puis le lien entre les verbes et leurs régimes ne s'étant pas trouvé assez étroit, les ^ sont tombés, sauf dans ces deux cas isolés, et l'on a cru qu'ils faisaient partie du régime lui-même. Alors on a pu dire : tu #ï ptlyrâ! « tu le paieras 1 » fô vnï « faut y venir ».

La chute de Ys n'est organique que devant une consonne. Dans tous les autres cas, elle est analogique.

L'i caduque a laissé une trace dans le haut de la vallée et dans les anciens textes de Cellefrouin , un y qui se sent encore à La Péruse, éy- *es-, et qui se rencontre trois fois dans le Censier, G. Meychini (C. 7/19, et s. t. 5/4), cf. Ar. Meschi (K. v. 5/25), Joftantie Creycha (C. 7/19), cf. Johannes Crestia (C. s. t. 10/18), Stephanus Teychiers (C. 1/5 a. f.), cf. Ademarus Textoris (C. s. de la marge 5/4). C'est assez pour nous éclairer complètement sur toutes les phases antérieures de l'évolution.

L'histoire, en effet, de ramuïssement de l's recommence sous nos yeux dans diverses régions, et nous pouvons sans peine en suivre toutes les étapes. Je citerai, par exemple, les vallées des Alpes, d'Aoste à Pignerole1, Pépicux1 dans l'Aude, Sénaillac (canton de la ïronquière) i dans le Lot,

1 Documents recueillis sur place. || J M. M. Raynaud. |j » Un élève de l'Ecole des Carmes.

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Salers*, Saint-Etienne1 dans le Cantal, Chautfour (canton de Meyssac), Forzés (canton d'Argentat), Lapleau dans la Corrèze', Laurède (canton de Mugron)*, Labouheyrc», Sabres6, Montgaillard dans les Landes, les environs de Pau >, Arrcns 8 (canton d'Aucun) dans les Hautes-Pyrénées.

M. Gaston Paris a décrit dans la Rotnania (XV, 614-623), en rendant compte du livre de M. Kœritz (Dos s consonnaut Un Franiœsiscben), les principales phases du phénomène.

Le point de départ de l'évolution est dans une tendance de la langue à s'écarter du palais pour prendre sa position de repos.

Cette tendance n'a pas la même force dans tous les cas : elle est en raison inverse de l'énergie qu'exige de la langue la consonne placée après s. Or le travail lingual de l'articulation varie de sonores à sourdes, l'effort se produisant pour les premières dans le larynx, pour les secondes dans la bouche, de continues à instantanées, et presque de consonne à consonne. Il y a donc eu un ébranlement successif de l's : d'abord devant les sonores, puis devant les sourdes, et, dans chacune de ces deux catégories, devant les continues plus tôt que devant les instantanées. Et, comme les modifications récentes qui s'échelonnent dans le temps nous apparaissent d'ordinaire séparées dans l'espace, nous pouvons espérer de rencontrer l'évolution ici à la première étape, plus loin À la seconde et aux étapes suivantes, ailleurs à la dernière.

La marche du phénomène est du reste facile à suivre. De Ys ainsi relâchée en quelque sorte, naît un t% peut-être un /; devant les sonores?, en

1 Un élève de l'Ecole des Carmes. || * Un jeune homme nouvellement arrivé à Paris. || 1 Trois élèves du séminaire des missions étrangères. || « Documents recueillis sur place par M. Jean Passy. [j î F. Arnaudin, Contes populaires de la Grande-Lande, p. 160, et notes complémentaires recueillies avec un très grand soin. — Notes de M. Jean Passy. || 6 M. Dupart nouvellement arrivé à Paris. |j 7 Notes de M. Jean Passy. H 8 M. Jean Passy et M. Camélat, Le patois £Arrens qui paraîtra dans le Congrès scientifique international des CatMiques, an. 1891. \\ 9 Je n'ai pas été a même de constater d'une façon rigoureuse si devant les sonores Ys passe directement à £ pour devenir ensuite h. Cependant la seule personne sur laquelle j'ai fait des expériences avec l'explorateur du larynx, M. Dupart, me ferait croire à un point de départ unique de l'évolution, c'est-à-dire i l. Devant /, m et è le son qui a remplacé Ys est, il est vrai, toujours sonore chez lui. Mais devant d, où l'évolution a dû être plus tardive, j'ai inscrit plusieurs fois le t à côté du h.

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tout cas s'il n'est pas originaire devant celles-ci, le h ne tarde pas à apparaître. Puis il est possible que le /; et le iT s'affaiblissent au point de tomber entièrement; c'est ce qui semble avoir lieu dans le sud-ouest. Mais dans le vaste territoire de la France centrale qui va s'agrandissant chaque jour, le h passe à y, le ? à Ç puis à y. Enfin, c'est ce y qui tombe.

L'ëvolution est a son début dans le sud-ouest. L's nous y apparaît ébranlée devant / à Arudy (Val d'Ossau), a Lescar; devant /, m, n, près de Pau, à Bilhère et à Artiguelouve; devant /, /, m, n, n, c) j, et je suppose /, quoique l'aspiration ne soit pas sentie, à Arrens; devant toutes les sonores et Vf à Labouhcyre et a Sabres, lih lànês « les Landes », Uh yins « les gens », Uhb àkts « les vaches », èhmbU « émoudre », lèl dhts et Uh dïtis « les dents », lec familjs « les familles » (Sabres). Dans ce dernier exemple, les moyens graphiques seuls m'ont montré que le £ n'est pas entièrement tombé.

Dans la Chalosse, l'évolution a gagné en outre IV devant />, mais d'une façon instable, et devant k d'une façon très instable. L'a -f- / a été jusqu'ici épargnée (Laurède, canton de Mugron).

L's -f sonore est descendue jusqu'à y à Pépieux (Aude), bôy bftà? « veux-tu venir? », sans que IV -f sourde ait encore était atteinte, bôs kâ[â ? « veux-tu te taire ? » .

Plus au nord, à Sénaillac (Lot), l'évolution, à peu près au même point devant les sonores, est déjà commencée devant les sourdes : bôy beni et bôtkôntâ.

Plus au nord encore, dans la Corrèzc, IV est complètement amuïe devant les sonores, ï tydi (Forzés), ï loïdl (Lapleau), e î^dl (Chauffour) « il est laid », ïgrànd (F. L.), }$rlnâ (C.) « égrener », et dans les finales de l'article pluriel et de la particule pA « pas » ; mais elle est en train de s'ébranler devant les sourdes. A Chauffour, à Lapleau, le f est constant devant kt p, t. A Forzés, il parait fixe devant k, et dans les finales devant p ; Ukûtà « écouter », é pli « il est plein », mïfac phijïr a tu me fais plaisir », n'ont pas varié. Mais j'ai trouvé aussi souvent j que £ devant p : v?tpa vespa, àtpri et hspri aspkrim, nïspûlô mespilum, îspi^à spica. L's parait ferme devant / : lesta, fhta, prestrh Dans cette région, comme aussi dans le Lot, le t prend facilement une nuance de/ devant le p : épi^a (L.), ifpbp (C). Enfin le changement de £ en £ se montre dans preCtrl « prêtre » (L.).

Mais où j'ai étudié le phénomène avec le plus de détails, c'est dans les vallées des Alpes». L'évolution, qui y est à peu près achevée devant les

1 L's devant /, p, c, dans les Alpes (Etudes romanes dédites à Gaston Paris).

sonores, se montre à toutes ses étapes devant les sourdes. Elle ne fait que commencer aux environs de Vcrrès (vallée d'Aostc), dans la vallée de la Soana, à Coazzc (vallée de Giaveno) : vfipd « guêpe » (Brusson), ttelà « tète » (Champ de Praz, Caréma, Coazze), ffeta (Ribordone), achuta « écouter » (dans toute la région).

Les groupes êt, ép, ék, peuvent s'assimiler et devenir ts, cf, ccf puis se réduire à s,f, ê, comme cela a eu lieu autour du Mont-Iseran, le t étant tombé après s'être affaibli en y : nc^n nascere (Bcssans), tesà (Bourg- Saint-Maurice, Valgrisanchc, etc.), vrfà (Lanslebourg, Venaus), Icùtà (Bessans). Par une évolution secondaire, Y s sortie de et est devenue f, tlfâ (Bonneval), si plutôt s et / ne remontent pas à une i légèrement interdentale, fessa « tète » (La Thuilc) ; puis c et t'è'a (Courmayeur, Rhêmes), /('•/ai (La Novalaise); enfin elle est tombée le à (La Perrière, Modane, etc.).

Cette voie est exceptionnelle. En général, la seconde consonne est restée solide, et le ? s'est transformé en ç, leçia (Hône), Içtâ « été » partie. (Caréma), puis en y ifapti (La Salle), fî\t3 « fête » (Chézalet, commune de Sarre), teyta (Saint-Marcel), pour tomber bientôt après.

Nous avons à Ccllefrouin deux mots qui, pour le sens, se rapportent à asperum, àfr « dur au goût », et àr « dur au toucher ». — àfjtrt, dans la Corrèze, signifie aussi « dur au goût » ; àfr en viendrait-il par l'assimilation du />? La question est grosse, et je n'ai pas de quoi la résoudre. Le représentant assuré d'ASPERUM est àr; le v est tombé comme dans mespilu.m, tttfnïl, poitevin mêle, comme le c dans masculum, tnàl.

Sauf dans ce cas douteux, l's -f cons. n'a suivi a Celîefrouin que la voie :

Mais nous pouvons pénétrer plus avant encore dans l'explication du phénomène. Un mot, dont l'origine a été longtemps pour moi un problème, nous en fournit l'occasion et nous met à même de constater que l'ébranlement de l's ne s'est pas produit a la même époque après toutes les voyelles. C'est kit masculin et fém. sing., ktte(-) pluriel. Cet adjectif a, dans les propositions affirmatives, le sens de ipse; avec un et une négation

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celui de ne... pas un seul : 11 bâtri sô kit ptr « il battrait son père luimême » ; I n ï pà un kit piim « je n'ai pas une seule personne ». Le second sens dérive évidemment du premier. M. Mistral rapproche le mot quietus. Mais le pronom kft, qui n'est employé que dans cette phrase, ù fà k?t, û fà rôtr « il fait ceci, il Élit l'autre », suggère une autre étymologie. Ce kit, venant de eccu-ista, donne à penser que kit se rattache au même pronom. La succession du sens n'a rien qui étonne. Loin de là. Il y a une certaine satisfaction à voir ipse, disparaissant, léguer sa signification à iste. L'italien stesso est un composé des deux pronoms. La succession de la forme paraît garantie par les variétés marchoises, àt m., eitô f., dti pl. m. (Brousse-Auzance), et*)*/, cyètf, eyetù, eyetà (Saint-Sylvain-Belle- Garde), qui remonteraient à ecce- isti et à ecce-iste, ecce-ista, complétant le parallélisme eccu-ista *kesta (Midi), ecce-ista *ctsta (Nord), avec ECCU-iLiA *keîa (Midi), kcce-illa *ctla (Nord).

Mais trois difficultés se présentent, deux pour Ccllcfrouin et une pour les pays plus méridionaux. Ce sont : i° la conservation de 17 au féminin; 20 la conservation du / au masculin ; 30 ta chute de \'s dans des régions où cette consonne ne tombe pas.

La première difficulté n'en est pas une. Le féminin a été influencé par le masculin. La seconde est plus sérieuse. A Saint-Claud, eccu-istî, au pluriel, a donné ki. Pourquoi *eccu-isti, au singulier, aurait-il donné kit ? Il y a là sans doute l'action de la forme prévocalique (sô kit âmï) « son qui! ami », peut être aussi celle de la forme féminine déjà influencée par le masculin. Le t de tottum s'est de même conservé dans des conditions identiques : tût eôr dtprl (G1) « tout est hors de prix », tut kâ (G1) « tout ça », fili fer tût k?t ? rôtr (G) « fallait faire tout ceci et l'autre »

Reste le troisième point. Nous avons : ky\tè, kyittt, kyîtâ, kyitâè et àkisti, « ce, cette » àkistâ (Salers); kyltf, kyitd et âkisll (Mont-de-Bellier, commune de Saint-Etienne, canton de Rion-ès-Montagnes, Cantal). Persuadé que la difficulté n'était qu'apparente, j'ai cherché si je n'en trouverais pas la solution dans une influence particulière de 17 sur Vs. C'est ce qui a lieu effectivement. A Mont-de-Bellier, Y s devient l après des 1 déjà anciens quoique non originaires {ni rtfkt pà « il ne risque pas », victyï vestire, \t pfirt « est pourri »); elle se conserve devant d'autres plus nouveaux et devant a au moins (àkist « celui-ci », râster « râteau »). La différence d'ancienneté entre 17' de kyïté et celui de àkist est évidente, puisque ce dernier n'a pas encore altéré le k. Peut-être aurais-je dû écrire akht. Ainsi s'expliquent kyïte et dklsil, et du même coup à Salers ky'ttè et àkist. A Sénaillac, 17 devient t après 0, «, u, i, mais non après t (hlrâgtiryâ « il

étranglerait »). Il est donc naturel de trouver dans cet endroit kitl, kîiO et ôkestl « ce ». — Voir Notecompl. 14.

La principale difficulté disparaît donc, et nous laisse en présence d'un des premiers cas où l's ait commencé son évolution.

M. G. Paris a établi que l's est tombée en français devant les sonores au moins dès le milieu du xie siècle, et devant les sourdes avant la fin du XIIe siècle. Il constate que la chute de l's devant les sourdes se montre d'abord dans la région occidentale. Il faudrait peut-être avancer un peu cette date pour Cellefrouin, car nous ne trouvons aucune trace du phénomène avant la seconde moitié du xin' siècle. Le Cartuîaire conserve l's dans tous les cas : las cosdumpnas (K*. r. 7/28, ch. de 1 060-1 108), lo tnaisnameni (Ib. 32), trestô^, trestucb, aqttist, forest, los maisnamen^, els sols,forsfai^, alsprebos^,cl)ascusymisdrent, etc. (K*. r. 8/22-35, an. 1076-1108), Taschier, Poscheiras (K. v. i.), Cbasteu (K. v. 2), au^ Joffreenes (K. v. 3/28), même dans la dernière charte (1206-1226), Rusiaut, Ar. Mcscbi, Gaufrido Maslo.

Dans le Censier, l's, gardée devant r (Lesriera « Lérière », 6/2 a. f.), est omise constamment devant l, et fréquemment devant les sourdes dans le corps des mots : Valet i (C. 7/16, 9/16), Valetus (C. 7/30, et s. 10/1), Chateu (C. 1/24, 3/29), Omtelar (C. 8/4 a. f.), Patureus (C. 2/1 1), cf. Pasturelli (C. 8/i), Pacoti (C. 9/20), cf. Payât (Ibid. s'), Poclxyras (C. s. t. 10/5), cf. Poschiras (K. v. 2/6 a. f.), Taebia (C. 3/40), yî//<z/ro « fi[àtr » (C. 6/16), Foret « Forêt » (C. 9/3), Foretta (Ib. 1. 23), etc.

A la finale des proclitiques, l's manque une fois pour las, de la Durentits (C. s2 t. 4/1), cf. en la oublies (Saint-Val); 2 fois pour deus, deu vinhaus (C. 2/28, 9/4), contre 1 fois deus patit^ (C. 4/7); toujours pour ous « aux », villario ou Tareus (C. 4/1 a. f.), fortem ou Merlet^ (C. 5/18), ou Vigeriis (C. s. t. 10/1), ou Madurs (C. 9/47), ou Faurcs (C. 8/5, 7), ou meynar\, ou Grcnau^, ou Gandoumars (C. s. t. &/i), de fonte ou Geyraus (C. 8/30), aujourd'hui la fô <;irày — sauf une fois, de maynamento ous Boffeus (C. 4/$).

L's de flexion ne manque jamais pour les noms communs dans le texte : lo cosendiers (C. 9/24), lo coins (C, 3/31)» une ^01S dans les surcharges : lo monter (C. s. t. 8/12), à côté de lo merciers (C. s. 9/49); assez souvent pour les noms propres dans le texte, 34 fois contre 120; très souvent dans les surcharges, 32 fois contre 11.

On trouve aussi sans s : prato ou Vigier (C. 10/8), prato ou Faura (C. 2/27), de la Pradeliera (C. 4/21, 5/3), de la Pradelaria (C. s1 t. 4/21), tous noms qui paraissent être au pluriel. Cf. Molin des templiere (Arcb. nat.y P. 513, 3. An. 1418).

Us semble donc avoir vécu a la finale plus longtemps que dans le corps des mots. Même dans cette position, elle n'a pas dépassé le xiii' siècle.

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chute de lV dans les finales -are, -ire, -arium

La chute de I'r est un fait récent, postérieur A nos documents du moyen âge qui nous ont conservé un exemple de l'infinitif -ar, aportar (K*. r. 8/3 a. f.), et de très nombreux suffixe en -ter. Aujourd'hui nous disons : àpôrlâ adportare, drmï dormire, nuju, nogier (C. 3/28, etc.), nucarium, etvalu, chavaîier (C. 2/10, etc.), caballarium, etc.

La comparaison de

càvànà CAVANIACUM epârtui * SPARAKJ ATUM èpàrilâ *SPARANJARE

pourrait faire croire à trois phénomènes contemporains. Mais en dehors de tout autre motif, nous trouverions des raisons de douter dans la différence de traitement que l'on observe dans le haut de la vallée, à partir de Nieul entre are»— *~â et atum»— (Chez-Juzuud, Suaux, Chantrezac), are»— *-è et atum m *■ â (Roumazières, Puybarraud, etc.). La ressemblance de traitement de Ta dans atlm et are est donc toute fortuite. Elle tient à ce que IV finale n'a pas empêché à Cellefrouin l'affaiblissement de la voyelle précédente; sôr soror comparé A or horridum. On a pu de même avoir ivnâr amare A côté de pâr partem.

Nous savons, du reste, la date approximative de la chute de IV finale. C'est au xive siècle qu'elle commence A disparaître, dans le Midi, des infinitifs et du suffixe -ter.

La chute de I'r s'est encore produite entre voyelles dans différents patois. La question est donc d'un ordre général et ne peut guère s'accommoder d'une solution particulière.

En attendant que je puisse l'embrasser dans son entier, qu'il me suffise de dire que la langue est sollicitée dans deux sens opposés. Ou bien la pointe retombe sur le plancher de la bouche en faisant entendre les sons intermédiaires r, - ou r, 1 '• tmi'ràl « murailles » (Couffy, canton de Saint- Aignant, Loir-et-Cher), hi\ « l'heure » (Menthon-sur-Cher); pï^yi « poirier », vers Fécamp; pcyye,pèf « père » (Autot-Saint-Sulpice, Seine- Inférieure); gârî (avec un r qui touche les dents) « guérir », dwezlt « Doire » (Jaillon, près de Suse),/?^ « fer », tsilnli'ize « chanter » (Venaus), tsàntei (Jaillon). Ou bien la racine se porte vers le palais, et l'on a les sons intermédiaires f, f, c, h : dà-f « dur » (La Thuile, vallée d'Aoste), dâf (Courmayeur, Pré-Saint-Didier), àhï « heure » (Creta, hameau de Cogne), œhâ (Cogne), âod (Charvensod).

D'autre part, le larynx tend, lui aussi, à demeurer silencieux quand I'r se trouve en contact avec une sourde. Nous en avons rencontré quelques exemples inconscients dans mon parler, fig. 38 et 64, où la partie sonore du tracé est bien courte pour or, ar, et la partie sourde bien longue pour s, t. Ce silence de larynx cst-il accompagné d'un affaiblissement des mouvements de la langue ? C'est certain pour les dernières étapes de l'arauïssement, comme nous l'avons constaté (fig. 116). Mais pour les premières, quoique le fait se passe en moi, je l'ignore, car le phénomène m'échappe complètement. Tout ce que je puis dire, c'est que je crois exécuter les mouvements requis pour la production de I'r. S'il en est ainsi , c'est par le larynx que dans ce cas l'amuïssement commence. Et ce qui rend cette supposition probable, c'est ce fait qui ressort des témoignages des grammairiens du xvi' et du xvn' siècle, que I'r a commencé à s'amuïr en français devant les consonnes. Il est à présumer qu'il en a été de même a Ccllefrouin.

Quant aux étapes qui ont conduit la langue à un repos complet, je supposerais qu'elles se sont produites dans la direction du ^. Nous n'avons aucune trace d'un son interdental (j) ni d'une r gutturale. Que ce soit bien là, du reste, la tendance de IV dans notre pays, c'est ce que suffit à indiquer sa nature linguale. En outre, les confusions de r et de signalées par M. Paul Meyer (Romania, IV, 184-194, V, 488-490), et par M. Thomas (Rom., VI, 261-266, et Giornale de filologia romança, juillet 1879), nous avertissent qu'un grand mouvement en ce sens s'est propagé du Midi au Nord, A des dates différentes suivant les lieux, à partir du xive siècle, et qu'il aurait atteint la Marche et le Limousin vers 1420, époque probable 011 le phénomène a dû se produire à Ccllefrouin.

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