‹ Les modifications phonétiques du language, étudiées dans le patois d'une famille de CellefrouinChapitre 62 sur 93 · EVOLUTIONS DE L · texte numérisé non relu

EVOLUTIONS DE L

Evolution dans la direction de fit.

Nous pouvons, dans certains cas, suivre la marche de l'«, évoluant vers il.

C'est d'abord a Romfort pour l'tî (Cellcfrouin o) issu de la diphtongue -ou du suffixe -iollm. M. Jaboin garde Vu (///«, filiolum); sa fille l'a un peu détendu en le conservant long ses petites filles l'ont complète-

ment abrégé (//y«)- L'évolution était déjà accomplie à Valence dès 1804 : fikiQA.),flyù(i&72).

A Cellefrouin, c'est la terminaison -ur qui nous permet de constater l'affaiblissement graduel de Vu. Chez ma mère, Vu est constant s'il porte l'accent fort de la phrase : ...k e l btur di sâ mor « ...qui est l'auteur de sa mort »; k u>e } joli japtir « c'est un joli jappeur (aboyeur) » ; / [ur dîsl « je le leur dis » ; ...du evà d là bïlùr d la sà « ...deux chevaux de grosseur de la sienne » ; ...jinêâvîir « ...jeunes maintenant (ad horam)»; ...di bun ur « ...de bonne heure ». Mais, quand le mot cesse d'être frappé par l'accent, il s'abrège : y ? v<i' l ûr l 1 tnômâ... « j'ai vu l'heure et le moment... »; âvur... âstur, *ad-ecoistam-hora.m (formules de transition). Une même phrase nous fournit les deux u : kw éli } fàmà bêvurf; mâ fvà kw ait l jtll fotir d -J blj « c'était un fameux buveur ! ma foi, un joli buveur de vin blanc ».

J'ai recueilli quelques u accidentels dus à une prononciation énergique : « / ïkràzj tut ! « il l'écrasa toute ! », àl e b ekïr bïtn! « elle est bien encore bonne! » (il s'agissait d'une limousine qu'on voulait mettre au rebut). Si ma mère avait été calme, elle aurait dit : tut, Imn.

Dès la génération de 1837 (G*), ur et « me paraissent constants.

Un mot nous fournit dans la région toutes les étapes qui ont conduit Vo

YOYHLLI-5..

jusqu'à «, c'est hoc. Nous avons successivement ou, d et yôu (c'est le résultat de l'ô diphtongué, avec l'addition d'un y) a Roumazières ; yô Chez- Bonnaud ; ô Chez-Civadier (Saint-Claud), y ô saè b « je le sais bien » ; à, Chez-Chadiat, à Lussac, Chez-Baugis, l / Ô dhl « je le lui dit (B.), ï v ô di « je vous le dis » (D.) ; à et û a Saint-Claud (bourg), */ a Cellefrouin, %u à tu di ? « l'as-tu dis ? » (G') ; enfin û, quand il devient atone, ï $1 vo « je le veux » (Goutibert), d ûn / n « donne-le lui » (G4).

L'a est un son relativement nouveau dans le domaine gallo-roman, l'w latin y étant devenu «. Il sort, comme nous l'avons dit, d'un o fermé du latin vulgaire ou d'une / vocalisée. Dans nos anciens documents, sauf une fois ou deux, où il est rendu par u (Vu étymologique, burco, K. r. 3/22), il est représenté par un 0, quelquefois ou : la bracona (C. 10/3); bore (C. 1/4), bur; forest (K* r. 8/20), fure; ttogier (C. 3/28), niiji; trestô^ (K* r. 8/22), tu; seniors (K* r. 8/27), senur; cômunal (K* r. 8/28), htmùnà; Ma (K* r. 8/21), tût; poma (C. 9/12), [nïnt ; la tnaiona (C. 9/27), la nùiyun; lo ros (C. s. t. 10/10), U ni « le roux » ; Lobent (K* r. 8/21), lùbcr; Mouio (K. v. 2/26, 27), mûtû « Mouton », etc.; — Boucart (C. 2/21), Boussart (C. s. t. 10/18), cf. Bucardus (K. r. 6/8), Bocardus (K. r. 6/24).

L'« a donc dû être ouvert («) a l'origine. Aujourd'hui, il est fermé ou moyen.

L'« s'est conservé quand il sort de àu (6l) : sâdu, satullum; dus, 'dulcem avec Va du fém. ; Û€, ulcam ; um, ulmum ; mûr, molere ; kutr, cultrum ; stbtiïl, skpulchrum. Mais quand Vu vient d'un simple ô, il a eu besoin, pour se maintenir, d'être protégé par un <», une s, ou une r suivie d'une autre consonne : kù, *codam; mî, nodat;/«, lupos; ;'<7, *jugos ; mï%iï, mansionk-s; dù((), duos; m/«C0, meos; tu(0, rvos; J«(0. suos ; lu(l), illos ; jnul, genlculos ; krét, crustam ; pûtujttt, pentecostam ; kétà, *costatum ; sur, surdum ; kïir , curtum ; bur, burgum ; fur, furnum; jùr, diurnlm ; tur, tornum ; (alur, calores; batdur, *uattatorios, etc.

Dans deux mots Vu s'est conservé au singuliet malgré la flexion du pluriel : il, olla « charnier où l'on sale le cochon » (je ne connais guère de maison qui en ait deux) ; sadùl, satulla, qui s'emploie le plus souvent au singulier. A Saint-Claud, on dit naturellement, au pluriel, sàdûle.

L'« existe à l'atone et a la tonique suivie d'une syllabe plus intense ou devenue finale de bonne heure : sàdulà, satcllare ; sûlœl, 'soliculum; kûd, cubare; nûà, nodare; kùràj, *coraticcm; ru^dd, *ros-ata; kiUâ, COLlocare; apiiyâ, adpodiare ; sûnà, sonare; lûnâ, tokare ; — * bide, BL'iXAS; *btue « lèvres », buccas; *lûIc « bouches », gulas; *pùnà,

*pomas; * Intne, bonas ; le suffixe augmentatif *-ù>iï, -on 4- as (*pïliine « grandes poêles », * kit lune « grosses noix », de kaki); * sipine, ciconias; * mure « mûres », 'moras; le suffixe -osas (*fârina~e » farineuses»,

*/ânûyè « fangeuses ») ; *kuJe, cubitos, etc., d'où les formes actuelles bulé, bit a', giiU, pûmé, butté, -une', -«-<? (G1), et les singuliers biil, btit, gui, puni, biin, -un, -u^ (Saint-Claud, Iml , btte, gùt, puni, etc.); — phi, probk; jù, jugum; lit, lupum; lit, illum ; tiu\û, maxsiokem; su, subtus; jnu[, genuculum j le suffixe diminutif si riche en -ri, *-onem (çulùdû « petite çoulée », de ptlad, gul-ata ; pràdtlu « petit pré », de *pratelllm, etc.); le suffixe -ri, -osuvi, malgré l's étymologique sous l'influence des formes du singulier (ftirinu, fdnû).

Ewlution ihws la direction de Vœ.

L'« s'est changé en ù dans quelques atones.

Le seul changement récent qu'il me soit possible de signaler, à Cellcfrouin, est celui de lu^, illos (article ou pronom) qui devient leX quand il est très intimement lié au groupe en qualité d'tntertonique et que le groupe lui-même est abrégé. Ce fait est d'un grand intérêt, car il nous donne une idée de la cause qui a fait tomber les intertoniques. Ainsi, le groupe tu lu-â « tous les ans », si tu est abrégé, devient /« le\èt. On dira de même kw <• Il ki lui $ f*' ou t M k à fë * c'est lui qui les a faits ». Ainsi, wri^ « nous», vtt^ « vous », sont devenus ne\, vâi;

SUCCUTKRE, Sâkudr; SUCCLRR1RE, Sikûrî .

Ewlution dans la direction de Pu.

La transformation de Vu en u s'est produite à une époque que je ne puis préciser, mais qui ne doit pas être bien ancienne, et cela à l'atone, dans des mots qui avaient en latin soit des ô, soit des ô : ùjà, hoc-anno ; ku^n, •cocina ; kttsii, *coss-onkm ; defrirâ, defttrâ, * dis-for-are (forum) ; « ne pas reconnaître un objet acheté, le refuser » ; âprùtù, *ad-propiare; kûjà, *coidiare, *cogitare; kttli, collegere; esftri, *exaurire « essorer » ; kitvrï, cooPERiRE;r»^ï, 'roccare; àkritea, *in-krok-are ; sftfrî, *suffrire ; bûlj, bullire, d'où dbitlj « enlever l'eau dans laquelle ont bouilli les châtaignes », et dbfd ou dbnldt « cette eau elle-même ». L'm est passé aux formes toniques : I n û dffûr pà (G1)- L'intermédiaire « entre l'o latin et l'« actuel est attesté par les formes bûlj, sûfri et / sufr « je souffre », tari et i ûvr, fouger fodicare (Pays- Bas).

VOYKLI.ES.

Cette transformation conditionnelle ne saurait être comparée à la transformation absolue qui a fait passer les u latins à u dans les pays de Gaule, transformation que je ne crois pas antérieure à la palatalisation du c + a (pag. 186), ni postérieure à la vocalisation de 17 (cf. pullicellam, *puwela, fryosel et ui.mum, www, «»«). L'universalité de cette transformation fait croire à une disposition organique spéciale qui aura amené l'avancement de h longue en avant, c'est-à-dire une sorte de détente. Cette disposition existait-elle en germe dans les populations pré-latines de notre pays (gauloises ou autres), c'est ce que le développement du celtique est de nature à faire croire, puisque l'« ancien est passé dans les dialectes néoceltiques à /. Le temps considérable qu'aurait mis cette prédisposition à se faire jour est une difficulté, mais non pas un obstacle insurmontable.

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