CHAPITRE III
CHANGEMENTS SUBIS PAR LES SONS ÉTRANGERS
D'après ce que nous venons de voir, il faut surtout entendre par sons étrangers les sons angou moisi ns ou français.
Des premiers, nous n'avons rien à dire. L'aspiration du ; ou du t mise à part, ils ne diffèrent pas de ceux qu'utilise le patois de Cellefrouin. Or cette aspiration ne devait pas exister quand les patois des bords de la Charente se propageaient comme tels. Aujourd'hui que nous demandons à l'Angoumois du français, elle constitue à nos yeux un défaut que nous avons garde d'imiter.
Nous n'avons donc à nous occuper que des sons français. Nous considérerons d'abord les consonnes, puis les voyelles.
Le système consonnantique français ne diffère du nôtre que par le maintien d7 et n devant i ou t en hiatus, et d7 après une consonne.
Les mots français vraiment populaires ont donc pu à peu près tous se faire admettre sans avoir à subir dans leurs consonnes d'autres modifications que celle qui est imposée par la double loi de la mouillure. Ainsi :
i° milieu est devenu mi{œ\ beaulieu (place d'Angoulême), bb[ct\ liard, #r; Léonard, lonâr; léontine, JjMn; — opinion, OplQô; continuer, kôtûyâ. Cette transformation est sans exception.
2° plait-il ? (formule de politesse pour prier de répéter) devient plit-ï; plaisir, pfctf; blague, bjfig; république, rtfwblik; flamme, f[àm\ réclame, rtklâm; jongler, jôglâ. Quoique le groupe gl se réduise à /, dans les mots indigènes, aucun mot français n'est arrivé à temps pour suivre cette évolution (cf. jongle, jôgl, et ô\ « ongle »). Il est à remarquer que le changement de / en y s'est produit d'abord dans le mot français b pyi^ï (Ventouse C', Moulin de Mouchedune B', Parzac B1, La Bosse), et longtemps avant qu'il se soit annoncé dans les autres mots. Est-ce en raison de l'emprunt
CHANGEMENTS SUBIS PAR LES SONS ÉTRANGERS. 329
ou du fréquent usage du mot? Je ne saurais me prononcer avec certitude. Deux mots ont échappé à la loi du mouillement de 17 : glacial, glâsyâl, et plusieurs, plà^yâr (G *). C'est la preuve que l'évolution, comme nous l'avons déjà remarqué, est parvenue à son terme.
Le groupe di en hiatus est devenu y à Angoulême : lûyi « landiers ». Le patois de Cellefirouin n'a pas éprouvé ce changement dans les mots indigènes, mais il l'impose aux mots d'introduction récente : indienne, tyn ; teinture d'iode, thùryôt (G ')• De môme à Angoulême, eytn ; à Ruffec, myôkr, médiocre (qualification d'une sorte de fil). Cette transformation de<# en y est régulière au Canada comme à Angoulême : canadien, kûnàyh (Saint-Barthélemy, diocèse de Montréal).
L'hiatus entre deux voyelles persistantes a été comblé par un y : bahut, bàyû; cahute, kàyât (G1).
Le français savant surtout contient des groupes d'une prononciation difficile, des finales indécises pour une oreille peu exercée, des successions insolites de consonnes. Il ne peut donc sans modifications entrer dans un parler populaire.
i° Groupes.
sti se change en sy : questionner, klsyûnà; indigestion, îdïjësyô; OBSTmè, ôstïnâ (d'où le verbe ôstïnâ « soutenir avec obstination »).
L'r est supprimée dans propriété, pôprïltâ ; interpréter, hripêtâ (G1).
L'l -f- consonnt se change en r dans valse, vàrs ; vilebrequin, vïrprtlà ; salsifis, sàrslfl (G1)- La transformation est réelle, au moins dans le dernier mot, car ma mère l'a entendu pour la première fois à Saint-Claud, où il se dit sous la forme française. On peut ajouter kârkûl et itrtnànà, tà sérmà « tant seulement ». L'l paraît s'être nasalisée dans calepin, *calpin> kànpè; caleçon, *cahon, kânsô.
L's + consonne peut se changer en r : massaloux (nom d'homme apporté a Cellefirouin vers 1837), mârsâlu (cf. massilia, Marseille); aspic au sens figuré ârpï.
L's + [consonne à l'initiale est précédée d'un l : scorpion, Iskrôpyô; squelette, Iskàttt.
Je signalerai encore grés, kri; édredon, egrtdd; fantasque, fâtâks; franc-maçon, flàmâsô ; blutoir, briitwàr ; supporter, sâlpôrtâ.
2° Finales,
A un moment donné I'l finale a été confondue avec r. Ainsi nous avons d'un côté noel, nuffr; érysipéle, è#per; et de l'autre dessert, dlsyèl; rare, ràl ; tard a été certainement entendu tàl, puisque nous possédons le dérivé tàlinà « tarder ». On a môme ajouté une r à des noms qui n'y avaient pas droit : neveu, ntvœr; angoumoisin sœ a sureau », sàr; pus, pfir (G
Les sonores ont été entendues comme sourdes dans les finales à (de) et v (ive) : vélocipède, itlôslptt; teinture d'iode, tllùryôt (G')î eau sédative,
sllattf (G G ') ; société coopérative, kâpiratlf (Saint-Claud, Brunaud). Ce changement ne peut être attribué à une difficulté d'articulation, car nous avons des mots en èd (plid « plaide »), ôd (môd), ïv (yhî). D n'est dû qu'à une erreur d'oreille. J'ai essayé de faire prononcer le mot vélocipède à ma mère, l'avertissant chaque fois qu'elle disait mal, mais sans lui indiquer le défaut dans lequel elle tombait et sans lui faire connaître l'objet précis de mon enquête. Or sur 14 fois qu'elle a répété le mot, elle l'a terminé 9 fois par un /, 5 fois par une /. Mais elle n'essayait de 17 que pour tâcher de me satisfaire. Jamais elle n'a trouvé le d.
3B Consonnes initiales ou tnédiaUs.
Une confusion peut se faire aisément entre L et r. Dans l'expérience précédente, ma mère a changé 5 fois I'l en r. Son doute portait donc sur cette articulation en même temps que sur la finale, les autres syllabes étant restées pour elle parfaitement nettes. Nous avons le changement d'L en r dans sflêbrâl, cérébral; kdlid&r, corridor (le français régional est correct sur ce point). Mais sàlô « sarreau », et tnôlA « morue », en saintongeais et en poitevin salaud (Favre, Lalanne) et molue (Favre), n'ont sans doute rien à voir avec le français.
Le changement de numéro en lïmârô rappelle celui de libellum en niveau (nht).
La confusion est possible entre /, s et Ys. Le funiculaire de Belleville, qui a tant fait parler de lui, est appelé slnihïtèr par ma mère, comme épousseter est devenu pour elle epii/tà; cf. chirurgien, sùrljyl (forme commune).
Entre voyelles, une sourde peut être entendue sonore : conséquente « importante », kàsfgât (G1, Mouchedune B.)» brocanter, brôkâdâ, à moins qu'il y ait l'influence de mârtàdâ.
CHANGEMENTS SUBIS PAR LES SONS ÉTRANGERS
Une métathèse qui rappelle celle des enfants : tapioca, kàpyôtû (G1) ; magasin, mû\â$.
Nous avons des cas d'un y remplacé par / : théière, tiler; biais, b$ (G ') ; thiac (nom d'homme), i[dk (Courcôme). Ce ne sont que des personnes âgées qui m'ont fourni ces exemples. Ont-elles pris l'équivalent du y des jeunes, ou ont-elles été influencées par les mots en -1er, comme bêrlér « anse », krtmàtjtr « crémaillère », etc. ? Je n'ai pas le moyen de trancher la question.
A l'imitation de certains mots (jïtr « titre », râ/[ « râfle » grâ o grue »). r et / se sont glissées induement dans : jHivltr, jésuite; dephlr, dépiste; bùràlistr, buraliste; ôbàrjistr, aubergiste; jitr, gîte; Itetr, liste; iôfr, sauf ; àlkêvr, alcôve; — piiprô, poupon; kâvrô, caveau (La Bosse); kârâfl, carafe; pàrâfl, parafe; jiràfl, girafe; shjrâ, ciguë.
L'influence d'un mot voisin pour le son paraît certaine dans prtsktmâ,
PRESTEMENT et PRESQUE ; X&r»lHil, VERMICELLE Ct MICHEL ; mÔràj, MORCENS
et singe ; sôldâr, soldat et soudard ; revàlfoèr, revalesciére ct de lanchére (nom d'homme) ; drlkâtmâ, directement et délicatement.
II semble bien que biynùt, bismuth, ait été influencé par bitf « baiser » ; âtrèsè, instinct, par un mot comme âtr, âtrâ, avec métathèse de s, t; prlkàtwàr, purgatoire, par priâ « prier » ; dhsyll, dessert, par syll « ciel »; que pâdûd, pendule, ait été confondu avec pàdftd « pendue ».
Une confusion de la première syllabe du mot avec l'article nous a donné : slfîr, lucifer entendu le sifer; bdànôm, laudanum entendu
§ 2. — Voyelles.
Les consonnes françaises sont à peu près les mêmes partout. Il n'en est pas ainsi des voyelles. Or, comme celles-ci nous viennent, non des bords de la Seine, mais de ceux de la Charente, je suis obligé, afin de pouvoir montrer les transformations qu'elles éprouvent à Cellefrouin, de faire connaître le caractère particulier qu'elles ont revêtu en Angoumois.
L'angoumoisin a le sentiment de deux variétés de voyelles : l'une longue, l'autre brève. C'est l'enseignement des grammaires dont il a été imbu dans sa jeunesse. La longue est une voyelle fermée (sauf e) et longue : à, i, t, è, à, «, à ; la brève est une voyelle moyenne ct ordinairement brève : à, 1, ï, ô, «, «, é.
Vê indigène est Y'e; c'est à peu près le seul que l'on trouve dans le peuple; l'éducation tend à lui substituer Ve. Il y a donc de nombreuses hésitations sur ce point suivant les personnes et aussi suivant les mots. Les voyelles à et œ ne sont point considérées comme les longues de Ô ni de <r.
L'attribution de ces voyelles à chaque mot se fait en partie d'après le parler indigène, en partie d'après l'orthographe et une tradition orale qui se transmet dans les écoles.
La loi morphologique, qui règle les rapports du singulier et du pluriel, s'est imposée aux noms et aux verbes. On dit donc avec une voyelle brève et moyenne au singulier, avec une voyelle longue et fermée, sauf pour l qui prend un e (e dans le peuple), au pluriel : sôîdâ « soldat », pl. sôldà; vâlë « valet », pl. tùli (ou i»ilè); péû « petit », pl. piti; sàbô « sabot », pl. sàbÔ; pwltù « pointu », pl. puiétu ; trû « trou », pl. tru; fet « feu », pl. fâ ; — et dans les imparfaits de l'indicatif, il €<Uï « il chantait », pl. il eile. Cette forme de l'imparfait, qui est tout à fait étrangère aux parlers locaux, me parait la même dans toutes les classes de la société.
L'accent circonflexe est pour nous le signe de la longueur. On dira donc pàt « pâte », Ûl « tète »,/'»/ « gîte », àpotr « apôtre *tflàt « flûte », jèn « jeûne », krut « croûte ». Mais on dira : kârôt « carotte », bârtk « barrique », tà[âr « tailleur », tmteyô « motion ».
La graphie au est considérée comme l'équivalent de ô : bom « baume », tâjà, h'ttb, etc. Il n'y a que deux exceptions, eau et itau, qui tous les deux ont un ô (ô, etô).
On a bien aussi la tentation de voir un équivalent de IV dans la graphie ai : Ih « laisse », kls « caisse » ; mais les exceptions imposées par les patois sont fort nombreuses et détruisent la règle.
On prononce encore longues les voyelles finales qui sont suivies dans l'écriture de s, x, ^ ou e : âbàrà « embarras », tu « nez », tyli a anglais », pâli «palais », fkâ « excès », etc. — tu « toux », yâ « yeux », dilhyœ, fùryâ, etc.; — aie — e, ri « raie » ; ée = it sâtè, fi; mt « mie », fini « finie », etc.; vènà « venue » ; u « houe », etc.
Sont également longues les voyelles suivies dans la prononciation d'une r finale ou d'un % : pàr « part », rUàr « Richard », tàr « tare » ; — finir, pî^jr; — dur « dur, dure », lùr « lourd », kler « clair, clerc », nôlir « notaire », pïr « perd, père », kôlïr « colère », et or « or, ors », dôr « dore, dort », âr « heure », s&vœr « sauveur », etc.; — « base », hi « aise », ffirnei « fournaise », eimi^, sdti^, eb^ supo^, âbà^ âmuz, blà^, dilhyœ^, etc.
Guidé par le patois, l'angoumoisin lit dus « douce », pus « pousse,
CHANGEMENTS SUBIS PAR LES SONS ÉTRANGERS
pouce », bue « il bouche »,/« « fou », mû « mou », pàs « puce », s'tdr « cidre », sAdr « Sudre » (nom d'homme). Mais, abandonné par lui, il ne peut lire que bug « un bouge », malgré la similitude d'origine (01) avec il bàj « il bouge » .
C'est a son éducation qu'il doit Yà des mots en -acle, ôbstàkl, miràkl ; en -aille, m$dh[, kànàl; en -aire, ôpnnyàlr; de certains mots en -able et -abre, dyabl, sàbl, àfàble, sàbr ; en -ace, asse, pâs, gràs ; et de quelques autres à terminaisons diverses, rèklàm, kàdàvr, vdyàj, khdr, àtlàs (seul de sa série); — le de ses « cesse », près « presse » ; — Yï de gràtls, vis « vice, vis », Us « lis », et dans le peuple de kàlts « calice » ; — YÔ de àgrônom, chônèm ; — Yà de àgtlàs, ômntbàs.
En dehors de ces cas, c'est-à-dire quand elle n'est pas marquée d'un accent circonflexe, qu'elle est finale, non suivie dans l'écriture de s, x, e ou qu'elle est accompagnée dans la prononciation d'une ou plusieurs consonnes autres que r, \, la voyelle tonique est moyenne et brève.
Voyelles finales : eôkôlâ, tmi « aimer, aimé », je « Élit », Il « laid », tsi « ici », mô « mot », nfi « nu », « « où »,fïldû, pdé « peu ».
Voyelles suivies de consonnes : -be, glôb ; ble, -bre dans le plus grand
nombre des cas (tous les adjectifs excepté àfàbï), tâbl, elàbl, âdmirâbl, kâpàbl, etc.; fibl « faible », rîsïbl, bibl, ttôbl, s àfttbl « s'affuble », triibl
« trouble », libr, sôbr; c, -que, bâràk, àvik, ptk; cre, mâsàkr, ôkr,
sùkr; cte, dlrïkt; che, àe « hache », bôbtc, bàrbu, pôc, stU « souche », bue « bouche »; — -de, kàmàràd, rtmid, àvJd, môd, Ikyêttid; — -dre, lâdr, sfdr; — -/, fe, pésitïf, tuf, tuf; — -fie, nlfl, jîfi, sitfi; — -fre,
siîfr; gue, blâg, prôdïg, fûg, fûg; gle, ègl « aigle », àvàégl ; gre,
ttgr, Ôgr; ge, vôlâj, mànlj, prôdlj, ôrlôj, gràbûj, bûj « bouge », môbcej
« Maubcuge » ; /, -le, -Ile, âttlmâl, mirai « morale », bil « belle »,
bïl, bàl, bfd, bûl ; il, iràvitl, sôlèj, bri[, fii[, fct[ « feuilles », &l « œil »;
me, -rnme, lâm, fâm « femme », Im « aime », lïm, ôm « homme »,
fûm; ne, -nne, ân « Anne », jân «Jeanne », séren, sln « saine,
Seine », kâlôn, fin « une i>,jdtn « jeune » ; gne, bàn, càten « châtaigne »,
vin, kôlôn, rêpun ; - -p, -pe, kàp, pip, mySp, ôkûp, s&p ; - -pie, nàpl, pd-pl;
pre, prôpr; rde, rUârd, f&rd, kàrd; che, tïrt-, rme, ferm;
rte, kârt, vbl,pbrt, etc.; sse, -ce,fàs « fasse, face », droits, prhfs,
edïfls, prôprls, nôs; ste, càst, p?st, pist, pôst, Ijust; te, -tte, râtt
alùnuft, retrlt « retraite »,///« faite », petit, sôt, bût, brût; tre, bâtr, mltr
« mettre, mètre », mltr; ve, ritv, kàv, çrèv « grève », griv, kftv, kûv;
vre, livr, livr, ùvr, évr « œuvre ».
Les voyelles toniques devenues atones dans la dérivation gardent en général le timbre qu'elles ont dans les primitifs : ter « terre », tert « ter-
rcau », àtb? « enterrer ». Les exceptions, comme pà{ « paille » et pà[âs « paillasse », sont des emprunts inconscients faits aux patois locaux.
LV atone, qui répond au latin vulgaire es, subit la concurrence de 1'* qui lui est substitué par les personnes les plus instruites. On a donc à la fois dïsàdr et dtsâdr « descendre », hwâl et fhvùl « étoile », etc.
La diphtongue -oi n'a actuellement, comme Va, et à peu près dans les mêmes conditions, que deux prononciations : tvd {fu?â « foi », rmvâ « moi », bwà « boit », swâf a soif », pwâl « poil ») et wâ {bwàt « boîte »,fwâ « foie », mwà « mois », pwhr « poire », pwàryï « poirier », fiâbwâ^, et aussi mwàn « moine »). Il y a une tendance à abréger wâ à l'atone (pwàrye).
Enfin, grâce aux efforts persévérants des instituteurs, la nasale i, encore rare dans les générations antérieures, devient commune chez les jeunes gens.
Tel est, esquissé un peu grossièrement et tel qu'il se présente à un lecteur angoumoisin, le système vocalique qui se met en concurrence avec celui de Cetlefrouin.
Sur un point, il devait triompher aisément pour \'œ qui est d'une prononciation aisée, et qui a même quelque chose d'agréable (ma mère préfère œr a ûr « heure »). Sur un autre, il ne pouvait qu'être battu, c'est pour la nasale œ , qui est si difficile à reproduire. Aussi tous les mots français qui la renferment subissent la substitution de H œ : parfum, pilrft; alun, à!i.
Le groupe -er s'est heurté à deux lois phonétiques vivantes : l'une qui a transformé -er + consonne en âr, l'autre qui affaiblit, à la finale, îr en ir. On a donc dit kàsàrn, jlbârti, d^ârtur, etc.; mais la loi à laquelle sont dues ces transformations a cessé de s'imposer; on a pu recevoir pfrl, hèrdi. Ma mère accepte volontiers les mots en -er, on le conçoit (cf. p. 273) : iïlîbâtfr, mùrlûer, tnèr « mer », sevèr « sévère ». Mais déjà chez elle nous voyons apparaître les formes si fréquentes chez moi '. kôtrèr, contraire; èvàtir, inventaire; pdtrltitr, poitrinaire; *2r, cher et chair, etc.
VA nous est antipathique. Aussi cherchons-nous à en restreindre l'emploi. Nous disons : kùla, colas; kànâl, canaille; ûfâbl , affable; gràs, grâce; eâl, chale. Néanmoins nous avons dyàbl, kddàbr, cadavre; kâdr, vôyàj.
La diptongue -01, qui entre actuellement sous les deux formes wâ et wA (jnâjwâ, ma foi! vwàl, voile; mwà, mois, etc.) nous a fourni, au com-
CHANGEMENTS SUBIS PAR LES FONDS ÉTRANGERS
menccment de ce siècle et dans les siècles précédents , un grand nombre de mots qui se présentent sous les formes suivantes : wï, knuï, mu*, bûrjuà, pàtwt, swï, kuèf, mwen, pâtrïmwèn, pwevr, lwe%, pwevràd, krw^âd;
— ué, bwèi, âvâltvèr, brâlutr; — wï, pwêl, poil ; vià fwè, ma foi ; mlnul, miroir, qui nous fait remonter jusqu'au xvie siècle; — enfin, à l'atone o, pôirâl, pôtrïn ou pôtrên, à côté du mot indigène petrêti « diaphragme », potyi. 1 « Poitiers » ; vd$, vùsl. Cette dernière série nous reporte au temps assez éloigné ou Yo se prononçait encore dans la diphtongue.
A l'atone, les modifications ont été plus sensibles qu'à la tonique.
Nous avons les changements naturels de l'É + voyelle en t : agréable, àgrtâbl; kréô « crayon », kr'tô. - d'à en i : précaution, prtkosyô; pénétrer, pinttrà; préférer, prtftrà; bénédiction, bnïdïhyù; désir, dt^ïr; séminaire, stnînir; préfet, prtft; médaille, mtdâl; infernal, }jrtnal\ perroquet, prôkê; rlklâm, prdsdûr « procédure », etc.
Une transformation trop constante pour ne pas reposer sur une qualité réelle de la voyelle, c'est celle de a et de à atones en 0, ô : charlatan, tàrlôtâ; valoir, vôlwàr; augmenter, ôgmôtâ; bambou, bôbii ; artichaut, ortrieb (cf. àvôlâ « avaler »); Lanville, Lôvîl; Blanzac, Bld^âk; Pranzac, Prôytk. Mais nous avons aussi dégringoler, déçrôgôlâ.
Vu de curieux s'est ouvert comme celui de *nu pk devenu nà pi : kâryù.
L'»ï s'est changé en û dans siïpsyùnâ, soupçonner.
Ve + n s'est nasalisé dans rfylod, reine-claude (prune).
Il y a eu de nombreux changements d'initiales ï pour i, dï pour di : ipôlït, Hippolyte; enàsâ, innocent; bnàjxnà, imaginer; dèrijà, diriger; defhil, difficile; — Û pour a : âtâsyil, attention; pour É : âeàs, êchasse;
— } pour à : Idivi, enduit; pour I : hnldyàtmâ, immédiatement»; pour au : Itôpsî, autopsie; — à pour â : àvâsyû, invention; pour È : èskàtf,