‹ Les modifications phonétiques du language, étudiées dans le patois d'une famille de CellefrouinChapitre 71 sur 93 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'introduction de l'élément étranger dans un patois peut avoir deux conséquences au point de vue qui nous occupe : elle peut interrompre brusquement le cours d'une évolution et faire pénétrer dans le langage influencé des formes qui rompent l'unité de son système phonétique.

C'est ce que nous allons avoir l'occasion de constater.

tVOI.UTlOXS CONTRA RI HKS

Deux évolutions ont été contrariées ;\ Satm-Claud par l'introduction d'éléments étrangers. Ce sont celles de ç/ et de /.

Si

Le groupe <;[ s'est réduit a / dans la famille Bourgeate entre la naissance de Marguerite (1859) et celle de Joséphine (1863). La première dk gland « glaner », la seconde Ijnâ1. Mais, a cette même époque, 1'/ se réduisait à y, et, chez Joséphine, elle n'est restée qu'a ce seul cas, à l'initiale. Or, la plus jeune sœur, Maria (1880), ayant complètement perdu 17, comment prononcera-t-elle ce mot? Tout dépendra de qui elle l'aura appris. Si c'est de sa sœur Joséphine, elle continuera la transformation commencée et diray.Vw. Si, au contraire, elle l'entend de ses sœurs aînées, elle ne pourra dire que gsïinâ. Ainsi l'évolution régulière de c/ aura été brusquement interrompue, et la langue aura pris une autre voie. C'est, en effet, ce qui est arrivé, non seulement pour Maria, mais encore pour d'autres. Comme le laps de temps compris entre le commencement de la réduction de gl en / et l'apparition du y issu de / a été extrêmement court , et que les

1 Les deux formes gland ci glénà existent.

enfants ont appris à parler auprès de leurs inères et de leurs sœurs aînées plutôt que de la génération qui les précédait immédiatement, le fait n'a rien qui doive surprendre'.

Chez-Sudre, l'évolution deç/ n'a pas tu le temps de se faire; elle a été prévenue et par conséquent obstruée par celle de [ : arld (M1 1881), àgyà

L'évolution de / a été entravée dans le parler d'un enfant de Saint- Cbud (C), chez qui elle a été remplacée par /après k. Ce fait n'est pas isolé. Je l'ai observé a Angoulème, où la forme indigène kl, mukl « moucle, moule » (1810), d'où muky (185 1) a été remplacée par kl : mukl (18 12), d'où muk (1839). De même à Seuilly (Vienne), les personnes de 50 à 70 ans disent bh'i, les enfants Mil. L'action du français est évidente dans tous ces cas.

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