LES RESULTATS DU TRAIÎTEMENT CHIRURGICAL
Nous ne pouvons envisager ici que les résultats des interventions que nous avons essayées. Nous avons parlé déjà des interventions inutiles et dangereuses, des réamputations en particulier. Il est bien évident cependant que devant un moignon inapareïllable ou atteint d’ostéite, il faut le régulariser, en se souvenant que dans la majorité des cas « les amputés ne souffrent pas à cause de leur os, mais à cause de leur nerf ».
Rarement nous n’avons pratiqué qu’une seule intervention. Au début surtout de notre expérience nous avons cherché à combiner les traitements, à les
compléter les uns les autres.
Les injections de novocaïne dans le névrome
Ces injections ne nous ont jamais donné de résultats bien satisfaisants, ni des indications thérapeutiques bien intéressantes. On fait évidemment, au
Re
prix d’une douleur très vive, disparaître l’hallucination douloureuse pour quelques instants, mais nous n'avons jamais vu la piqûre agir nettement sur la douleur de type sympathique. De plus, l'amélioration est trop fugace pour que l’on puisse se contenter uniquement de ce traitement. Les blessés perdent d’ailleurs vite confiance lorsqu'ils s’aperçoivent qu’il faut à chaque instant recommencer, que les douleurs réapparaissent toujours, et que le soulagement est moins net à la 3° et 4° piqûre qu’à la première.
L'observation VII est celle d’un moignon douloureux du type mixte, le blessé souffre énormément. Infiltration de novocaïne au niveau des deux régions douloureuses du moignon, les douleurs disparaissent complètement un mois; le malade dort pour la première fois depuis son amputation. Un mois après, le malade recommence à souffrir et présente des crises d’épilepsie du moignon. Nouvelle injection. Soulagement à peine appréciable, très vite les douleurs reviennent plus violentes qu’avant.
En somme l'injection de novocaïne aboutit à un échec.
Dans l’obs. Il, il s’agit d’un blessé de guerre dont nous rapporterons plus loin l’observation, désarticulé de l’épaule et présentant une algie cervico-thoracobrachiale avec crises angineuses. Le malade souffre énormément depuis très longtemps, en particulier dans la main du côté opposé à l’amputation. On sent un gros névrome à la partie inférieure de la cicatrice. On pratique 2 injections consécutives à 4 jours d’intervalle dans le névrome. Aucune action sur les dou-
leurs thoraciques de type angineux; seules, les douleurs de la nuque sont moins vives; 8 jours après la 1° injection, les douleurs sont un peu moins fortes, mais le membre supérieur non amputé est toujours le siège de souffrances violentes, le blessé a encore ses crises d’angine. Dans ces conditions, on pratique alors une infiltration du ganglion stellaire qui amènera la guérison.
Dans cette observation, l’amélioration a été très peu sensible et le blessé commençait à se lasser quand nous avons changé de traitement.
En résumé, les résultats nous ont paru trop inconstants pour que les injections de novocaïne dans le névrome puissent être une méthode habituelle de traitement.
D’autre part, il est difficile de tirer de leur réussite ou de leur échec une conclusion pour le traitement ultérieur.
Section nerveuse suivie de suture immédiate
Nous avons pratiqué l'opération trois fois, dans des circonstances telles que nous avons pu nous rendre compte de façon assez précise des possibilités de l’opération.
Ces résultats sont d’ailleurs assez contradictoires. Rien, d’autre part, ne permet de dire si l’opération réussira ou-si elle sera, au contraire, un échec ou
un demi-échec.
Leriche a pratiqué l’opération plusieurs fois, il en a publié les résultats à la Société de Chirurgie de Lyon en 1922 et 1923 et plus récemment à la Société de Chirurgie de Paris, en 1932.
Ses deux observations sont des succès, la dernière en particulier, l’intervention datant de 9 ans et demi.
A la Société de Chirurgie de Bordeaux, M. Lapervenche (d'Agen) publie, en 1937, une guérison revue 6 ans après l'opération.
Il s’agit d’un blessé de guerre dont l’avant-bras droit fut traversé par une balle, et le médian également blessé.
Le malade pendant trois ans, traîne d’hôpital en hôpital et on l’ampute en 1919 pour causalgie rebelle à tout traitement. Amputation au 1/3 supérieur de l’avant-bras. En 1920 et 1921 le malade resouffre. Il ne peut supporter le moindre frôlement, ce sont, à chaque instant, des brûlures, des élancements extrémement pénibles. En 1924, il est amputé à la partie inférieure du bras. En 1927, ulcération douloureuse, il ne peut travailler. Nouvelle amputation, suivie d’une amélioration des douleurs pendant 3 ans. Puis les symptômes reprennent en 1931. À l’examen du malade, peau normale, moignon excellent, on perçoit 3 névromes au niveau du médian, cubital et radial; les deux premiers surtout sont douloureux.
Le Professeur Leriche conseille la résection des nerfs suivie de suture.
L'intervention, écrit le Docteur Lapervenche, fut extrêmement simple et s’accompagna d’une sympa-
thectomie périhumérale. Après 24 heures de souffrances très pénibles, le blessé se sent très soulagé et il reste deux ans sans aucune douleur. Une légère douleur étant réapparue, le Docteur Lapervenche sectionne puis suture le radial qui n’avait pas été touché lors de la première opération.
Le blessé se sert d’un bras articulé et depuis travaille normalement. Six ans après, la guérison se maintient.
L'opération n’a pas que des succès à son actif, il existe des échecs dont l’un se trouve rapporté dans la thèse de Duviol.
Il s’agit d’un amputé de cuisse à la suite d’un éclat d’obus. Réamputation pour suppuration. Dès lors, douleurs dans le pied absent et au niveau du moignon. Douleurs par crises, fourmillements, élancements continuels dans la cicatrice. On perçoit un névrome gros comme une noix. Anesthésie à l’éther, section du sciatique, alcoolisation du nerf, mise en place d’une greffe de Nageotte. Crises très violentes les jours suivants. Le malade continue à souffrir. Deux ans après, sa situation est identique, sans aucune amélioration ni sur les douleurs sympathiques, ni sur les douleurs tronculaires.
Nos trois observations personnelles nous permettent de nous rendre compte des possibilités de l’opération. Dans les trois, les thérapeutiques ont été associées, mais nous avons espacé suffisamment les interventions pour avoir une idée des résultats de la section nerveuse. Chez les trois blessés, une sympathectomie péri-artérielle avait été faite auparavant.
Ad
Dans l’observation VI, il s’agit d’un blessé hospitalisé d’urgence pour broiement du membre inférieur droit dans un accident de chemin de fer. Après traitement du choc, amputation basse de cuisse par transfixion des lambeaux (Docteur F. Leclerc). Suites aseptiques, le blessé revient quatre mois après; depuis l'opération, il souffre continuellement. Le moignon lui-même est indolore, mais l’amputé souffre énormément de ses orteils absents et en particulier du gros orteil. Le malade présente plusieurs fois par jour des crises épileptiques au niveau de la cuisse, ces crises sont très douloureuses.
Le moignon est très douloureux à l’examen, on perçoit difficilement un névrome à la partie postérieure de la cicatrice. Il est par ailleurs, conique, sa coloration est normale, il n’est pas œdémateux. Les oscillations à la cuisse droite sont très diminuées par rapport au côté opposé.
Le 28 octobre 1936, sous anesthésie locale (F. Leclerc), sympathectomie périfémorale. L’artère est rouge, sa gaine épaissie, elle bat à peine. Sympathectomie sur 6 centimètres, l’artère a diminué de calibre et bat normalement après l’opération.
Les secousses disparaissent. Les douleurs diminuent, mais existent toujours les jours suivants. Aussi, le 5 novembre 1936, Docteur F. Leclerc, avertineéther, découverte du nerf sciatique. Section du nerf. Injection d’alcool à 95° dans le bout central. Suture minutieuse. Fermeture. Le malade souffre beaucoup le soir. Le lendemain, il ne sent plus son pied et n’a plus aucune douleur. Quarante-huit heures après