‹ Les Moignons Douloureux: Etude Clinique et TraitementChapitre 31 sur 41 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

M. Caïi., 40 ans, entre en février 1939, dans le service du Professeur Leclerc pour un moignon d’amputation dont il souffre énormément. Pendant la guerre, il a reçu, en 1918, un éclat d’obus qui lui a occasionné une fracture ouverte du fémur droit.

Il a eu, 6 jours après sa blessure, une greffe osseuse dont le résultat a été satisfaisant : il a remarché au bout de 18 mois et a pu exercer le métier de surveillant de signaux qui nécessite beaucoup de marche.

Son état demeure excellent jusqu’en 1927. A cette époque, apparition d’un abcès au niveau de la cicatrice opératoire, on lui fait un grattage de son fémur, il en

guérit avec une fistule. Puis il fait des abcès successifs au même endroit, tous les 6 mois d’abord, puis tous les 3 mois, et enfin tous les mois; tous ces abcès guérissent, mais en laissant toujours une fistule. On décide alors d’amputer le malade, l'opération est faite en avril 1936. Amputation atypique au tiers supérieur, faite très haute pour éviter les trajets fistuleux. Fermeture au bout de 6 semaines.

Le malade a commencé à souffrir dès le lendemain de son opération; ses douleurs, qui sont continuelles, se caractérisent par une crispation des orteils du pied droit, avec sensation de torsion et de luxation du genou, ces douleurs ont des paroxysmes qui arrachent des cris au malade, mais elles sont calmées par la marche. Il s’agit de douleurs tronculaires pures, le malade ne souffrant pas du moignon.

Le malade signale, en outre, de légères mais fréquentes secousses épileptiques du moignon peu douloureux.

Il y a eu, en outre, il y a un an, 4 infiltrations lombaires qui ont supprimé les douleurs pendant 2 heures, puis elles sont réapparues identiques.

A l'examen : Moignon peu étoffé avec cicatrice étoilée, le fémur est simplement recouvert par la peau qui lui est adhérente. Il existe encore sur le moignon la trace d’une ancienne fistule qui est cicatrisée.

A la partie postérieure et à la partie externe du moignon, dans le territoire du nerf sciatique, on sent sur plusieurs centimètres un gros cordon dur dont la pression soulage le malade, il a dit avoir : « l’impression qu’on tient ses orteils et son genou dans la main ». Le malade demande lui-même une opération pour le soulager et on décide alors, devant des douleurs à type tronculaire pur, de faire une section du sympathique lombaire.

Intervention. Anesthésie au protoxyde d’Azote + Avertine. Incision de Max Schuller. La résection de la chaîne

sympathique lombaire est facile et les suites opératoires simples.

Le soulagement qu’éprouve le malade est immédiat. Dès son réveil, le blessé dit spontanément qu’il ne sent plus son pied : l'illusion du membre absent a complètement disparu.

Il marche toute la journée avec son appareil sans ressentir la moindre gêne, les variations atmosphériques n’amènent pas de modifications.

En résumé : les douleurs ont cessé complètement, le malade à 100 % d'amélioration. Le résultat est parfait.

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