OBSERVATION V
M. Lap...; il s’agit d’un malade ayant eu les pieds gelés pendant la guerre. Les orteils du pied gauche complètement noirs furent amputés en 1917, mais la cicatrice est ulcérée et douloureuse et, en 1918, on pratique un Lisfranc. Le malade marche mal, la cicatrice s’ulcère et, en 1919, un Chopart est pratiqué. Mais le malade recommence à souffrir après une assez longue accalmie, en 1928, Thaleimer ampute la jambe à sa partie moyenne. Pendant 18 mois, le malade marche avec ses béquilles. En 1930, il est opéré par le Professeur Duval, à Vaugirard. Puis, la même année, il souffre pour la première fois du pied amputé ; des phlyciènes se forment sur la cicatrice. Après plusieurs interventions faites au Petit-ménage, le Professeur Lardennoiïis excise un névrome et pratique une sympathectomie périfémorale. Pendant quelques semaines, le malade est soulagé. Puis, réapparaissent des périodes de calme et de douleurs. Si le malade ne porte pas son appareil, les souffrances sont supportables, sinon des douleurs très vives, des ulcérations apparaissent et, en 1935, le malade entre dans le service du Professeur Leclerc.
se pe
Il se plaint beaucoup de sa cicatrice, la marche, dit-1l, est devenue impossible, il se plaint également du gros orteil. La palpation du moignon est très douloureuse, l’hyperesthésie très importante; on sent un gros névrome dont la palpation est très pénible au blessé : sur la partie postérieure du moignon existent des ulcérations atones, très douloureuses au toucher. Les oscillations ne sont pas modifiées.
En somme : Le malade a été opéré 10 fois, et son état est toujours le même, il souffre, ne peut supporter son appareil, il ne peut marcher, on décide une sympathectomie lombaire : sous avertine, incision iliaque gauche, décollement du péritoire jusqu’au flanc des vertèbres lombaires. On découvre facilement la chaîne sympathique qui est réséquée sur 6 à 8 centimètres. L'examen histologique confirme l’ablation de la chaîne.
Presque immédiatement, le malade ne souffre plus et le membre inférieur gauche devient très chaud. Deux jours après l’intervention, les ulcérations ont disparu. Les jours suivants, on régularise le moignon et on excise le névrome.
Le malade est revu en juin 1936, un an et 4 mois après Vintervention.
Il ne sent plus ni le pied, ni la jambe amputés. Il n’éprouve plus aucune sensation douloureuse. Il supporte très bien son appareil pour la première fois depuis la guerre. Il peut aisément marcher sur tous les terrains. La sensation de froid qu’il éprouvait continuellement a disparu. Le moignon n’est plus violet, la cicatrice n’est plus sensible. Sur la crête tibiale persiste une petite ulcération indolente qui ne gêne pas le blessé. Celui-ci déclare qu’il peut faire dix kilomètres à pied, il a quitté Paris et a demandé à être garde-champêtre, profession qu’il exerce aux environs de Dijon.
Il a été revu récemment, le résultat se maintient aussi
parfait.