OBSERVATION VI
M. Nur..., entre à l’hôpital à la suite d’un accident de chemin de fer. Le blessé présente un écrasement de la jambe droite au tiers inférieur, avec section des parties molles, une fracture ouverte de la rotule droite avec section du tendon rotulien.
Intervention immédiate, Dr F. Leclerc. Etant donné les lésions qui empêchent de faire une amputation au liers supérieur de la jambe, on fait une amputation de cuisse basse par transfixion des lambeaux. Fermeture partielle et drainage.
Suites aseptiques, quitte le service le 20 janvier. Revient le 16 octobre 1936.
Depuis son opération de 1935, le malade souffre continuellement. Le moignon est indolore, mais il se plaint de ses orteils absents qui se crispent et particulièrement du gros orteil; de temps en temps, cette douleur monte dans le mollet, mais ne dure pas.
En outre, le moignon est le siège de phénomènes épileptiques douloureux, survenant plusieurs fois par jour et surtout la nuit.
A l'examen : Moignon douloureux à la palpation, il y a un névrome douloureux à la partie postérieure. Les oscillations sont très diminuées au niveau de la cuisse droite.
Le 28 octobre 1936, sous anesthésie locale, Dr F. Leclerc, sympathectomie périfémorale : artère rouge, sa gaine est épaissie et elle ne bat pas, sympathectomie sur 6 cm. : l’artère a diminué de calibre. Amélioration passagère, mais les douleurs réapparaissent aussitôt. On décide de pratiquer chez ce malade l’opération de Leriche.
Le 5 novembre 1936 : Dr Leclerc, avertine, incision à la partie supérieure de la face postérieure de la cuisse. Découverte du sciatique, section du nerf et du petit sciati-
que
que. Injection d’alcool à 95°. Suture du grand sciatique, fermeture sans drainage.
Cette intervention a été suivie d’une nette amélioration des douleurs, mais le malade a ressenti son pied 48 heures après l’opération.
En 1937, le malade est vu par Leriche qui lui fait une infiltration de novocaïne au niveau de son sympathique lombaire; il ressent de suite une vive brûlure du pied, puis sédation complète des douleurs pendant un mois.
Nous avons tenu à revoir ce malade en octobre 1938. Il sent encore son pied, mais n’en souffre que rarement, de façon supportable et surtout par les changements de temps.
La palpation du moignon ne montre pas de névrome, mais elle détermine dans tout le pied des fourmillements insupportables.
De temps à autre, quelques secousses indolores du moignon.
En somme, ajoute-t-il, je souffre encore, mais la vie est supportable.