OBSERVATION VII
M. Bri.…., est amputé le 13 mars 1936, pour fracture ouverte de jambe au tiers inférieur.
Amputation faite au tiers moyen. Suites aseptiques.
Réunion par première intention.
Il ressent des douleurs depuis juillet au niveau du pied enlevé, sensation de cuisson, de brûlure, surtout vive au niveau du gros orteil absent, mais, en outre, il souffre du moignon lui-même, surtout dans sa partie externe et sur la crête tibiale. Ce sont des élancements pénibles, des fourmillements. Il n’a pas sa jambe artificielle et se demande s’il pourra la supporter. L’examen montre
Lis Re
une amputation à la partie moyenne de la jambe par le procédé circulaire. La cicatrice est souple, non adhérente, sans ulcération ni troubles trophiques. La palpation révèle un point douloureux externe très vif, une région douloureuse au niveau de la crête tibiale. On ne perçoit pas de névrome.
Le Dr F. Leclerc fait, à cette date, une infiltration de novocaïne au niveau des deux points douloureux, et les douleurs disparaissent complètement, il juge alors inutile de faire la deuxième infiltration qui était prévue : le malade est notablement amélioré, il ne sent plus son membre absent, n’a plus eu d’hallucinations douloureuses depuis l’infiltration et surtout ne souffre plus de sa cicatrice; il dort sans hypnotiques pour la première fois depuis son opération. Cette amélioration dure environ un mois, après quoi, en août 1936, le malade recommence à souffrir. Ces douleurs s’accompagnent d’épilepsie du moignon. Nouvelle injection de novocaïne en septembre 1936 qui le soulage un peu, les secousses ont disparu, mais il souffre beaucoup du pied et de crampes dans le mollet, douleurs en éclair qui l’empêchent de faire plus d’un kilomètre, sans s’arrêter, en outre, il accuse des douleurs sympathiques au niveau du moignon : fourmillements, brûlures qui sont plus exaspérantes que douloureuses. Au niveau de la cicatrice est apparue une ulcération due au port de l’appareil. Comme une nouvelle infiltration de novocaine n’a pas amélioré sensiblement le malade, on décide, en octobre 1936, une sympathectomie péri-artérielle, rendue difficile parce que le malade est obèse. Le résultat est bon : le malade ne souffre plus du pied, il pouvait faire plus de 3 km. avec son appareil, en outre, les douleurs du moignon et l’ulcération ont disparu, ce soulagement important dure pendant deux mois.
En mai 1937 : réapparition des douleurs à la suite de l'hiver et du port de l’appareil qui a rouvert l’ulcération cicatrisée et produit de l’æœdème du moignon. Les dou-
leurs dans le pied sont très violentes, sous forme de brûlûres atroces au niveau du moignon, elles sont supportables, mais les secousses ont réapparu. Il semble au Dr Leclerc que l'indication opératoire se trouve dans la section et suture du sciatique, appelée opération de Leriche. Celle-ci est faite en juillet 1937. Elle procure au malade une amélioration considérable, il sent toujours son pied, mais les douleurs ont disparu, il a eu seulement une crise douloureuse qui a duré deux heures, mais n’est jamais réapparue. On lui fait, à ce moment, 10 injections de sérum hypertonique intra-veineux.
En septembre 1937 : L’ulcération du moignon a disparu, il sent encore un peu son pied, mais n’en souffre plus et porte pour la première fois son appareil toute la journée.
Décembre 1937 : Va très bien, souffre un peu de son pied aux changements de temps.
Revu en décembre 1938 : Son état s’est maintenu. Il ressent toujours quelques douleurs très légères aux changements de temps.
En avril 1939 : La guérison se maintient.