LE MOIGNON NORMAL
Pour comprendre la douleur des amputés, pour essayer d’en saisir le mécanisme et d’y porter remède, il est nécessaire de connaître ce qui se passe normalement après l’exérèse d’un membre.
Un seul élément reste vivant dans le moignon après la disparition du membre, c’est le nerf. Alors qu’os et muscles s’atrophient, le nerf, après une phase de dégénérescence, tend à se régénérer, puis, l'effort pour rejoindre le fragment périphérique étant inutile, la croissance des fibres nerveuses s’arrête.
Dustin a bien montré qu'après la dégénérescence rétrograde du nerf, une phase active de régénération apparaissait et qu’elle aboutissait d’abord à la formation d’une zone plexiforme constituée au niveau du point de section d’un lacis de fibres nerveuses néoformées, qui, peu à peu s’insinuent les unes par petits groupes, les autres isolées dans le tissu conjonctif cicatriciel.
Arrivées à la cicatrice, un certain nombre de fibres rebroussent chemin. Puis, après ce premier effort de cicatrisation toujours excessif et qui se corrige peu à peu, se forme le névrogliome définitif. Les fibres
nerveuses se condensent, s’accolent au tissu conjonctif et, vers le sixième mois, commence la phase de régression. Le névrome ainsi formé contient encore après trois ans de nombreuses fibres vivantes, le bout central reste toujours apte à la régénération. Avec le temps, cependant, il s’atrophie et le tissu cicatriciel augmente d’importance, mais les cylindraxes restent toujours excitables.
Cliniquement, chez la grande majorité des amputés, le membre disparu est senti de façon très nette. Les blessés chez lesquels cette illusion n’existe pas sont bien rares, 2 ou 3 sur 100 environ. Un seul de nos malades n’avait pas la sensation de la partie amputée de son membre (Obs. D), encore s’agissait-il d’une désarticulation de l’avant-pied. Il semble, en effet, que l’hallucination soit beaucoup moins fréquente chez les amputés où désarticulés des extrémités, doigt de la main, avant-pied ou orteil.
L'illusion, dans les cas habituels est indolente, le blessé sent parfaitement les détails anatomiques du membre supprimé; il a l’impression de le mobiliser en totalité ou en partie; quelques fois ses impressions sont très vagues, le membre est perçu à travers un flou, les contours et des limites en sont très indécis.
Parfois le membre n’est pas senti dans toute son intégrité. Tel amputé de cuisse sent très bien ses orteils, ou son avant-pied, mais ne perçoit absolument pas le genou, ou le mollet. Un de nos blessés, désarticulé de l’épaule (obs. ID sentait ses doigts, de façon d’ailleurs intermittente, maïs il existait un vide du poignet au moignon.