‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 105 sur 177 · In Rufinum, 1. i, v · texte numérisé non relu

In Rufinum, 1. i, v

que les pécheurs qui habitaient ces côtes avaient été exemptés, par les conquérants francs, de tout tribut, parce qu'ils étaient chargés de conduire les âmes des défunts jusque dans la Grande-Bretagne. « Vers minuit, » dit l'historien byzantin, « on heurte à leur porte, ils s'entendent appeler tout bas; ils se lèvent et courent au rivage; ils y trouvent des barques étrangères où ils ne voient personne, mais qu'il leur faut conduire à la rame; et ces barques sont si pleines de passagers invisibles qu'elles semblent au moment de sombrer, et s'élèvent à peine d'un doigt au-dessus de l'eau. En moins d'une heure le trajet est accompli , bien qu'il leur faille plus d'une nuit pour le faire avec leurs propres nacelles. Arrivés au but, les navires se déchargent au point de laisser voir leur carène. Tout demeure invisible ; mais les matelots entendent une voix qui appelle une à une les âmes voyageuses, en qualifiant chacune d'elles par la dignité dont elle a été revêtue, et en y ajoutant le nom de son père, ou, si c'est une femme, celui de son mari1. »

C'est sur cette terre, échue de tout temps en patrimoine à la poésie légendaire, qu'on vit s'abattre

1. Intempesta nocte... se ad opus obscure voce acciri audiunt... apprehendunt remos et naves sentiunt tôt vectoribus onustas ut ad summam usque tabulam i m mer sa?... Nullum vident nec navigautem nec navî egredientem : soluro asseruut audire se vocem , qme vectorum singulorum no mina tradere excipientibus... Si quae feminse... viros... nominatim inclamant. Pbocop., de Bello Gothico, 1. iv, c. 20.

Ll-S MOINES EN GAULE

un essaim de missionnaires monastiques à la tête d'une population déjà chrétienne. Ils venaient deconversion mander un abri à des frères issus de la même race

de I Àrtn riqne

le* émigrés el flm Pi,r^a'ent 'a m^me langue. Les chefs des bretons. moines bretons, qui débarquaient avec des années de disciples sur la plage armoricaine, entreprirent de payer l'hospitalité qu'ils y reçurent par le don de la vraie foi, et ils y réussirent. Ils imposèrent leur nom et leur culte à leur nouvelle patrie. Ils prêchèrent le christianisme dans le dialecte commun à toutes les races celtiques et à peu près semblable à celui que parlent encore les paysans bas-brelons. Ils implantèrent dans la Bretagne armoricaine, dans notre Bretagne à nous, cette foi qui y est restée jusqu'à présent si solidement enracinée. « Le soleil, » dit un religieux breton du xvne siècle dans une apostrophe à l'un de ces apôtres d'où Ire-mer, « le soleil n'a jamais esclairéde canton où ayt paru une plus constante et invariable fidélité dans la vraye foy, depuis que vous en avez banni l'idolastrie. Il y a treize siècles qu'aucune espèce d'infidélité n'a souillé la langue qui vous a servy d'organe pour prescher Jesus-Christ, et il est à naistre qui ayt vu un Breton bretonnant prescher une autre religion que la catholique1. »

CL»tte conquête pacifique ne se fil pas sans résistance. Les moines bretons rencontrèrent sur le sol

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