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gaulois des ennemis presque aussi redoutables que ceux dont ils fuyaient la persécution. Le paganisme celtique se défendit avec acharnement. Les bardes cherchaient à enflammer le peuple contre ces étrangers qui venaient audacieusement imposer une nouvelle religion au sanctuaire inviolable du druidisme. On a souvent cité les menaces prophétiques lancées par un de ces poètes de la vieille religion contre les nouveaux apôtres : « Un jour viendra où les hommes du Christ seront poursuivis, où on les huera comme des bêtes fauves. Ils mourront tous par bandes et par bataillons. Alors la roue du moulin moudra menu : le sang des moines lui servira d'eau1. »
Treize siècles devaient se passer avant que de nouveaux païens , plus atroces mille fois et plus inexcusables que les compatriotes du barde Gwenchlan, vinssent vérifier celte prophétie. Mais alors elle s'éteignit sous les succès et les bienfaits dont les moines bretons inondaient TArmorique.
Eux aussi apportaient avec eux leur poésie, qui allait désormais prévaloir sur la poésie druidique, en Tépurant sans l'effacer. Eux aussi, ûdèles aux traditions immémoriales de la race celtique, comptaient des bardes dans leurs rangs. Le fameux Taliesin, qui prenait le titre de prince des bardes, des prophètes et des druides de l'Occident, et qui passe
I. Hehsart de La Villemarqik, Chants populaires de la Uretayne. t. / , p. 20, 38.
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des bardes jalens
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pour avoir été converti [3a r le moine Gildas, les accompagnait en Armorique1. Mais parmi eux on vsuiiu signalait encore des bardes qui depuis ont pris place parmi les saints. Tel fut Sulio, ou Ysulio, qui. encore enfant et jouant dans les jardins de son père, le comte de Powys, entendit des moines qui passaient, la harpe à la. main, en chantant les louanges de Dieu, et fut si ravi de la beauté de leurs hymnes qu'il voulut les suivre pour apprendre d'eux à composer et à chanter ces beaux cantiques. Ses frères coururent annoncer sa fuite à leur père, qui envoya trente hommes armés avec ordre de tuer l'abbé et de lui ramener son fils. Mais l'enfant était déjà parti pour l' Armorique et réfugié dans le monastère dont il fut plus tard prieur2.
Tel fut encore saint Hervé, dont le nom mérite ifortéi aveugle, de figurer parmi les plus suaves souvenirs de la poésie chrétienne. Il était le fils du barde Hyvernion, qui avait figuré parmi les nombreux musiciens que les rois mérovingiens aimaient à réunir autour de leur table5. Ce barde insulaire avait charmé le
1. Ingowar , Vit. Judicaelis, apud D. Moricb, Hist. de Bretagne, preuves, t. I. — Cf. La Villeuarqi£ , p. 9, et Kerdaset, éditeur d'Ai.BERT le Grand, p. 218.
2. Do m Lobineac , Vie des saints de Bretagne, p. 253; La Vii.li- MARQl é, op. cit., p. H.
3. L'Italien Fortunat nous a conservé le souvenir de ces concerts où, la lyro à la main, il faisait sa partie, tandis que a le Barbare, dit-il, jouait de la harpe, le Grec do l'instrument d'Homère, et le Breton de la rote celtique. » La Viîj.emarqi :k, Légende celtique. p. 232.
roi Childebert, « tant il estoit, » dit le vieux, légendaire breton, « parfait musicien et compositeur de ballets et chansons1. » Il était venu en Armorique épouser une jeune orpheline du pays de Léon, qu'un ange lui avait montrée en songe, en lui disant: « Vous la rencontrerez demain, sur votre chemin, « près de la fontaine. Elle s appelle Rivanonn. » Il la rencontra en effet ; elle était de la même profession que lui, elle chantait: « Quoique je ne sois « qu'une pauvre fleur du bord de l'eau, c'est moi « qu'on nomme la Petite Reine de la Fontaine. » Il l'épousa, et de ce mariage naquit un enfant aveugle, que ses parents avaient nommé Hervé, c'est-à-dire amer, et qui dès l'âge de sept ans parcourait le pays et demandait l'aumône en chantant des cantiques • composés par sa mère. Plus tard l'orphelin aveugle, initié par son oncle à la vie cénobitique, fut placé à la téte de l'école qui joignait son monastère, où il put mettre en pratique l'aphorisme que la tradition bretonne lui attribue : « Mieux vaut instruire le petit enfant que de lui amasser des richesses2, » et où il apprenait à ses élèves des chants dont la mémoire du Breton moderne a gardé la trace dans cette version trop rajeunie.
« Approchez, mes petits enfants; venez entendre une chanson nouvelle que j'ai composée exprès pour